ARC Abus n°1388: 07 05 08/©

Contrat d’ascenseurs : pourquoi la Commission des Clauses Abusives refuse-t-elle d’étudier les nouveaux contrats d’ascenseurs ?

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I-                   L’ARC et la Commission des Clauses Abusives

Comme vous le savez, voici plus de trois ans que nous saisissons régulièrement la Commission des Clauses Abusives pour qu’elle se prononce sur certaines clauses des nouveaux contrats d’ascenseurs rendus obligatoires par le décret du 9 septembre 2004.

Notre raisonnement est simple : le décret impose à tous les « propriétaires » d’ascenseur de signer des nouveaux contrats comportant certaines clauses obligatoires.

Or ces clauses ont - selon nous - été en partie dénaturées par les ascensoristes, c’est ainsi que, par exemple, le décret prévoit une clause de pénalité obligatoire. Or, les ascensoristes se sont empressés de neutraliser l’efficacité de cette clause.

Ainsi dans de nombreux contrats, la pénalité ne peur être appliquée qu’à partir de trois manquements ! OU alors les pénalités applicables sur un an ne peuvent pas dépasser 5 % du prix annuel du contrat, etc.

II-                Intervention de l’INC (Institut National de la Consommation)

Il y a quelques semaines un journaliste travaillant à l’INC (Institut National de la        Consommation) téléphone à l’ARC et nous fait savoir en substance ceci : « J’ai contacté la Commission qui me dit qu’il est inutile d’étudier les « nouveaux contrats » d’ascenseurs, comme le demande l’ARC, car une de ses Recommandations de… 1997 s’applique DÉJÁ aux contrats d’ascenseurs ».

Stupeur à l’ARC ! Comment la Commission peut-elle renvoyer à une Recommandation de 1997 pour répondre à des abus concernant des contrats issus d’un décret de … 2004.

Nous avons donc décidé d’écrire au secrétaire général de la Commission. Celui-ci vient de nous adresser ses réponses. Celles-ci sont néanmoins encore plus désespérantes (pour ne pas dire navrantes) que les précédentes. Nous avons évidemment répondu point par point et avons décidé d’aller plus loin… plus haut.

III-              Lettre de l’ARC à la Commission des Clauses Abusives 

 

 

                                                                                  Commission des Clauses Abusives

                                                                                  Monsieur le Secrétaire général

                                                                                  Bâtiment Grégoire

                                                                                  59, boulevard Vincent Auriol

                                                                                  Teledoc 023

                                                                                  75703 PARIS CEDEX 13.

 

 

                                                                                  Paris, le 11 Mars 2008

Monsieur le Secrétaire général,

 

Le présent courrier a pour but de manifester notre immense surprise consécutive à une réponse que vous avez apportée à un journaliste de l’INC-Hebdo (hebdomadaire de l’Institut National de la Consommation) concernant l’absence de prise en compte de nos demandes d’examen des clauses des contrats d’ascenseurs issus du décret du 9 septembre 2004 et de l’arrêté du 18 novembre 2004 relatif à l’entretien des installations d’ascenseurs.

Votre réponse a, en effet, été de renvoyer purement et simplement votre interlocuteur à la Recommandation numéro 97.02 qui traite des « contrats de maintenance de certains équipements d’immeubles ».

Il est étonnant que pour répondre aux questions précises soulevées par les « nouveaux contrats obligatoires » issus du décret et de l’arrêté de 2004 susmentionnés, vous puissiez renvoyer les consommateurs et leurs représentants à une Recommandation de 1997.

Prenons un exemple :

-          Le décret du 9 septembre 2004 impose de prévoir dans les nouveaux contrats une clause concernant « les pénalités encourues en cas d’inexécution ou de mauvaise exécution des obligations contractuelles ainsi que les modalités de règlement des litiges ».

-          Votre commission n’a pu - en 1997 - étudier les problèmes éventuels que pose cette nouvelle obligation réglementaire précise.

-          Or, nous estimons que certaines des clauses correspondantes des nouveaux contrats ne respectent pas ces obligations et sont abusives.

-          Dès lors il est évident que la Recommandation de 1997 est inadaptée et qu’il faut une nouvelle Recommandation.

Nous vous confirmons donc :

-          que nous souhaitons que votre Commission se penche en urgence sur les nouveaux contrats d’ascenseurs issus des textes de 2004 avant que tous les nouveaux contrats ne soient signés ;

-          que votre Recommandation numéro 97-02 ne peut satisfaire à cette demande.

Nous adressons copie de la présente à Madame LAGARDE, Monsieur CHATEL, Madame BOUTIN et à la DGCCRF qui traitent de ces problèmes ainsi qu’à diverses organisations de consommateurs concernées par ces questions.

Dans l’espoir que votre Commission pourra satisfaire à nos anciennes mais toujours pressantes questions et vous en remerciant, je vous prie de recevoir, Monsieur le Secrétaire général, l’assurance de mes salutations distinguées.

 

 

                                                                                              Fernand CHAMPAVIER

                                                                                              Le Président ».

 

 

IV-            La réponse de la Commission des Clauses Abusives

 

 

Liberté  Égalité  Fraternité

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

 

Commission clauses abusives                           Paris, le vendredi 4 avril 2008

 

Monsieur Fernand CHAMPAVIER

Président de l'Association des

Responsables de Copropriété (ARC)

29 rue Joseph Python

                                                                                  75 020 PARIS

 

Monsieur le Président,

 

Par lettre du 11 mars 2008, vous attirez à nouveau l'attention de la Commission des clauses abusives sur les contrats d'entretien d'ascenseurs. Plus particulièrement vous vous étonnez de la teneur d'une conversation que j'ai eue avec un journaliste de INC hebdo au sujet des contrats d'entretien issus du décret du 9 septembre 2004 et de l'arrêté du 18 novembre 2004.

Je lui ai précisé que, comme je vous l'avais indiqué dans mes précédentes lettres des 21 septembre 2001, 10 octobre 2001, 15 et 21 avril 2005, certaines des clauses que vous dénoncez sont déjà visées par la recommandation relative aux contrats de maintenance de certains équipements d'immeubles (clauses d'exonération de responsabilité ou stipulation autorisant le professionnel, lorsque l'intervention d'un tiers est justifiée par sa propre carence, à résilier l'abonnement aux torts du consommateur par exemple).

Ensuite, en ce qui concerne l'impact de l'article R 125-2-1 du code de la construction et de l'habitation sur les contrats, et plus particulièrement de l'obligation de stipuler une clause relative « aux pénalités encourues en cas d'inexécution ou de mauvaise exécution des obligations contractuelles ainsi que les modalités de règlement des litiges » (point g), je vous indique que cette recommandation de 1997, bien qu'antérieure aux dispositions du code qu'elle a sans doute inspirées, recommande la suppression des clauses ayant pour objet ou pour effet « de stipuler une indemnité à la charge du consommateur défaillant, sans prévoir une indemnité équivalente à la charge du professionnel responsable de l'inexécution du contrat». Il semble donc bien que votre souci soit satisfait dans la mesure où, dès 1997, la Commission a recommandé la suppression des clauses pénales qui seraient unilatérales ou dissymétriques.

Par ailleurs, si les développements précédents ne vous avaient pas convaincus, je vous précise que dans sa « recommandation relative à certaines clauses insérées dans les contrats conclus entre professionnels et non-professionnels ou consommateurs » (n°91-02, dite de synthèse), la Commission recommande la suppression des clauses qui ont pour objet ou pour effet de « limiter l’indemnité due par le professionnel en cas d'inexécution ou d'exécution défectueuse, partielle ou tardive de ses obligations » (16°).

Veuillez agréer. Monsieur le Président, l'assurance de ma considération distinguée.

 

V-               La réponse de l’ARC

 

                                                                                  Commission des Clauses Abusives

                                                                                  Monsieur le Secrétaire général

                                                                                  Bâtiment Grégoire

                                                                                  59, boulevard Vincent Auriol

                                                                                  Teledoc 023

                                                                                  75703 PARIS CEDEX 13.

 

                                  

Monsieur le Secrétaire général,

Nous avons bien reçu votre lettre du 4 avril dernier dont nous vous remercions et qui a été particulièrement étudiée par notre Conseil d’Administration.

Nous ne comprenons pas.

Non, nous ne comprenons pas ce qui explique l’incroyable résistance que vous opposez à notre demande d’étude des NOUVEAUX contrats d’ascenseurs issus d’une NOUVELLE réglementation et ce qui fait que vous nous renvoyez à des textes anciens et quit ne répondent pas aux questions posées et ne peuvent en aucun cas nous aider à défendre le consommateur.

Reprenons vos exemples :

  • Alors que nous vous demandons de vous pencher sur une clause de neutralisation ou de limitation de « pénalité », vous nous renvoyez à une Recommandation de 1997 concernant une obligation qui n’a rien à voir (« suppression de clause ayant pour effet de prévoir une indemnité à la charge du consommateur sans prévoir une indemnité équivalente à la charge du professionnel »).

En quoi cette Recommandation relative à une « égalité de traitement » concerne-t-elle le sujet posé ?

  • Par ailleurs nous ne voyons pas non plus en quoi une Recommandation encore plus vieille (1991) concernant des « indemnités » ( !) dans les rapports entre professionnels et « non-professionnels ou consommateurs », peut répondre à nos préoccupations puisque d’une part les notions de pénalités et d’indemnités sont juridiquement très éloignées l’une et l’autre et que d’autre part les ascensoristes dénient précisément aux syndicats de copropriété le statut de consommateurs !

Nous sommes d’ailleurs très surpris - pour ces deux raisons de droit pur - que vous ayez cru pouvoir satisfaire notre requête avec cette deuxième réponse.

Enfin, nous constatons que vous-même admettez qu’en tout état de cause les anciennes Recommandations n’auraient traité que quelques-uns des problèmes soulevés par l’ARC (vous écrivez, en effet : « certaines des clauses que vous dénoncez sont déjà visées par la Recommandation « de 1997 », ce qui prouve bien que les autres n’ont JAMAIS été étudiées…).

Votre courrier ne répond donc pas du tout aux problèmes que nous posons et - nous le répétons - nous sommes inquiets de constater que vous continuez à tout faire pour ne surtout pas vous pencher sur ces nouveaux contrats.

Etait-il si difficile - depuis trois ans que nous vous sollicitons sans relâche - de consacrer trois séances à examiner les dix ou douze clauses litigieuses ?

Est-il si difficile d’adapter vos anciennes recommandations à ces nouveaux contextes dans le cadre d’une NOUVELLE Recommandation visant explicitement les nouveaux contrats d’ascenseurs ?

Comment est-il possible - alors que le travail est si simple et les enjeux si grands - que vous vous dérobiez en permanence à cet examen ?

Mais, pourquoi, oui pourquoi ?

Nous n’entendons pas - vous le comprendrez - nous satisfaire de vos réponses, votre commission étant, selon nous, au service des usagers et non des ascensoristes. C’est pourquoi nous allons saisir d’autres instances et autorités, engager d’autres démarches pour obtenir gain de cause, les fins de non recevoir opposées jusqu’à présent n’étant ni justifiées ni acceptables.

Regrettant vivement une attitude incompréhensible et vos réponses tout à fait inexplicables et inexploitables, mais restant à votre disposition pour vous aider à effectuer l’examen demandé depuis trois ans, je vous prie de recevoir, Monsieur le Secrétaire général, l’assurance de mes salutations distinguées.

 

                                                                                              Fernand CHAMPAVIER

                                                                                              Le Président.

 

 

PS : Je tiens à préciser pour finir et pour éviter toute illusion de votre part la clause dont nous parlons (à titre d’exemple dans ce courrier, à savoir la «  clause de pénalité ») n’a pas du tout été introduite dans le code en référence à la Recommandation de 1997 que vous évoquez .

Cette clause a été introduite - à la demande expresse de l’ARC - au cours des négociations sur le décret qui réunissaient essentiellement la DGUHC, la FAS, l’ARC, l’USH et des experts en ascenseurs.

La négociation sur ce point a d’ailleurs été âpre comme peuvent vous le confirmer les hauts fonctionnaires de la DGUHC qui ont, en permanence, arbitré ces réunions… D’où notre volonté de la faire respecter ».

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