I.
Le « Fonds
travaux obligatoire »
Il
y a des années que l’ARC - bien seule - explique pourquoi
il faudrait que la France - comme le Québec,
la Hollande, l’Allemagne, etc.
- prévoit l’institution obligatoire de « fonds travaux » dans
les copropriétés, seul moyen de gérer de façon anticipée,
rationnelle, économe et efficace les gros travaux (alors
qu’aujourd’hui la faible anticipation coûte très chère).
Certes,
pour sécuriser les fonds travaux et éviter que ceux-ci
ne profitent aux syndics, il faut que cette mesure s’accompagne
de mesures de nature fiscale et que les placements de
ces fonds au seul profit des copropriétés (et sans frais)
soient garantis. Là aussi nous avons fait des propositions
précises.
Or,
il semble qu’aujourd’hui nos propositions courageuses,
efficaces et de nature à résoudre bien des problèmes en
copropriété - y compris sociaux
- gagnent du terrain.
Voici
- pour ceux qui en douteraient - un article très intéressant
rédigé par le site UNIVERSIMMO, site qui rend d’ailleurs
hommage à l’ARC pour son rôle de pionnier (là aussi) en
ce domaine.
Cet
article explique bien :
a)
que le fonds travaux
obligatoire est une mesure avant tout « sociale », donc favorable aux
copropriétaires les plus modestes ;
b)
que c’est un bon moyen
d’obliger les bailleurs à s’occuper des gros travaux ;
c)
que c’est aussi un
bon moyen de traiter les problèmes liés aux placements
en copropriété et à la fiscalité des placements.
Ceux
qui sont un peu pressé peuvent lire d’abord les points
III, IV et V.
Voici l’article de UNIVERSIMMO :
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ACTUS
Copropriétés : plaidoyer pour des fonds travaux
obligatoires Le 13/1/2010
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Alors que la gestion des immeubles s'est peu à peu professionnalisée,
les copropriétés ont du mal à dépasser l'horizon
annuel dès qu'il s'agit du "gros entretien"
des bâtiments et de leurs équipements. Un parc
de 7 millions de logements est ainsi entretenu
au jour le jour, et à vrai dire de plus en plus
mal ! Pire, les copropriétaires, et singulièrement
les acquéreurs qui s'endettent souvent pour vingt
ans et plus, n'ont aucune visibilité du vrai coût
d'entretien à long terme de l'immeuble. Du coup,
face au risque de dégradation accélérée de nombreuses
copropriétés, et devant les défis du Grenelle
de l'environnement, l'obligation de programmation
pluriannuelle et de constitution systématique
de provisions pour les travaux futurs paraît contrairement
aux apparences le plus sûr moyen de protéger les
plus modestes, leur absence aujourd'hui leur donnant
une fausse idée des charges et les mettant dans
la difficulté quand il s'agit de faire face à
des dépenses lourdes presque sans préavis !
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I. Une absence quasi-totale de programmation des gros
travaux
Ce qui paraîtrait impensable dans toute autre entité ou
collectivité, en charge de l'entretien d'un patrimoine
immobilier, semble normal à l'immense majorité des copropriétaires
: découvrir les travaux à effectuer au fur et à mesure
qu'ils deviennent inévitables, devoir avancer les fonds
au dernier moment, en un ou, tout au plus, deux trimestres,
sans programmation d'ensemble, sans claire vision des
priorités, sans constitution de réserves de trésorerie
au fur et à mesure de la vétusté, est le lot commun de
presque toutes les copropriétés.
Très rares sont en effet les copropriétés qui font usage
de la faculté, qui leur a été créée en 2004, de voter
la réalisation d'un plan pluriannuel de travaux, fondé
sur un diagnostic exhaustif des composants de l'immeuble
(gros oeuvre, façades, couverture et étanchéité, réseaux,
assainissement, ascenseurs, installation de chauffage
et de production d'eau chaude, sécurité incendie, etc.),
et de constituer une réserve de trésorerie fondée sur
une valorisation prévisionnelle des différents postes
de travaux, permettant de les financer sans plus avoir
à solliciter les copropriétaires qu'à la marge... Cette
disposition est passée inaperçue, et les syndics qui s'essayent
dans cette voie se heurtent la plupart du temps à la méfiance
des conseils syndicaux qui n'aiment pas trop qu'on pense
à leur place.
Les copropriétaires sont de moins en moins enclins à une
vision patrimoniale de long terme : les bailleurs préfèrent
être sollicités le moins possible et une part croissante
des copropriétaires résidants n'envisagent leur présence
dans leur copropriété que pour quelques années, en attendant
mieux...
Certes, les syndics doivent continuer à proposer tous
les trois ans la constitution de provisions dites de l'article
18, les "provisions spéciales en vue de faire face
aux travaux d'entretien ou de conservation des parties
communes et des éléments d'équipement commun, susceptibles
d'être nécessaires dans les trois années à échoir et non
encore décidés par l'assemblée générale".
Dire qu'ils
le font en vain serait inexact, mais lorsqu'une provision
de ce type, en général appelée "fonds de prévoyance",
est décidée (dans pas plus de quelques pour cent des immeubles,
et encore...), les réserves constituées le sont la plupart
du temps sans référence à des travaux précis, pour des
sommes ne représentant qu'une part minime des travaux
à prévoir, et en tous cas sans diagnostic de l'immeuble
et sans vision précise à moyen et long terme de l'entretien
lourd et des adaptations nécessaires du patrimoine.
Résultat,
les immeubles sont gérés sans connaissance précise de
leur état et sans horizon prévisionnel au delà d'un ou
deux ans !
Les copropriétaires
qui ne font pas partie des initiés du conseil syndical
ne découvrent dans la pratique les sommes - souvent importantes
- qu'ils vont devoir avancer que lorsque les travaux sont
inscrits à l'ordre du jour de l'assemblée générale, et
qu'ils doivent les payer avec un préavis de quelques mois
seulement. L'idée selon laquelle, en tant que propriétaires,
ils devraient savoir qu'un immeuble demande de l'entretien,
et donc mettre de l'argent de côté en temps utile, est
totalement illusoire ! Non spécialistes du bâtiment, ils
ne peuvent prévoir ni l'ampleur, ni la nature et la multiplicité
des travaux que nécessite la conservation d'un immeuble.
Par ailleurs, les copropriétaires ne sont plus les épargnants
prévoyants qu'ils étaient jadis : il y a belle lurette
que la copropriété s'est démocratisée, et qu'aujourd'hui,
les acquéreurs aidés sont endettés jusqu'au cou, et avec
un pouvoir d'achat qui s'étiole, arrivent à peine à faire
face au provisions courantes...
Passe encore pour le ravalement qu'on voit venir, et qui
valorise l'immeuble de manière visible ; mais faire sortir
en un ou deux appels 3 à 5.000 euros par copropriétaire
pour des travaux à caractère plus technique, comme la
sécurisation de l'ascenseur ou la réfection de réseaux
devient de plus en plus difficile, et relève pour les
syndics dans beaucoup d'immeubles de la mission à hauts
risques : une aventure qu'on commence sans savoir comment
on va pouvoir la terminer...
D'autant qu'il ne peut être question, comme le préconisent
certains, d'attendre avant de commencer les travaux d'avoir
réuni la totalité de la somme nécessaire : les copropriétaires
acceptent rarement de payer un deuxième, voire un troisième
appel avant que le chantier ne soit effectivement commencé.
Pourtant le syndic engage sa responsabilité à l'égard
des entreprises auxquelles il commande les prestations,
et se doit de s'assurer au préalable de sa capacité à
honorer les factures en temps et en heure comme le prévoient
les marchés !
Seule solution : proposer des "crédits copropriété"
pour ceux qui ne sont pas sûrs de pouvoir honorer les
appels de fonds ; couverts par un contrat d'assurance
contre les impayés et accordées sans demande d'aucune
garantie ni condition autre que celle d'être à jour de
ses charges, plus chers que les crédits pour travaux proposés
par les établissements financiers, ils sont souvent le
seul type de crédit accessible à ceux en délicatesse avec
leur banque. Encore faut-il constater que les syndics
ne pensent pas à les proposer systématiquement, de même
que les subventions et prêts dont peuvent bénéficier les
copropriétaires en fonction de leur statut d'occupant
ou de bailleur, leurs ressources et leur situation de
la part de l'ANAH, des collectivités locales ou régionales,
du 1%, du FSL, etc.
Pas étonnant
dans ces conditions que la qualité de l'entretien des
immeubles en copropriété régresse au regard de celle du
parc locatif, et notamment du parc social, et qu'un nombre
croissant d'immeubles tombent dans la spirale infernale
du défaut d'entretien, de la dévalorisation et de la paupérisation,
gangrène des centres urbains anciens et des banlieues
populaires !
II. Des logements valorisés sans référence
aux travaux futurs
Toutefois la pire des conséquences de la situation actuelle
d'absence de visibilité sur les travaux futurs nécessaires
à l'immeuble porte sur la valorisation des logements dans
les transactions de vente. En effet, les immeubles sont
des biens de longue durée, nécessitant périodiquement
des travaux lourds, aisément programmables et de coût
prévisible ; ne pas en tenir compte revient à rendre la
fixation du prix aléatoire, et force est de constater
qu'aujourd'hui, le prix du m2 d'appartement ne tient compte
que des travaux visibles, réalisés ou à venir, mais en
aucun cas de ceux touchant aux composants cachés de l'immeuble,
ou à la performance énergétique ! L'affichage de charges
modérées en l'absence d'information quant aux charges
de travaux lourds susceptibles de tomber dans les 5 ou
10 ans suivant l'achat peut s'apparenter à de la tromperie,
et en tous cas occulte le véritable coût d'entretien de
l'immeuble dans lequel l'acquéreur s'engage, alors qu'il
s'endette souvent pour plus de vingt ans !
Deux méthodes existent pour une fixation
du juste prix :
-
celle retenue par exemple habituellement pour l'établissement
du prix d'un avion vendu d'occasion, qui tient compte
du temps restant à courir et du coût de la prochaine "grande
visite" et du potentiel restant des moteurs avant
leur nécessaire remplacement ; ainsi le même avion cotera
différemment s'il est vendu juste avant ou juste après
une grande visite, la différence étant alors le coût prévisionnel
de cette dernière ; le même décotera de la moitié de ce
coût s'il est vendu à mi-durée entre deux grandes visites...
-
celle retenue pour l'établissement du prix des parts
d'une société immobilière, qui tient compte des provisions
constituées au titre des immeubles détenus sur plans pluriannuels
de travaux pour les travaux à venir (provisions pour charges
futures) ; ainsi le prix d'un immeuble pris en compte
dans les actifs de la société avant travaux le sera pour
un prix incluant le montant de ces travaux, les provisions
restant bien entendu dans la société après la vente des
parts...
Ces deux
méthodes supposent néanmoins de disposer d'un plan pluriannuel
de travaux valorisé ; la seconde suppose en outre que
les travaux soient intégralement provisionnés suivant
les valorisations de ce plan. A défaut, la valorisation
s'effectue à l'aveugle, l'acquéreur étant exposé à toutes
les mauvaises surprises, ne disposant d'aucun document
donnant le montant estimatif et le calendrier des travaux
auxquels il aura à participer !
III. Le défi redoutable de la performance énergétique
Or ceux-ci sont appeler à devenir de plus en plus lourds,
notamment pour le parc immobilier antérieur aux années
1980 : vieillissement du bâti, des réseaux et des équipements,
mises aux normes réglementaires (ascenseurs, mais aussi
bientôt réseaux d'alimentation en eau, qualité de l'air
intérieur, sécurité incendie, etc.), et travaux d'économie
d'énergie et de "développement durable" ; ces
derniers vont rapidement prendre le pas, devant la nécessité
de contenir la facture énergétique, que viendront alourdir
l'inévitable hausse des coûts de l'énergie et la fiscalité
environnementale (taxe carbone) ! *
Si une partie
des travaux pourra être - très partiellement - financée
par les aides publiques actuelles (ADEME, ANAH, Fonds
Chaleur) ou à venir (certificats d'économie d'énergie
?), et une autre par des Eco-prêts à taux zéro (Eco-PTZ)
individuels (existants) ou collectifs (réclamés par les
acteurs du Grenelle), qui feront office d'avance sur les
économies à venir au niveau de la facture de chauffage,
tous les travaux nécessaires ne seront pas couverts.
Le projet
de loi Grenelle II, dans sa première mouture adoptée par
le Sénat, prévoit l’obligation pour tous les propriétaires
ou gestionnaires de bâtiments équipés d'une installation
collective de chauffage ou de refroidissement de réaliser
dans un délai de cinq ans à compter de la publication
de la loi un diagnostic de performance énergétique (DPE)
global pour l'immeuble (actuellement le DPE n'est obligatoire
que logement par logement à l'occasion des ventes ou des
locations) ; les syndics de copropriétés comportant de
tels immeubles devront dans la foulée inscrire à l'ordre
du jour de l'assemblée des copropriétaires la question
d'un "plan de travaux d'économies d'énergie"
("Eco-plan"), ou d'un "contrat de performance
énergétique" (CPE) à conclure avec un opérateur approprié.
Dans les immeubles d'avant 1990, ces
étapes conduiront nécessairement à des travaux d'importance,
d'autant plus lourds que les immeubles sont anciens :
modernisation de l'installation de chauffage et de production
d'eau chaude, avec recours à des énergies renouvelables,
travaux d'isolation des façades, toitures et fenêtres,
etc. Les copropriétaires y seront poussés à la fois par
les mesures incitatives - crédit d'impôt, Eco-PTZ, possibilité
pour les bailleurs de faire participer les locataires
sous forme de partage du gain de charges - et par la nécessité
d'économiser sur une facture d'énergie de plus en plus
lourde. C'est en tous cas le pari du gouvernement et on
peut aisément prévoir qu'il fera tout pour le gagner...
Et ce ne sera pas un luxe : avec l'affichage obligatoire
à compter de 2011 du diagnostic de performance énergétique
dans les annonces relatives aux ventes et aux locations,
le prix du m2 dans les immeubles "passoires"
se dévalorisera rapidement !
Au sortir d'une crise économique sans
précédent, les copropriétaires déjà fortement sollicités
pourront-ils faire face aux investissements nécessaires
? Un consensus se forme entre associations de copropriétaires
et syndics pour envisager la systématisation de la constitution,
à l'avance et dans des conditions favorables aux copropriétaires,
de provisions permettant de financer ces travaux, voire
même l'ensemble des travaux nécessaires à l'entretien
lourd des immeubles.
IV. Naissance d'un consensus syndics-associations
de consommateurs pour des fonds de travaux obligatoires
Il s'agirait, sur la base des estimations de travaux d'un
"Eco-plan" ou d'un plan pluriannuel de travaux
plus large, de constituer progressivement une réserve
financière qui permette le moment venu de financer la
plus grande part du coût des travaux restant incomber
aux copropriétaires une fois déduites les aides et financements
divers obtenus.
Et puisque
les copropriétaires sont réticents à voter spontanément
ce type de provisions, une partie d'entre elles au moins
- les fonds de réserve pour les travaux d'économie d'énergie
- seraient rendues obligatoires, à l'instar de ce qui
a été mis en place par exemple au Québec et aux Pays Bas.
La principale association de consommateurs spécialisée
dans la copropriété, l'ARC (Association des responsables
de copropriété), milite ouvertement pour une telle mesure,
réclamée également par la FNAIM (Fédération nationale de l'immobilier), et
qui recueille également l'assentiment de l'autre grande
organisation de syndics, l'UNIS (née de la fusion de la
CNAB, du CSAB et de l'UNIT).
Curieusement, les syndics sont plus timides que l'ARC
et s'en tiennent dans leurs préconisations à des montants
modestes, 5% du budget des charges courantes (environ
100 euros par an), soit quelques pour cent des travaux
à entreprendre, et donc très faibles par rapport aux montants
nécessaires pour obtenir les performances thermiques souhaitées.
De tels fonds peuvent juste commencer à préparer les copropriétaires
à l’idée de financer les travaux de rénovation thermique
et de les entreprendre mais leur faiblesse ne permettra
pas d’aller plus loin et ne peut jouer qu’à la marge...
Dans tous les cas, des aménagements à la législation
de la copropriété et peut-être au Code monétaire et financier
seraient nécessaires pour :
-
garantir
une non-fongibilité des fonds ainsi collectés avec ceux
appelés pour la gestion courante des immeubles,
-
défiscaliser
le placement de ces fonds ne serait-ce que pour des raisons
purement pratiques (le respect des règles de déclaration
des produits financiers entraînent un coût administratif
disproportionné par rapport au rendement fiscal de l'imposition
en application du droit commun...),
-
sortir le
cas échéant ces fonds du champ de la couverture par la
garantie financière des syndics, ce qui éviterait une
augmentation du coût de cette garantie pour le professionnel
et par répercussion aux copropriétaires, en les faisant
déposer sur des comptes bancaires réglementés, en quelque
sorte "sanctuarisés, et d'où les retraits seraient
contrôlés pour s'assurer de leur emploi dans l'objectif
pour lequel ils ont été collectés...
-
faire en
sorte que les fonds constitués sur plan pluriannuel de
travaux ne soient plus considérés comme des avances remboursables
aux copropriétaires vendeurs, et qu'ils soient acquis
à la copropriété ; bien entendu, les copropriétaires vendant
leur logement intégreraient leur quote-part de ces provisions
dans leur prix de vente, puisque c'est autant que les
acquéreurs n'auraient pas à avancer pour la réalisation
des travaux, et on peut imaginer qu'en contrepartie cette
part du prix soit exclue des droits de mutation...
Cela revient-il à obliger les copropriétaires à une
épargne forcée ? Ceux qui font cette critique, et qui
comparent la situation des copropriétaires avec celle
des propriétaires de maisons individuelles, oublient que
la constitution de provisions pour charges et travaux
futurs prévisibles est une règle de saine gestion uniformément
admise dans la comptabilité des entreprises (et des sociétés
immobilières en particulier), et que la réforme des comptes
des syndicats des copropriétaires mise en place à partir
de 2007, alors qu'elle a, sous réserve des adaptations
nécessaires, étendu aux copropriétés les principes de
la comptabilité des entreprises et des associations, et
instauré en particulier les dotations obligatoires aux
provisions pour dépréciation de créances douteuses, aurait
très bien pu aussi instaurer celles pour "risques
et charges" : c'est ce mécanisme comptable de droit
commun qui fait aux sociétés immobilières obligation de
constituer des provisions pour l'ensemble des travaux
d'entretien prévisibles sur les bâtiments (hormis ceux
qui peuvent être considérés comme des investissements
et qui donnent lieu à dotations aux amortissements, ce
qui revient au même...).
Contrairement aux arguments juridiques avancés alors par
ceux qui continuent de voir la copropriété comme une simple
indivision, le fait que les rédacteurs de la réforme se
soient arrêtés en chemin et ouvert simplement la voie
à la constitution de réserves facultatives relève surtout
de la crainte du tollé qu'aurait soulevé chez les copropriétaires
une charge supplémentaire, et une obligation qui serait
passée pour de l'épargne forcée".
V. Le provisionnement obligatoire : une mesure favorable
aux copropriétaires les plus modestes !
Or ceux qui, pour s'opposer à la constitution à l'avance
de fonds destinés à financer les travaux futurs, prétendent
que l'argent est mieux dans la poche des copropriétaires
que dans celle du syndic méconnaissent deux réalités importantes
:
-
d'une part les fonds travaux sont constitués pour
le compte de la collectivité des copropriétaires ; il
suffit que ceux-ci le demandent pour qu'ils soient déposés
sur un compte au nom du syndicat et placés à son profit
et non à celui du syndic ;
-
d'autre part, ceux qui bénéficient le plus de ce type
de raisonnement sont ceux qui disposent de liquidités
et n'ont pas de difficultés à faire face à des demandes
de paiement sous faible préavis ! Les autres, maintenus
longtemps dans l'ignorance du coût réel d'entretien de
leur immeuble, sont mis en difficulté lorsqu'au pied du
mur ils doivent faire face à des appels de fonds aussi
lourds qu'imprévus !
En fait, ne pas provisionner les travaux n'empêche
pas de devoir les payer un jour ! Comme le note très bien
une note consensuelle du "Chantier copropriétés"
du Plan bâtiment Grenelle, qui réunit entre autres acteurs,
syndics et représentants des copropriétaires, "la
programmation prévisionnelle des travaux exceptionnels
et la mise en place de provisions est le meilleur moyen
d’aider les copropriétaires modestes (un programme de
travaux bien préparé revient moins cher ; les provisions
facilitent les décisions de travaux et leurs financements,
donc aident les plus modestes). A contrario l’absence
de prévisibilité et de provisions expliquent le phénomène
des copropriétés en difficulté qui aggravent les problèmes
des ménages modestes".
Par ailleurs, devant l'ampleur des travaux à financer,
les difficultés des copropriétaires les plus modestes
- ceux qu'on a peut-être trop facilement incités à devenir
propriétaires ? - devront tôt ou tard, et provisions obligatoires
ou non, être prises en compte au moyen d'aides appropriées.
Pourquoi ne pas imaginer par exemple une extension aux
provisions pour travaux de l'allocation de logement existant
actuellement pour les remboursements d'emprunt, ou pour
les personnes âgées des aides spécifiques récupérables
sur les héritiers dans le cadre de la succession ?
Quoi qu'il en soit, la
France, qui aime se savoir pionnière
en matière de copropriété, ne peut ignorer que - les mêmes
causes produisant les mêmes effets - plusieurs pays comme
les Pays-Bas, l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne, l’Autriche,
ou le Québec ont institué les fonds de travaux obligatoires
sans que l'on crie à l'atteinte au droit de propriété... ».