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Depuis des mois et des mois
l’ARC et l’Union Sociale de l’Habitat se battaient pour empêcher
les ascensoristes de " légaliser "
la clause dite de " vétusté ".
Cette clause permet, en effet,
de mettre à la charge des usagers le remplacement des grosses
pièces de l’ascenseur, même si celles-ci sont incluses
dans le contrat, dès que l’ascensoriste peut invoquer
la vétusté de ces pièces.
Mais comment déterminer
cette vétusté ? En principe, celle-ci se " constate "
contradictoirement (chaque partie faisant valoir ses arguments).
Or, les ascensoristes voulaient que la vétusté puisse
être acquise automatiquement passé un certain
délai.
Ayant échoué
auprès du Ministère du Logement, qui avait été
sensible à nos arguments, les ascensoristes ont néanmoins
réussi à faire passer leur " clause "
anti-consommateurs de façon détournée dans
un " guide pour l’établissement des contrats
d’ascenseurs " (guide par ailleurs sans intérêt)
réalisé par l’AFNOR.
Nous faisons ci-dessous le récit
de cette " bataille " où l’AFNOR
a pris délibérément la partie des ascensoristes
d’une façon qu’on vous laisse juge d’apprécier.
Avant cela, un mot :
le guide de l’AFNOR (publié le 17 août en catimini)
n’a strictement aucune valeur normative, ni ne fait autorité.
Dès lors, si votre ascensoriste vous fait valoir ce guide
et sa clause de vétusté, un seul conseil : photocopier
lui cet article.
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L’AFNOR
accorde aux ascensoristes ce que le Ministère du Logement
leur avait refusé.
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1. Les ascensoristes et la clause
de vétusté
Depuis deux ans un affrontement
violent oppose les ascensoristes et les représentants des
propriétaires d’ascenseur des immeubles d’habitation (l’ARC
pour les copropriétés, l’Union Sociale pour l’Habitat
pour les HLM).
Le problème (un peu compliqué)
est le suivant :
- alors que la loi prévoit bien que
les ascensoristes ont la charge du remplacement des pièces
ou organes en cas d’usure, elle n’a pas abordé le
problème de la prise en charge de la " vétusté " ;
- ceci pour une bonne raison : il n’existe
pas de définition normalisée de la vétusté.
Or, depuis des années,
les ascensoristes cherchent :
- d’une part à faire introduire dans
les textes une définition de la vétusté qui
leur soit favorable ;
- d’autre part à mettre en place un
dispositif qui leur permette soit d’invoquer la vétusté
pour échapper à leurs obligations contractuelles
ou légales ou (changement des pièces usées)
soit - en l’absence d’usure - d’invoquer cette même vétusté
pour imposer et facturer des travaux prématurément.
Depuis deux ans, utilisant les
négociations relatives à l’élaboration des
textes d’application de la loi sur la sécurisation des ascenseurs,
les ascensoristes ont tenté très habilement de faire
passer un texte rédigé par eux d’abord dans le décret
relatif à la sécurisation des ascenseurs (celui qui
est devenu le décret du 9 septembre 2004) puis dans l’arrêté
concernant l’entretien (celui qui est devenu l’arrêté
du 18 novembre 2004).
Voici le texte :
" Ne sont pas
comprises dans le contrat d’entretien les réparations
ou remplacements des pièces et organes vétustes. Sont
considérées comme vétustes les pièces
dégradées par le seul effet du temps indépendamment
de l’usage qui en a été fait. Cette dégradation
se traduit par la perte des performances initiales ou des propriétés
basiques telles que l’isolement, la conductivité, la porosité,
le délitage, etc…
La vétusté
est définie contractuellement comme ne pouvant atteindre
les composants d’une installation avant les délais minimums
suivants :
- 30 ans pour les organes mécaniques :
treuil, poulie, guides, parachute, etc…
- 20 ans pour les organes électromécaniques :
moteur, frein, dispositif de sélection, armoire de commande,
serrures, canalisations électriques, etc…
- 10 ans pour les organes électroniques ".
Voici donc le texte litigieux.
Pourquoi le combattons-nous
si farouchement depuis deux ans ?
2. Les usagers contre la clause de
vétusté
Ce texte présente pour
nous un défaut majeur et un danger certain :
- ) Le défaut concerne
la définition même de la " vétusté "
qui est retenue : dire qu’un composant passif comme une canalisation
électrique (qui ne bouge pas, donc ne peut pas s’user)
devient vétuste par l’âge, nous sommes d’accord ;
par contre dire que sur un composant actif (qui bouge) on peut
déterminer une vétusté indépendante
de l’usure, n’a pour nous comme de nombreux experts, strictement
AUCUN sens.
- ) Le danger concerne le fait
que dès que l’on dit : " la vétusté
ne peut atteindre un élément avant dix ans "
cela signifie aussi : " la vétusté
pourra être invoquée dès le délai de
dix ans et un jour ".
Très concrètement
cela signifie que nous soupçonnions les ascensoristes de
vouloir introduire cette définition et ces durées
pour pouvoir :
- se dérober, à leurs obligations
(changer les pièces usées) ;
- facturer de façon incontrôlable
des changements d’organes au nom de la vétusté,
dès les délais passés.
Nous avons donc combattu pendant
deux ans les prétentions des ascensoristes à faire
introduire cette disposition dans les textes réglementaires,
en faisant valoir ces deux points :
- une définition inadaptée aux
organes dits " actifs " ;
- une définition permettant aux ascensoristes,
passé un certain délai, de facturer toute sorte
de travaux au nom de la vétusté " contractuelle ".
Le mouvement HLM, divers experts,
les hauts fonctionnaires ont suivi notre analyse et écarté
les demandes des ascensoristes. Mais, comme on sait, les ascensoristes
ne sont pas des personnes à se décourager…
3. Le " guide pour l’établissement
des contrats d’ascenseur " de l’AFNOR
Suite à la parution
du décret, il est apparu important à TOUS (y compris
l’ARC) que soit mis au point un guide d’établissement des
contrats d’ascenseur. Cette mission fut confiée à
l’AFNOR et plus précisément à la Commission
P 82 (ascenseurs existants) dont l’ARC fait partie depuis longtemps.
Dans cette commission fut,
évidemment, de nouveau proposée par les ascensoristes
la clause litigieuse, qui une fois de plus fut repoussée
par l’ARC qui ajoutait aux arguments précédents
que s’il était normal dans un guide de l’AFNOR d’inciter
les deux parties à prévoir une clause de vétusté,
il était par contre inadmissible de proposer un libellé
de clause repoussé par les représentants des usagers
de logements d’habitation, l’ARC pour le parc privé, l’USH
pour le parc HLM. À noter que l’ARC représentait
SEULE dans cette commission, le parc privé d’habitation
(7 millions de logements) et en tirait donc une énorme
légitimité.
L’ARC faisait d’ailleurs valoir
que le guide de l’AFNOR ne prévoyait aucun modèle
pour d’autres clauses sensibles (exemple : clause
de pénalité) et qu’il n’y avait donc aucune raison
de proposer une clause de vétusté contestée,
qui aurait forcément, dans l’esprit des gens, une force
normative.
L’ARC amena même la
preuve que certains ascensoristes comme OTIS, numéro un
mondial, tentait déjà d’utiliser l’argument
de la " vétusté " pour imposer
des travaux de changement d’organes aux frais de la copropriété
en lieu et place de ses obligations contractuelles (réparation
ou changement au frais de l’ascensoriste).
L’AFNOR refusa néanmoins
de retirer la clause litigieuse, sans jamais formuler d’explication
précise.
L’ARC fit alors valoir que
l’AFNOR ne respectait pas ses propres règles, puisqu’elle
refusait de constater que sur ce point il n’y avait pas consensus
entre professionnels et usagers et passait outre le refus motivé
d’une grande partie des usagers concernés. L’ARC informa
aussi l’AFNOR qu’elle serait obligée de faire connaître
ce qui était, pour elle, une attitude injustifiée
et assimilable à une collusion. Comme on le voit, nous
n’avons pas fait les choses en catimini.
4. L’AFNOR contre les usagers
Face à la position très
ferme de l’ARC, la Direction de l’AFNOR décida alors de demander
l’arbitrage des représentants des organisations de consommateurs
au sein du Conseil d’Administration de l’AFNOR, pensant utiliser
une contradiction au sein des usagers.
Une réunion eut donc
lieu au cours de laquelle le représentant des organisations
de consommateurs, en l’occurrence le secrétaire général
de la CGL accompagné d’un juriste, fit savoir :
- qu’il partageait les craintes de l’ARC ;
- qu’il soutenait la position de l’ARC.
Cette position fut confirmée
par la suite après concertation entre différentes
organisations.
Malgré cela, la Direction
de l’AFNOR décida (mais sans jamais justifier par écrit
sa position) de passer outre et de publier le " guide "
tel quel, ce qui fut fait le 17 août 2005.
Fin du récit.
Conclusion
L’AFNOR vient donc de donner
aux ascensoristes ce que le Ministère du Logement et les
partenaires de la négociation des textes d’application de
la loi leur avaient refusé : un cadeau royal qui, pour
les usagers, sera un gouffre sans fond.
Ainsi une clause dangereuse
pour les usagers et qui sera forcément utilisée
comme un moyen par les ascensoristes d’échapper à
leurs obligations, a reçu l’aval de l’AFNOR et pourra ainsi
être présentée comme quasi-normative par les
professionnels alors que les représentants des copropriétaires
la combattaient et la combattent toujours.
On entend déjà
les propos des ascensoristes dans les réunions : " Comment,
l’ARC n’est pas d’accord ? Mais puisqu’on vous dit que l’AFNOR
recommande cette clause ! C’est quand même autre chose que
l’ARC, non ? ".
Or, l’AFNOR n’a ni respecté
la voix unanime des organisations de consommateurs, ni ses propres
règles qui lui interdisent d’imposer des recommandations
dès lors qu’elles n’ont pas recueilli un consensus suffisant ;
ni surtout n’a jamais justifié sa position.
L’ARC a donc - comme elle en
avait loyalement informé l’AFNOR - décidé de
faire connaître ce triste épisode des relations usagers-professionnels
dont les conséquences seront à coup sûr dramatiques
pour les usagers, mais si bénéfiques pour les ascensoristes.
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