Dans
notre
abus numéro 1455
nous avons donné des chiffres inquiétants
concernant le prix de l’eau en Ile-de-France
(hors Paris), prix de l’eau pratiqué
par le SEDIF (Syndicat des Eaux
d’Ile de France) présidé par André
SANTINI.
Un
long article du CANARD ENCHAINÉ
revient sur ces problèmes et annonce
de nouvelles révélations de l’association
Que-Choisir
qui permettent de mieux comprendre
ces…
débordements.
«
André SANTINI, secrétaire d'Etat à la Fonction publique, est un
grand amateur de plaisanteries,
mais certaines histoires d'eau lui
font perdre tout humour.
Défenseur acharné de la gestion privée de
la flotte, le patron de l'énorme
Syndicat des eaux d'Ile-de-Françe
(le Sedif,
144 communes et 4 millions d'habitants
desservis) a failli avaler son cigare
en recevant, début juin, une enquête
- la troisième en deux ans - de
l'association UFC-Que
choisir, qui devrait la rendre publique
en septembre.
Preuves à l'appui, l'étude conclut que la société
Veolia,
auquel le Sedif
a délégué la production et la distribution
de l'eau des 144 communes, réalise
des profits débordants (sans équivalent
dans l'Hexagone) sur le dos des
Franciliens. Et que 30 % des charges
que le groupe facture au Syndicat
des eaux- soit 91 millions d'euros
- sont parfaitement contestables.
Jusqu'à plus soif.
Pour devancer les accusations de partialité,
l'association s'est appuyée sur
plusieurs rapports de la Cour des comptes, des enquêtes
de l'Insee, des études du ministère
de l'Ecologie et... sur les propres
chiffres de Veolia
que le Sedif
avait communiqués à l’UFC-Que
choisir, en février dernier, lorsque
le syndicat contestait la précédente
enquête sur son compte.
L'association de consommateurs a aussi déniché une récente note d'analyse
financière, rédigée, le 20 mai dernier,
par des experts du Crédit agricole,
sur Veolia.
« Le président du syndicat qui dirige l'activité (du Sedif) est un homme
politique favorable aux groupes
privés indique cette note,
dans le style très Wall
Street.
« Fat râblé » est bien le mot : le contrat
Sedif
présente un taux de rentabilité
trois à quatre fois supérieur à
celui de Veolia
! Une vraie « vache à lait » pour groupe, commente
l'UFC-Que
choisir.
Premier poste de dépenses étudiesé, le coût
d'entretien du réseau. Selon un
récent document de référence du
ministère de l'Ecologie, et compte
tenu du nombre de kilomètres de
tuyaux, la facture devrait avoisiner
les 12 millions. Or elle dépasse...
75 millions. L'association admet
que les estimations ministérielles
sont un peu chiches et qu'il faut
mieux prendre en considération l'entretien
des compteurs. Mais le super-bénéfice réalisé sur ce poste, conclut-elle, atteint
aisément 40 millions.
L'enquête signale aussi toute une série de
dépenses affichées par Veolia,
alors que le syndicat des eaux prévoit
lui aussi un budget spécifique pour
ces mêmes frais. Une sorte de double
peine pour l'usager. Ainsi, le marchand
d'eau annonce 1,9 million de «
dépenses
de communication ».
Manque
de bol, le Sedif
y consacre lui-même 2,9 millions.
Ces étranges doublons atteignent,
selon les enquêteurs, près de 13
millions, dont 6,3 en mystérieux
«
frais de structure ».
Drôles de cas d'eau
S'ajoutent à ces gâteries une rémunération
exorbitante du groupe Veolia
(18 millions d'économies possibles)
et des travaux réalisés à prix d'or
sur le réseau. Ainsi, un mètre de
nouvelle canalisation est facturé
entre 452 et 650 euros, au lieu
de 405 à Lyon et 270 à Lille. Tandis
qu'un branchement revient à 2 776
euros l'unité, contre 1140 à Paris,
qui n'est pas membre du Sedif.
Prudent et courtois, l'UFC-Que
choisir tient à préciser que ces
critiques « ne portent en aucune façon sur des questions de corruption ou sur toute
autre malversation ». Façon
de souligner que les marchands d'eau,
aujourd'hui, ont souvent renoncé
à leurs méthodes d'hier, lesquelles
ont connu de tristes suites judiciaires,
comme à Grenoble, Lyon ou Strasbourg.
Contacté par « Le Canard » sur cet audit, André SANTINI a, pour
sa part, indiqué qu'il ne pourrait
pas lui répondre avant... jeudi,
lendemain du jour de la parution
du journal. Vraiment pas de chance
».
Rendez-vous
en septembre pour plus de précisions,
en espérant que les usagers finiront
par contraindre les élus du SEDIF
à reprendre en main les problèmes
et à maîtriser le prix de l’eau.