La
gestion des archives est un des problèmes « montants » en copropriété. Que se passe-t-il ?
Pour
des raisons pratiques ET financières,
les syndics sont en train de sortir la gestion des
archives et la gestion courante et placer partout
des contrats d’externalisation. Pour cela ils utilisent
abusivement (comme on le verra au point II) la 20ème
recommandation de la Commission
Relative à la Copropriété.
I-
Les raisons pratiques
C’est
vrai, les archives, il y en a de plus en plus. Aussi,
pour éviter d’avoir à « gérer »
les archives et à les stocker, les syndics ont pensé :
« externalisation ». Autrement dit : transmission à des tiers de
la tâche de gestion des archives, ceci aux frais de
la copropriété.
Dans
un premier temps, cela paraît séduisant : les
archives sont dans des endroits sécurisés et bien
rangés et accessibles sans difficulté. En fait quand
on examine les problèmes, ce n’est pas si sûr :
a)
ces
entreprises sont des monstres qui vont bientôt gérer
des milliards de documents sur des hectares et des
milliers de disques durs ;
b)
la
consultation du moindre document s’avérera vite problématique
et coûteuse.
II-
Les raisons financières
Ces
raisons sont beaucoup plus convaincantes. En fait,
en « externalisant »
la gestion des archives les syndics font une bonne
opération et le plus souvent DEUX.
Première opération : ils font gérer leurs archives aux frais des
copropriétés SANS baisse de leurs honoraires. Mieux :
certains syndics nous ont avoué que, grâce à ce transfert
aux frais des copropriétaires, ils pouvaient obtenir
de faire assurer gratuitement la gestion de leurs
autres archives (exemple :
archives locatives).
Deuxième opération (éventuelle) :
si certains syndics répercutent le coût exact de l’externalisation,
d’autres appliquent un tarif au lot bien supérieur
à ce que cela leur coûte, et donc peuvent faire, sur
ce seul poste, une marge très confortable. Si vous
lisez l’article que nous consacrons à Madame DUBRAC,
Présidente de la
CNAB Ile de France,
vous vous apercevrez que le prix facturé (14,35 euros
du lot !) est quatre à six fois supérieur à ce
que cela coûte réellement.
III-
L’utilisation abusive de la 20ème Recommandation
Comment
les syndics font-ils passer cette nouvelle pilule
amère aux copropriétaires ?
C’est
simple, ils utilisent, bien abusivement à notre sens
comme on va le prouver, quelques lignes de la 20ème
Recommandation de la Commission Relative
à la
Copropriété.
Voyons
cela d’un peu plus près :
a)
La façon de procéder des syndics
Nos
adhérents Président(e)s de
conseils syndicaux reçoivent le plus souvent une lettre
de leur syndic ainsi libellée :
« En nous référant à la Recommandation n°
20 de la Commission Relative
à la
Copropriété nous vous proposons de
confier la gestion des archives « dormantes »
de votre copropriété à une société spécialisée, à
compter du … (sauf opposition formelle de la part
du conseil syndical), ceci pour le prix annuel de
(entre 3 et 6 euros par an et par lot). Vous
remerciant de votre accord concernant cette somme
modeste, nous vous prions, etc.».
Evidemment
nos adhérents sont très perplexes face à ce courrier
et ne savent que faire. D’une part la somme semble,
en effet, souvent relativement modeste (encore que
… voir l’abus numéro 1089 qui concerne la présidente
de la CNAB d’Ile de France). D’autre
part la référence à la Commission
Relative à la Copropriété les impressionne.
b) Le texte exact de la Recommandation de
la Commission Relative
à la
Copropriété
Or,
si nous revenons au texte même de la Recommandation numéro 20, nous nous apercevons que
certains syndics font dire à celle-ci ce qu’il ne
dit pas du tout.
La
commission dit en effet uniquement ceci :
« La commission recommande au syndic, si les
« archives dormantes » représentent
un volume trop important, de faire appel, après
avis du conseil syndical, à une entreprise spécialisée
dans la conservation des archives, étant observée,
en l’état actuel du droit, que les documents dupliqués
ou conservés par une méthode électronique n’ont pas
la même valeur probante que les documents originaux
».
On
constate donc :
a)
que
la commission n’envisage la délégation d’archivage
que dans certaines conditions (un volume trop important
des archives dites « dormantes », c’est-à-dire des documents qui ne sont plus utiles
pour la gestion courante ou qui ne sont pas susceptibles
d’être nécessaires comme le serait, par exemple, une
facture de gros travaux faisant l’objet d’une garantie
décennale) ; or les syndics qui cherchent à imposer
des frais d’archivage n’abordent jamais le problème
du volume ;
b)
que
la commission ne parle pas d’autorisation financière
donnée au syndic par le conseil syndical (la commission
sait que cela ne rentre pas, comme on le sait, dans
les attributions du conseil syndical) ; elle
ne parle que d’un « avis »
relatif à la demande exprimée par le syndic de confier
- évidemment sous sa responsabilité et à ses frais
- à une société spécialisée extérieure la garde des
archives de la copropriété.
Dès
lors c’est abusivement voire mensongèrement que certains
syndics invoquent la commission pour facturer ces
frais.
À noter : nous avons même relevé un article d’un journal
spécialisé (Les Informations Rapides de la Copropriété)
qui interroge le président de la Commission
Relative à la Copropriété et donne raison à l’ARC !
IV-
Conseils de l’ARC et éléments de réponse pour les conseillers
syndicaux
1)
L’archivage et le syndic
Rappelons
d’abord que la loi prévoit explicitement que l’obligation
d’archivage s’impose au syndic, c’est-à-dire que celui-ci
doit non seulement assurer l’archivage mais aussi
assurer, en fin de mandat, la transmission des archives :
(article 18-2 de la loi de 1965 et article 33 du décret
du 17 mars 1967).
Donc
puisqu’il s’agit d’une obligation légale de base du
syndic, celui-ci doit en assurer la responsabilité,
et la charge financière de cette détention rentre
dans le cadre de ses honoraires de gestion courante
et de son mandat de base (voir la réponse ministérielle
sur ce sujet que nous reproduisons ci-dessous).
Un
syndic qui ne prévoit pas un archivage adéquat quand
il prend en gestion une copropriété est donc en tort.
Rappelons
enfin que le conseil syndical n’a aucun pouvoir, en
l’absence de mandat précis, pour autoriser le syndic
à engager des dépenses spéciales ; seule l’assemblée
générale le peut.
La conclusion est donc claire :
§
le
syndic, dans le cadre de son mandat de base et de
ses honoraires de base, doit faire son affaire de
l’archivage dont la loi lui confie explicitement la
responsabilité. Le Président Pierre CAPOULADE (Président
de la Commission Relative
à la
Copropriété) ne dit d’ailleurs pas
autre chose ;
§
en
aucun cas le conseil syndical n’est habilité à autoriser
le syndic à signer aux frais de la copropriété un
contrat d’archivage avec une société extérieure. En
autorisant le syndic à le faire le conseil syndical
engage sa responsabilité ;
2)
Question et réponse ministérielle
Pour
finir, voici la question et la réponse ministérielle
récente est très claire qui précise que le syndic
doit intégrer ces frais dans ses honoraires de base :
12ème
législature
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Question
N° : 75154
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de
M. Jeanjean Christian (
Union pour un Mouvement Populaire - Hérault
)
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QE
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Ministère interrogé :
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justice
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Texte
de la QUESTION :
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M. Christian Jeanjean
attire l'attention de M. le garde des sceaux,
ministre de la justice, sur l'application des
dispositions de l'article 33 du décret
du 17 mars 1967 relatif à la copropriété
des immeubles bâtis qui fait obligation au syndic
de détenir les archives du syndicat des copropriétaires.
En raison de l'importance de ces archives en
cas de représentation de nombreux syndicats,
le syndic confie souvent leur conservation à
une entreprise spécialisée dont il répercute
parfois le coût sur les copropriétaires. Il
souhaiterait savoir s'il s'agit d'une obligation
entrant dans la mission ordinaire du syndic,
rémunérée sur les honoraires de gestion ou,
au contraire, s'il s'agit d'une prestation spéciale
pouvant faire l'objet d'une rémunération supplémentaire,
hors honoraires ordinaires.
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Texte
de la REPONSE :
du
Ministère de la
Justice
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Le garde des sceaux, ministre
de la justice fait connaître à l'honorable parlementaire
que les conditions de la rémunération du syndic
sont librement négociées et fixées entre celui-ci
et le syndicat des copropriétaires. La quasi-totalité
des contrats de syndic opère une distinction
entre la rémunération du mandataire au titre
de la gestion courante et la rémunération du
mandataire au titre des prestations particulières.
La conservation des archives du syndicat constitue
une obligation légale qui incombe au syndic
et qui entre en conséquence dans la gestion
courante du syndicat. Elle doit donc être rémunérée
comme telle.
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Réponse publiée au J.O le 10.01.2006.
page 299.