ARC Abus n°1844: 06 05 09/©

Le lobby des ascensoristes repart en guerre.

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I-                   Les ascensoristes contre le Parlement

 

La loi BOUTIN (loi du 25 mars 2009) vient de donner satisfaction, sur le principe, à notre demande de prolongation de la deuxième et troisième tranche de travaux de mise en conformité des ascenseurs.

Elle a, en effet, modifié la loi DE ROBIEN et son article 79 et a porté à dix-huit ans le délai initial maximum de quinze ans accordé aux propriétaires d’ascenseurs (donc aux copropriétaires) pour faire effectuer les travaux des trois tranches.

Il ne manque plus qu’un décret qui précise les modalités de ce report.

Tant que ce décret n’est pas signé le report ne sera pas effectif.

C’est pourquoi les ascensoristes - citoyens peu respectueux du fonctionnement démocratique - ont décidé de peser sur le Gouvernement pour neutraliser la nouvelle loi votée par le Parlement et promulguée le 27 mars 2009.

Ils ont, à cet effet, lancé une véritable « campagne » expliquant pourquoi le report accordé dans son principe ne doit pas l’être dans la réalité.

C’est contre cette campagne et aux arguments des ascensoristes que nous réagissons.

 

II-                Des arguments en forme de « larmes de crocodiles »

 

On les connaît bien nos ascensoristes : la seule chose qui les intéresse ce n’est pas leurs profits, ce n’est pas de rapatrier le plus d’argent possible à DALLAS, siège du géant OTIS, ce n’est pas de prélever au plus vite huit à douze milliards de travaux surfacturés et en partie inutiles ; non. La seule chose qui les intéresse les ascensoristes, c’est - nous le savons et en sommes émus - notre SÉ-CU-RI-TÉ.

Mais il y a encore plus touchant : non contents de se pencher sur le sort de ces pauvres et vieux retraités qui trébuchent en rentrant ou en sortant de nos ascenseurs vétustes (voir, plus loin, nos crocodiles dans le texte), nos amis de DALLAS se préoccupent maintenant du chômage. En effet, horrible perspective : repousser les travaux de deux ou trois ans va forcément entraîner une vague de chômage sans précédent chez les ascensoristes qui va finir de mettre la France à genoux.

Humains, trop humains, nos amis devraient faire attention : tant de compassion va finir par leur brouiller la vue et les faire tomber dans une trémie d’ascenseur,  submergés par les sanglots.

Voyons les arguments de ces bons samaritains et la réponse que nous leur faisons.

 

III-              Que disent les ascensoristes ?

 

Très exactement ceci, extrait d’un communiqué de Presse en date du 10 avril 2009.

  1. L’argument « sécuritaire » 

«  Tout report, en particulier des 2 premières tranches de travaux (2010 et 2013) laisserait perdurer des risques majeurs amplifiés par les comportements actuels.

Citons par exemple :

  • la fermeture complète de la gaine empêchant de passer la main ou la tête ;
  • la généralisation de la téléalarme qui permet une assistance efficace aux personnes bloquées et évite les tentatives de sortie sans l’aide de professionnels, souvent sources d’accidents graves ;
  • l’amélioration de la précision d’arrêt qui élimine la plus grande cause d’accidents (trébuchement, notamment des personnes âgées) ».

On notera :

1)     Que le premier problème concerne non pas les ascenseurs eux-mêmes mais la gaine (le grillage) ! Que par ailleurs, cela concerne très peu d’ascenseurs et pratiquement uniquement dans des immeubles anciens de type haussmanniens.

2)     Que la téléalarme ne concerne pas non plus directement l’ascenseur lui-même et que, par ailleurs, si les personnes sont bloquées c’est toujours à la suite de pannes dues non pas à l’absence de sécurisation des ascenseurs, mais au défaut d’entretien, donc au non-respect, par les ascensoristes, de leur contrat (voir plus bas).

3)     Que la source principale d’« accidents » concernerait (d’après la Fédération des Ascenseurs) le « trébuchement des personnes âgées » lié à une mauvaise précision d’arrêt ; or - là encore - tout le monde sait que quand l’absence de précision dépasse cinq centimètres, c’est qu’elle est due à un mauvais réglage (donc à  un mauvais entretien) des appareils !

Insistons d’ailleurs sur le caractère outrancier de l’approche des ascensoristes : la majorité des « accidents » d’ascenseurs concerneraient, selon eux, des personnes âgées qui trébuchent !! Douze milliards de travaux, pour cela, donc !  Quelle caricature ! Quelle sottise.

Mais la Fédération des Ascenseurs, imperturbable, continue :

« En effet, chaque année surviennent encore malheureusement des accidents graves qui démontrent le bien fondé d’une mise en sécurité dans les délais les plus concentrés possibles ».

À ce « castatrophisme » bien déplacé, il faut opposer et répondre ceci : presque TOUS les accidents graves qui se sont produits ces dernières années sont dus à des défauts d’entretien voire à des FAUTES d’entretien impliquant l’ascensoriste et qui ont TOUTES été sanctionnées par les tribunaux (en particulier : les affaires de Strasbourg et d’Amiens qui ont déclenché la loi DE ROBIEN…).

Puis la Fédération des Ascenseurs, changeant de registre, invoque le problème de l’emploi :

« Autre conséquence d’un éventuel report dans le temps : les entreprises qui ont initié une politique de recrutement et de formation pour faire face au renouvellement des classes d’âges et aussi à la nouvelle charge de travail risquent de se retrouver en sureffectif avec toutes les conséquences que cela entraîne : ralentissement voire arrêt des recrutements, difficulté à faire repartir la dynamique et retour au goulot d’étrangement antérieur, lorsqu’il faudra de nouveau accélérer ».

Ça c’est nouveau : le chantage à l’arrêt des recrutements ; les chômeurs des copropriétés au secours des chômeurs d’OTIS… Quel cynisme.

Nous allons nous permettre de donner un bon conseil à la Fédération des Ascenseurs et aux ascensoristes : si leurs nouvelles (et insuffisantes) recrues n’avaient plus assez de travail (en matière de gros travaux) d’ici un ou deux ans (ce qui est évidemment bien improbable) ce sera pour les ascensoristes l’occasion, enfin, de libérer du temps pour faire procéder à l’entretien préventif dont manque cruellement aujourd’hui TOUS les ascenseurs, précisément parce que les techniciens sont TOUS trop occupés aux gros travaux bien lucratifs. Or, aujourd’hui, le taux important de pannes procède précisément en très grande partie du manque d’entretien.

Nous dirons donc aux responsables du Ministère du logement ceci : en refusant les faux arguments des ascensoristes et en validant le report de deux ou trois ans les délais - comme cela a été rendu possible par le Parlement  suite au vote de la loi du 25 mars 2009 - vous allez lutter efficacement contre l’insécurité, de la manière suivante :

-          en allégeant le travail des techniciens en matière de GROS travaux (parfois d’ailleurs peu utiles en terme de sécurité) ;

-          donc en libérant partiellement ces techniciens, qui vont pouvoir enfin entretenir correctement les ascenseurs et effectuer les réglages nécessaires pour empêcher à tous nos « chers petits vieux » de trébucher en rentrant dans les ascenseurs ou en ……sortant.

Allons, soyons sérieux, Messieurs les Ascensoristes ; vous ferez vos douze milliards de chiffres sur dix-huit ans au lieu de quinze ans…

La belle affaire…

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