I.
Le faux problème des archives dites « dormantes » et « vivantes »
Rappelons
que de nombreux syndics, pour pouvoir facturer des honoraires
supplémentaires (ou pour pouvoir transférer une tâche de gestion
courante aux frais des copropriétés) ont décidé d’inventer des
catégories d’archives :
-
archives « vivantes » ;
-
et archives « dormantes »,
et
de ne s’occuper - dans le cadre de leur gestion courante - que
des archives dites « vivantes »
(notion qui recouvre les documents des deux ou trois dernières
années).
Rappelons
aussi que nous avons dénoncé depuis longtemps ce système qui
non seulement aboutit à faire payer aux copropriétés des frais
supplémentaires pour gestion des archives « dormantes »
mais a pour conséquence de diluer les responsabilités (entre
syndic et archiveur) et peut devenir une formidable machine
à égarer une partie des archives, comme nous l’avons montré
à plusieurs reprises (taper « archives »
sur notre moteur de recherche).
II.
L’invention d’une nouvelle notion : celle d’archives
« utiles »
Suite
à nos protestations et conscient de la gravité de la situation,
le Ministère de l’Economie a tenté - dans le projet d’arrêté
sur les contrats de syndic (voir abus numéro 2223)
de traiter ce problème et de réintégrer la gestion des archives dans la gestion courante.
Hélas,
le texte de l’arrêté est tellement maladroit et mal fondé juridiquement
que la situation risque d’être pire après l’arrêté qu’avant.
En effet, l’arrêté supprime bien la notion d’archives « vivantes », mais invente la notion d’archives… « utiles ».
On
connaissait les archives tout court, voire les archives à conserver
obligatoirement,mais pas les archives utiles. D’autant que -
dans la liste de ces archives - les factures ont totalement
été oubliées, ce qui est quand même gênant.
Voici
le texte du projet d’arrêté sur ce point :
« LU-1 Archives
du syndicat III-l-l
Détention :
Détention, conservation des archives utiles
dans le cadre de la gestion courante de l'immeuble [il convient de préciser
expressément leur nature, leur volume et leur
ancienneté], notamment les plans, le règlement de copropriété, l'état de répartition des charges, l'état de
division, les procès verbaux des assemblées générales, les contrats
de
travail des préposés du syndicat, les contrats d'assurance de
l'immeuble et documents
nécessaires pour leur mise en œuvre, les documents et décisions
de justice relatifs
à
l'immeuble dont les délais de contestation ne sont pas révolus,
les contrats d'entretien et de maintenance des équipements communs, ainsi que toute pièce administrative
datant de moins de 2 ans ».
III.
Un arrêté en opposition avec le futur décret ?
Comme
on le voit le texte du projet d’arrêté est juridiquement irrecevable
et parfaitement flou, donc : inapplicable.
Plus
préoccupant : l’arrêté et sa notion non juridique d’archives
« utiles » risquent d’entrer
en conflit avec le texte modifié (très prochainement) du décret
du 17 mars 1967 qui confirme que le syndic a la charge de la
conservation de TOUTES les archives ! Aie !
Aie ! Aie !
IV.
Une intervention de l’ARC auprès du ministre
Nous
sommes évidemment intervenus immédiatement auprès du ministre
et comptons sur sa sagesse pour éviter le pire.
Nous
avons également saisi le Ministère de la
Justice et le Secrétariat d’Etat au Logement.
Enfin
nous avons alerté les associations de consommateurs, en espérant
que toutes ces personnes pourront - avec nous - faire comprendre
au ministre qu’il fait une redoutable erreur.
Visiblement
il n’y a pas que les lois qui sont mal écrites…
Voici notre lettre au ministre :
« Monsieur Hervé NOVELLI
Secrétaire d’État chargé de
l’industrie et de la
Consommation
139,
rue de Bercy
75012 Paris
Paris, le 5 Mars 2010
Monsieur le Ministre,
Nous relevons dans le projet d’arrêté concernant les contrats de syndic
- outre beaucoup d’oublis, comme nous l’avons signalé par courrier
le 1er mars dernier - un problème particulièrement
préoccupant.
Vos services ont en effet introduit dans cet arrêté la notion d’« archives UTILES » qui n’ strictement
« aucun »
fondement juridique et qui :
a) va rentrer en contradiction avec le texte bientôt
modifié du décret du 17 mars 1967 ;
b) va entraîner de nouvelles confusions, de nouveaux
abus et, sans doute de nouveaux litiges.
À noter d’ailleurs, que l’énumération que le projet d’arrêté fait des
« archives utiles »
oublie totalement les factures.
Je cite :
III-1 Archives du syndic
III-1-1 Détention :
Détention, conservation des archives utiles dans le cadre de la gestion
courante de l’immeuble [il convient de préciser expressément
leur nature, leur volume et leur ancienneté], notamment les
plans, le règlement de copropriété, l’état de répartition
des charges, l’état de division, les procès verbaux des assemblées
générales, lez contrats de travail des préposés du syndicat,
les contrats d’assurance de l’immeuble et documents nécessaires
pour leur mise en œuvre, les documents et décisions de justice
relatifs à l’immeuble dont les délais de contestation ne sont
pas résolus, les contrats d’entretien et de maintenance des
équipements communs, ainsi que toute pièce administrative
datant de mois de deux ans.
Il serait intéressant, d’ailleurs, de savoir ce que seront les factures
« utiles »
à archiver.
Qui décidera de ce qui est utile ou non ? Qui aura en dépôt les archives
« non utiles » ?
Seront-elles détruites ? Faudra-t-il une décision d’assemblée
générale ? etc.
Comme vous le voyez cette notion floue (qui entend se substituer à celle
non moins floue d’archives « vivantes »)
va entraîner de nouveaux problèmes, ce qui est paradoxal pour
un arrêté sensé résoudre les difficultés d’interpréta
tion.
Nous vous demandons, en conséquence, de bien vouloir procéder à la suppression
du terme « utile »
(archives « utiles »)
du texte de l’arrêté.
Nous vous remercions de l’attention prêtée à ce courrier et vous prions
de croire, Monsieur le Ministre, en l’assurance de notre haute
considération.
Fernand CHAMPAVIER
Le Président ».