Voici un « dossier » du journal LE REVENU (mois de janvier 2009) qui
permet de remettre les pendules à l’heure.
1.
Non,
les syndics professionnels ne savent pas bien maîtriser
les charges.
2.
Oui,
les syndics bénévoles non seulement permettent de faire
des économies substantielles, mais assurent, en général,
une meilleure gestion de proximité.
Le Revenu apporte des éclairages
et exemples concrets pour étayer sa démonstration.
Voici
de larges extraits de ce dossier.
*
« N’attendez
pas de votre syndic qu'il maîtrise les charges. Cela
n'entre pas dans ses attributions. Impliquez d’autres
copropriétaires et faites la chasse aux gaspillages.
Mode d’emploi pour un succès assuré.
L'augmentation annuelle de
5 à 6 % de vos
charges de copropriété n'est pas une fatalité due à la flambée du prix du pétrole ou à l'inflation
de réglementations. Elle s'explique tout simplement par le fait que votre administrateur de biens, aussi appelé « syndic », ne gère pas votre immeuble dans le souci constant de limiter les dépenses d'entretien, de chauffage ou d'assurance. Tout cela lui prendrait trop de temps sans que sa rémunération n'augmente pour autant. Pour s'en convaincre, il suffit
de constater
les succès remportés par les
syndics bénévoles. En reprenant
seuls en main la gestion de leur immeuble, ils réduisent les charges annuelles
de 20 à 50 % selon les postes, comme le montre le témoignage de Jean-Louis Flamant, syndic coopératif
(page 51).
Il
n'est pas forcément nécessaire de se lancer dans l'aventure
de l'autogestion
pour réduire ses
charges. « Un syndic devient bon gestionnaire lorsque les copropriétaires
prennent les rênes », estime Renaud Dhont, responsable
«thermique et
fluides» à l'Association des responsables de
copropriétés (ARC).
Pour cela, il faut un conseil syndical motivé
et désireux d'établir une relation de confiance avec
le syndic. Réalisez avec les autres membres du conseil
syndical l'inventaire des charges courantes pour identifier
les postes les plus gourmands ou qui dérapent le plus
vite et identifiez des pistes d'amélioration en associant
le syndic à votre démarche.
Attaquez-vous
en priorité
au chauffage collectif (25 % des
charges), aux prestataires extérieurs (23%), à l'eau (12 %), au contrat de syndic (9 %), aux assurances de l'immeuble (5 %) ainsi
qu'aux travaux
prévus au budget (9 %). Dans un premier temps, il suffira de renégocier un à un tous les contrats
et abonnements à la baisse.
Vous devrez maîtriser à la fois des domaines
juridiques et techniques et faire preuve de charisme. Faites-vous
assister par L’ARC. Ses
membres vous fourniront des conseils pratiques
pour devenir force
de propositions face au syndic professionnel.
« Tout ne changera pas du jour au lendemain», prévient Renaud Dhont.
C'est un
travail de longue haleine,
mais le jeu en vaut la chandelle !
Vaste sujet que les travaux en copropriété ! Les syndics
professionnels sont accusés de tous les maux par les
associations de consommateurs. "Certains contrats
prévoient des commissions d'environ 3% pour le seul
suivi administratif des travaux, peste Michel Thiercelin, président de la Fédération des
syndicats coopératifs de copropriétés (FSCC), qui regroupe
des copropriétaires qui gèrent eux-mêmes leur immeuble
sur te mode coopératif. Et ces honoraires ne comprennent
même pas le suivi du chantier! C'est scandaleux, négociez
une baisse à 0,5%, pas plus."
De plus, les syndics sont suspectés de ne
pas vraiment faire Jouer la concurrence. "Souvent,
ils se contentent de contacter une poignée d'entreprises
amies et les devis récoltés sont impossibles à comparer",
attaque Jean-Louis Flamant,
syndic bénévole. "Nous soupçonnons notre syndic
d'avoir grugé la copropriété dans l'estimation des travaux
de façade qui nous ont coûté 140000 euros alors que,
en fait, le
marché ne dépassait pas 40000 euros", affirme un
de nos acteurs, ingénieur, qui accuse le syndic d'entente
avec l'architecte et l'entrepreneur. Il n'y a Qu’une
solution pour
éviter ces dérives et réduire la facture de moitié:
que le conseil syndical prenne les choses en main.
Nos
conseils : inspirez-vous de la
Recommandation n° 16 de la
Commission Relative aux Copropriétés..
Cet organe réunit régulièrement des experts du domaine
et actualise ses recommandations au fur et à mesure
que de nouveaux textes sont votés. La commission conseille
d'adopter une procédure en trois phases.
Descriptif des travaux, recherche de l'entrepreneur
et, enfin, choix de l'entrepreneur.
Le
syndic devra toujours rédiger un cahier des charges
précis des travaux avant de procéder à un véritable
appel d'offres. Ainsi, les membres du conseil syndical
obtiendront des devis comparables pour réellement mettre
les entreprises en concurrence. Parmi les critères à
renseigner, figurent le nombre d'heures de main-d'œuvre,
le coût horaire TTC,
le prix des fournitures selon leur qualité,
la qualification de l'entrepreneur, ses assurances,
sa garantie financière et les références de ses chantiers
précédents.
Le
choix de l'entrepreneur doit vous revenir, au
bout du compte.
Prévoyez aussi qu'en cas de travaux importants
ou complexes, le
syndic soit obligé de recourir à un maître d'œuvre,
bureau d'études ou architecte, pour élaborer un cahier
des charges digne de ce nom. Ne le laissez pas choisir
seul. Sachez que si l'architecte réalise le cahier
des charges, procède aux appels d'offres, suit le chantier
et réceptionne les travaux, vous devrez en contrepartie
lui verser entre 6 et 11 % d'honoraires nais, au final,
les travaux seront mieux faits.
Enfin,
votez le principe des provisions annuelles.
Les copropriétaires pourront ainsi lisser les dépenses
dans le temps pour mieux entretenir l'immeuble.
Ascenseur
Chaque copropriété va devoir débourser entre 15000 et 45 000
euros pour remettre les ascenseurs aux normes. Pour
ces travaux, adoptez la procédure de mise en concurrence
décrite ci-dessus pour les travaux. Attention, quatre
grands ascensoristes se partagent le marché. Et ils
sont suspectés, par les associations de copropriétaires
(ARC, FSCC) de profiter de l'obligation légale de mise
aux normes pour gonfler les devis et pousser les clients
à réaliser des travaux qui ne seraient pas indispensables.
Sachez que certains dispositifs doivent être installés
avant 2010, d'autres d'ici à 2018.
Nos conseils: faites
appel à un bureau d'études indépendant
de ces multinationales et de votre syndic. Il déterminera
les aménagements réellement nécessaires et leur coût.
Préférez un ascensoriste de taille moyenne, souvent moins cher.
Si votre ascenseur est vieux, peut-être vaut-il mieux
changer carrément d'appareil et être tranquille pendant
vingt ans.
L’EAU FROIDE
Généralement, la facture d'eau est répartie
entre les copropriétaires selon les tantièmes. L'installation
de compteurs par logement devrait rendre chaque occupant
plus responsable de sa consommation et dégager des économies.
"Mais, sans gestion rigoureuse, on peut arriver
à des situations injustes et conflictuelles",
prévient Renaud Dhont, de l'ARC. Avec le temps, les appareils
perdent en fiabilité et font apparaître des écarts avec
le compteur général. Il faut les relever souvent et
les surveiller sinon, leur installation ne sert à rien.
Nos conseils: prévoyez un forfait pour les habitants
qui refusent au releveur l'accès à leur logement.
L'entretien régulier de la robinetterie et la pose d'économiseurs d'eau
sont très efficaces (-30 à - 50% d'eau par douche).
Enfin,
pensez à négocier un contrat d'entretien et de
dépannage avec un prestataire. Il interviendra vite,
à un tarif inférieur à celui d'un plombier. Pour les
détails: www.unarc.asso.fr/site/
guides/geseau.htm.
PRESTATAIRES
D'après les chiffres de la CNAB,
les frais de personnel et le recours aux prestataires
pèsent pour 23% des charges. Si votre immeuble est doté
d'un gardien, plongez-vous dans son contrat de travail
pour vérifier que le salaire correspond bien à ce qui
lui est dû. Les erreurs sont fréquentes. Nos
conseils : penchez-vous sur les contrats d'entretien,
surveillance, nettoyage et jardinage. Mettez les entreprises
en compétition par le biais de devis détaillés et précis,
notamment en ce qui concerne le prix des fournitures
(sacs poubelle, produits d’entretien). Contrôler la
réalité des prestataires tout au long de l’année. Limitez
le contrat à un an,
vous éviterez les clauses d’indexation fantaisistes.
Organisez vous entre copropriétaires pour remplacer
vous même les ampoules grillées dans l’escalier. Ces
menus travaux d’entretien coûtent très cher quand ils
sont effectués par des entreprises extérieures ou par
le syndic.
LE
CHAUFFAGE
En réalité, la facture atteint aisément le
double ou le triple dans le nord de la France. Elle varie beaucoup d'un immeuble à l'autre
selon le combustible utilisé (électricité, fioul, gaz),
le rendement de la chaudière (individuelle ou collective),
l'isolation de l'immeuble et le confort exigé par les
habitants.
C'est pourquoi, il n'existe pas de recette
miracle pour réduire les charges de chauffage, mais
uniquement une série de solutions sur mesure. À vous
de les trouver. N'attendez pas du syndic qu'il s'en
charge.
Nos conseils: commencez
par agir sur les comportements. Proposez
de retarder les dates de mise en route du chauffage
à la mi-octobre pour une fin à la mi-avril "Pour
réussir à faire baisser la température de consigne, il faut
agir progressivement afin de ne pas chambouler les habitudes
des occupants. Baissez chaque année la température d'un
degré et vérifiez la baisse de consommation induite",
conseille Renaud Dhont,
de l'ARC.
Contrôlez les factures,
une piste souvent négligée. "Lorsque nous avons
constaté 14% de hausse pour le chauffage urbain, notre
conseil syndical a demandé des explications à la régie,
qui a avoué s'être trompée et elle nous a restitué
le trop-perçu", raconte Michel Thiercelin.
Si vous vous chauffez au fioul, ne laissez pas non plus
au seul syndic le soin d'acheter le combustible. Passez
plusieurs coups de téléphone pour connaître les prix.
Il peut exister des différences de 10 à 15%entre les prestataires.
Réalisez
votre bilan énergétique simplifié (BES) mis au point
par l’Association des Responsables de Copropriété.
Les Espaces info énergie (EIE) donnent des conseils
gratuits pour faire votre BES. L'ARC édite aussi un
guide sur le sujet.Il est indispensable de faire le
point sur la situation existante en réalisant vous-même
un BES. Pour cela, vous devez vous former aux notions de base en matière d'énergie.
Cette méthode vous familiarisera avec des notions
thermiques qui permettront aux membres du conseil syndical
de connaître avec précision la consommation en chauffage
de la copropriété. Ce bilan vous fournira une batterie
d'indicateurs pour parler d'égal à égal avec les thermiciens
et les ingénieurs des bureaux d'études.
Examinez de près le contrat d'entretien du chauffage
Demandez-le au syndic et
renégociez le en utilisant les données issues du bilan. Mettez en concurrence plusieurs chauffagistes pour faire
baisser le coût du contrat. "Si vous changez de
chaudière, il faut absolument redimensionner sa puissance", prévient Renaud Dhont. Souvent, les chauffagistes procèdent au remplacement pur et simple, sans
chercher le meilleur rendement. Les machines consomment
alors 30 à 50% de plus que nécessaire!
Demandez l'intervention d'un bureau
d'études thermiques.
Cela vous coûtera entre 1 200 et 2 500 euros pour un immeuble de quarante appartements.
Passez, enfin, aux travaux d'isolation du bâtiment. Un pré diagnostic thermique doit être réalise afin d'identifier
les travaux à entreprendre et les gains énergétiques
attendus.
Faites la chasse aux aides auprès
de l'Agence nationale
de l'habitat (Anah). Le site de l'Anil recense les aides
et subventions à l'habitat en vigueur dans chaque département
(vww.anil.org).
RENAUD DHONT responsable technique « thermique et fluides » de
l’ARC.
« II est indispensable de maîtriser les notions
de base pour négocier d'égal à égal avec les professionnels. »
En matière de chauffage, le premier conseil est simple : il faut estimer avec
précision la consommation de votre immeuble. Souvent, personne ne connaît ce chiffre, pas plus le syndic que le chauffagiste. Les membres du conseil syndical doivent
réaliser eux-mêmes un bilan énergétique simplifié B.É. S) de leur immeuble. Cette démarche prend un peu de temps, mais leur fournira gratuitement des indicateurs fiables sur leur propre installation. C'est un préalable indispensable pour l’améliorer.
LES HONORAIRES
DU SYNDIC
La gestion courante de votre immeuble est assurée
par le syndic en contrepartie du paiement d'un forfait
annuel. Au fil des années, les syndics ont transformé
bon nombre de tâches dites "courantes" en
"exceptionnelles". De ce fait, ils facturent
aux copropriétaires une quantité croissante de prestations
qui se sont ajoutées aux honoraires de gestion. Saisi
de l'affaire, le Conseil national de la consommation
(CNC) a émis un avis en septembre 2007. "Le CNC
a souhaité que les syndics en reviennent à ce qui se
pratiquait, il y a quinze ans, à savoir que le total
des honoraires facturés sur une année ne soit que légèrement
supérieur aux honoraires de base (plus 10% environ)
et que les honoraires particuliers reviennent à un niveau
raisonnable", explique-t-on à l'ARC. Ouvrez l'œil,
car bon nombre d'administrateurs font semblant de
respecter l'avis.
Nos
conseils: exigez de recevoir le nouveau contrat de syndic
au moins trois mois avant l'assemblée générale
annuelle. Si vous découvrez le contrat en AG, vous ne
pourriez pas refuser de voter au risque de vous retrouver
sans syndic ! Vérifiez chaque point du contrat et négociez de réintégrer un maximum d'actes "exceptionnels" en
"gestion courante", comme les frais
de tenue d'AG. Lisez bien l'avis du CNC sur le site
du ministère des Finances, www. minefi.gouv.fr (rubrique CNC), et rendez-vous sur celui de
l'ARC, www.unarc.asso.fr.