Le Ministère du Logement vient d’adresser un
premier bilan de la loi sur la sécurisation des ascenseurs
effectué - à sa demande - par un bureau d’études privé.
Ce
bilan - même s’il s’avère très insuffisant sur certains
points, voire parfois critiquable - vient au moins confirmer
nos propos et mises en garde concernant quatre problèmes,
comme nous allons le voir.
Nous
allons rappeler en quelques mots le dispositif de la
loi et des décrets puis revenir sur certains points
essentiels de ce bilan.
I-
Rappel succinct concernant la sécurisation
des ascenseurs
Rappelons
en quelques mots qu’à la suite de la loi DE ROBIEN (3
juillet 2003) et ses décrets d’application, des obligations
nouvelles concernant les ascenseurs ont vu le jour :
a)
Les
copropriétés ont jusqu’en 2018 pour mettre en conformité
leurs ascenseurs sur 17 points de sécurité.
Les 17 points sont à satisfaire progressivement, trois
« paliers » étant imposés par la loi (2008,
2013, 2018).
b)
Ainsi
certains points doivent être traités avant le 3 juillet
2008, d’autres avant le 3 juillet 2013, le reste avant
le 3 juillet 2018.
c)
Les
textes ont, par ailleurs, imposé à tous les propriétaires
d’appareils de signer des nouveaux contrats d’ascenseurs.
(voir :
« Ascenseurs :
comment éviter le pire ? »).
II-
Les critiques de l’ARC
1-
L’ARC
a d’abord indiqué que le Ministère du Logement avait
minimisé l’impact financier de la réforme.
En effet, en 2003 les pouvoirs publics ont prétendu
que cette réforme n’allait entraîner « QUE »
4 milliards de travaux, soit une moyenne de 10.000 euros
par appareil (il y a 400.000 appareils) et 20.000 pour
les appareils les moins récents.
Or, nous avons calculé très vite que les « prix » de la réforme s’élèverait plutôt
à 8 milliards, ce que le ministère avait refusé d’admettre.
2-
L’ARC
a ensuite fait valoir que - en raison des comportements
des professionnels (faire faire les travaux en une seule
fois et non de façon étalée) - les délais imposés par
la loi ne pourraient pas être respectés (les professionnels
ne disposant pas assez de personnels qualifiés !).
Là encore, le ministère avait haussé les épaules.
3-
Par
ailleurs l’ARC s’est vite aperçu que les ascensoristes
profitaient de la renégociation des contrats pour imposer
une clause de vétusté leur permettant - passé un certain
nombre d’années - de facturer en plus des travaux dont
le principe était pourtant prévu dans les contrats !
Sur
ces trois points, le ministère a négligé nos avertissements.
Or
aujourd’hui nos craintes sont confirmées :
-
les
travaux ne pourront être faits dans les délais ;
-
les
travaux coûteront aux copropriétaires deux ou trois
fois plus que prévu par le Gouvernement ;
-
la
clause de vétusté a été imposée dans 80 % des contrats
concernant les copropriétés !
Ce
n’est pas nous qui le disons, c’est le bilan commandé
par le Ministère du Logement lui-même et que nous avons
reçu du ministère.
III-
Les conclusions de l’étude du bureau
d’études
Voici
les quatre conclusions du bureau d’études mandaté par
le Ministère du Logement qui nous intéresse.
1- Le calendrier de mise en conformité sera impossible à respecter, dit
le bureau d’études, ceci en partie du fait des professionnels
eux-mêmes
Trois citations :
1-
« Sur ce point, les contrôleurs sont presque
unanimes à estimer que les travaux nécessaires au respect
de la réglementation ne pourront être terminés en juillet
2008 ».
(…)
2-
«
Alors que nous sommes encore à deux ans de
l’échéance et que bien peu de travaux de mise en conformité
ont déjà été engagés, les retards sont déjà fréquents.
Près du tiers des gestionnaires d’immeubles résidentiels
ont été obligés de retarder certains travaux suite aux
délais demandés par les entreprises. Pour ces gestionnaires,
près de la moitié de leurs travaux ont été retardés ».
(…)
3-
« L’opinion des ascensoristes sur le respect
de l’échéance de 2008 est claire : pratiquement
aucun ne croit à l’achèvement des travaux pour la date
convenue. Pour les trois-quarts d’entre eux, les copropriétaires
sont les premiers responsables, leur processus de décision
étant trop lents. Mais beaucoup (39 %) estiment également
que la profession n’aura pas les capacités de production
suffisantes pour réaliser les travaux avant l’échéance.
Les délais dans les diagnostics sont moins souvent mis
en avant comme raison principale des retards, traduisant
sans doute leur intervention dans une partie seulement
du parc d’ascenseurs concernés ».
2- Le prix moyen des travaux par appareil en copropriété est bien de l’ordre
de 42.000 euros et non de 20.000, confirme le bureau
d’études
Le
bilan fait état des chiffres suivants. Coût moyen de
mise en conformité :
1)
immeubles
avant 1949 de 6 étages :
entre 46.500 et 52.700 euros TTC ;
2)
immeubles
entre 1950 et 1980 pour
15 étages :
38.000 euros en moyenne ;
3) immeubles après
1980 pour 6 étages :
21.000 euros en moyenne.
On
est donc très très loin des 20.000 euros moyens avancés
par le ministère en 2003.
On dépasse les 42.000 euros en moyenne,
donc un PRIX plus que doublé. C’est exactement ce que
nous dénonçons depuis trois ans en expliquant que cela
va créer un grave problème financier dans des milliers
de copropriétés.
3- En copropriété, la clause dite de « vétusté » est désormais imposée dans la grande majorité des contrats,
selon le bureau d’études
Tous
chiffres confondus (secteur privé et HLM) le pourcentage
des contrats qui incluent une clause de vétusté est
de 71 %.
Or,
comme dans les HLM ce pourcentage tombe à 17 %, cela
veut dire qu’en copropriété le taux de contrats incluant
la vétusté atteint 80 %.
Rappelons
que cette clause « scélérate »
va permettre aux ascensoristes de facturer - passé un
certain délai - des travaux pourtant prévus dans les
contrats.
En
gros, il va falloir payer deux fois !
4- Les travaux vont coûter le double de ce que le ministère avait annoncé
initialement
Le
ministère avait annoncé 4 milliards, l’origine.
Nous
en sommes déjà (estimation) à 7,3 milliards.
Citation :
« Environ 7 milliards d’euros de travaux d’ici
2018.
Si l’on applique ces montants à la structure
du parc (475 000 ascenseurs, dont 160 000 non résidentiels), cela représente un montant
de travaux restant à réaliser d’environ 6,8 milliards
d’euros d’ici 2018. Etant donné que 500 millions d’euros
environ ont déjà été engagés entre 2005 et mi-2006,
le coût global de la loi Urbanisme et habitat pourrait
s’élever à 73 milliards d’euros pour les propriétaires
d’immeubles ».
*
Conclusion
Nous
ne sommes pas heureux d’avoir eu raison, mais nous espérons
que cela ouvrira les yeux des responsables.
Il
faut donc s’asseoir autour d’une table avec le Ministère
du logement et revoir certains problèmes, en particulier
obtenir que les délais initiaux imposés soient repoussés,
pour éviter que les copropriétés, malgré elles, ne se
retrouvent hors la loi ou ne subissent la loi des ascensoristes
(accepter n’importe quel devis).