I
– DES SYNDICS BÉNEVOLES TRES GÊNANTS
Un
député vient de déposer un projet de loi destiné à rendre
plus difficile l’exercice de la fonction de syndic bénévole.
Ce
projet de loi, vraisemblablement « soufflé »
par des syndics professionnels, montre surtout une chose :
que les syndics professionnels commencent à avoir tellement
peur des syndics bénévoles qu’ils veulent rendre l’exercice
de cette gestion très difficile, voire impossible.
En
somme, ce projet de loi est une preuve de reconnaissance. Nous apprécions. Les syndics professionnels
ont d’ailleurs raison d’avoir peur :
-
il
y a de plus en plus de syndics bénévoles (par ailleurs
de plus en plus compétents) ;
-
la
comparaison n’est pas toujours très flatteuse pour les
syndics professionnels, surtout en terme
d’économie de charges et de qualité de gestion
quotidienne.
II
- Que dit le
député ?
Comme
on va le voir les justifications données à « son »
projet par ce député sont d’une rare indigence.
« Mesdames, Messieurs,
« La loi prévoit que
la fonction de syndic de copropriété peut être assumée
par toute personne physique ou morale.
C’est ainsi que des syndics non professionnels
peuvent remplir cette tâche.
« Le syndic non professionnel
échappe, en règle générale, aux diverses obligations
légales du professionnel et particulièrement à celles
résultant des dispositions de la loi n° 70-9 du 2 janvier
1970 réglementant les conditions d’exercice des activités
relatives à certaines opérations portant sur les immeubles
et les fonds de commerce, dite loi « Hoguet ».
« De toute évidence, il n’offre pas aux copropriétaires les
mêmes garanties que le syndic professionnel.
« C’est pourquoi, je
propose de modifier la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965
fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis
afin de protéger chaque copropriétaire d’une gestion
défectueuse de son bien.
« Telles sont les raisons
pour lesquelles nous vous demandons de bien vouloir
adopter la présente proposition de loi. »
Comme
aurait dit Cyrano : « C’est un peu court jeune
homme »
Le
lecteur appréciera d’ailleurs le : « De toute évidence …».
On
aurait pu penser qu’en France une loi destinée à RESTREINDRE
des droits et des libertés fondamentales (gérer soi-même
son bien) serait argumentée ; qu’on aurait fait
une liste de tous les « malheurs » provoqués
par les syndics bénévoles et leur « absence de
garanties » etc.
On
aurait pu penser aussi qu’un député consciencieux se
serait demandé ce qu’il en était réellement de
cette fameuse garantie des syndics professionnels,
qui fait que chaque mois (et même parfois plus fréquemment)
à l’occasion d’une faillite d’un cabinet de syndic professionnel,
ce sont les milliers de copropriétaires qui sont VICTIMES
de ces syndics professionnels, de leur gestion défectueuse
et d’un système de garantie qui ressemble à un parapluie
troué.
III
– Quelques rappels
à notre dÉputÉ
De
qui se moque- t-on, en effet ?
Pouvons-nous
rappeler qu’un certain Guilbert – syndic professionnel
– a pu récemment détourner plusieurs millions d’euros
qui ne seront jamais remboursés aux copropriétaires
concernés (dont 450 000 euros sanctionnés dans
un seul ensemble immobilier d’Argenteuil, banlieue aisée
comme chacun le sait).
Pouvons-nous
rappeler qu’un certain Maurice – syndic professionnel
- associé à un certain Delannoy, autre syndic professionnel,
ont pu, eux aussi, il y a quelque temps subtilisé près
de 10 millions d’€uros à des copropriétaires qui, pas
plus que les autres, ne seront indemnisés, malgré des
procès gagnés, ni par les syndics ni par les caisses
de garantie ?
Pouvons-nous
rappeler qu’un certain de Baudinière est en train en
toute illégalité, d’essayer d’attirer à lui des copropriétaires
déboussolés (à qui il a subtilisé comptes et archives
pour les rendre plus dociles), suite à la faillite d’un
cabinet dont il fut le dernier gérant et qui – lui aussi
va laisser sur le carreau des milliers de copropriétaires.
Non,
Monsieur Le Député, ce ne sont pas, les syndics bénévoles
qui créent des problèmes. Aujourd’hui, par contre, ce
sont un certain nombre de syndics professionnels qui
sont dangereux et c’est la loi Hoguet qui s’avère impuissante
à :
-
traiter
les dérives
-
sanctionner
les délinquants
-
garantir
les copropriétaires contre les multitudes d’erreurs
des syndics professionnels indélicats, qui ne sont pas
du tout une exception.
IV
– Et les bÉnÉvoles
dans tout çà ?
Monsieur
Le Député, face aux faillites et détournements de fonds
MAL ou NON indemnisés concernant des syndics professionnels,
nous souhaiterions savoir quelles sont vos références
concernant les cas de « gestion défectueuse de
biens » assurée par un syndic bénévole, références
qui vous incitent à déposer une loi pour en PROTEGER
les copropriétaires ?
A
ce propos, Monsieur Le Député, savez-vous que le syndic
bénévole est obligé, lui, d’ouvrir un compte
bancaire séparé pour la copropriété qu’il gère? Savez-vous
que, pour des centaines de milliers de copropriétaires,
cela constitue une garantie bien supérieure à
la pseudo garantie financière des syndics professionnels
d’autant qu’elle était en partie illusoire?
Alors
une suggestion : demandez à vos collègues du parlement
d’obliger les syndics professionnels à respecter les
mêmes règles que les syndics bénévoles et déposez un
projet de loi qui permettrait enfin d’empêcher la dispense
possible du compte séparé quand il y a un syndic professionnel.
V
– Voici le « projet
de loi » anti-syndic
bÉnÉvole
PROPOSITION
DE LOI
Article unique
Après l’article 17-1 de la loi n°
65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la
copropriété des immeubles bâtis, il est inséré un article 17-2
ainsi rédigé :
« Art. 17-2. – L’administration des copropriétés comportant
au plus cinquante lots ou dont la moyenne des budgets
des trois derniers exercices annuels clos ne dépasse
pas 300 000 € peut être confiée à un syndic
qui n’est pas soumis aux dispositions de la loi n° 70-9
du 2 janvier 1970 réglementant les conditions d’exercice
des activités relatives à certaines opérations portant
sur les immeubles et les fonds de commerce et des textes
pris pour son application. Dans ce cas, la constitution
d’un conseil syndical est obligatoire.
« Le syndic mentionné à l’alinéa
précédent doit être membre ou conjoint d’un membre de
la copropriété qu’il administre et y avoir sa résidence
principale. Il doit justifier d’une expérience et de
la possession d’au moins un diplôme de gestion ou de
droit immobilier. Le décret prévu à l’article 47
définit la nature de l’expérience et des diplômes concernés.
« Le mandat du syndic mentionné au
premier alinéa du présent article ne peut être renouvelé
qu’une fois. Lorsqu’il quitte la copropriété avant le
terme de son mandat, il convoque, dans un délai de trente
jours à compter de son départ, une assemblée générale
extraordinaire afin de procéder à la désignation d’un
nouveau gestionnaire. Au delà de ce délai, le président
du conseil syndical convoque une assemblée générale
aux mêmes fins. »