I-
Une réunion au Ministère
-
Comme
nous l’avons dit la semaine dernière (voir
abus numéro 1908)
le Ministère du Logement a réuni les bureaux
d’études, les ascensoristes et les représentants
de propriétaires d’ascenseurs (dont les copropriétaires)
le 4 juin 2009 à la Grande
Arche : une vingtaine
d’organisations représentatives étaient là,
dont l’ARC.
II-
Un constat inquiétant : la maintenance
se dégrade de façon perceptible
o
Le
ministère a, au cours de cette réunion, annoncé
qu’il avait fait procéder à trois études portant
sur la qualité de la maintenance.
o
La
première étude a été demandée à un bureau
d’études spécialisé - IN NUMERI - qui a fait
une enquête statistique.
o
La
deuxième étude a été commandée à l’Union Sociale
de l’Habitat (les HLM) qui contrôle 50.000 ascenseurs via
ses adhérents.
o
La
troisième étude a été commandée au COPREC
(Confédération des Organismes Indépendants
de Prévention de Contrôle et d’Inspection).
Or,
les trois études sont convergentes :
« On constate un relâchement certains
dans l’exécution de l’entretien »
(propos exacts tenus par le Sous-directeur
de la
Direction du Logement et
de l’Urbanisme du Ministère du Logement) ou
encore : « La baisse de la qualité de la maintenance est
relevée par les trois enquêtes »(idem).
L’Union
Sociale de l’Habitat conclut ainsi son étude :
-
« Baisse de la qualité de l’entretien ».
-
« Baisse de compétence des techniciens ».
-
« Pannes nouvelles liées à l’électronique ».
-
« Temps nécessaire pour obtenir des pièces de rechanges
de plus en plus longs ».
Le
COPREC va encore plus loin : « Pour bien faire, conclut son étude, il faudrait mettre 10 % des appareils à l’arrêt
tant l’entretien est insatisfaisant ».
III-
Aller au delà du constat
Nous
félicitons et remercions le ministère (que
nous avions alerté sur ce point depuis plus
d’un an voir ici même abus 1427
) d’avoir engagé ces enquêtes et de nous en
avoir communiqué les résultats. Malheureusement
le ministère n’a pas encore tiré les enseignements
de ces résultats et, en particulier, n’a pas
pu dire - au cours de la réunion du 4 juin
- quelles étaient, selon lui, les causes de
cette situation.
C’est
bien dommage, car cela permettrait d’agir
et c’est pourquoi nous avons écrit officiellement
au ministère après cette réunion d’une part
pour lui faire connaître quelles sont - à
notre avis - les raisons et les remèdes, d’autre
part pour lui demander de faire sa propre
enquête concernant les causes de cette situation
inquiétante. En attendant, voici notre analyse.
IV-
Les raisons de cette dégradation selon
l’ARC
Pour
nous, elles sont de trois ordres :
- D’abord cette dégradation
tient au fait que les ascensoristes privilégient
les gros travaux au détriment de l’entretien.
Les techniciens sont d’abord mobilisés sur les travaux,
ensuite sur les pannes, enfin seulement sur
l’entretien préventif.
La solution pour résoudre cette situation
est donc simple : il faut d’urgence
reporter de deux ou trois ans la deuxième
et la troisième phase des travaux (2008-2013 ;
puis 2013-2018) pour desserrer la pression
sur les travaux, donc redonner enfin le
temps aux techniciens de maintenance (souvent
occupés aux gros travaux aujourd’hui) de
faire leur travail.
- Ensuite, cette dégradation
s’explique par le fait que beaucoup de contrats
incluent désormais une
clause de vétusté.
Profitant de l’obligation de faire signer de nouveaux
contrats, les ascensoristes ont, en effet,
réussi à faire entrer cette clause redoutable dans leur contrat, clause qui
est une véritable bombe à retardement.
En gros, cette clause signifie ceci : au titre
du contrat l’ascensoriste doit remplacer les
pièces quand elles sont usées mais non quand elles sont vétustes.
« Comment savoir quand une pièce est vétuste ? ». demande-t-on,
« Quand elle a dépassé un certain âge »
(dix, vingt ou trente ans selon le type d’ascenseur),
répond l’ascensoriste !
Ainsi vous avez payé pendant trente ans un contrat d’entretien
complet ou étendu ; le moteur vient à
lâcher et au lieu de vous le remplacer au
titre de l’usure, on va vous le facturer au
titre de la « vétusté ».
C’est pourquoi quand on arrive aux dix, vingt ou trente
ans, la tendance actuelle des ascensoristes
est de ne plus entretenir les appareils ni de remplacer
les pièces usées, mais
d’attendre le dépassement des délais de vétusté
(dix, vingt trente ans) pour facturer la remise
en état à 100 % à la copropriété, HORS CONTRAT.
La solution, là encore, est simple :
il faut absolument faire supprimer cette
clause ou l’atténuer (comme nous l’avons
dans le contrat-type de l’ARC et comme les
HLM ou certains syndics ont réussi à le
faire) et introduire la disposition suivante :
« Au cas où le prestataire ascensoriste désirerait
faire valoir la vétusté, celle-ci devra
être constatée contradictoirement avec
le représentant du syndicat des copropriétaires ».
Conséquence : la clause ne pourra
plus jouer
automatiquement et les ascensoristes
devront entretenir correctement les appareils.
- Enfin, dernière raison,
les ascensoristes se sont arrangés pour
neutraliser la « clause de pénalité » incluse
dans les contrats.
En principe, la clause de pénalité a pour but d’obliger
les ascensoristes à respecter leur contrat
ou à être sanctionnés s’ils ne le font pas,
donc
à assurer une maintenance préventive correcte.
Or, les ascensoristes ont tout fait pour limiter dans
leur contrat les effets de cette clause. Exemple ;
elle ne fonctionne qu’à partir du troisième
manquement ; ou bien, elle est plafonnée
annuellement à 5 % du contrat, ce qui est
dérisoire (100 euros par du…).
La neutralisation de cette clause a ainsi une incidence
directe sur l’absence d’entretien : en
effet dès qu’un organe atteint un certain
âge, les ascensoristes, au lieu de le remplacer
ou d’assurer une maintenance correcte, attendent
la date limite pour adresser un devis de remplacement
aux frais de la copropriété.
Autant dire que l’ascensoriste - qui ne craint plus
aucune sanction - peut faire exactement ce
qu’il veut (c’est-à-dire, précisément :
exactement ce qu’il ne veut pas faire, en
particulier passer du temps à assurer un entretien
préventif).
La solution consiste, sur ce point, à
ce que la
Commission des Clauses
Abusives empêche toute limitation ou du
moins toute limitation excessive des pénalités ;
ainsi on pourra remplacer le plafonnement
des pénalités actuellement souvent fixé
à 5 % du contrat par un plafonnement à 25
%. Dès lors les ascensoristes seront « intéressés »
à assurer correctement l’entretien pour
échapper aux pénalités.
V-
Agir
On
le voit la dégradation constatée n’a rien
d’inéluctable et les trois pistes évoquées
sont de nature à redresser la situation. Espérons
que nous serons suivis et aidés par le ministère
dans cette voie, ministère à qui nous allons
demander d’aller au bout du travail engagé.