I-
Retour sur le loi CHATEL
Rappelons
en quelques mots ce que prévoit la loi
CHATEL.
C’est
une loi qui oblige les prestataires professionnels
à informer régulièrement leurs clients
qu’ils peuvent résilier leur contrat (dit
à tacite reconduction). Cette information
doit être faite entre un et trois mois
avant le moment ultime où ils peuvent
encore résilier leur contrat.
Ainsi,
si vous avez un contrat qui se termine
le 31 décembre avec préavis de trois mois
pour le résilier, le prestataire devra
vous prévenir en juillet ou en août que
vous avez la possibilité de résilier votre
contrat avant le 30 septembre.
Cela
vaut pour le contrat initial, mais aussi
pour les périodes de tacite reconduction.
Si
votre contrat est un contrat de trois
ans qui se renouvelle pour les périodes
d’un an par tacite reconduction, votre
prestataire devra vous prévenir :
-
avant
la fin de la troisième année ;
-
puis
avant le fin de chaque année.
Mais
que se passe-t-il si le prestataire ne
vous dit rien ?
La sanction est toute simple la copropriété
peut dénoncer le contrat à tout moment
sans indemnité et en demandant le remboursement
des sommes versées en trop.
II-
Les prestataires de services CONTRE
l’application de la loi CHATEL aux copropriétés
Or,
depuis quelque temps, lorsque nos adhérents
demandent l’application de la loi CHATEL
aux prestataires de services qui interviennent
chez eux (ascensoristes, chauffagistes,
société de nettoyage, etc.), ceux-ci refusent
le plus souvent et adressent un « argumentaire »
aux copropriétés, qui a été élaboré par
leurs fédérations.
Curieux
cet argumentaire : alors que nous
avons une jurisprudence FRANÇAISE qui
conforte que la loi CHATEL s’applique
bien aux copropriété FRANÇAISE ;
alors que le Ministre de l’Economie de
l’époque (Thierry BRETON) et le rapporteur
de la loi (LUC CHATEL) actuel Ministre
de la Consommation, ont écrient que cette loi s’applique bien
aux copropriétés, les chambres professionnelles,
en appellent à l’Europe pour refuser d’appliquer
la loi FRANÇAISE ! À hurler de rire.
III-
Argumentaire et lettre-type des prestataires
Voici
la lettre-type que les chambres ont rédigé
à l’intention de leurs adhérents et qui
reprend leurs argumentaires :
« CONCLUSION :
LES CONDITIONS GENERALES DE VENTE SONT
APPLICABLES AUX SYNDICATS DE COPROPRIETE
Concernant
les
conditions générales de vente, la
réponse ne
peut pas être plus claire car elle découle de la démonstration
ci-dessus,
l'article L1361 du
Code de la consommation
est inopposable aux syndicats
de copropriété, par conséquent ces derniers sont liés par l'ensemble des clauses des condition
générales
de vente de la profession.
Ni les syndicats de copropriété, ni les syndics
ne peuvent invoquer l’inopposabilité des clauses de tacite reconduction inscrites dans
les conditions générales de ventes
de la profession.
Modéle de courrier en réponse à un Syndicat de copropriété
Madame. Monsieur,
Nous prenons bonne note de votre position selon laquelle les conditions
générales de vente de notre
profession vous sont inopposables et en particulier
l’article 6.2
portant sur la tacite reconduction. Vous
estimez
pouvoir bénéficier, en tant que consommateur,
de la
protection issue de l’article L.
136-1
du Code de
la consommation.
Cependant,
il ressort très clairement de ce
même article, des
débats parlementaires qui ont présidé
à son adoption ainsi que de la jurisprudence
européenne que ne sont considérées comme
consommateurs que les personnes physiques ;
En effet, la loi précise très clairement
que le syndicat de copropriété est une
personne morale distincte des copropriétaires.
Par ailleurs, le Sénateur Gérard Cornu,
dans sein rapport sur la loi du 28
janvier 2005 écrit très clairement : « ne
mentionnant que le consommateur, le
nouvel article L. 136-1 du
Code de la consommation ne serait pas
applicable aux contrats souscrits par
des personnes morales, telles les syndicats
de copropriétés, des associations, des
comités d’entreprise, etc. » (annexes
du procès-verbal de la séance du 5 mai
2004). Enfin dans un arrêt du 22 novembre
2001, la cour de justice des communautés
européennes énonce que la notion de consommateur
est exclusivement limitée aux personnes
physiques.
Par conséquent,
nous vous saurions reconnaissants de bien
vouloir respecter l’ensemble des clauses
qui vous ont été présentées.
Nous vous prions
d'agréer. Madame, Monsieur,…………………. ».
IV-
Les prestataires ont tort
Oui,
les prestataires et les juristes de leurs
fédérations professionnelles ont tort,
ou font une lecture restrictive à leur
seul avantage.
Aucune
jurisprudence européenne ne peut nous
être opposée et seuls - sur ce sujet -
les tribunaux français d’une part, les
autorités françaises d’autre part peuvent
dicter le DROIT.
V-
La preuve que les prestataires savent
qu’ils ont tort…
Le
plus savoureux est ceci : dans leur
argumentaire, les chambres professionnelles
font état des propos tenus par un sénateur
AVANT le vote de la loi.
Mais
ils oublient de dire que dans son BILAN
de la loi (fait APRÈS le vote de la loi),
le rapport de cette loi par LUC CHATEL
lui-même admet que les copropriétés sont
concernées.
Comme
c’est étrange… On se demande bien pourquoi
ils ne citent JAMAIS les écrits de Monsieur
CHATEL ?!
VI-
Conclusion générale
-
Si
les prestataires ne respectent pas la
loi CHATEL, n’hésitez surtout pas à résilier
votre contrat.
-
S’ils
ne sont pas d’accord et vous adresse leur
« argumentaire »,
renvoyez-leur en retour notre article,
résiliez votre contrat et informez-les
qu’ils peuvent toujours saisir la justice
FRANÇAISE.
Ah
mais !
VII-
L’ARC écrit à Luc CHATEL
L’ARC
a d’ailleurs décidé d’écrire à Luc CHATEL
pour lui demander, comme actuel Ministre
de la
Consommation, de rappeler
les prestataires à leurs obligations
et de préciser les textes si besoin.
Voici la lettre :
Monsieur CHATEL
Secrétaire d’État à la Consommation
Ministère de l’Economie
et des Finances
139, rue de Bercy
75012 PARIS
Paris, le 14 Avril 2008 |
Objet : la
« loi CHATEL » et les copropriétés.
Monsieur le Ministre,
Alors que le Ministre de l’Economie Thierry
BRETON et vous-même avez répondu que la
« loi CHATEL » s’appliquait
bien aux syndicats de copropriété, les
sociétés prestataires de services font
de la « résistance ».
Vous trouverez ci-joint un « argumentaire »
diffusé par les professionnels et qui
vous cite pour attester que votre
loi ne s’appliquerait pas aux syndicats
de copropriétaires, malgré les propos
très clairs que vous avez tenu pour dire
le contraire dans votre bilan présenté
à l’Assemblée Nationale.
Nous pensons qu’il est temps de redire
et réaffirmer le droit sur ce sujet essentiel.
Nous vous saurions reconnaissants, au
nom de toutes les copropriétés concernées,
de bien vouloir le faire d’urgence et,
vous en remerciant vivement part avance,
vous prions de recevoir, Monsieur le Ministre,
l’assurance de notre haute considération.
Fernand CHAMPAVIER
Le Président. ».