I-
Gardien / pas gardien ?
La question qui tue : « Gardien ou pas gardien ? ». Et puis les deux camps : les pro et les
anti qui s’opposent, s’envoient leurs arguments
imparables, définitifs, universels…
À
l’ARC nous avons toujours eu une position très
claire : il n’y a AUCUNE réponse générale à apporter à cette
question. Uniquement des cas d’espèce, chaque
situation s’appréciant en fonction des particularités
de la copropriété.
Une seule règle : ne pas minimiser les chiffres, ne pas laisser
dans l’ombre telles charges ou tels problèmes.
Dire TOUTE la vérité.
D’où,
souvent nos mises au point qui ne plaisent pas
à tous (voir abus numéro 1484).
II-
Un très bon dossier du « PARTICULIER Immobilier »
C’est
pourquoi nous devons féliciter François JUERY,
journaliste au PARTICULIER pour son très bon article
consacré à ce problème où elle passe parfaitement
en revue tous les aspects du problème, sans trancher
mais sans cacher quoi que ce soit.
Nous
donnons les principaux extraits de cet article
paru dans le numéro du mois d’avril de la revue
du PARTICULIER.
III-
« Les gardiens coûtent-ils trop cher ? ».
« Faut-il maintenir les gardiens dans les immeubles ?
Indispensable ? Indispensables pour les uns,
trop chers aux yeux des autres.. la question de
leur utilité n’en finit pas de diviser.
Quel est le « vrai » coût d’un gardien ?
Est-il justifié par les prestations qu’il fournit ?
Autant de questions qu’il faut se poser quand la loge
vient à se libérer…
La copropriété
fait ses comptes : jusqu’à 40.000 euros par
an.
« Sur fond de renchérissement des
charges de copropriété, la question du maintien
du poste de gardiennage dans les immeubles se
pose avec acuité. Départ en retraite, licenciement,
lorsque le poste devient vacant il n'est pas rare qu'une majorité se dégage en faveur
de sa suppression et du recours à une entreprise
extérieure.
Sachant que le salaire annuel d'un gardien se
calcule sur 14 mois et demi (13e mois
+ salaire du remplaçant majoré de 50 %) et qu'il
s'y ajoute 42 % de charges patronales, le coût
pour un service dit « complet » (10
000, voire 12500 UV) peut atteindre 40
000 euros par an, voire 50 000 euros si l'on inclut
la valorisation de la mise à disposition du logement
et ses frais accessoires comme l'impôt fonder.
Tandis que les prestataires extérieurs peuvent
mettre en avant un coût modéré,
davantage de flexibilité dans le travail, pas
de gestion des salaires, des congés et des remplacements,
moins de risques contentieux et financiers pour
la copropriété... et, en cas d'insatisfaction,
la possibilité, après un rappel à l'ordre, de
changer de salarié ou de résilier purement et
simplement le contrat.
C'EST POUR SA «PRÉSENCE VIGILANTE
» QU'ON DONNE LA
PRÉFÉRENCE AU GARDIEN
« S'il
paraît simple de faire exécuter les tâches -de
nettoyage par une entreprise extérieure, celle-ci
ne remplacera pourtant jamais la « présence vigilante
» du gardien, l'une de ses attributions officielles
énumérées dans la Convention collective
nationale (CCN), et celle pour laquelle on choisit
généralement de le maintenir en poste. À condition
qu'il soit effectivement présent et vigilant.
Alors que les gardiens appartenant à la catégorie
B (logés et rétribués en UV7)
et employés en service « permanent » (6 700 à
9 900 UV) ou « complet » (10 000 à 12 500 UV)
doivent assurer une présence effective de 50
heures par semaine, ceux dont les UV ne correspondent
qu'à des tâches précises n'ont aucune obligation
de présence, hors du temps nécessaire à l'exécution
de ces tâches. Quant aux salariés à service complet,
la convention, collective faisant obligation d'accorder
3 6 heures de repos consécutif au gardien, leur
service s'interrompt généralement du samedi à
midi au lundi matin, obligeant les copropriétaires
à s'attacher les services d'une entreprise pour
assurer, entre autres, la sortie/rentrée des poubelles.
Par ailleurs,
les évolutions technologiques et la multiplication
des contrats d'entretien attachés à certaines
installations ont réduit le champ d'intervention
des gardiens : autrefois systématiquement chargés
de libérer une personne bloquée dans l'ascenseur
ou d'effectuer quelques réglages dans la chaufferie,
ces services sont aujourd'hui rendus par des prestataires
extérieurs. Quant au volet sécurité, comme le
note rapport Pelletier, les copropriétaires ont
recours à des sociétés de gardiennage avec maîtres-chiens
et/ou préfèrent investir dans des installations
techniques : sas avec contrôle d'accès, systèmes
de vidéosurveillance ou télésurveillance avec
alarmes reliées à un poste central de sécurité.
Des évolutions
qui, tout en améliorant le sort du gardien, fragilisent
encore sa position. Comme le relève une étude
récente «la
suppression de l'astreinte de nuit
est un exemple flagrant : alors qu'elle
a constitué un progrès qualitatif dans les conditions de travail
des gardiens, elle risque d'avoir un impact négatif
à moyen terme sur le volume d'emplois ».
Cet allégement
progressif, mais qui semble inexorable, des tâches
confiées au gardien conduit de plus de copropriétaires
à penser que, pour le coup, le jeu n'en vaut plus
la chandelle. «
Si personne ne nie l'intérêt, voire l'absolue
nécessité de la. présence d'un gardien dans les
immeubles dépassant 60 a 70 lots, observe Bernard Lévy, administrateur
de biens et membre du groupe de travail réuni
par Françoise Pelletier, la
pertinence et la viabilité économique de la profession
sont remis en question dans les copropriétés de
petite et moyenne taille. »
Un constat
que partage Philippe DOLCI, vice-président du
Syndicat national indépendant des gardiens d'immeuble
et concierges (Snigic) : « Il y va de la
survie de la profession », s'alarme-t-il.
«Dans les petites copropriétés, c'est la chute libre à l'exception des
immeubles cossus où l’on est prêt à maintenir
son gardien à tout prix ».
RENFORCER LES SERVICES À LA PERSONNE ?
« Comment
faire évoluer la profession de sorte que les gardiens
retrouvent une place légitime dans les copropriétés,
même de petite taille ? La piste des services
rendus à la personne peut séduire. Aujourd'hui,
la mission du gardien n'est pas dénuée d'ambivalence,
« englobant, pour reprendre la définition de
l'étude Bouteille, des tâches et des "savoirs-être"
de natures différentes, allant de la simple amabilité aux véritables services
rendus aux individus ». Jusqu'où peuvent-ils,
doivent-ils aller? Pour leur part, les représentants
des associations de copropriétaires ont tendance
à estimer que ces services individuels s'effectuent
trop souvent au détriment des tâches collectives
pour lesquelles le gardien est rétribué. Et de
pointer les problèmes qu’ils génèrent : entretien
des parties communes négligé, défaut de couverture
juridique et d'assurance, en cas d'accident survenant
dans les parties privatives de l'immeuble...
« Faut-il
officialiser et développer les services rendus
aux résidents ? Garde d'enfants, repassage, courses...
engendreraient de nouvelles missions pour les
gardiens, qui compléteraient ainsi leurs revenus.
Reste à trouver le cadre légal approprié. Pour
le Snigic, le gardien devrait rester salarié
de la copropriété pendant qu'il exécute les travaux
personnels des résidents dans un cadre horaire
réservé à ces services, ceux-ci étant ensuite
refacturés aux bénéficiaires par le syndicat des
copropriétaires. Une solution exclue par les autres
membres du groupe de travail, qui penchant plutôt
qu'un organisme exerçant déjà dans le secteur
des services à la personne joue le rôle d'employeur,
ou pour que chaque résident bénéficiaire de services
devienne employeur à part entière en rémunérant
directement « son » salarié-gardien.
Mais
tandis que la
Cnab (devenue récemment Unis)
abonde sans réserve dans le sens de l'engagement
du gardien vers les services à la personne avec
un aménagement de la convention collective pour
le rendre possible, les associations de copropriétaires
freinent des quatre fers. « La
mise en place d'un tel
dispositif est irréaliste: comment officialiser
un système hybride sans créer des tensions au sein des copropriétés à propos du partage
du temps et du barème à appliquer a. chacune des
tâches? Et comment peut-on parler de revalorisation
du métier et dans le même temps, transformer les
gardiens en aides-ménagères ? » s'emporte
ainsi Bruno Dhont,
directeur de l'ARC. Quant à la
CLCV, elle souligne que l'assistance
aux personnes âgées relève de la solidarité nationale
et ne doit peser ni sur les gardiens, ni sur
les syndicats de copropriétaires. Enfin, certains
gardiens eux-mêmes s'alarment d'une contractualisation
qui pourrait les contraindre à rendre ces services
et qui officialiserait une rémunération souvent
clandestine, échappant à toute ponction sociale
et fiscale.
L'AUTRE PISTE ENVISAGÉE: UNE INCITATION FISCALE
« Le
rapport Pelletier, prenant en considération le
principal reproche que l'on fait aux gardiens,
celui de renchérir les charges, propose par ailleurs
d'assimiler l'emploi d'un gardien à un emploi
à domicile, sous condition que le logement dévolu
à ce dernier réponde aux normes de décence. Ce
qui permettrait à tous les copropriétaires de
bénéficier de l'avantage fiscal ouvert aux particuliers
qui utilisent le chèque emploi-service universel
(CESU: article 199 sixdécies du CGI).
« Une idée qui, paradoxalement, ne fait
pas l'unanimité chez les représentants des copropriétaires
:l’ARC et l'ANCC estime ainsi qu' « offrir » une réduction
d'impôt a des contribuables qui sont assez favorisés
pour employer un gardien, voire à dés monopropriétaires,
va à l'encontre de l’idée de justice sociale…
« L'idée
d'une défiscalisation avait déjà été avancée par
le député Pierre LeLlouche, dans une proposition de loi
relative aux gardiens d'immeuble. «
Il nous faut
très vite inventer et proposer des dispositifs
fiscaux qui permettront aux copropriétés de conserver leur gardienne [...]
Préserver l'emploi dans ce domaine passe
impérativement par une réduction massive du coût des emplois concernés. Le premier motif de suppression
des loges tient aux coûts devenus exorbitants
d'un emploi salarié pour les petites et moyennes
copropriétés... ». Une proposition qui
n'était pas passée inaperçue à l'époque et qu'avaient
applaudie tant les gardiens eux-mêmes que la
Cnab/Unis
et la
Fnaim. Mais dont le
coût, estimé sommairement par le groupe de travail
entre 100 et 200 millions d'euros, risque de freiner
la matérialisation...
UNE SOLUTION MÉDIANE : LE GARDIENNAGE PARTAGÉ
« Et si le partage du gardien entre
service collectif et services individuels dans
un même immeuble ne suffisait pas à assurer le
maintien du poste ? Là encore, le rapport PELLETIER
apporte une réponse :
« Recommander à chaque employeur qui envisage la suppression de la
fonction de gardien d'interroger les propriétaires
d'immeubles voisins sur la possibilité d'organiser
un gardiennage partagé ».
« Il
faut certes régler le problème du partage de la
charge pécuniaire du gardiennage entre les deux
ou trois immeubles concernés, et celui de l'inégalité
de traitement dont pourraient se plaindre les
occupants de (s) l'immeuble (s) dans lesquels
ne loge pas le gardien. En pratique, cette difficulté
est souvent aplanie par le fait que le salarié
impliqué est fréquemment titulaire, non pas d'un
seul contrat multi-employeurs — «les groupements d'employeurs ne semblent pas se
développer », constate le rapport Bouteille
—, mais de plusieurs contrats, chacun signé avec
un syndicat de copropriétaires : logé et doté
d'un contrat de catégorie B à service partiel
dans un immeuble, il cumule cet emploi principal
avec un ou plusieurs autres en tant qu'employé
d'immeuble à temps partiel. Une voie qui a le
mérite de convenir à toutes les parties en présence,
même si pour certaines, comme le Snigic, elle
ne constitue qu'un pis-aller.
UNE TENTATIVE DE SIMPLIFICATION DES CONDITIONS DE
RÉNUMÉRATION
« Conscients
de la difficulté qu'ont les copropriétaires a
comprendre les conditions de rémunération des
gardiens; ce qui exacerbe leur sentiment qu'il
coûte trop cher, les partenaires sociaux se sont
au moins mis d'accord pour conclure, le 6 octobre
2008, un accord de salaires pour 2009, en attendant
de plus amples réformes. Cet accord introduit
une simplification du bulletin de paie, par u,
avenant ç la convention collective nationale.
« Cet
avenant (n° 73) ne deviendra applicable qu'à compter
du premier jour du mois suivant la publication
de l'arrêté d'extension (en attente au mornent
où nous mettons sous presse). Il s'agit
d'une véritable innovation, car la rémunération,
autrefois décomposée entre salaire de base et
salaire complémentaire, disparaît au profit du
seul « Salaire minimum brut conventionnel »,
qui inclut le salaire en nature correspondant
à la mise à disposition du logement de fonction.
Néanmoins/cet accord ne résoudra pas la question
du coût croissant de la rémunération des gardiens.
Une question qui mérite définitivement d'être
creusée par les pouvoirs publics. Quant aux copropriétaires,
ils n'ont pas fini de faire leurs comptes... »..
Tout ce qui fait grimper la facture du gardiennage
►Le coût réel
du logement du gardien : le salaire
en nature, déduit du salaire effectivement versé,
est sous-évalué (mais il supporte les charges
sociales…). Par exemple, pour un logement de
25
m2, il ne peut
dépasser 123,56 euros. Valeur locative réelle
de la loge, coût réel du chauffage en cas d’installation
collective, de l’eau froide (fournie gratuitement
par convention), taxe foncière et parfois taxe
d’habitation, sont ignorés.
►Le coût de remplacement du gardien en cas de congés
maladie : la convention collective
prévoit le maintien du salaire à hauteur de
90 % entre 30 et 190 jours, selon l’ancienneté,
alors que la Sécurité sociale l’indemnise à hauteur de 50 % du
salaire de référence moyen journalier.
►Les tâches
qui impliquent que un travail en hauteur :
(nettoyage des vitres, remplacement des ampoules
d’éclairage) : elles peuvent être effectuées
par les gardiens, en prévoyant un matériel « sécurisé ».
Certains syndics dépêchent pourtant des prestataires
pour y procéder, souvent à grands frais.
►Les UV
devenues inutiles prévues au contrat de travail :
pour la surveillance des ascenseurs et la désincarcération
des personnes bloquées en cabine ; de la
chaufferie si le contrat de maintenance prévoit
une alarme technique reliée à la plateforme
du chauffagiste ; pour la visite des appartements
et l’établissement de l’état des lieux pour
le compte des bailleurs ; la distribution
du courrier lorsque la
Poste s’en charge (un service
qu’elle ne peut refuser quand la batterie de
boîtes aux lettres est conforme aux normes réglementaires)
ou qu’elle rémunère le gardien pour ce faire
(une pratique souvent ignorée).