La
loi Grenelle 2 est peut-être en train de porter un
mauvais coup aux copropriétés, mauvais coup qui est
d’autant plus difficile à parer que le problème est
complexe.
Nous
allons essayer de l’expliquer simplement, mais ce
n’est pas facile.
I.
Retour sur les CEE (Certificats d’Economie d’Energie)
Depuis
quelques années la loi contraint les fournisseurs
d’énergie (qui profitent de la hausse des prix) à
participer aux baisses de consommation d’énergie.
Ils
sont pour cela obligés (on les appelle d’ailleurs « les
obligés ») :
-
soit de participer
aux économies (directement ou indirectement) ;
-
soit - s’ils ne peuvent
prouver qu’ils y ont participé - à payer une taxe
assez lourde.
Leurs
obligations sont fonction de leur chiffre d’affaire.
Pour
participer aux économies, ils ont deux possibilités :
-
soit faire eux-mêmes
des économies ;
-
soit racheter à ceux
qui ont fait des économies des Certificats d’Economie
d’Energie (appelés CEE) obtenus à la suite de ces
travaux.
Il
existe en effet un décret qui donne des équivalents :
si, par exemple, vous (votre copropriété) avez fait
une isolation de toiture cela signifie que vous allez
faire tant de kWh d’économie (théoriquement), etc.
En
additionnant les économies théoriques induites par
les travaux, vous obtenez un chiffre d’économies théoriques
qui vous permet d’obtenir un Certificat (dit Certificat
d’Economie d’Energie).
Ce
certificat, vous pouvez tenter de le négocier avec
les « obligés », ce qui leur évitera
de payer des taxes.
II.
« Obligés »
et « éligibles »
Les
fournisseurs qui sont obligés de faire des économies
s’appellent, comme on a dit, des « obligés ».
Ceux
qui vont faire ou ont fait des travaux d’économie
et pensent obtenir des certificats et les vendre s’appellent
les « éligibles ».
Les
« éligibles » ont donc
des certificats
et vont s’adresser aux « obligés » pour négocier le meilleur prix.
III.
L’Assemblée Nationale et les copropriétés
Depuis
longtemps le Gouvernement voulait supprimer aux copropriétés
le statut d’« éligibles ». Pourquoi ?
Pour
restreindre le nombre d’éligibles et permettre à d’autres
« éligibles » de peser plus fort
et de négocier plus facilement leur CEE (exemple :
les collectivités territoriales).
Le
Sénat avait refusé de suivre le Gouvernement. L’Assemblée
nationale vient d’accepter, donc de lâcher les « copropriétés ».
Cette
situation n’empêchera pas complètement les copropriétés
de « valoriser » leurs économies auprès
des « obligés » mais - comme nous l’expliquons dans la lettre adressée
aux rapporteurs de la loi - elle risque d’entraîner
une situation de dépendance vis-à-vis des fournisseurs
d’énergie et de biaiser la concurrence.
IV.
Une dernière chance : la Commission Paritaire
En
effet, la Commission Paritaire
Sénat/ Assemblée Nationale peut encore décider de
revenir sur cet abandon.
Voilà
pourquoi nous avons écrit à Monsieur BRAYE (rapporteur
de la loi pour le Sénat et, depuis peu, Président
de l’ANAH) et Monsieur PIRON (rapporteur de la loi
pour l’Assemblée Nationale) ; serons-nous entendus ?
Nous
l’espérons, mais cela sera difficile :
a)
parce que le sujet
est complexe et que peu de personnes comprennent les
enjeux ;
b)
parce que EDF et
GDF - les principaux « obligés »
- sont ravis de cette situation qui va permettre de
« placer » plus facilement
leurs filiales et de garder captifs de nombreux clients ;
c)
enfin parce que
- comme on l’a dit - cela va rendre plus facile, pour
ceux qui restent « éligibles », la négociation
de leur CEE et que parmi les « éligibles » il y a
des collectivités territoriales. Pas facile d’être
une copropriété...
Voici
la lettre adressée à Monsieur BRAYE (celle de Monsieur
PIRON est presque pareille à quelques détails près) :
Monsieur Dominique BRAYE
Sénateur
SÉNAT
Palais du Luxembourg
15, rue de Vaugirard
75291 PARIS CEDEX 06
Paris, le 25 Mai 2010
Objet : Copropriété, CEE, Loi Grenelle 2.
Monsieur le Sénateur,
Comme vous le savez sans doute l’Assemblée Nationale - contrairement au
Sénat - a suivi (dans le cadre de la loi Grenelle
2) le vœu du Gouvernement concernant la situation
des syndicats de copropriétaires vis-à-vis des C.E.E.
(Certificats d’Economies d’Energie).
Très précisément, l’Assemblée Nationale a supprimé la possibilité pour
les syndicats de copropriétaires d’être éligibles
aux C.E.E.
Concrètement, cela veut dire qu’en cas de rénovation énergétique, les
copropriétés ne pourront plus valoriser elles-mêmes
leurs travaux d’économie d’énergie en les transformant
en C.E.E. mais seront contraintes de passer directement
par les « obligés ».
En apparence, cela ne semble pas très important, mais dans les faits ce
changement va entraîner des modifications importantes
au détriment des copropriétés.
En effet, comme chacun sait, les « obligés » ont soit racheté soit créé de nombreuses sociétés
spécialisées dans la gestion du chauffage ainsi que
des sociétés de travaux d’efficacité énergétique.
Pour cette raison, la nouvelle donne législative - si elle se confirme
- va forcément introduire pour les syndicats de copropriétaires
à la fois des distorsions de concurrence non souhaitables
à tous les niveaux (voir plus bas) et à la fois une
plus grande difficulté à négocier la vente de leurs
économies en kWh Cumac.
Nous craignons en effet ceci :
a) les sociétés d’efficacité énergétique ou de
travaux liées aux « obligés »
vont proposer aux copropriétés - pour emporter les
marchés de travaux et de prestations - de racheter
les kWh Cumac économisés à un bon prix ;
b) en contrepartie elles vont chercher à
obtenir la signature par les syndicats de copropriétaires
de contrats de prestations ET
de fourniture d’énergie sur des longues durées ce
qui - en définitif - peut s’avérer très peu concurrentiel.
En somme, l’achat des kWh Cumac permettra de présenter en apparence un
bilan favorable bien qu’il crée une dépendance défavorable
économiquement dans la durée vis-à-vis d’un fournisseur
Et d’un
prestataire.
Par ailleurs, les syndicats de copropriété qui souhaiteront ne pas négocier
avec les « obligés » et leurs sociétés auront plus de mal à valoriser
leurs économies calculées en kWh Cumac. La conséquence
serait alors que les copropriétés seraient privées
d’une partie des financements nécessaires à la mise
en œuvre de leurs programmes de rénovation énergétique,
situation de nature à bloquer
ces programmes, alors même que la rénovation énergétique
des copropriétés est un ENJEU économique, écologique mais aussi
social.
Nous pensons que le Président de l’ANAH ne peut être insensible à cette
perspective.
Il est donc essentiel à nos
yeux :
-
de
favoriser la vraie concurrence ;
-
de
ne pas rendre les syndicats de copropriétaires captifs
des fournisseurs d’énergie et de leurs filiales via
les CEE ;
-
donc
de laisser aux copropriétés la possibilité de négocier
elles-mêmes (avec l’aide de sociétés spécialisées,
de leur syndic ou de leurs associations) leurs C.E.E.
Nous vous demandons, en conséquence - ceci pour éviter que les fournisseurs
et leurs sociétés ne pèsent trop sur le marché de
l’efficacité énergétique sans contrepoids -
de tout faire pour que la
Commission mixte paritaire reprenne
la position du Sénat qui avait - très sagement - refuser
de supprimer le statut d’éligible des syndicats de
copropriétaires.
Vous remerciant de l’attention portée à cette démarche et de la suite
que vous lui apporterez, je vous prie de d’agréer,
Monsieur le Sénateur, l’expression de mes salutations
distinguées.
Fernand CHAMPAVIER
Le Président »