Le
Ministre Jean-Louis BORLOO vient de faire
savoir qu’un décret et un arrêté d’application
de la loi BOUTIN relatifs la participation
obligatoire des locataires aux dépenses concernant
les travaux d’économies d’énergie allaient
bientôt être publiés (après passage au Conseil
d’État).
Le
ministre présente ce dispositif comme « gagnant/gagnant ».
Les
associations de locataires sont plutôt inquiètes
voire hostiles et l’ont fait savoir.
Qu’en pensons-nous en tant qu’association
de copropriétaires mais aussi de bailleurs ?
Nous nous sommes procurés le projet de décret
et d’arrêté pour tenter d’y voir plus clair ?
Voici neuf questions/réponses pour tenter
de commencer à répondre à cette interrogation.
- Etes-vous favorable à l’idée que le locataire puisse
participer à l’investissement en matière
de travaux d’économies d’énergie ?
Tout à fait. Si les charges de chauffage d’un locataire
baisse de façon significative en raison de
travaux
d’économies importants, non seulement
il est normal que les locataires participent,
mais c’est le contraire qui ne serait pas
normal.
À défaut de participation, le bailleur investit plus
difficilement et cela peut bloquer tout processus de travaux.
Il faut néanmoins des règles à la fois simples et strictes
et que la participation soit entièrement justifiée.
- Le bailleur pourra-t-il demander une participation
à son locataire, quels que soient les travaux
d’économies prévus ?
Non il faudra pour cela :
-
soit
qu’il entreprenne deux types de travaux parmi
la liste ci-dessous :
a.
travaux
d’isolation thermique performants des toitures ;
b.
travaux
d’isolation thermique performants des murs
donnant sur l’extérieur ;
c.
travaux
d’isolation thermique performants des parois
vitrées donnant sur l’extérieur ;
d.
travaux
d’installation, de régulation ou de remplacement
de systèmes de chauffage ou de production
d’eau chaude sanitaire performants ;
e.
travaux
d’installation d’équipements de chauffage
utilisant une source d’énergie renouvelable ;
f.
travaux
d’installation d’équipements de production
d’eau chaude sanitaire utilisant une source
d’énergie renouvelable ;
-
soit
qu’il entreprenne des travaux qui permettent
de descendre la consommation d’énergie en dessous d’un certain seuil fixé par arrêté.
- Comment cette participation sera-t-elle calculée ?
En fait il y aura deux modes de calcul possible d’après
le décret futur :
-
soit
le bailleur pourra appliquer une augmentation
de 20 € par mois sans avoir à justifier des
économies réalisées ; ces 20 € - semble-t-il
-correspondent à la moitié des investissements
(on verra plus loin que nous sommes très sceptiques
sur ce point) ;
-
soit
le bailleur va faire calculer par un spécialiste
l’économie théorique que devrait entraîner
les travaux prévus et il pourra appliquer
une augmentation égale à la moitié de l’économie théorique prévisionnelle.
- Le ministre parle de dispositif gagnant/gagnant ;
êtes-vous d’accord ? Pourquoi, d’après
vous les organisations de locataires sont-elles
hostiles à ce décret ?
Nous avouons être assez étonnés de ces règles.
a)
D’abord
on aimerait bien savoir ce qui justifie le
chiffre de 20 € par mois qui sera appliqué
(dès lors que le bailleur aura fait deux des
travaux mentionnés au point 2), ceci quels
que soient les gains réels, quels que soit
le type de logement et quelle que soit la
situation du logement (pavillon ; logement
situé dans une copropriété avec chauffage
collectif ou avec chauffage individuel).
b)
Ceci
est d’autant plus étonnant qu’il est évident
que presque tous les bailleurs privés vont
utiliser cette possibilité.
Or on risque d’être très loin du gagnant/gagnant évoqué
par le ministre (du moins pour le locataire,
car le système pourra être très intéressant
pour le bailleur) et on prend le risque aussi
- avec cette règle - de favoriser le « bouquet » travaux non pas le plus
efficace en terme d’économie d’énergie, mais
le moins coûteux en terme d’investissement.
- Pourquoi est-ce que le système des 20 € risque
de n’être pas un système
gagnant pour le locataire et être,
par contre, un système gagnant pour le bailleur ?
C’est simple. 20 € par mois font 240 € par an, ce qui
représente donc - puisque le Gouvernement
veut faire participer le locataire à concurrence
de la moitié des économies (ce que nous approuvons)
- à 480 € d’économies par an.
Comme on sait, la majorité des logements loués sont
de petits logements.
Pour arriver à réaliser 480 € d’économies sur un petit
logement, il faut faire des travaux très importants.
Cependant, si l’on reprend le décret, on voit qu’en
se contentant d’isoler la toiture et de changer
la chaudière pour une chaudière performante
dans une copropriété avec un chauffage collectif,
le bailleur pourra appliquer 20 € d’augmentation
par mois, soit 240 € par an.
Prenons le cas d’un studio moyen pour qui le coût du
seul chauffage (combustible) est de 600 €
par an ; de tels travaux entraîneront
aux mieux une économie de 33 %, donc de 200
€, ce qui aurait du entraîner une participation
du locataire de 100 € et non de 240 €.
Par contre le bailleur va faire une bonne affaire.
Si sa quote part est de 5 000
€, avec le prêt à taux zéro, le crédit éventuel
d’impôt et des subventions éventuelles il
va - dans ce cas - amortir en TOTALITÉ ses travaux avec la participation du locataire (qui sera
payée pendant quinze ans…).
En plus, dans notre exemple, le bailleur aura remplacé
une vieille chaudière par une neuve au frais
du locataire, ce qui n’est pas vraiment normal.
On le voit, dès qu’on prend des cas concrets
et sa calculette, on s’éloigne du schéma gagnant/gagnant.
Ce qu’il y a d’extraordinaire avec cette règle des 20
€ c’est qu’elle s’applique à TOUS
les cas. Or si elle est équilibrée (gagnant/gagnant)
pour un pavillon de six pièces avec chauffage
individuel, comment peut-elle l’être AUSSI pour un studio dans une copropriété avec chauffage collectif ?
Est-il vraiment sérieux d’avoir UN même chiffre pour TOUS
les cas ?!
- Vous disiez que ce système allait peut-être entraîner
des effets pervers. À quoi pensez-vous ?
Hé bien, il est possible que certains bailleurs fassent
surtout les travaux les moins coûteux parmi
les SIX possibilités, ceci pour pouvoir appliquer les 20 € d’augmentation.
Or les travaux les moins coûteux ne sont pas forcément
les plus efficaces.
On peut même dire qu’ils sont souvent les moins efficaces
sur le plan des économies d’énergie.
Autant la méthode du « bouquet » (choix de
deux ou trois types de travaux parmi une panoplie)
est ingénieuse pour faciliter l’instruction
l’attribution des éco-prêts,
autant elle est inadaptée, selon nous, quand
il s’agit de justifier des augmentations de
loyer fonction des économies de charges du
moins en cas de chauffage collectif.
- Mais en quoi ces règles vous gênent-elles en tant
qu’association de copropriétaires ?
Pour le copropriétaire occupant cela ne
change rien ; pour les propriétaires
bailleurs elles sont intéressantes, donc
vont les inciter à voter des travaux. Alors,
pourquoi être gêné par ces règles ?
Comme on l’a dit il risque d’y avoir une opposition
entre les copropriétaires occupants et les
bailleurs dans les copropriétés avec chauffage
collectif : ces derniers seront intéressés
par les deux travaux les moins coûteux et
pas forcément par les travaux les plus efficaces.
D’ailleurs pour certains travaux, on risque même d’avoir
des situations catastrophiques : par
exemple un bailleur choisira les fenêtres
isolantes (parce qu’il a des vieilles fenêtres
à changer) et l’isolation extérieure (parce
qu’il faut faire un ravalement de toute façon).
Il va donc aller au moins cher et ne pas forcément faire
faire (comme on le voit déjà aujourd’hui)
les travaux complémentaires indispensables
comme les travaux de ventilation.
Or le copropriétaire occupant VOUDRA, lui, ces travaux pour rendre efficace l’intervention globale,
mais risque de se heurter aux bailleurs. Il
peut donc avoir des contradictions au détriment
des travaux efficaces au point de vue énergétique.
- Quelles sont vos propositions ?
Nous pensons d’abord que la règle des 20 € par mois
doit être améliorée et adaptée. Un seul chiffre,
c’est sans doute très pratique mais forcément
injuste.
Nous pensons, ensuite que, dans les copropriétés avec
chauffage collectif il faudrait des règles
spécifiques qui bannissent le système des
20 €. Dans ces cas-là, il faut :
a)
garder
le principe du moitié/moitié (le locataire
participera aux travaux à hauteur de la moitié
des économies obtenues) ;
b)
bannir
la participation forfaitaire, obliger à une
participation en fonction des économies prévisionnelles
réelles avec un contrôle dès la fin de la
première saison, de façon, que la
bailleur COMME les copropriétaires occupants s’intéressent AUSSI aux résultats effectifs, aux économies réelles.
- Pourquoi dites-vous cela ?
Nous remarquons que, actuellement dans de nombreux cas,
on annonce 50 % (ou plus) d’économies et qu’on
obtient à peine 30 % ;
Cela vient à la fois des travaux qui ne sont pas toujours
bien faits mais aussi des réglages (de chaudière),
de l’équilibrage (du réseau), etc. qui sont
également mal faits.
Il faut donc apprendre (dans les copropriétés avec chauffage
collectif) à vérifier que les économies sont
bien au rendez-vous.
Avec le système des 20 € forfaitaires, le bailleur se
moquera des vraies économies.
Si on met en place un système plus contraignant pour
tous et qu’on oblige à vérifier
que les économies annoncées (qui vont déterminer
le niveau de participation des locataires)
sont bien réalisées, tout
le monde y gagnera : le propriétaire
occupant, le locataire mais aussi le bailleur
qui obtiendra bien la moitié des économies
réalisées.
Conclusion : comme toujours
et comme dit le proverbe « Il n’est pas facile de contenter tout le monde
et son père ».
Néanmoins les rédacteurs du décret nous semblent - par
souci de simplicité extrême pour le bailleur
- avoir imaginé un dispositif qui risque d’être
tout à la fois :
-
injuste
pour une majorité de locataires ;
-
peu
efficace en terme d’économies réelles énergétiques.
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