I-
Les ascensoristes contre le Parlement
La
loi BOUTIN (loi du 25 mars 2009) vient de donner
satisfaction, sur le principe, à notre demande
de prolongation de la deuxième et troisième
tranche de travaux de mise en conformité des
ascenseurs.
Elle
a, en effet, modifié la loi DE
ROBIEN et son article 79 et a porté à dix-huit
ans le délai initial maximum de quinze ans accordé
aux propriétaires d’ascenseurs (donc aux copropriétaires)
pour faire effectuer les travaux des trois
tranches.
Il
ne manque plus qu’un décret qui précise les
modalités de ce report.
Tant
que ce décret n’est pas signé le report ne sera
pas effectif.
C’est
pourquoi les ascensoristes - citoyens peu respectueux
du fonctionnement démocratique - ont décidé
de peser sur le Gouvernement pour neutraliser
la nouvelle loi votée par le Parlement et promulguée
le 27 mars 2009.
Ils
ont, à cet effet, lancé une véritable « campagne » expliquant
pourquoi le report accordé dans son principe
ne doit pas l’être dans la réalité.
C’est
contre cette campagne et aux arguments des ascensoristes
que nous réagissons.
II-
Des arguments en forme de « larmes de crocodiles »
On
les connaît bien nos ascensoristes : la
seule chose qui les intéresse ce n’est pas leurs
profits, ce n’est pas de rapatrier le plus d’argent
possible à DALLAS, siège du géant OTIS, ce n’est
pas de prélever au plus vite huit à douze milliards
de travaux surfacturés et en partie inutiles ;
non. La seule chose qui les intéresse les ascensoristes,
c’est - nous le savons
et en sommes émus - notre SÉ-CU-RI-TÉ.
Mais
il y a encore plus touchant : non contents
de se pencher sur le sort de ces pauvres et
vieux retraités qui trébuchent en rentrant ou
en sortant de nos ascenseurs vétustes (voir,
plus loin, nos crocodiles dans le texte), nos
amis de DALLAS se préoccupent maintenant du
chômage. En effet, horrible perspective :
repousser les travaux de deux ou trois ans va
forcément entraîner une vague de chômage sans
précédent chez les ascensoristes qui va finir
de mettre la France à genoux.
Humains,
trop humains, nos amis devraient faire attention :
tant de compassion va finir par leur brouiller
la vue et les faire tomber dans une trémie d’ascenseur,
submergés
par les sanglots.
Voyons
les arguments de ces bons samaritains et la
réponse que nous leur faisons.
III-
Que disent les ascensoristes ?
Très
exactement ceci, extrait d’un communiqué de
Presse en date du 10 avril 2009.
- L’argument « sécuritaire »
« Tout
report, en particulier des 2 premières tranches
de travaux (2010 et 2013) laisserait perdurer
des risques majeurs amplifiés par les comportements
actuels.
Citons par
exemple :
- la fermeture complète
de la gaine empêchant de passer la main ou
la tête ;
- la généralisation
de la téléalarme qui permet une assistance
efficace aux personnes bloquées et évite les
tentatives de sortie sans l’aide de professionnels,
souvent sources d’accidents graves ;
- l’amélioration de
la précision d’arrêt qui élimine la plus
grande cause d’accidents (trébuchement, notamment
des personnes âgées) ».
On
notera :
1)
Que
le premier problème concerne non pas les ascenseurs
eux-mêmes mais la gaine (le grillage) !
Que par ailleurs, cela concerne très peu d’ascenseurs et pratiquement uniquement dans des immeubles
anciens de type haussmanniens.
2)
Que
la téléalarme ne concerne pas non plus directement
l’ascenseur lui-même et que, par ailleurs, si
les personnes sont bloquées c’est toujours à
la suite de pannes dues non pas à l’absence
de sécurisation des ascenseurs, mais au défaut d’entretien, donc au non-respect, par les ascensoristes, de
leur contrat (voir plus bas).
3)
Que
la source principale d’« accidents » concernerait (d’après
la
Fédération des Ascenseurs)
le « trébuchement des personnes âgées »
lié à une mauvaise précision d’arrêt ;
or - là encore - tout le monde sait que quand
l’absence de précision dépasse cinq centimètres,
c’est qu’elle est due à un mauvais réglage (donc
à un mauvais entretien) des appareils !
Insistons
d’ailleurs sur le caractère outrancier de l’approche
des ascensoristes : la majorité des « accidents » d’ascenseurs concerneraient,
selon eux, des personnes âgées qui trébuchent !!
Douze milliards de travaux, pour cela,
donc ! Quelle
caricature ! Quelle sottise.
Mais la Fédération
des Ascenseurs, imperturbable, continue :
« En effet, chaque année surviennent encore malheureusement des accidents
graves qui démontrent le bien fondé
d’une mise en sécurité dans les délais les plus
concentrés possibles ».
À
ce « castatrophisme » bien déplacé,
il faut opposer et répondre ceci : presque
TOUS les accidents graves qui se sont produits ces dernières années
sont dus à des défauts d’entretien voire à des
FAUTES d’entretien impliquant l’ascensoriste et qui ont TOUTES été sanctionnées par les tribunaux
(en particulier : les affaires de Strasbourg
et d’Amiens qui ont déclenché la loi DE ROBIEN…).
Puis la Fédération
des Ascenseurs, changeant de registre, invoque
le problème de l’emploi :
« Autre conséquence d’un éventuel report dans le temps : les entreprises
qui ont initié une politique de recrutement
et de formation pour faire face au renouvellement
des classes d’âges et aussi à la nouvelle charge
de travail risquent de se retrouver en sureffectif
avec toutes les conséquences que cela entraîne :
ralentissement voire arrêt des recrutements,
difficulté à faire repartir la dynamique et
retour au goulot d’étrangement antérieur, lorsqu’il
faudra de nouveau accélérer ».
Ça c’est nouveau : le chantage à l’arrêt des recrutements ;
les chômeurs des copropriétés au secours des
chômeurs d’OTIS… Quel
cynisme.
Nous
allons nous permettre de donner un bon conseil
à la Fédération
des Ascenseurs et aux ascensoristes : si
leurs nouvelles (et insuffisantes) recrues n’avaient
plus assez de travail (en matière de gros travaux)
d’ici un ou deux ans (ce qui est évidemment
bien improbable) ce sera pour les ascensoristes
l’occasion, enfin, de libérer du temps pour
faire procéder à l’entretien préventif dont
manque cruellement aujourd’hui TOUS les ascenseurs, précisément parce
que les techniciens sont TOUS
trop occupés aux gros travaux bien lucratifs.
Or, aujourd’hui, le taux important de pannes
procède précisément en très grande partie du
manque d’entretien.
Nous
dirons donc aux responsables du Ministère du
logement ceci : en refusant les faux arguments
des ascensoristes et en validant le report de
deux ou trois ans les délais - comme cela a
été rendu possible par le Parlement suite au vote de la loi du 25 mars 2009 - vous
allez lutter efficacement contre l’insécurité,
de la manière suivante :
-
en
allégeant le travail des techniciens en matière
de GROS
travaux (parfois d’ailleurs peu utiles en terme
de sécurité) ;
-
donc
en libérant partiellement ces techniciens, qui
vont pouvoir enfin entretenir correctement les
ascenseurs et effectuer les réglages nécessaires
pour empêcher à tous nos « chers
petits vieux » de trébucher en
rentrant dans les ascenseurs ou en ……sortant.
Allons, soyons sérieux, Messieurs les
Ascensoristes ; vous ferez vos douze milliards
de chiffres sur dix-huit ans au lieu de quinze
ans…
La belle affaire…