I.
Des copropriétaires démunis
Souvent
nos adhérents conseils syndicaux nous adressent des courriers
ou méls ainsi rédigés :
« Nous demandons à notre syndic qu’il
obtienne des devis et factures détaillés de la part des
entreprises.
Mais, celles-ci s’y refusent en
prétextant qu’elles n’y sont pas obligées et notre syndic
laisse faire.
Pouvez-vous nous aider à y voir
plus clair sur ce point : ont-elles raison ?
ont-elles tort ? comment faire pour imposer aux entreprises
plus de transparence et moins d’exagération dans leur
facturation ? ».
II.
Une situation singulière
Avant
de répondre en droit, voyons le problème « pratique ».
De
deux choses l’une : soit les entreprises concernées
établissent leur devis et factures « au
doigt mouillé » comme on dit (c’est-à-dire
n’importe comment) et il faut les fuir, soit elles établissent
des devis en connaissance de cause et elles ne devraient
avoir aucun mal à fournir le détail de leur devis (nombre
d’heures de travail ; prix horaire ; prix des
fournitures).
Si
elles ne veulent pas communiquer ce détail, c’est tout
simplement parce que celui-ci permettrait de révéler des
exagérations inacceptables, qui sont de deux ordres comme
on va le voir.
III.
La double exagération
L’exagération
porte en effet sur :
- le nombre
d’heures et le prix horaire ;
- la marge
prise sur les fournitures.
Avec
un devis « forfaitaire »
(c’est-à-dire sans aucun détail) il est impossible de
repérer précisément les exagérations et le niveau de ces
exagérations.
Par
contre, avec un devis détaillé chacun peut très facilement :
-
vérifier si le nombre d’heures
est raisonnable (et le rectifier éventuellement) ainsi
que le prix horaire ;
-
connaître la marge prise
par l’entreprise sur les fournitures ;
En
effet, grâce à Internet il est possible d’obtenir les
prix publics des fournitures ; sachant que les professionnels
bénéficient d’une forte remise sur ces prix (de l’ordre
de 30 %), on repère vite les exagérations et le niveau
de celles-ci (certains n’hésitent pas à DOUBLER
les prix publics…).
Certains
vous diront peut-être : « Les petites entreprises n’ont pas le temps d’établir des devis détaillés ».
Evidemment
cela n’est pas exact. Encore une fois, pour fixer un prix,
TOUTE entreprise
doit forcément
établir pour elle-même le détail. A défaut…
IV.
Le problème de droit
Pourquoi
les entreprises refusent-elles de fournir le détail des
prix aux syndics ? C’est simple.
Elles
répondent : « Les
syndicats de copropriétaires gérés par un syndic professionnel
ne sont pas concernés par les textes qui obligent les
entreprises à faire des devis et factures détaillées.
Ces textes ne s’appliquent en effet PAS aux professionnels
mais aux « consommateurs ». Donc, nous n’avons
pas à satisfaire à cette demande ».
Ceci
est entièrement inexact, heureusement.
V.
Devis détaillé ou facture détaillée dit le règlement
Il
est nécessaire de rappeler en quelques mots la réglementation
des prix en matière de factures et de devis.
Dans
la mesure où il y a un devis, il faut savoir qu’un arrêté
ministériel du
20 mars 1990 (arrêté du Ministère de l’Economie, des Finances
et du Budget) rend obligatoire un certain nombre de mentions.
Article 3 : « Lorsqu’un
devis est établi préalablement à l’exécution d’une opération,
celui-ci doit comporter les mentions suivantes :
le décompte détaillé, en quantité et en prix, de chaque
prestation et produit nécessaire à l’opération prévue ;
dénomination, prix unitaire et désignation de l’unité
à laquelle il s’applique (taux horaire de main-d’œuvre,
le mètre linéaire ou le mètre carré, etc.) et la quantité
prévue ; la somme globale à payer hors taxes, et
toutes taxes comprises en précisant le taux de TVA ».
Bien
sûr, cet arrêté est toujours en vigueur.
Mais,
dans la mesure où il n’y a eu de devis, la réglementation
est tout aussi exigeante : il s’agit de l’article
5 de l’arrêté n°
83-50/A du 3 octobre 1983 (toujours en vigueur également)
qui prévoit les mêmes obligations.
En clair, cela signifie qu’une facture ou un devis, quand celui-ci a été
établi, doit être détaillé en :
-
main d’œuvre (prix horaire
et nombre d’heures) ;
-
fourniture (prix unitaire
et quantité) ;
-
déplacement.
VI.
A qui s’adresse cette réglementation ?
Les
entreprises et même certains syndics répondent que cette
réglementation ne s’applique qu’aux particuliers.
Ils
ont tort. Ces textes s’appliquent aux « consommateurs », terme qui vise
non pas les personnes physiques mais les clients NON professionnels, que le client soit une personne physique ou morale
comme un syndicat de copropriétaires ou une association
1901.
En
effet, le syndicat des copropriétaires est bien une personne
morale NON professionnelle comme l’a précisé la Cour d’Appel de Paris et comme
l’a rappelé une réponse ministérielle récente, ceci même
si le syndic qui gère le syndicat des copropriétaires
est lui-même un professionnel.
Voici
le texte de la récente réponse ministérielle du 15 décembre
2009 :
« La loi n° 2008-3
du 3 janvier 2008 a complété les dispositions
de l'article L. 136-1 du code de consommation en précisant
que cet article s'applique désormais « aux consommateurs
et aux non-professionnels ». Ainsi, les consommateurs
et les personnes morales non professionnelles bénéficient
de la protection contre les clauses abusives. Par un arrêt
du 15 mars 2005, la
Cour de cassation a jugé en s'appuyant
sur la notion de « non-professionnels » visée, désormais
par l'article L. 136-1 qu'une personne morale pouvait
bénéficier de la protection du code de la consommation.
La jurisprudence de la Cour de cassation ainsi que
différents textes se rapportant au droit de la consommation,
autorisent une acceptation large de la notion de consommateur
lorsqu'une personne morale, par référence à l'absence
d'un lien direct existant entre le contrat passé avec
une activité commerciale, se trouve dans une situation
comparable à celle rencontrée par un consommateur, personne
physique. En effet, la fonction essentielle et permanente
du syndicat des copropriétaires est l'entretien et la
conservation de l'immeuble dans le cadre des mandats que
lui donne l'assemblée générale des copropriétaires. Ainsi,
le syndicat de copropriétaires se trouve dans la même
situation qu'un consommateur dans ses rapports avec ses
fournisseurs et prestataires de services ordinaires.».