I.
Après la première lettre, voici la deuxième
Comme
indiqué la semaine dernière (
abus numéro 2150)
nous avons commencé l’année en fanfare en saisissant nos trois
ministres (Justice, Logement, Economie) de trois problèmes
majeurs :
-
les filiales de syndic ;
-
le compte séparé ;
-
la mise en concurrence des
syndics.
Après
avoir mis en ligne la lettre sur les filiales des syndics
(voir abus numéro 2151) nous mettons en ligne cette semaine
notre lettre sur le compte séparé. La semaine prochaine, ce
sera la lettre sur la mise en concurrence.
Monsieur Hervé NOVELLI
Secrétaire d’État chargé de
l’industrie et de la
Consommation
139,
rue de Bercy
75012 Paris
Objet : Pression tarifaire
et le renoncement des syndicats de copropriétaires au compte
séparé.
Monsieur le Ministre,
En 2000, la loi SRU instituait le compte bancaire séparé obligatoire tout
en permettant au syndic de demander à l’assemblée générale
l’autorisation de ne pas ouvrir ce compte, dispense pouvant
être accordée - comme vous le savez - à une majorité absolue
puis relative (celle requise pour l’élection
du syndic).
Nous avons d’emblée signalé cette anomalie et avions prédit - ce qui se
vérifie - que l’obligation légale serait, de ce fait, contournée
très largement (seulement 15 % des syndicats de copropriété
disposent aujourd’hui d’un compte séparé).
Cette situation est préjudiciable aux copropriétaires qui subissent -
comme nous l’avons démontré à de nombreuses reprises - les
conséquences d’une « financiarisation »
excessive de la gestion des copropriétés.
La gestion est, en effet - lorsque le syndic peut déposer tous les fonds
des copropriétés qu’il gère sur son propre compte - souvent
intégralement orientée vers la production maximale de produits
financiers, ce qui se fait alors au détriment de l’intérêt
des copropriétaires (fournisseurs payés avec retard et majorant
ensuite leur prix ; budgets surévalués ; produits
non répartis ; travaux « appelés »
mais différés, etc.).
La question se pose néanmoins de savoir comment les syndics peuvent obtenir
si facilement une « dispense » d’ouverture de compte
séparé. La réponse est malheureusement simple et s’appelle
« dissuasion tarifaire ».
Les honoraires supplémentaires appliqués par les syndics en cas de compte
séparé peuvent, en effet, facilement atteindre 30 à 50 % des
honoraires de base, ce qui - eu égard à l’évolution des techniques
bancaires - n’a aucune justification.
Pour démontrer à quel point cette
dissuasion tarifaire est excessive, nous vous prions de bien
vouloir trouver ci-joint le contrat du groupe TAGERIM (l’un
des dix plus gros syndics de France) qui applique un surcoût
par lot et par an de 145,91 €, soit environ le prix annuel
du forfait de gestion de base pour un lot !
Pour neutraliser ces pratiques qui en viennent à faire que la règle édictée
par la loi est devenue l’exception (créant par là un préjudice
sensible à tous les copropriétaires pour les raisons exposées
plus haut) nous estimons qu’il faudrait rendre impossible
ou très difficile le renoncement au compte séparé.
Pourquoi, par exemple, faut-il un vote à la double majorité pour « renoncer »
à l’élection d’un conseil syndical et seulement la majorité
de l’article 25 puis 25-1 pour renoncer au compte séparé ?
Si des raisons pratiques ont pu
être opposées il y a dix ans par les syndics pour justifier
le « compte unique », l’évolution
des techniques bancaires ne justifient plus l’actuelle situation.
Exemple : un syndic qui a vingt copropriétés
transmettra à son banquier tous les chèques reçus et c’est
désormais le banquier lui-même qui opérera le tri. En ce qui
concerne les paiements, la dématérialisation des paiements
(virements, prélèvements) rend très simple la gestion des
comptes séparés, etc.
Peut-être seriez-vous tentée de nous répondre qu’il suffit de faire jouer
la concurrence entre syndics, à quoi nous répondrons :
- Que
celle-ci n’est pas toujours possible (nouvelle copropriété
dont l’ordre du jour est fixé par le seul syndic de promotion)
ni facile (le syndic en place n’adressant son projet de
contrat qu’avec la convocation et ne pouvant - à ce moment
- être mis en concurrence puisqu’il n’y a plus de possibilité
de compléter l’ordre du jour).
- Que
- de toutes façons - 90 % des syndics pratiquent une dissuasion
tarifaire de plus en plus lourde, comme le montre l’exemple
de TAGERIM.
C’est la raison pour laquelle nous estimons que le ministère doit constater
qu’il y a contournement massif de la loi et prévoir de modifier
en conséquence celle-ci en rendant soit impossible la dispense
(ce que nous préférerions) soit très difficile (nécessité
d’obtenir la majorité de l’article 26).
Restant à votre disposition pour tout complément d’information sur ce
sujet et vous remerciant de l’attention portée à ce problème,
nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, en l’assurance
de notre haute considération.
Fernand CHAMPAVIER
Le Président ».