Voir article « Le
compte séparé sans dispense possible : La seule
solution pour « garantir les copropriétaires »
Voici
trois nouveaux articles très intéressants sur l’affaire URBANIA :
I.
Un
article des Echos.
II.
Un
article du Monde.
III.
Un
article du site UNIVERSIMMO.
I.
Article des Echos du 05 mai 2010
Urbania, un dossier à risque pour
les banques
« La Société
Générale publie aujourd'hui ses comptes
trimestriels et va avoir du mal, dans ce cadre, à
échapper aux questions sur ce qui devient « l'affaire Urbania ». Cette société, l'un des principaux administrateurs
de biens français, fait l'objet d'une plainte pénale pour abus de confiance, déposée par
la banque le 23 décembre
2009 après que cette dernière a tenté en vain,
durant l'année écoulée, de récupérer les quelque 200
millions d'euros mis à disposition de la société.
Le total en jeu pour l'ensemble des banques
d'Urbania « dépasse les 500 millions d'euros, en additionnant les comptes reflets et les divers emprunts et lignes de crédit de
la société », indique
un connaisseur du dossier. Les « comptes reflets»,
les seuls qui concernent la Société Générale
(elle n'a pas accordé de prêts par ailleurs) constituent
une technique financière d'usage courant chez les
administrateurs de biens. Car les fonds que leur remontent
les copropriétaires (les «
mandants ») ne peuvent pas être placés
pour produire des intérêts financiers, la loi Hoguet
l'interdit. Les banques mettent donc à disposition
des administrateurs de biens un montant équivalent
à celui des comptes mandants, dans des « comptes reflets
» pouvant, eux, être placés et qui sont liés par une
« lettre d'unité de compte » avec les comptes
mandants d'Urbania ont en bonne partie disparu des
radars de la Société
Générale début 2009 sans qu'elle
parvienne à récupérer ses billes. Aujourd'hui, «on ignore si l'argent des mandants a disparu
ou a simplement
été transféré, et les comptes
de la société sont très opaques, on n'arrive
pas à savoir si Urbania
est ou non en cessation de paiement »,
résume un observateur. La cessation de paiements
signifierait pour les banques une perte de plus de 500 millions.
Tribunal
de commerce
Pour Urbania, qui a réagi lundi dans un communiqué,
sa situation est
saine, « la Société Générale a été une
première fois déboutée le 16
mars 2010 de son action engagée auprès
du tribunal de commerce de Nanterre » et les fonds mandants ne seraient pas concernés, par ce litige.
Quant au montant des lignes de
crédit, il a, souligne la société, été utilisé
pour de la croissance externe et
des rachats, des parts d'actionnaires,
comme attesté par les comptes.
Le tribunal de commerce, saisi par la Société
Générale en octobre 2009, devrait
bientôt mettre tout le monde d'accord et «
cerner rapidement, probablement dès ce mois-ci, la situation financière de la société
», estime un proche du dossier ».
II.
Article du Monde du 05 mai 2010
« En portant plainte contre l'administrateur de biens Urbania, le 23 décembre 2009, la Société générale n'a peut-être pas mesuré
l'étendue de l'affaire qu'elle venait de soulever. Elle-même et d'autres banques,
comme le Crédit
agricole, Fortis, la Banque Palatine,
la Banque
française ou italienne Monte dei Paschi di Siena, ont constaté, il y a un an, la disparition de quasiment 500 millions d'euros qu'elles avaient
avancés à Urbania. Pour la seule Société générale, la perte potentielle atteint les 200 millions
d'euros.
Un montant très élevé comparé au chiffre d'affaires de 150 millions d'euros d'Urbania,
ex-Vendôme-Rome.
Cette société, qui appartient
à Michel
Moubayed, est le quatrième
administrateur de
biens français, avec 115 cabinets qui gèrent 400 000 appartements en copropriétés.
Lorsqu'un syndic gère une copropriété, il ouvre un compte bancaire au nom de chaque immeuble qui sera alimenté par les charges versées par les
copropriétaires. Ces dépôts constituent une trésorerie
enviable. Pourtant, la loi Hoguet de 1970 interdit
aux syndics de percevoir les éventuels
produits financiers de la trésorerie. Pour contourner cette règle, banquiers et syndics ont inventé le système des comptes « reflet », sur lesquels la
banque avance un montant équivalent à la trésorerie de la copropriété.
Cette somme est placée au profit du syndic.
En juin 2009,
la
Société générale
constate qu'Urbania n'a pas placé les sommes avancées sur les comptes reflet et lui demande de les restituer
. Face aux atermoiements d'Urbania, les banques réclament leur dû devant le tribunal de commerce de Nanterre, qui place les cabinets d'Urbania
sous le contrôle de deux administrateurs. Un audit apporte
des conclusions affolantes.
Les sommes des comptes
reflets «ont été utilisées pour
acheter des fonds de
commerce et des
parts minoritaires de différentes sociétés ». M. Moubayed a écha-faudé un groupe
de 250 sociétés plus
ou
moins contrôlées les unes par
les autres. Certaines holdings sont
domiciliées dans des paradis fiscaux.
Urbania est au bord du dépôt
de bilan, la
paye de mars des 2000
salariés a été versée avec dix jours de retard.
Urbania
évoque «
un différend commercial avec certains
de ses partenaires bancaires (...)
concernant
des lignes de crédit ouvertes » et assure que
« la situation
des cabinets du réseau est saine, avec des résultats positifs».
Les mandataires et les banquiers ont sollicité le groupe immobilier Nexity
pour racheter Urbania.
Alain Dinin, son PDG, a fait
une offre de moins de
150 millions
d'euros, refusée par les banques
et M. Moubayed. « C'était pourtant une sortie de
crise honorable », plaide M. Dinin, qui
se dit
« attentiste devant la complexité du
dossier».
III.
Un article du site UNIVERSIMMO du 04 mai 2010
Immobilier - Le groupe Urbania mis en cause par ses banques
: essai de décodage
« Depuis
plusieurs jours la presse fait état d'informations
laissant pressentir une situation potentiellement
grave chez le n°3 de l'administration de biens en
France (160 millions de chiffre d'affaires, 2.000
salariés, près de 400.000 lots de copropriété gérés,
notamment, plus des filiales de facility management,
le réseau Laforêt, le groupe Adyal, etc.). Même celles
destinées à rassurer sont plutôt de nature à inquiéter
! A commencer par les déclarations du dirigeant, Michel
Moubayed, qui crie au complot mené selon lui par la Société
Générale pour le jeter - à bas prix
- dans les bras du n°2, Nexity… Qu’en penser.
Un simple litige commercial entre un client
et son banquier ?
C'est la thèse qu'essaient depuis la fin de
semaine d'accréditer les dirigeants du groupe. Pourtant,
l'AFP le 30 avril, le JDD (Journal du Dimanche) le
2 mai, La Tribune et Le Figaro le 3 mai ont publié des indications
de plus en plus précises dont certaines distillées
par l'avocat de la Société
Générale : cette dernière aurait
saisi le Tribunal de commerce de Nanterre dès septembre
2009, puis déposé une plainte contre X pour abus de
confiance, instruite par le Parquet de Paris.
D'autres banques
auraient "suspendu leurs crédits" :
Fortis, Banque Française, Monte Paschi Banque, et
il y en aurait en tout pour 500 millions, dont 200
pour la
SG (dit le JDD). Le CIRI (Comité
interministériel de restructuration industrielle),
pompier des entreprises en difficulté se serait saisi
du dossier depuis une "dizaine de jours",
"sans trouver de solution ».
S'agit-il
de financements destinés à acquérir des cabinets
(le groupe en a absorbé plusieurs dizaines, voire
centaines depuis une vingtaine d'années) ? Le directeur
général du groupe aurait déclaré qu'il s'agissait
de financements de "haut de bilan" aujourd'hui
requalifiés en "emprunt à court terme et remboursable
immédiatement". Mais pas plus que pour un particulier
qui a souscrit un crédit immobilier, une
banque n'exige jamais le remboursement immédiat et
total de crédits d'investissement sans un manquement
grave de son client la mettant dans
une situation de risque aggravé.
La JDD
puis La
Tribune se sont fait dire qu'il y
aurait eu détournement de fonds par les "comptes
reflet" pour financer avec les fonds des clients
des acquisitions de cabinets ou des rachats de parts
de minoritaires, bref des opérations de croissance
externe. De quoi s'agit-il ? Les syndics qui gèrent
de nombreux immeubles en utilisant des comptes bancaires
dits individualisés par copropriété, plus quelques
comptes pour des fonds détenus dans le cadre de la
gestion locative mobilisent en toute légalité (dès
lors que les copropriétaires ont accepté de renoncer
à des comptes bancaires séparés au nom de leur syndicat)
l'ensemble de ces fonds pour des placements globaux
qui leur apportent un complément de rémunération,
certes en baisse ces derniers temps, mais toujours
appréciable, et dont ils font - la concurrence aidant
- profiter aussi les copropriétaires. Ces fonds placés
sont prélevés sur un "compte reflet" qui
devient ainsi débiteur, sachant que la fusion des
comptes normaux et du compte reflet doit, quant à
elle, rester toujours créditrice. Si la trésorerie détenue baisse pour une raison ou pour
une autre, les placements sont débloqués et la situation
est maintenue toujours positive.
Concernant
Urbania, une interprétation semble être que les placements
n'aient pas été comme il se doit des comptes à terme
ou des Sicav de trésorerie,
mais des investissements pour compte propre, immobilisés,
et que le groupe ne soit plus en mesure de reconstituer
la trésorerie ; du coup, empêchés par les banquiers
de faire passer la fusion débitrice, les cabinets
se voient bloqués dans les paiements aux fournisseurs
et aux clients mandants de gérance, ce que la direction
d’Urbania a elle-même reconnu…
Autre preuve
de cette hypothèse
: la Société
Générale indique avoir réagi en voyant
une baisse des comptes mandants à partir de juin dernier.
Si les fonds
mandants ne sont plus représentés de manière liquide,
le groupe se trouve vis à vis de ses clients en situation
d'abus de confiance (d'où la plainte) et, en cas d'impossibilité
de régularisation rapide, en situation de perdre sa
garantie financière et donc d'exercer les métiers
de l'administration de biens. La déclaration à l'AFP
de Serge Ivars, président de l'UNIS, le syndicat professionnel
d'appartenance d'Urbania, déclarant que le Groupement français de caution, la mutuelle
d'assurances qui garantit les dépôts des clients de
ce groupe, lui aurait assuré que "ceux-ci n'avaient
rien à craindre" n'est pas en soi rassurante
: quelle est
la solidité de ce garant, peu connu
chez les administrateurs de biens ? N'aurait-il pour
clients que les sociétés du groupe ? Serait-ce à cause
de ce niveau de dépendance que les faits dénoncés
aujourd'hui ouvertement par les banques n'ont pas
été relevés lors des contrôles
que l'organisme de caution est censé effectuer autant
que nécessaire, ce qui aurait dû stopper
les dérives mentionnées, la menace du retrait de garantie
étant en général suffisamment dissuasif ? Contrairement
à ce qu'affirme La
Tribune, le montant de la garantie
que les syndics doivent souscrire pour gérer les fonds
mandants n'est pas seulement déclaratif : le garant doit vérifier que le professionnel garanti ne
dépasse à aucun moment en fonds détenus le montant
de la garantie souscrite, et que
les fonds en banque correspondent bien au cumul des
soldes créditeurs des clients...
En tous cas, s'il veut réellement rassurer,
cet organisme devrait d'urgence rendre public la liste
de ses clients (la garantie financière
accordée aux administrateurs de biens est publique
- afin de s'assurer du niveau de mutualisation du
risque lui permettant de faire face aux engagements
souscrits à l'égard des clients des sociétés menacées...
La Société
Générale affirme à La Tribune qu'elle ne fusionnera
pas les comptes mandants et les comptes reflets d'Urbania,
même débiteurs, pour préserver les intérêts des copropriétaires. "Mais les autres banques concernées
ne seraient pas aussi affirmatives" indique le
quotidien. Il faut savoir qu'en cas de liquidation judiciaire,
l'ensemble des fonds mandants entrent en principe
dans la liquidation...
L' "originalité" d'Urbania en question ?
En 2004, Michel
Moubayed créait la marque "Urbania" et affirmait
lancer un "modèle innovant pour l'avenir de la
profession" ; mais loin de simplifier
son groupe, il rendait encore moins transparentes
les structures de participations... Les banques et
la clientèle ont-ils pêché par excès de confiance
?
Une fois encore,
comme en d'autres circonstances, on peut se demander
si les verrous de sécurité mis en œuvre, contraignants
pour les petits, sont suffisants pour les « gros ».
Aujourd'hui,
la clientèle et les équipes peuvent être sauvées par
la reprise d'un groupe plus important,
qui épongerait les trous à la place de payer les actionnaires ;
mais la valeur du groupe - entre 100 et 200 millions
dit-on ? - est-elle à la hauteur de manque de trésorerie
à combler (les chiffres de 500 millions ont été cités)
? Peut-être
que ces chiffres ne représentent pas que des fonds
mandants manquants et incluent des
financements d'investissement qui pourraient être refinancés.
Cependant,
les repreneurs susceptibles d'intervenir pourraient
aussi tordre le nez devant une structure de plusieurs centaines
de sociétés, sans comptes consolidés, avec des cabinets
très souvent locataires-gérants de leurs fonds de commerce, donc
non propriétaires de leur clientèle
au profit de fonds d'investissement au financement
mystérieux, toutes choses dont nous n'avons pas manqué
de faire état dès 2004. Décidément, Urbania est depuis
longtemps un groupe à part... ».