I-
Une fausse « petite amélioration » passée (à juste
titre) bien inaperçue
Un
député renseigné par l’ARC s’étant aperçu qu’aux
Etats-Unis on ne pouvait mélanger les genres :
par exemple - être banquier et « syndic
de copropriété » avait déposé un
amendement dans le cadre de la loi BOUTIN pour
« importer » dans le droit Français
cette incompatibilité.
Malheureusement
la pratique du mélange des genres est tel dans
notre pays (syndics-assureurs- diagnostiqueurs
- entrepreneurs - experts en ascenseurs - promoteurs
j’en passe et des meilleurs) que cet amendement
a jeté la panique dans les rangs des professionnels
et que nos lobbys immobiliers et bancaires n’ont
pas eu de mal à le vider de sa substance.
Le
jet d’eau percutant et décapant de notre député
s’est ainsi transformé en un filet d’eau bien
incapable de déplacer la moindre brindille.
De quoi s’agit-il ?
De
ceci : les banquiers auront toujours le
droit d’être syndics et les syndics d’être banquiers,
mais
ils devront en prévenir
leurs clients.
Comme
on le voit : pas de quoi changer quoi que
ce soit à rien du tout !
C’est
ce qu’on appelle un article de loi COSMÉTIQUE
qui a simplement du faire bien rire les banquiers
et les syndics concernés sur l’air de « Vous avez vu comme on les a bien eu ».
En
gros, on se moque un peu de nous et il faudrait
dire « Merci,
comme c’est bien d’avoir introduit cette disposition
dans la loi ». Passons.
Pour
ceux qui apprécient ce genre de divertissement
législatif voici le texte exact :
« Les personnes…. Qui exercent également l’activité
d’intermédiaire en opération de banque définie
à l’article 1. 519-1 du code monétaire et
financier, ou qui ont des liens de nature
capitalisme ou juridique avec des banques
ou des sociétés financières, sont tenues d’en
informer leurs clients »
Cosmétique,vous
dit-on.
II-
Les banquiers -syndics qui sont-ils ?
Que possèdent-ils ?
Voici,
à l’attention de ceux qui veulent mieux connaître
la « nébuleuse » banquière et ses
ramifications, quelques précisions sur les trois
principales banques (informations tirées de
l’article de QUE CHOISIR du mois d’avril cité
au point III).
● Ce que possède
BNP-Paribas
- Banque : Banque de Bretagne.
- Cabinets de gestion immobilière ou promoteur :
Espaces
Immobiliers (agences immobilières), Meunier
(promoteur), Gérer (gestion de biens et agences
immobilières).
- Compagnies d’assurance : CARDIF (assurances vie et emprunteur), NATIO Assurances (assurance dommages).
● Ce que possède le
CREDIT AGRICOLE
- Banque : LCL (ex-Crédit Lyonnais).
- Cabinets de gestion immobilière ou promoteur :
Square Habitat
(gestion de biens et agences immobilières),
Monné
Decroix (promoteur), Unimo
(gestion de biens).
- Compagnies d’assurance : Predica (assurances vie et emprunteur). Pacifica (assurance dommages).
● Ce que possèdent les
Caisses d’épargne/ Banques populaires
- Banques : Banque Palatine, Crédit Foncier,
Natixis.
- Cabinets de gestion immobilière ou promoteur :
Lamy
(gestion de biens et agences immobilières),
Foncia
(gestion de biens et agences immobilières),
Century 21 (agence immobilières et gestion de biens) Guy Hoquet (agences immobilières),
Arthur
l’Optimiste (agences immobilières), Nexity
(promoteur), Nexity-Saggel
(gestion de biens).
- Compagnies d’assurance : Assurances Banque
Populaire
(assurance vie et dommages), Natixis
Assurances (assurance emprunteur), CGE
Assurances (assurance dommages).
Il
en manque sans doute, d’autant que cela évolue
tous les jours, mais enfin cette liste donne
déjà une idée.
III-
« QUE CHOISIR » et les syndics-banquiers
Enfin,
voici un extrait d’un article récent de « QUE CHOISIR » sur les
syndics et les banques (numéro d’avril 2009) :
« Immobilier : le nouveau BASTION
« Ayant pratiquement épuisé le filon
de la diversification dans la finance, les
banques se sont tournées vers la pierre, En
moins d'une décennie, elles sont devenues la
première agence immobilière en France, «Les banques possèdent aujourd'hui
environ 3 000 agences immobilières, soit 10
à 15 % du marché. Et, malgré la crise, il me semble très peu probable quelles
cherchent à se désinvestir de ce secteur. Lorsque
les banques investissent un métier, c'est rarement
à court terme », analyse Sabine GRAFE, directrice d'études au cabinet PRECEPTA.
Sur la dizaine de grands réseaux nationaux,
une bonne moitié se trouve ainsi aux mains des
banques : Century
21, Guy
Hoquet et Arthur l'Optimist sont tombés dans le
giron des Caisses
d'épargne en 2007, quand la banque a racheté
le promoteur Nexity.
Square Habitat appartient au Crédit agricole, Foncia aux Banques populaires. Sans compter les Espaces Immobiliers de la BNP-Paribas. Si le
réseau Avis
vient tout juste de quitter le Crédit mutuel
après sa revente à un groupe de franchisés,
la banque détient, via sa filiale Ataraxia,
des agences dans l'Ouest de la
France.
La rentabilité affichée par l'immobilier
dans les années 2006-2007 (plus de 20 % pour
certaines agences) a certainement aiguisé les
appétits des banquiers. Toutefois, pour Jean
Lavaupot, directeur exécutif du réseau
immobilier Era
France, ce n'est pas l'explication principale
: «Les
banques ont acheté les réseaux dans le but
de vendre des produits financiers, en particulier
des prêts immobiliers. L'idée est d'être présent
le plus tôt possible au moment où les particuliers
prennent leur décision d'achat, avant qu'ils
aient fait le tour des banques » Ces dernières
années, les banques ont pratiquement travaillé
à perte sur les crédits immobiliers. Devenu
un produit d'appel, ce dernier est là pour ferrer
le client à long terme. La seule manière de
rentrer dans ses frais est de lui placer d'autres
produits plus juteux, à commencer par l'assurance
du prêt immobilier.
Et quelle meilleure occasion que l'achat
d'un bien immobilier pour vendre du prêt pour
des travaux, de l'assurance multirisque habitation,
du déménagement ou de la téléalarme ?
L'idée était également de faire vendre
par les agents immobiliers les logements neufs
construits par les promoteurs des groupes bancaires
(Meunier
à BNP-Paribas, Nexity
aux Caisses d'épargne, etc.). « Je
ne suis pas sûr que cela ait été une réussite.
L'investissement locatif n'est pas le métier
traditionnel des agents immobiliers et les gens
ne poussent généralement pas leur porte pour
ça », commente Jean Lavaupot.
Les récents déboires des particuliers ayant
investi en loi ROBIEN ou en location en meublé
professionnel montrent d'ailleurs bien les dangers
du mélange des genres.
En marge de la politique de leur groupe,
nombre d'agences bancaires régionales ont passé
des accords avec des promoteurs défiscalisateurs.
Contre commission, elles ont accordé des prêts
les yeux fermés aux clients qu'ils leur amenaient
en s'affranchissant des règles de prudence les
plus élémentaires : aucun entretien avec l'emprunteur,
aucune vérification de son niveau réel d'endettement.
Et pour cause. Les agences étaient directement
intéressées à la marche du promoteur, dont l'activité
gonflait leurs résultats. Elles n'avaient aucune
envie de casser cette belle dynamique.
Quoi qu'il en soit, les banques déroulent
les avantages d'une agence immobilière intégrée
à un groupe financier : fichiers interconnectés
et donc une offre plus large, approche méthodique,
agents mieux formés, etc. Admettons. Une chose
est sûre, les honoraires des professionnels
n'ont pas baissé... Quant à la qualité des services,
il y aurait autant de plaintes déposées auprès
des organisations professionnelles contre des
agences rachetées par des banques qu'à rencontre
des autres. Frédéric Pelissolo, administrateur du réseau immobilier
l'Adresse et membre de la
FNAIM (Fédération nationale
des agents immobiliers) pointe un autre problème
: «Si
un conseiller appartient à un groupe bancaire
qui est aussi agence immobilière et assureur,
on arrive vite au conflit d'intérêts. Imaginons
l'exemple suivant : un client a du mal à rembourser
son prêt bancaire. Sa banque lui suggère de
vendre sa maison. Comment être sûr que le conseiller
bancaire ne sera pas tenté de faire appel aux
prestataires du groupe pour faire vendre le
bien à des conditions défavorables au client
? Il
serait plus sain, comme c'est le cas aux Etats-Unis
ou au Canada,
d’interdire aux banques de faire de l’immobilier ».
Premier
pas dans la bonne direction, un amendement
au projet de loi sur le logement adopté le 19
février 2009 vient d'obliger les agents appartenant
à un groupe bancaire de le mentionner.
Mais
il ne supprime pas les risques de pressions
de la part des agents pour faire souscrire les
produits maison. Le consommateur ne doit pas
demeurer captif et ne pas hésiter à faire jouer
systématiquement la concurrence (qu'il s'agisse
de prêts immobiliers, de prêts travaux, d'assurance
habitation, etc.).
SYNDICS DE COPROPRIÉTÉ:
CONFLITS D'INTÉRÊTS EN VUE
Les
banques pèseraient aujourd'hui environ 20 %
du marché de la gestion de biens.
La
plupart des réseaux qu'elles détiennent exercent
en fait trois métiers : transactions, syndic
et location gérance. C'est le cas de Foncia (Banques populaires), de Square Habitat (Crédit agricole) ou de
Gérer (BNP-Paribas).
Leur
arrivée en force a accéléré la concentration
engagée depuis une vingtaine d'années. Près
de 40 % des cabinets de syndics seraient à ce
jour aux mains des grands groupes et l'on serait
encore très loin de la fin de l'histoire...
En attendant, nombreux sont les copropriétaires
qui se plaignent du turnover incessant et du
manque de disponibilité des gestionnaires
travaillant au sein des syndics bancaires.
Confirmation d'une gestionnaire en charge
d'une soixantaine de copropriétés à Nexity-Saggel
: «
Nous étions cinq gestionnaires dans notre cabinet avant son intégration
dans Nexity-Saggel, en 2007. Deux sont partis
peu après, ils n'ont toujours pas été remplacés
»,
Pour Bruno Dhont, directeur de l'ARC (Association des responsables de
copropriétés), un autre danger menace les copropriétaires
: « Via leurs
syndics, les banques vont pouvoir placer de
plus en plus de prêts. On commence déjà à voir
arriver des prêts collectifs concernant tous
les copropriétaires, votés à la demande du syndic.
On impose ainsi un mode de financement sans
faire jouer la concurrence. Celui-ci peut s'avérer
très défavorable aux copropriétaires qui disposent
déjà d'un financement plus avantageux (épargne,
Pass travaux, prêts sociaux, etc.) »
II existe un autre terrain de conflits
d'intérêts possibles : les diagnostics et études
techniques, désormais obligatoires en cas de
transaction immobilière. Plusieurs banques
contrôlent des cabinets spécialisés à travers
une filiale (comme Banques populaires-Foncia
avec la
Compagnie nationale d'expertise
et de mesurage) ou indirectement via les nombreux
financements qu'elles leur accordent.
Une
loi, interdit
qu'un même professionnel exerce à la fois les
métiers de syndic et de cabinet d’études… Cette
saine réglementation restera lettre morte si
des relations d'intérêt étroites se tissent
entre syndics et cabinets, par l'intermédiaire
des groupes financiers. Les copropriétaires
dont le syndic appartient à un groupe bancaire
doivent se montrer particulièrement vigilants
et exiger de leur gestionnaire qu'il mette systématiquement
en concurrence plusieurs cabinets. Ils ont également
tout Intérêt
à lui réclamer des précisions écrites sur les éventuels liens qui existent entre le groupe bancaire et les
cabinets présentés. Et ne doivent pas hésiter
à proposer eux-mêmes des noms… surtout si leur
syndic montre de l'empressement à la réalisation
d'un diagnostic ».
Elisa OUDIN et Erwan SEZNEC.