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ARC Abus n°295 : 22 12 04 /©
Quitus,
compte-séparé et fonds de roulement
Récemment sur le site UNIVERSIMMO
nous avons pu lire un article qui revenait sur trois sujets qui ne nous
semblent pas mineurs et sur lesquels nous nous exprimons assez souvent
: le quitus, le compte-séparé, le fonds de roulement.
Comme beaucoup de personnes qui s’occupent
des problèmes de copropriété nous fréquentons
ce site bien documenté et souvent équilibré.
Nous avons néanmoins considéré
que les arguments avancés par la rédaction d’UNIVERSIMMO
pour répondre à nos positions n’étaient pas appropriés.
C’est pourquoi nous avons demandé à la rédaction
d’UNIVERSIMMO de porter à la connaissance de ses visiteurs notre
réponse, ce qui a été accepté.
Pour ceux qui n’auraient pas eu le
temps de lire ces échanges, nous les reproduisons ci-dessous, sachant
que ces sujets (surtout le quitus) sont loin d’être épuisés.
Nous présentons d’abord le
long article d’UNIVERSIMMO puis notre courte réponse :
Article d’UNIVERSIMMO
La querelle du quitus
Le débat a été lancé il y a un peu plus d'un
an par la plus activiste des associations de consommateurs : faut-il ou
non donner quitus chaque année au syndic après l'approbation
des comptes de l'exercice écoulé, et ce quand bien même
aucun reproche ne lui serait formulé pour cette période
de gestion ! Rappelons que le quitus est distinct de l'approbation des
comptes qui conditionne la possibilité d'appeler un solde de charges
par rapport aux provisions appelées sur la base du budget, condition
préalable également à toute action de recouvrement
sur des charges des exercices échus : il constitue un acte purement
facultatif, dont le refus a pour seule conséquence d'être
vexatoire pour le syndic et de jeter un doute - par exemple aux yeux d'un
éventuel acquéreur - sur la qualité de la gestion
de la copropriété...
En faveur du refus systématique : l'argument selon lequel le quitus
décharge la responsabilité du syndic pour toute faute ou
manquement commis au cours de la période considérée
et empêche de le poursuivre ultérieurement en responsabilité
si telle faute ou manquement était découvert ; pourquoi
dans ces conditions abandonner cette possibilité d'action alors
qu'aucune obligation de donner quitus n'est inscrite dans aucun texte
?
Sous cet aspect inattaquable, le débat gagne de plus en plus les
assemblées de copropriétaires et marque une fois encore
le particularisme du monde de la copropriété par rapport
à celui des sociétés commerciales ou des associations
: on y tient pourtant des assemblées depuis nettement plus longtemps
qu'en copropriété et l'idée même de soulever
la question du quitus aux mandataires sociaux y paraîtrait comme
une pure incongruité !
Les mandataires, sociaux ou non, engagent en effet leur responsabilité
mais aussi leur réputation, et tiennent lorsqu'ils se respectent
à voir leurs mandants, une fois que les instances de contrôle
ont accompli leurs diligences et donné un avis favorable, acter
leur satisfaction quant à leur prestation, sachant que le quitus
n'est jamais donné pour autre chose que ceux qui le donnent ont
pu en connaître, et en aucun cas pour des faits ou agissements qui
leur auraient été dissimulés !
En copropriété, cette protection ne suffit pas à
rassurer les partisans du refus, qui voudraient pourvoir rechercher la
responsabilité de leur syndic sans limite de durée, d'où
le conseil donné ouvertement aux copropriétaires : refusez
le quitus même quand vous ne savez pas pourquoi...
En réalité, ce conseil ne fait que révéler
la grande misère du contrôle et le déficit de compétence
de la part de ceux en qui les copropriétaires placent leur confiance
pour l'exercer ! Combien de conseillers syndicaux connaissent en effet
les diligences qu'il faut accomplir pour pouvoir affirmer à l'assemblée
qu'elle peut approuver les comptes et donner quitus, et parmi ces derniers
combien ont le temps de les accomplir : vérification des comptes
d'attente et de régularisation, analyse des comptes de sinistres
et de travaux, surveillance des comptes "dormants", vérification
des rapprochements bancaires, "circularisation" des fournisseurs, tiers
et organismes sociaux, analyse des dossiers de litiges et de procédures,
contrôle des actions de recouvrement des impayés, bref des
diligences relevant ni plus ni moins des techniques d'audit bien connues
et dont la mise en oeuvre est indispensable pour que l'on puisse parler
de "contrôle" sans tromper la confiance de ses mandants ?
Ce n'est pas qu'il faille jeter la pierre aux conseillers syndicaux, bénévoles
qui donnent déjà beaucoup de temps dans l'intérêt
de copropriétaires qui ne le leur rendent pas toujours ! Mais le
meilleur conseil à leur donner n'est peut-être pas de refuser
systématiquement le quitus au syndic dans l'hypothétique
éventualité d'une découverte demain de ce qu'on a
pas vu aujourd'hui, mais de s'adjoindre, lorsqu'ils ne peuvent mettre
en oeuvre de véritables diligences de contrôle par eux-mêmes,
soit par manque de temps, soit par manque de familiarité avec la
gestion et la comptabilité, les services de professionnels spécialisés,
dont le coût peut être largement compensé sur la durée
par la sécurité qu'il apporte dans la gestion du patrimoine
et des fonds des copropriétaires !...
Au lieu de cela, le refus systématique du quitus n'apporte qu'une
illusion de sécurité, crée un climat détestable
vis à vis de ceux des professionnels qui se donnent du mal - il
y en a plus qu'on le croit - et dévalorise les copropriétés
qui le pratiquent en révélant les carences du contrôle
et un climat de défiance interne peu propice à les rendre
attractives...
La "guéguerre" contre les "fonds de roulement"
Engagée depuis longtemps par les organisations de consommateurs
et relayée par la presse, la contestation des "fonds de roulement"
détenus par les syndics, censés leur procurer des trésoreries
aussi rémunératrices qu'excédentaires, a été
relancée par un changement de terminologie adopté par les
rédacteurs du récent décret modificatif du décret
du 17 mars 1967 (1) : abandonnant l'appellation d' "avance de trésorerie
permanente", vraie dénomination juridique de ce qu'on a pris l'habitude
de dénommer "fonds de roulement", la nouvelle rédaction
du décret de 1967 mentionne désormais la "réserve
prévue au règlement de copropriété" ; il n'en
a pas fallu plus pour que les adversaires du fonds de roulement, alors
qu'il s'agit de toute évidence de la même chose, décrètent
que désormais les fonds de roulement étaient interdits et
devaient être remboursés !
Curieux harcèlement alors que la question de l'avance de trésorerie
à concéder au syndic peut dans chaque copropriété
se trancher de façon on ne peut plus objective : l'alimentation
de la trésorerie du syndic étant assurée à
intervalles réguliers, presque toujours trimestriels, il suffit
de s'informer du solde résiduel constaté au moment où
son niveau est le plus bas de l'année (même lorsque le syndic
n'a pas ouvert un compte distinct pour le syndicat, il doit connaître
à tout moment le solde disponible de chacune de ses copropriétés
- par exemple pour les copropriétés à chauffage collectif
c'est en général fin mars début avril) : sachant
qu'il est autant de l'intérêt de la copropriété
que de celui du syndic que les salaires, charges sociales et factures
de tous types soient régulièrement réglées
"rubis sur l'ongle", le fonds de roulement est excessif si la trésorerie
à cette date dépasse la trésorerie résiduelle
de sécurité nécessaire pour les petits imprévus,
et pas dans le cas contraire !
Il est vrai que les syndics, intéressés pourtant au premier
chef dans le fait de disposer de fonds suffisants pour faire face, sans
accrocs préjudiciables autant à leur réputation qu'aux
intérêts de leurs mandants, aux dépenses courantes
de leurs copropriétés, font rarement preuve d'une pédagogie
limpide à ce sujet, allez savoir pourquoi...
Il est vrai aussi que le contexte de gestion sur compte bancaire non individualisé
des fonds des copropriétés, auquel s'accroche encore une
majorité de syndics, crée une opacité qui ne favorise
pas la confiance mutuelle !
Le compte bancaire au nom du syndicat : l'assaut contre la résistance
des syndics...
Ouverte pourtant il y a plus de vingt ans, la lutte des défenseurs
des copropriétaires pour l'ouverture de comptes bancaires séparés
au nom de chaque syndicat de copropriétaires n'a jamais abouti,
malgré deux modifications législatives, à la rendre
obligatoire : du coup, les syndics ne l'acceptent que contraints et forcés,
et tentent d'en dissuader les demandeurs en pratiquant vis à vis
de ceux qui y tiennent un différentiel d'honoraires censé
compenser un coût administratif plus élevé pour la
tenue de chéquiers par copropriété, argument largement
fallacieux depuis que les logiciels informatiques permettent de pratiquer
à large échelle les règlements par virement et même
l'impression des chèques avec des comptes bancaires non pré-imprimés
!
La vraie raison est ailleurs, ce que la profession n'ose pas encore avouer,
sauf peut-être lorsque tel grand groupe coté en bourse doit
justifier une baisse de sa rentabilité auprès des analystes
financiers : le dépôt des fonds des copropriétés
sur un compte unique ou sur des sous-comptes par immeubles ouverts au
nom des syndics permet à ces derniers de placer ces fonds à
leur profit, et se procurer ainsi un complément de recettes toujours
nécessaire à bon nombre d'entre eux, même s'il a fondu
avec la baisse spectaculaire des taux d'intérêts...
Curieuse pudeur, alors que l'argument avancé lorsqu'ils acceptent
enfin d'en parler ne manque pas de vérité, ce qui a probablement
justifié au demeurant les actes manqués à répétition
du législateur à sur cette question : réalisés
par les syndics, les produits financiers profitent aux copropriétaires
en permettant aux syndics, sous l'effet de la concurrence effrénée
qu'ils se livrent, de concéder des baisses de prix supérieurs
à ce qu'ils pourraient pratiquer s'ils n'en bénéficiaient
pas, alors que dans le cas contraire l'abandon de cet avantage ne se ferait
qu'au profit des seules banques, les trésoreries courantes des
copropriétés prises isolément n'étant jamais
suffisantes pour permettre des placements réguliers et réellement
rémunérateurs (bien entendu hors fonds de roulement excédentaires
ayant vocation à être remboursés, ou fonds et provisions
destinés à un emploi différé).
Il reste que le conseil d'exiger un compte séparé au nom
de leur syndicat, donné aux copropriétaires par les organisations
de consommateurs depuis deux décennies avec l'idée illusoire
que leur copropriété pourra profiter pour elle-même
du produit de placement de ses fonds, comporte une autre justification,
autrement plus pertinente : en cas de faillite du syndic - il y en a quand
même une ou deux chaque année et l'expérience des
dernières années a montré que la taille n'était
pas forcément synonyme de sécurité... - les fonds
du syndicat restent sur compte séparé à l'abri de
la liquidation, alors qu'ils en font partie dans tous les autres cas (compte
unique ou sous-compte individualisé au nom du syndic) et ne peuvent
en général être récupérés qu'après
plusieurs années de la mise en jeu de la garantie financière
(2)...
La réponse de l’ARC à
UNIVERSIMMO – à l’attention de Monsieur PAPADOPOULOS
Monsieur le Directeur,
Sans nous citer nommément et
en nous désignant simplement du doux nom de " la plus
activistes des associations de consommateurs " (ce qui inexact,
car l’expression : " la plus active des associations
de copropriétaires " aurait été bien
suffisant) vous passez au tamis sur votre site trois des problèmes
que nous avons soulevés ces derniers mois.
Nous souhaiterions pouvoir réagir
et apporter nos commentaires en vous priant de les porter à l’attention
de vos visiteurs.
1- Quitus : nous trouvons
curieux que l’on puisse encore s’étonner que nous appelions les
copropriétaires à ne pas donner quitus à des professionnels
rémunérés et par ailleurs couverts par une assurance
de responsabilité civile professionnelle obligatoire. Rappelons
que ne pas donner le quitus est non un acte de défiance mais de
simple prudence. C’est un peu comme si vous appeliez les maîtres
d’ouvrage à donner QUITUS à tous les architectes ou entrepreneurs
empêchant ainsi ces maîtres d’ouvrage de bénéficier
des garanties légales et faisant l’impasse sur les nombreux vices
cachés (volontaires ET involontaires) qui peuvent se révéler.
Par ailleurs, vous comparez le quitus
donné au syndic au quitus donné aux dirigeants d’associations
ou de sociétés ce qui est particulièrement fallacieux
pour les raisons suivantes. En effet :
- Tout d’abord le dirigeant d’association est :
- non professionnel ;
- un bénévole.
- Par ailleurs le dirigeant d’association, au pire,
met en péril la cotisation des associés (mettons 50 Euros
l’an) à comparer aux charges de copropriété (2.000
à 3.000 Euros par lot), soit entre 50 et 100 fois plus…
- Enfin, précisons que les erreurs de gestion
des syndics portent sur des millions d’Euros ; comme vous le savez
les erreurs de gestion des responsables d’associations atteignent au
pire le millionième de ces sommes.
- En ce qui concerne les dirigeants de sociétés,
pouvez-vous vous rappeler que celles-ci sont contrôlées
par des " commissaires aux comptes " qui,
eux, engagent leur responsabilité.
- Il nous paraît d’autant plus dommage de critiquer
notre position de simple bon sens que le refus de quitus est le seul
moyen, à terme, d’obtenir une amélioration de la qualité
et de la rigueur de gestion des syndics.
2- Compte séparé :
lorsque nous demandons un compte séparé par copropriété
c’est uniquement parce que :
- C’est tout bêtement normal (imagineriez-vous
qu’il y ait un seul compte pour tous les membres d’une même famille,
du petit-fils au grand-père ?).
- C’est le moyen de loin le plus simple pour
contrôler la gestion de son syndic et suivre les sorties et rentrées
d’argent (dépenses/recettes) de sa copropriété.
- D’ailleurs nous avons proposé aux syndics
de trouver une formule (type convention de rémunération
des comptes) par laquelle ils pourraient toucher - avec l’accord des
copropriétés - les produis générés
par le solde de trésorerie des comptes ouverts pour leurs copropriétés
et ils ont refusé, ne serait-ce que d’en discuter. Ce qui prouve
bien que le problème des " intérêts "
n’est pas le seul.
Fonds de roulement : voilà
en effet une drôle d’association " activiste "
qui demande simplement au syndic de ne pas d’un côté appeler
des provisions en début de trimestre et de l’autre garder les fonds
qui - avant le système de provisionnels - lui permettaient de faire
face aux dépenses à venir…
Comme on le constate ces trois problèmes
n’en sont que lorsqu’on se place du côté " syndic "
et non du côté " copropriétaires ".
Est-ce là le positionnement de votre site ?
Par ailleurs, je vous rappelle qu’il
y a beaucoup de sujets aussi importants pour notre association et qui
méritent votre attention. Au hasard :
- les honoraires annexe des syndics
- le fonds travaux obligatoire
- la double tutelle de la copropriété
et ses effets négatifs
- l’incompétence des administrateurs judiciaires
- le fait que le Tribunal d’Instance devienne le
tribunal de la copropriété
- le carnet d’entretien
- un système comptable simplifié pour
les petites copropriétés
- la garantie financière des syndics, etc,
etc.
Nous vous remercions de porter ces
précisions à l’attention de vos visiteurs et vous prions
de recevoir, Monsieur le Directeur, l’assurance de nos salutations distinguées.
Fernand CHAMPAVIER
Le Président.
Nous reviendrons bientôt sur
les problèmes du " compte séparé "
pour montrer que c’est un excellent moyen de maîtrise des charges.
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