I.
Une prochaine clarification
Nous
avons enfin reçu une réponse de Madame LAGARDE à nos
questions sur le Livret A, via son Directeur de cabinet,
que nous remercions vivement (voir abus numéro 2197).
Vous
trouverez ci-dessous cette lettre du Directeur de
cabinet et notre lettre en réponse.
On
constatera trois points importants :
a)
Le ministère pense
assez curieusement que la loi a changé la liste des
« bénéficiaires » du Livret A ;
or ce n’est pas exact, la loi a modifié la liste des
établissements bancaires mais pas les bénéficiaires… Dès
lors il n’y a pas lieu de modifier la pratique antérieure
(d’ailleurs, comme nous l’écrivons au ministre, si
la loi avait changé, il serait illégal de continuer
à verser de l’argent sur les anciens livrets…).
b)
Mais il y a beaucoup
plus intéressant dans la réponse reçue : pour
la première fois le ministère admet : « Certains
syndicats de copropriétaires répondent bien aux critères
associatifs, DONC peuvent bénéficier de Livret
A ».
Cette
affirmation est doublement intéressante :
-
d’abord parce que cela
confirme ce que nous disons depuis des mois :
DES syndicats
de copropriétaires peuvent ouvrir des Livrets A ;
-
ensuite parce que cela
nous permet - là aussi - d’utiliser une curieuse deuxième
erreur du ministère ; en effet, contrairement
à ce que pense le ministère il n’y a qu’un seul statut
juridique ET fiscal pour les syndicats de copropriété
et le fait qu’un syndicat soit géré par un professionnel ou un bénévole
ne change PAS
ce statut.
Dès lors, si le ministère reconnaît un statut associatif à certains syndicats,
il doit le reconnaître à TOUS puisque RIEN ne distingue
juridiquement et fiscalement les syndicats gérés
différemment (par un professionnel ou non).
C.Q.F.D.
disaient les anciens.
Voilà qui est fait.
c)
Enfin, le directeur
de cabinet - qu’on sent gêné par ces contorsions -
annonce par ailleurs une clarification définitive
par voie législative. C’est bien, mais il aurait suffi
d’une simple réponse ministérielle pour clarifier
la situation.
Voici les courriers : celui du ministère et le nôtre :
Ministère
de l’Economie de l’Industrie et de l’Emploi
139,
rue de Bercy 75572 PARIS CEDEX 12
LE
DIRECTEUR DU CABINET
Vous
avez bien voulu attirer l'attention de Mme Christine
Lagarde, Ministre de l'Economie, de l'Industrie et
de l'Emploi, sur le souhait des syndicats coopératifs
de copropriété de voir confirmer l'extension à toutes
les banques de la possibilité d'utiliser les livrets
A à plafond majoré pour financer leur trésorerie dans
le cadre de leurs activités professionnelles.
La
généralisation de la distribution du livret A, effective
depuis le 1er janvier 2009 a
conduit à remettre à plat le fonctionnement de ce
produit.
La
loi de modernisation de l'économie dispose en effet
que « le livret A est ouvert aux personnes physiques,
aux associations mentionnées au 5 de l'article 206
du code général des impôts et aux organismes d'habitation
à loyer modéré ».
La très grande majorité des syndicats de
copropriétaires ne remplit pas les conditions mentionnées
au 5 de l'article précité (à savoir être une association au sens
juridique du terme et ne pas être soumis à l'impôt
sur les sociétés en vertu des 1 à 4 de ce même article).
Par
conséquent, je vous confirme que la loi interdit aujourd'hui
aux syndicats de copropriétaires (à
l'exception de ceux qui auraient la forme juridique
d'une association et ne seraient pas soumis à l'impôt
sur les sociétés en vertu des 1 à 4 de l'article 206
du code général des impôts) d'ouvrir un livret
A depuis le 1er janvier 2009.
Je
tiens à préciser toutefois que les syndicats de copropriétaires
qui disposent d'un livret A ouvert avant le 31 décembre
2008 en conservent naturellement le bénéfice, à condition
de ne pas le transférer dans un autre réseau. et pourront continuer à le mouvementer,
en débit et en crédit.
Néanmoins,
le Ministre de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi
comprend les préoccupations des syndicats coopératifs
de copropriété et est ouverte à ce qu'une modification
de la loi sur ce point,
afin de permettre aux syndicats de copropriétaires
d'ouvrir un livret A, soit soumise à l'examen
du Parlement au début de l'année 2010.
Dans
cette attente, elle souhaite vous rappeler que le
syndicat de copropriétaires est éligible à détenir
un compte bancaire (qui peut être rémunéré), dont
l'ouverture est à la charge du syndic de copropriété
(sauf dispense expresse de l'assemblée générale en
application de l'article 18 de la loi du 10 juillet
1965).
Je
vous prie de croire, Monsieur le Président, à l'expression
de ma considération distinguée.
Ministère de l’Economie
de l’industrie et de la
Consommation
Monsieur Alexandre de JUNIAC Directeur de Cabinet
de Madame LAGARDE
139,
rue de Bercy
75012 Paris
Objet : votre lettre
du 27 janvier sur le Livret A et les syndicats de
copropriété.
Monsieur le Directeur de cabinet,
Nous avons bien reçu votre lettre du 27 janvier dernier en réponse à nos
différents courriers concernant l’ouverture d’un Livret
A par les syndicats de copropriétaires, ce dont nous
vous remercions vivement.
Nous constatons avec satisfaction que votre lettre confirme directement
ou indirectement ce que nous pensions, ce qui ne peut
que nous réjouir.
1. Vous dites d’abord que
des changements seraient intervenus avec la loi qui
a étendu à d’autres établissements la possibilité
d’avoir des Livrets A. Veuillez noter que ce n’est
pas tout à fait le cas : l’article 5 de l’article
206 du Code des impôts visé par la loi (qui fixe la
liste des bénéficiaires du Livret A) est, en effet,
strictement le même que celui en vigueur en 2008 et
sur la base duquel la
Direction du Trésor avait - depuis
2002 - estimé que les syndicats de copropriétaires
pouvaient ouvrir des Livrets A.
Dès lors, puisque l’article 5 n’a pas été modifié,
il convient d’en prendre acte, ce que vous faites d’ailleurs de façon pertinente
en admettant que les syndicats de copropriétaires
qui disposent d’un Livret A peuvent, naturellement,
continuer à l’alimenter.
Si la loi avait changé la situation sur ce
point, comment pourrait-on, en effet, admettre que
les syndicats de copropriétaires CONTINUENT à alimenter ces livrets.
2. Vous parlez ensuite de « syndicats
de copropriétaires » qui, dans « certains » cas répondraient aux critères associatifs, et dans
d’autres cas n’y répondraient pas.
Cette affirmation nous convient tout à fait.
Vous y reconnaissez, en effet, le caractère ASSOCIATIF de certains syndicats.
Nous nous permettons simplement d’attirer votre
attention sur le fait que les syndicats de copropriétaires
sont TOUS régis par le même statut juridique,
celui de la loi de 1965 et fiscal.
Dès lors si vous estimez (à juste titre) que
« certains »
syndicats répondent bien à ces critères et comme il
n’y a aucune différence juridique et fiscale entre les différents types
de syndicats (ceux gérés par un syndic dit professionnel
et les autres), cela signifie clairement - comme nous
l’expliquons depuis un an - que TOUS les syndicats
peuvent prétendre à cette assimilation, DONC que rien ne peut justifier, en fait, de ne pas appliquer l’article
5 du Code des impôts aux syndicats de copropriétaires.
En somme, vous nous donnez raison, ce dont
nous vous remercions.
3. Enfin, vous nous annoncez
une clarification législative - ce qui nous réjouit
- pour rendre opposable à tous ces analyses partagées.
Néanmoins, compte tenu de ce qui précède, vous
conviendrez qu’un simple rappel de la doctrine initiale
du Trésor aurait suffit, bien qu’il soit certain que
la clarification annoncée soit la bienvenue.
Nous pensons donc que la simplicité voudrait que
le ministère :
-
rappelle
que - rien n’ayant changé en ce qui concerne la liste
des bénéficiaires et le caractère associatif des syndicats
de copropriétaires étant acquis - le bénéfice du Livret
A reste, lui aussi, acquis aux syndicats de copropriétaires
(livrets déjà ouverts et à ouvrir) ;
-
que
cette interprétation sera simplement confirmée par
la loi.
Vous remerciant une fois encore pour votre courrier, nous vous prions
de recevoir, Monsieur le Directeur de cabinet, l’assurance
de nos salutations distinguées.
Fernand CHAMPAVIER
Le Président ».