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Rappelons que le procès
de l’ascensoriste responsable de la mort du petit BILA à
Strasbourg en 2002 (accident qui a été le prétexte
à la mise en place d’une réglementation excessivement
lourde et en partie inutile) se déroule en ce moment. Nous
revenons sur ce procès et les enseignements qu’on peut en
tirer.
Les sites ci-dessous, entre
autres, ont rendu compte du procès en correctionnelle examinant
la culpabilité de l'entreprise et du technicien titulaires
du marché d'entretien de la machine (Libé et Le Monde,
ont été aussi consultés, pas mieux).
http://www.lexpress.fr/info/infojour/reuters.asp?id=4533&2038
http://permanent.nouvelobs.com/societe/20050905.FAP0261.html?1833
http://home.fra.chello.fr/upcmnfc/start/actualite/national/1776/17760901.html
La vie des pages évènements
étant brève sur le Web, il semble utile de faire un
résumé des principaux manquements relevés par
les experts, le substitut du procureur de la République et
le Président du Tribunal correctionnel à l'encontre
de la société Ascenseurs multi-services et de son
technicien.
Les sanctions requises pour
cet homicide dit involontaire sont de 18 mois de prison avec sursis
pour celui-ci et 100 000 euros d'amende pour celle-là. Ceci
indépendamment des dommages et intérêts. Le
jugement sera prononcé le 4 octobre.
Les faits illustrent parfaitement
l'argumentation exposée au nom de l'ARC dans nos courriers
à M. de Robien. Les accidents résultent au premier
chef de la négligence de certains ascensoristes, au mépris
des obligations des contrats d'entretien. Cette situation est aggravée
par le niveau élevé du vandalisme dans l'habitat social
et les copropriétés en difficulté,
Il a été reproché
à la société AMS Ascenseurs Multi-Services
:
- contrairement aux obligations du décret
95-826 du 30 juin 1995 de n'avoir pas effectué d'étude
de sécurité de celle installation;
- contrairement à feu l'arrêté
du 11 mars 1977 de n'avoir pas tenu les dossiers (fiches de suivi
?) prévus par l'Art 1er.A.5°, permettant de
retrouver la date et la nature de tous les faits importants concernant
l'appareil (changements apportés à l'appareil, résultats
des dernières visites, accidents);
- de n'avoir pas établi de plan de maintenance,
dont l'ARC a toujours demandé qu'il soit partie intégrale
du contrat d'entretien, ce que le ministère du logement
dans ses derniers arrêtés s'est refusé à
imposer aux ascensoristes;
- d'imposer à ses techniciens une charge
de travail démesurée. En l'occurrence, l'entretien
préventif et correctif de 144 ascenseurs, soit mensuellement
par appareil une visite d'entretien obligatoire et en moyenne
une panne à détecter et réparer. Ceci pour
169 heures de travail mensuelles rapporte Libération.
Avec la fragilité des
estimations humaines, le technicien a reconnu qu'il passait 20 à
25 minutes sur un appareil quand celui-ci aurait requis 1H30 à
2H de travail. Ce qui est cohérent avec un calcul simple
qui donne 35 minutes théoriques par intervention, dont il
faut déduire les temps de déplacement et occupations
diverses (visite médicale, formation, etc.).
Ceci pour le contexte, dans
une situation aggravée par le vandalisme malheureusement
inhérent au logement social, dont nous avons quotidiennement
la relation par les médias.
Deux anomalies majeures ont
été rapportées. D'une part le comportement
aberrant de certains locataires ou la malveillance consistant, afin
d'immobiliser temporairement la cabine et l'empêcher de répondre
à l'appel d'un autre niveau, à manipuler le dispositif
qui à l'intérieur de la gaine ne libère le
verrouillage de la porte que lorsque la cabine est à l'étage.
Dans les quatre mois précédant l'accident, quinze
ouvertures intempestives de portes ont été constatées
dans le domaine de la communauté urbaine de Strasbourg, dont
trois dans l'immeuble concerné.
D'autre part, l'existence d'une
liaison électrique pirate établie entre les bornes
d'entrée et de sortie d'un organe de contrôle de sécurité.
Cette fonction doit interrompre la course de l'ascenseur si un défaut
est détecté dans la suite (la chaîne) des contrôles
de sécurité de l'installation. Elle doit s'exercer
notamment dans les cas de portes palières ouvertes ou non
verrouillées, de portes de cabine non fermée, en cas
de fin de course haute ou basse, en cas de patinage ou de mou des
câbles,
Notons que la course de l'ascenseur
n'a rien à voir avec l'accident. Un seul site attribue à
cet organe de contrôle de sécurité la fonction
de verrouillage des portes palières. Le reproche majeur fait
au technicien est de n'avoir pas su détecter ce strapping
(connexion entre deux bornes) pirate.
Précisons que cette liaison
n'a pu être établie dans l'armoire de commande que
par une personne ayant une connaissance précise des câblages
et des fonctions
des différents composants, dans la machinerie, dont l'accès
est interdit à toute personne étrangère au
service. Rappelons que le décret de 1995 dans son article
7 met directement en cause la responsabilité du chef de l'établissement
chargé des travaux qui "doit notamment éviter tout
risque résultant, pour les travailleurs et les autres personnes
exposées, de l'éventuelle neutralisation des dispositifs
de sécurité".
On retiendra les termes utilisés
par les experts, le procureur de la République et le
Président pour qualifier l'entretien tel que pratiqué
par l'ascensoriste ; carences, série de négligences,
incurie, manque de rigueur, laxisme, manquements graves, faute grave
inexcusable, gravité de la situation, gouffre abyssal
entre l'état constaté de la machine et celui qu'elle
aurait dû avoir.
La société Ascenseurs
multi-services n'est qu'une parmi celles titulaires des contrats
d'entretien des ascenseurs du logement social de la Communauté
urbaine de Strasbourg. Un audit demandé par l'office HLM
de cette organisation territoriale concluait "La majorité
des défauts constatés proviennent d'un manque de rigueur,
de négligences, voire de laxisme. Les prestataires n'investissent
que peu de temps et d'argent sur les appareils qui leur sont confiés."
La notoriété n'exempte
pas les entreprises de telles insuffisances. Précédemment,
OTIS, a été reconnue responsable de la chute mortelle
d'un préposé de la société METALEUROP,
trois heures après que l'ascensoriste soit intervenu pour
remédier à l'ouverture d'une porte palière
malgré l'absence de la cabine à l'étage (Cass,
Civ, 1, 15/09/99).
M. de Robien n'a pas su écouter
la voix de l'expérience des copropriétaires, convergente
avec celle des techniciens CGT. Il a exploité l'émotion
causée par les accidents pour créer des marchés
de rénovation prisonniers, au meilleur bénéfice
des ascensoristes et des bureaux de contrôle. Le tout en se
donnant le rôle vertueux d'œuvrer pour la sécurité
des citoyens et l'activité des entreprises. Puis il a refilé
la patate chaude pour signature à ses successeurs de Raffarin
II. Les copropriétaires n'auront qu'à payer.
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