Comme
nous venons de l’écrire à Hervé NOVELLI - Ministre de la
Consommation - il apparaît que les consommateurs
et les copropriétaires sont actuellement victimes de manœuvres
destinées à leur imposer un bien mauvais arrêté concernant les
contrats de syndic.
Mauvais
pour les copropriétaires mais excellent pour les syndics qui
vont pouvoir continuer à agir comme ils le font depuis vingt-quatre
ans (1986, date de libération des prix).
Voici
la lettre explicative adressée à Hervé NOVELLI :
« Monsieur Hervé NOVELLI
Secrétaire d’État chargé de
l’industrie et de la
Consommation
139,
rue de Bercy
75012 Paris
Paris, le 1er Mars 2010
Monsieur le Ministre,
Nous venons d’apprendre par diverses organisations de consommateurs qu’un
bureau du CNC avait été convoqué en urgence en pleine vacances
de février pour se prononcer sur le projet d’arrêté concernant
les contrats de syndics annoncé depuis plusieurs mois.
Il nous a été rapporté que faute de quorum la première réunion avait été
annulée et reportée à une séance où il y aura vote sans quorum.
Si tel est le cas, cela voudrait dire que l’avis du CNC sur cet arrêté
- du fait de cette convocation curieusement précipitée - ne
refléterait pas forcément l’avis majoritaire des « consommateurs »et
usagers.
Cela serait d’autant plus regrettable que le projet d’arrêté qui était
soumis au CNC est une reprise à peine améliorée du texte de
l’avis du CNC en date du 27 septembre 2007, texte dont la majorité
des organisations du collège consommateurs ont mis en évidence
les graves insuffisances
et dont elles avaient demandé qu’il soit sensiblement amélioré,
ce qui n’est malheureusement pas le cas.
Nous vous rappelons quelles sont les principales insuffisances pointées
par les consommateurs et qui n’ont pas été corrigées dans le
projet de décret.
1. Alors que le préambule
de l’arrêté reprend l’idée selon laquelle les honoraires de
syndic doivent être « prévisibles »,
l’arrêté lui-même ne prévoit toujours pas que la tenue de l’assemblée
générale soit obligatoirement intégrée dans les honoraires
de base, ceci que cette assemblée se déroule aux heures ouvrables
ou non ouvrables.
2. Alors que des abus manifestes
et massifs ont lieu sur les frais de « tirage » relatifs à des tâches et gestion courante qui peuvent
représenter jusqu’à 20 % des honoraires de base, les syndics
resteront libres de pratiquer les tarifs qu’ils veulent et de
facturer ces frais arbitraires en plus de leurs honoraires de
base.
3. Alors que chacun s’attendait
à ce qu’ENFIN une
définition des tâches de gestion courante soit imposée par l’arrêté,
celui-ci reprend bien l’expression de « tâches
de gestion courante » mais sans
les définir à aucun moment (ce qui laissera la possibilité
aux syndics de facturer en plus toute prestation ne figurant
pas dans la LISTE
(pourtant non exhaustive), des tâches de gestion courante.
4. Alors que les consommateurs
dénoncent - depuis deux ans et demi, c’est-à-dire depuis la
publication de l’avis du CNC - une multiplication des forfaits
(de plus en plus élevés) facturés en plus des honoraires de
base, le texte de l’arrêté reste muet à ce sujet, laissant donc
les syndics libres de continuer à imposer toutes sortes de forfaits.
5. Alors que les abus sur
les « prestations
particulières » sont relevés par les observateurs depuis
des années, là encore, l’arrêté se garde bien de tout éclairage
qui permettrait aux usagers d’imposer des règles de prévisibilité,
de transparence, de concurrence loyale.
6. Enfin, nous notons que
le projet d’arrêté continue de rester muet au sujet des honoraires privatifs obligatoires dont les montants sont si souvent
déconnectés de la réalité (lettre recommandée avec accusé de
réception ; état daté, etc.).
[À noter : la seule avancée de ce projet de décret
concerne la gestion des archives réintroduite en gestion courante,
ce qui est du simplement au fait que le Conseil d’Etat vient
de valider une modification du décret du 17 mars 1967 sur ce
point (à paraître dans les semaines qui viennent) ; il
aurait été singulier que le ministère de l’économie n’en tienne
pas compte].
On le voit bien : à part le problème de la gestion des archives cet
arrêté ne va rien résoudre et va laisser une liberté quasi-totale
aux syndics de continuer :
- à facturer, en plus de leur forfait de base,
la tenue de l’assemblée générale ordinaire hors heures
ouvrables et de toutes tâches non explicitement reprises dans
la liste des tâches de gestion courante ;
- à facturer des frais souvent prohibitifs de
tirage ;
- à facturer des forfaits supplémentaires arbitraires ;
- à facturer des frais « privatifs » obligatoires également
souvent prohibitifs.
Nous regrettons que le projet d’arrêté fasse si peu cas des demandes argumentées
exprimées par les organisations de consommateurs et de copropriétaires
ainsi que le Tribunal de Grande Instance de Grenoble, mais voulons
néanmoins espérer que les améliorations souhaitées et nécessaires
pourront être intégrées dans la version définitive.
Dans cette attente, nous vous prions
de croire, Monsieur le Ministre, en l’assurance de notre haute
considération.
Fernand CHAMPAVIER
Le Président ».