I.
Retour vers un inadmissible transfert de charges et
de responsabilité
Voici
plusieurs années maintenant que les syndics ont -
à propos des archives de copropriété - trouvé un bon
moyen de faire d’une pierre deux coups :
a)
ils se débarrassent d’une partie des archives des copropriétés
(celle qu’ils appellent « dormantes » ;
b)
ils s’en débarrassent aux frais des copropriétés, ceci
sans baisser leurs honoraires.
Depuis
le début nous expliquons combien cette situation est
source de problème :
-
des
archives de plus en plus inaccessibles (essayez d’obtenir
les factures de gaz des cinq dernières années…) ;
-
des
archives qui s’évaporent souvent au fil des ans et
des syndics successifs ;
-
des
archives dont la gestion et la conservation coûtent
de plus en plus cher, ceci pour des résultats médiocres.
Nous
avons, depuis tout ce temps, fait valoir qu’un syndic
ne pouvait déléguer la responsabilité de la gestion
et de la conservation des archives à un tiers, donc
à un archiveur, (même s’il peut sous-traiter cette
tâche), ceci pour une bonne raison : le décret
de 1967 (article 33) prévoit explicitement depuis
des années que c’est l’une de ses tâches essentielles.
Or,
depuis tout ce temps, également, les syndics refusent
d’entendre raison et continuent - consciencieusement
- à découper les archives en archives dormantes et
archives vivantes et en prétendant que la gestion
des archives «dormantes» ne les concerne pas directement.
II.
L’arrêté NOVELLI (19 mars 2010) ou l’éphémère victoire
des syndics
Nous
en étions là lorsque Monsieur NOVELLI rédigea son
arrêté sur les contrats des syndics et - pour faire
plaisir aux syndics - entérina non pas les notions
d’archives «dormantes» et «vivantes» mais (ce qui
revient au même) celles d’archives «utiles» et «non-utiles»,
en introduisant l’idée que seule la gestion
des archives «utiles» rentrait dans la gestion courante
et laissant ainsi la possibilité aux syndics de facturer
(EN PLUS de
leurs honoraires de base) la gestion des archives
«non utiles».
Voici
le texte de l’arrêté :
« III-1.
Archives du syndicat entrent dans les tâches de gestion
courante
III-1.1. Détention :
Détention,
conservation des archives utiles dans le cadre
de la gestion courante de l’immeuble [il convient
de préciser expressément leur nature, leur volume
et leur ancienneté], notamment les plans, le règlement
de copropriété, l’état de répartition des charges,
l’état de division, les procès-verbaux des assemblées
générales, les contrats de travail des préposés du
syndicat, les contrats d’assurance de l’immeuble et
documents nécessaires pour leur mise en œuvre, les
documents et décisions de justice relatifs à l’immeuble
dont les délais de contestation,
ne sont pas révolus, les contrats d’entretien
et de maintenance des équipements communs, ainsi que
toute pièce administrative dans de moins de deux
ans. »
Heureusement,
comme on va le voir les syndics n’ont pas pu savourer
plus d’un mois cette curieuse victoire obtenue grâce
à un secrétaire d’État prétendant voler au secours
des copropriétaires.
III.
Le décret du 20 avril 2010 remet les choses en place
En
effet, le décret du 20 avril qui a, une nouvelle fois,
modifié et précisé le décret du 17 mars 1967 vient
de démentir l’arrêté Novelli et - reprenant les analyses
de l’ARC - dispose désormais clairement et explicitement
que la gestion ET la conservation des archives - de
toutes les archives - rentre dans la mission « ordinaire »
(donc de base) du syndic.
Citation :
«La conservation et la gestion des archives
sont comprises dans la mission ordinaire du syndic»
(article 33 modifié du décret du 17 mars 1967).
( abus numéro 2313).
a)
Si
votre syndic vous fait voter en assemblée générale
un contrat signé entre le syndicat des copropriétaires
et une société d’archivage, ce contrat DOIT être repris
en charge (au niveau des responsabilités comme des
frais) par votre syndic.
b)
Si
votre syndic a prévu en « gestion particulière »,
des frais concernant les archives, il doit supprimer
cette ligne d’honoraires et vous rembourser les sommes
prélevées.
Mais
ce n’est pas tout.
IV.
Le problème propre dans la transmission des archives
Le
nouveau décret règle en effet un autre problème lié
aux archives.
De
même que les syndics voulaient se débarrasser de la
gestion et de la conservation des archives, de même
ils voulaient se débarrasser des problèmes
liés à la transmission des archives.
Pour
cela - par voie d’amendement à la loi BOUTIN du 25.03.2009
- les chambres professionnelles avaient réussi à faire
introduire dans l’article 18.2 de la loi du 10 juillet
1965 cette drôle de disposition :
«Dans
l’hypothèse où l’ancien syndic a fait le choix de
confier tout ou partie des archives du syndicat des
copropriétaires à un prestataire spécialisé, il est
tenu, dans ce même délai, d’informer le prestataire
de ce changement en communiquant les coordonnées du
nouveau syndic. »
Les
syndics voulaient ainsi faire passer l’idée que lorsqu’ils
avaient déposé les archives chez un « archiveur »
c’était à ce dernier, en cas de changement de syndic,
qu’il revenait de prévenir le nouveau syndic et que
- dans ce cas là - la « transmission » pouvait
se faire via l’archiveur.
C’était
- là encore
- compter sans la réaction de l’ARC qui a demandé
et obtenu que le décret du 20 avril remette, sur ce
point également, les pendules à l’heure et les points
sur les « i ». Voici le texte du nouvel article du décret qui
dispose ceci :
« Art.
33-2. – L’obligation prévue à la deuxième phrase du
premier alinéa de l’article 18-2 de la loi du 10 juillet
1965 ne se substitue pas à l’obligation faite à l’ancien
syndic de transférer les documents et archives du
syndicat au nouveau syndic, telle que prévue à la
première phrase du même alinéa. »
Même
si un syndic a sous-traité la gestion et la conservation
des archives d’un syndicat de copropriétaires
à un archiveur il devra assurer lui-même et
à ses frais la transmission de ces archives et
donc :
-
établir
le bordereau de remise des pièces
-
assurer
en mains propres la remise des documents et des caisses
de documents.