On
sait déjà que la
CNAB (Confédération Nationale des Administrateurs
de Biens) a une façon très particulière de manier les
chiffres dans le cadre de son « Observatoire des charges »
(voir abus numéros 1644
et 1632).
Continuant
dans cette voie, la
CNAB vient - pour tenter de laisser
s’installer l’idée selon laquelle l’activité de « syndic » serait faiblement rentable (donc de justifier des
demandes d’augmentation d’honoraires) - de livrer de
nouveaux chiffres, dont on va voir qu’ils ne veulent
pas dire grand-chose puisque - une fois encore - la CNAB occulte certains points.
I-
Combien coûte la gestion d’un lot ?
Voilà
une question bien intéressante.
La CNAB a fait faire à ce sujet une étude (sur un échantillon
de quinze cabinets CNAB dits représentatifs) qui permet
d’obtenir les résultats suivants.
Coût de revient par lot : 152 € HT
décomposés ainsi :
|
Administration et gestion de la copropriété
|
47 %
|
71 €
|
|
Comptabilité
|
21 %
|
32 €
|
|
Assemblées générales
|
25 %
|
38 €
|
|
Gestion du personnel
|
3 %
|
5 €
|
|
Missions diverses
|
4 %
|
6 €
|
II-
La rentabilité de l’activité syndic
selon la
CNAB
Uns
fois établi ce chiffre, l’étude commandée par la CNAB essaye de répondre à la
question suivante : « Compte tenu du chiffre d’affaire de la fonction
« syndic » (d’un cabinet d’administration
de biens) et du coût de revient par lot, l’activité
de syndic est-elle rentable ? ».
La
réponse de la
CNAB est -
on s’en serait douté - la suivante : « Non : l’activité du syndic n’est pas rentable car elle ne dégage QUE 1,77 %* » (soit le rapport entre résultat
d’exploitation et le chiffre d’affaire syndic), ce qui
est « évidemment »
très peu.
Et
c’est là que notre avertisseur d’enquête partielle/douteuse
se met à vibrer.
Car
la petite « étoile » accolée au chiffre de 1,77 % renvoie à la précision
suivante tout à fait, capitale : « hors produits financiers ».
Quand on connaît l’importance que représentent
les produits financiers pour un syndic, cette exclusion
ou dissimulation est non seulement incompréhensible
mais aussi inadmissible.
De
son côté l’étude ne donne AUCUN
chiffre qui permettrait d’estimer le poids de ces « produits financiers ».
Curieux, non ? Cela nous amène donc à poser quelques
questions.
III-
Les oublis de la CNAB
Première question : pourquoi cette étude qui se veut sérieuse et
qui porte sur un nombre limité de cabinets (quinze)
ne fournit-elle pas les chiffres réels concernant les
« produits financiers » liés à l’activité
« syndic », ceci alors même qu’ils peuvent être isolés pour
l’activité « copropriété » et que tout le monde sait qu’ils représentent
entre 10 et 12 % des honoraires de base (soit environ
18 € par lot, si l’on part des chiffres de la
CNAB)
Que
peut-on penser d’une étude qui fait l’impasse sur de
telles recettes ?
Mais
ce n’est pas tout, car nous pensons d’ailleurs que l’étude
« oublie »
d’autres recettes importantes.
EN EFFET, Comme rien dans l’Étude n’indique ce que recouvre
l’expression « chiffre d’affaire de l’activitÉ syndic », nous nous posons DEUX autres questions. Voici donc
nos deuxièmes et troisièmes questions.
Deuxième question : l’étude intègre t-elle ou non dans le chiffre
d’affaire de l’activité « syndic » les recettes que représentent
les honoraires
privatifs prélevés dans le cadre de la gestion des
copropriétés et dont aujourd’hui chacun sait qu’ils
peuvent représenter jusqu’à 30 % des honoraires d’un
syndic [état daté ; honoraires d’ouverture de compte ;
honoraires de relance et de contentieux en cas d’impayés,
etc.], soit environ 50 € supplémentaires par lot si l’on part des
chiffres de la
CNAB ?
Nous
pensons que non, mais il serait intéressant d’en avoir
la confirmation. C’est d’ailleurs ce que nous allons
demander à la
CNAB.
Troisième question : enfin nous nous demandons si l’étude tient compte
d’une partie de ce que les syndics appellent « débours » et qui, comme
chacun le sait également, intègrent
une part importante d’honoraires déguisés ?
On
sait, en effet, que les « débours » des syndics sont, en
fait, très lucratifs et que des photocopies qui reviennent
à 0,03 cts d’euros et sont facturées (par exemple) à
0,38 cts d’euro constituent une « recette »
supplémentaire non négligeable.
Là
aussi nous pensons que ces sommes n’ont pas été prises
en compte. Or, la valeur correspondante est
importante.
Exemple : au tarif de 0,38 cts d’euros la photocopie et
si 70 photocopies sont faites par lot et par an (convocation
d’assemblée générale et annexes ; procès-verbal
d’assemblée générale, divers), cela fait une recette
de :
0,38 X 70 = 26,6 € par LOT pour un prix
de revient réel de 0,03 X 70 = 3,5 €, soit une
marge de 23,1 € par lot, à intégrer dans les
recettes de l’activité « syndic ».
Faisons le compte de ces trois seuls points :
-
produits
financiers =
18 € par lot et par an.
-
honoraires
privatifs =
50 € par lot et par an.
-
honoraires
sur débours =
23 € par lot et par an.
Total
= 81 € par lot et par an ; ça fait beaucoup.
Et
naturellement nous ne parlons pas des autres produits
possibles (exemple : commissions versées par
les compagnies d’assurance aux syndics-courtiers).
Bien sûr nous allons creuser la question.
Ce que nous voulons dire, c’est qu’il
faut être prudent, très prudent avant de reprendre
le chiffre de la CNAB et de décréter avec elle
que l’activité de syndic n’est pas rentable.
Conclusion :
-
De
quoi parle-t-on ? De quoi parle précisément la CNAB pour laisser penser que l’activité « syndic »
n’est pas rentable ?
-
On
s’aperçoit qu’on ne le sait pas et que faute d’être
précis sur ce qui est intégré dans le chiffre d’affaire
« syndic » les résultats de la CNAB - déjà biaisés (non pris
en compte des produits financiers) - sont peut-être
en plus totalement faussés.
-
Nous allons naturellement interroger la CNAB sur ce point. D’ici là
il serait bon que ce chiffre de « 1,77
% » ne soit pas repris trop rapidement comme
LA « vérité », ce que la CNAB essaye d’inciter les médias
à faire.