Un
accord (c’est un bien grand mot) vient d’être signé entre le Ministère
du Logement et une association de bailleurs, l’UNPI.
La Presse ayant fait état de ce drôle d’événement et certains
journalistes nous ayant demandé ce que nous en pensions, nous
nous permettons de livrer quelques commentaires.
1-
Une mesure générale qui ne coûte rien
On
a un Gouvernement formidable : face à la grogne des locataires
et à un marché locatif de plus en plus tendu, il a eu une idée
simple : demander à une association de bailleurs de … s’engager
à … inciter ses adhérents à … modérer… l’augmentation des loyers.
Génial,
tout simplement.
On
espère que le Gouvernement ne s’arrêtera pas en si bon chemin
et on attend un accord :
-
avec
le MEDEF pour qu’il s’engage à « inciter »
ses adhérents à augmenter un peu plus les salaires ;
-
avec
la Fédération
du Commerce pour qu’elle s’engage à « inciter »
ses adhérents à modérer l’augmentation des prix ;
-
avec
le « syndicat du crime » pour qu’il s’engage
à « inciter »
ses adhérents à diviser les agressions par deux, etc, etc.
2-
Un engagement qui n’engage à rien
On
ne peut que féliciter le Gouvernement et l’UNPI - qui par ailleurs
ne cesse de se plaindre de la faiblesse de la « rentabilité
locative » - de cet engagement.
Le
problème est le suivant. Quand les journalistes demandent :
-
« Quel contrôle y aura-t-il » ?
la réponse est : « Contrôle,
mais vous n’y pensez pas ».
-
Quand
ils demandent : « Quelles
sanctions pour vos adhérents qui ne suivront pas vos consignes » ?
la réponse est : « Sanctions,
mais vous n’y pensez pas ! »
3-
La modération des augmentations des loyers est déjà
là
Curieux
ce Gouvernement et cette organisation qui semblent avoir oublié
que la modération des hausses est déjà assurée par un indice-maison,
l’I.R.L. (ou Indice de Revalorisation des Loyers), spécialement
créé en janvier 2006 pour remplacer l’indice applicable alors,
qui s’emballait…
Comment
se fait-il que l’UNPI l’ait déjà oublié ?
4-
Un problème déplacé
Le
problème ce n’est pas le niveau des augmentations de loyer, c’est
- chacun le sait - le niveau de base des loyers.
Si
les pouvoirs publics n’avaient pas - sur la pression de l’UNPI
entre autres - multiplié les cadeaux fiscaux aux bailleurs sans
contrepartie (en particulier
sans exiger l’application de loyers mieux contrôlés) la
situation ne serait pas aussi catastrophique.
Or
là, il n’y avait pas besoin « d’accord »
d’opérette.
5-
Soyons plus sérieux
Cet
accord de modération n’est ni sérieux ni digne des problèmes vécus
par les locataires, ni compatible avec la pratique des bailleurs
« normaux » qui pratiquent des loyers « normaux »
et dont un certain nombre sont adhérents à l’ARC. Il a même un
côté un peu « cynique ».
« Embrassons-nous devant les caméras, semblent-ils
dire ; les locataires ne seront-ils pas émus par la merveilleuse
générosité des bailleurs et l’énergie déployée par le Gouvernement ?».
Tout cela fait un peu « comédie musicale » et nous ne pensons
pas que cela soit vraiment à l’honneur de ceux qui signent cet
accord en carton-pâte et qui :
a)
ne
résolvent ainsi AUCUN problème ;
b)
laissent
penser qu’ils considèrent les locataires de ce pays comme de parfaits
idiots.
*