I-
La vétusté en matière d’ascenseur :
rétablir la vérité
Voici
ce que nous avons pu lire - stupéfaits - dans une revue de
copropriétaires (distribuée gratuitement par un gros syndic
d’Ile de France, le cabinet LOISELET, on se demande bien pourquoi).
« Questions-réponses
Comment
déterminer la vétusté d’un ascenseur ?
La vétusté est maintenant clairement
définie par un guide de l’AFNOR : 10 ans pour les parties
électroniques, 20 ans pour les parties électromécaniques,
30 ans pour les parties mécaniques : au-delà de ces délais,
qui courent à compter de l’installation ou du remplacement
des pièces en cause, les pièces détachées ne sont plus prises
en charge dans le cadre du contrat d’entretien et sont facturables au propriétaire de l’ascenseur ».
Cette
affirmation est totalement inexacte ; elle ne peut d’ailleurs
avoir été écrite ou dictée QUE par un ascensoriste et l’on
regrette qu’elle puisse être reprise sans distance dans une
revue de propriétaires.
Voyons
pourquoi.
II-
Erreurs graves doublée d’une désinformation.
- Une erreur grave
Il
est dit en effet : « La
vétusté est maintenant
clairement définie, etc. ».
Or
ceci est FAUX :
le « guide » sur l’établissement des contrats
d’ascenseur de l’AFNOR ne dit pas qu’il y a vétusté dès que
l’on atteint 10, 20 ou 30 ans, mais qu’à
partir de ces délais, la vétusté peut être invoquée par
l’ascensoriste. C’est évidemment entièrement
différent.
Le
fait que la vétusté puisse être invoquée à
partir de 10,20 ou 30 ans signifie en effet que le client
peut récuser l’invocation de la vétusté et exiger de l’ascensoriste :
-
qu’il
prouve qu’il y a bien vétusté ;
-
qu’il
prouve que le problème ne vient pas de l’usure des organes
ou du manque manifeste d’entretien de l’appareil.
D’ailleurs
de grands bureaux d’études ou de syndics (comme FONCIA) ont
introduit - à la suite de l’ARC - dans leur contrat-type une
clause selon laquelle, au cas où l’ascensoriste invoquerait
la vétusté, celle-ci devra être contrôlée de façon contradictoire.
Donc,
dire que dès dix, vingt ou trente ans l’ascensoriste peut
(voire doit) facturer en plus du contrat tout changement
d’organe est scandaleux, car c’est exactement ce que les quatre grands ascensoristes essayent de faire
croire !!
Ainsi,
en affirmant que la vétusté est automatique, cette « association » de copropriétaires
dessert donc gravement les intérêts des copropriétaires et
ne fait que servir les intérêts des ascensoristes.
- Désinformation
Il
est par ailleurs dit toujours
par cette « association »
: « Comme il est
écrit dans un guide de l’AFNOR, etc. », façon de
laisser croire que l’AFNOR (Association Française de Normalisation)
en a fait une norme.
Pour
mémoire, il faut savoir que ces chiffres sont tirés d’un simple
guide indicatif destiné à aider les propriétaires
à établir des contrats d’ascenseur.
En
fait, le guide de l’AFNOR ne fait que proposer
des « clauses »
aux propriétaires d’appareil (que l’on peut reprendre ou NON
dans les contrats). Rien n’oblige les « parties »
à reprendre ces clauses et disons même que tous les propriétaires
d’appareils soucieux de leurs intérêts et de ceux de leurs
mandants ont vigoureusement ECARTÉ cette proposition de clause.
Ainsi
l’ensemble des organismes HLM mais aussi l’ARC dans son contrat
type ou certains grands syndics (FONCIA) ont délibérément
refusé de reprendre cette proposition de clause de l’AFNOR
et ont imposé d’autres clauses.
En
disant que l’AFNOR a « clairement
défini » ce qu’est la vétusté dans un « guide
écrit par l’AFNOR », là encore cette association
se trompe et trompe les copropriétaires.
III-
Pourquoi faut-il réagir ?
Réfléchissons.
Qu’est-ce que la vétusté d’un organe ? C’est son état
de dégradation lié à l’âge indépendamment
de l’usage qu’en est fait.
Or,
s’l est facile de déterminer la
« vétusté » d’un élément passif, comme
une canalisation électrique, il est très difficile de déterminer
la vétusté d’un élément actif (comme un moteur) et surtout,
en cas de dégradation, très difficile de savoir la part ce
qui revient à l’USURE et celle qui revient à l’âge.
Un
moteur qui aura beaucoup servi ne sera pas vétuste au bout
de trente ans mais USÉ.
Or
l’usure DOIT être prise en charge par l’ascensoriste au titre
de son contrat.
Dès
lors si au bout de trente ans l’ascensoriste refuse de réparer
ou changer le moteur à ses frais pour cause de… vétusté, il
y aura NON RESPECT DU CONTRAT.
Comprenez-vous
maintenant pourquoi l’affirmation que nous avons mise en cause
en début d’article doit être vigoureusement combattue
pourquoi il est absurde du point de vue de l’usager d’admettre
la vétusté automatique à dix, quinze, vingt ans ?
IV-
Comment faire pour échapper à la « vétusté »
automatique ?
Plusieurs
parades ont été mises en place par les uns et les autres :
-
Les
HLM refusent purement et simplement la notion de vétusté.
-
L’ARC,
de son côté a mis au point une clause alternative :
Au
cas où le prestataire signalerait, à l’occasion de l’état
des lieux d’entrée ou durant le cours du contrat, l’existence
de problèmes liés à la vétusté, le dispositif suivant sera
appliqué :
o
le prestataire devra préciser ce qu’il entend par vétusté
et comment la vétusté a été constaté
par lui ;
o
il devra indiquer en quoi précisément la vétusté constatée
peut entraîner la défaillance de l’organe ou poser un problème
de sécurité ;
o
il adressera un devis de remise en état décomposé en
main d’œuvre et fourniture.
Le propriétaire
reste libre d’accepter ou non ces devis, auquel cas, s’il
refuse, le présent contrat pourra cesser de plein droit sans
indemnité à la demande de l’une ou l’autre partie, chacune
des parties reprenant sa liberté.
Si le titulaire
ne résilie pas le contrat, il ne pourra en aucun cas et aucune
circonstance se prévaloir du fait qu’il aura signalé au propriétaire
un problème lié selon lui à la vétusté ».
-
De
son côté, FONCIA a prévu, dans ses contrats, le dispositif
suivant : si la durée cumulée d’un contrat complet plus
contrat étendu dépasse huit ans, l’ascensoriste ne pourra
PAS faire jouer la vétusté. Normal : on ne peut pas avoir
le beurre et l’argent du beurre.
Et
vous ? Dans quelle situation êtes-vous ? Précipitez-vous
sur votre contrat et voyez si votre syndic a ou non laisser
passer une « clause de vétusté » sans possibilité
de « discussion ».
Si
oui, rajouter un avenant qui s’inspire soit de la clause de
l’ARC soit de celle de FONCIA.
En
tout état de cause, faites au moins rajouter la formule suivante :
-
« La vétusté devra être constatée contradictoirement
par l’ascensoriste et le syndicat de copropriété qui pourra,
pour cela, faire appel à un expert de son choix ».
Et pour finir, un bon conseil : méfiez-vous
des associations de copropriétaires qui se laissent dicter
leurs articles par les professionnels.