Dans
le prolongement de notre
abus numéro 1673,
voici la longue lettre adressée au rédacteur de ce bien
discutable projet de loi.
Monsieur Rudy SALLES
Député
31
avenue Jean Médecin
06000 Nice
Paris, le 23 janvier 2009
Monsieur le Député,
Vous venez de déposer un projet de loi
destiné - est-il précisé dans les motifs - à protéger
les copropriétaires de la « gestion défectueuse »
de leurs biens par des syndics « bénévoles ».
En tant que principale association de conseils syndicaux et de syndics « bénévoles »
de ce pays - et pour cette raison l’un des douze membres
permanents de la
CRC (Commission Relative à la Copropriété) qui ne compte que deux autres associations
nationales représentatives - nous souhaiterions :
-
vous poser quelques
questions ;
-
vous apporter certains
éclairages.
- Sans doute n’avez-vous pas évalué à sa juste mesure
combien les propos liminaires de votre projet pouvaient
constituer des propos gravement blessants et offensants
pour les milliers de syndics « bénévoles »
qui assurent la gestion de leur immeuble avec dévouement,
et surtout efficacité, ainsi que tous les copropriétaires
qui, démocratiquement, les élisent chaque année.
Il est, en
effet, de notoriété désormais publique que les copropriétés
gérées par des syndics « bénévoles » :
o
supportent des charges d’environ 30 % inférieures à celles gérées par des syndics
professionnels ;
o
sont le plus souvent
mieux entretenues,
en raison précisément de ce mode de gestion adapté qui,
d’une part, est une gestion de proximité, d’autre part respecte
en tous points les principes d’une gestion dite « en
bon père de famille ».
Nous pourrions vous
citer une abondante bibliographie à ce sujet, et nous
nous permettons simplement de vous renvoyer au dossier
consacré à ce sujet par le mensuel Le Revenu du mois de janvier 2009.
Nous osons néanmoins espérer que vos propos
reposent sur des enquêtes, des chiffres, de témoignages
nombreux, des faits contrôlables.
Ce sont ces éléments que nous nous permettons
de vous demander de bien vouloir nous communiquer, en
espérant que vous nous permettrez également de vérifier
ces sources très éloignées des pratiques constatées
par notre association et ses dirigeants nationaux et
locaux.
- En effet, contrairement à ce que vous laissez entendre,
la gestion assurée par un syndic « bénévole »
est un système de gestion
très sécurisé :
o
d’abord rappelons que la loi oblige les syndics non
professionnels à ouvrir un vrai
compte séparé sans
dérogation possible (contrairement aux syndics professionnels),
ce qui est la meilleure des garanties ;
o
ensuite précisons que l’ARC, comme toutes les associations
de copropriétaires, a négocié une assurance de responsabilité civile pour ses adhérents syndics « bénévoles »
qui est aussi performante (et même plus, parce qu’il
n’y a que très peu de franchises) que celle des professionnels ;
o
enfin il faut insister sur le fait qu’aucun syndic « bénévole »
n’est jamais « parti
avec les fonds de la copropriété » (comme cela
arrive pourtant trop souvent avec des syndics professionnels),
ceci pour deux raisons toutes simples : non seulement
les syndics « bénévoles » qui se risqueraient
à ces extrémités s’exposeraient à de graves sanctions
pénales, mais ils risqueraient aussi la « saisie »
de leurs lots, ce qui reste la « garantie »
la plus dissuasive.
- Vous évoquez par ailleurs - à titre de comparaison
- la garantie que représenteraient les dispositions
qui s’appliquent aux syndics professionnels.
Si vous parlez
de « garantie des fonds mandants », nous pensons
que vous avez été très mal renseigné, et vous invitons
pour cela à lire tous les articles - sur notre site
Internet - qui concernent des affaires récentes de syndics
professionnels ayant détourné des fonds, sans que les
copropriétés lésées ne soient JAMAIS indemnisées [affaire
GMG – HERMABESSIERE, affaire IBS – IMMOBILIER, affaire
IMMOBILIERE SAINT-SEBASTIEN, etc.]
Nous vous invitons
à lire plus particulièrement, le récit très détaillé
que nous faisons dans un article récent de ces problèmes
et de la mise en cause de la garantie accordée par les
établissements LLOYD’S aux syndics professionnels.
Quant à l’assurance
de responsabilité
civile professionnelle obligatoire, là encore elle
ne joue soit :
o
qu’après des procédures
judiciaires très longues et coûteuses pour les
syndicats de copropriétaires;
o
que partiellement,
en raison le plus souvent du vote du quitus, dont le
principe est imposé par tous les syndics.
Nous espérons que toutes ces précisions
vous permettront, en tant qu’élu de la Nation d’avoir une vision de ces problèmes plus
conforme à la réalité.
Dans l’attente des réponses aux questions
que nous formulons au nom des milliers de syndics « bénévoles »
et des centaines de milliers de copropriétaires qui
ont élu ces syndics de façon démocratique, et dans l’espoir
que vous pourrez désormais, en priorité, vous pencher
sur les problèmes réels que posent de nombreux syndics
professionnels aux copropriétaires, nous vous prions
de recevoir, Monsieur le Député, l’expression de nos
salutations distinguées.
Fernand CHAMPAVIER
Le Président ».