ARC Abus n°1644: 24 12 08/©

Trois questions posées à la CNAB et à Monsieur MOUILLART à propos de son Observatoire des charges

retour abus


 

I-                   Observatoire de la CNAB : l’ARC ouvre la brèche

 

Alors que nous montrons depuis quatre ans combien les chiffres de l’Observatoire de la CNAB (Confédération Nationale des Administrations de Biens) sont « suspects » sans recevoir beaucoup d’échos (sauf de la part du journal LE PARTICULIER), voici enfin que nos mises en garde et questions gênantes commencent à être reprises par des journalistes qui en ont assez d’être pris pour de simples « passe plats ».

Vous pouvez lire :

 

-          pour les gens pressés, le résumé de nos critiques de l’abus numéro 1643.

-          pour les autres, notre analyse plus complète dans l’abus numéro 1632.

 

II-                Trois questions au professeur MOUILLART

Pourquoi personne n’ose s’en prendre ouvertement à l’Observatoire de la CNAB, alors qu’en coulisse les critiques sont nombreuses ?

Pour une raison toute bête : parce que l’Observatoire des charges de la CNAB est, en fait, réalisé par Michel MOUILLART, professeur à l’Université de Nanterre (Paris X) et que personne n’a envie de mettre en cause cet éminent professeur.

Alors, nous avons décidé de nous adresser directement à Michel MOUILLART, et de lui poser seulement TROIS questions.

Voici la lettre que nous lui avons écrite (NB : nous avons rédigé à peu près le même courrier l’an passé à Serge IVARS, Président de la CNAB, qui n’a pas trouvé le temps de nous répondre).

 

III-              La lettre au professeur MOUILLART

 

Monsieur Michel MOUILLART

                                                                                  "Professeur de Sciences économiques

                                                                                  Université de NANTERRE

                                                                                  200, avenue de la République

                                                                                  92001 Nanterre cedex

                       

                                                                                  Paris, le 17 Décembre 2008

 

 

Monsieur le Professeur,

 

Une fois de plus la CNAB publie les chiffres de son Observatoire et une fois de plus nous sommes - nous et des observateurs de plus en plus nombreux - bien obligés de constater que ces chiffres sont à la fois éloignés de la réalité et, pour une part, fantaisistes. Prenons trois exemples.

  1. Le montant des charges au mètre carré habitable

Le montant des charges de votre Observatoire est très faible, ce que remarquent beaucoup de syndics et de copropriétaires quand ils les comparent à leurs charges ; ce qui attestent les chiffres de l’Observatoire de l’Association APOGÉE.

D’où cela vient-il ? En grande partie, à notre avis du fait que les syndics vous fournissent des valeurs fausses, et confondent mètres carrés habitables et mètres carrés de SHON.

Comment le savons-nous ? Tout simplement parce que nous avons demandé à quinze syndics pris au hasard, de nous donner les mètres carrés habitables de leurs copropriétés et qu’ils nous ont avoué en être incapables (aucun document de gestion ne permet d’obtenir ce chiffre).

Vous répondrez que ce « biais » n’est pas gênant puisque s’il fausse les résultats il les fausse de façon proportionnelle.

Or, vous savez forcément que ce n’est pas exact pour une raison toute simple : le rapport mètre carré habitable/SHON n’est pas constant et peut être très différent d’un immeuble à un autre.

Nous avons l’an passé demandé à Monsieur IVARS de faire un contrôle sur dix immeubles de votre « échantillon » pour vérifier ce point CAPITAL. Nous n’avons obtenu aucune réponse, comme c’est toujours le cas avec la CNAB peu respectueuse de la représentativité réelle de ses contradicteurs.

Nous osons espérer que vous-même accepterez honnêtement de satisfaire à ce contrôle, de la façon suivante :

a)     nous partirons du listing de vos « immeubles échantillons », qui nous donne le nombre de mètres carrés totaux 2007 indiqué dans votre rapport 2008 ;

b)    nous choisirons nous-mêmes dix immeubles et vérifierons que la surface habitable annoncée est ou non la bonne.

  1. Deuxième exemple

Vous annoncez une baisse des charges en 2007 sur « Saint-Denis » de 7,2 %.

Ce chiffre n’a aucun sens et ne peut venir que de ceci :

  • L’échantillon de Saint-Denis est certainement constitué principalement des immeubles d’UN syndic (nous pensons à SABIMMO, gérée par Madame DUBRAC, Vice-présidente de la CNAB).
  • Deux hypothèses :
    • les chiffres 2007 sont « en baisse » par rapport à 2006 pour des raisons strictement comptables (exemple : charges de fin d’année non comptabilisées) ;
    • la baisse est réelle, mais est due à un phénomène spécifique statistiquement non pertinent ; ainsi nous-mêmes intervenons sur un gros immeuble géré par ce syndic, où nous avons réussi à faire baisser les contrats d’environ 40.000 € ;  une autre raison pourrait être que certains immeubles sont passés en système dit d’« individualisation des contrats d’eau ».

Là encore nous vous demandons de pouvoir étudier la cause de ce chiffre évidemment non représentatif et donc de vérifier OU NON qu’il s’agit d’un résultat statistique pertinent, sachant qu’à notre avis il s’agit d’un résultat « biaisé ».

  1. Troisième exemple

Nous constatons que - pour la France entière - le niveau des honoraires de syndic s’établit à 1,9 € par mètre carré habitable et que le niveau des honoraires supplémentaires (compte 622 de la nomenclature comptable) s’établit à 0,2 €, soit 10,5 % des honoraires de base.

Ce chiffre est - pour tous les observateurs - très en dessous de ce qui se constate partout chaque jour. Rappelons que ces honoraires intègrent :

-          les honoraires travaux ;

-          les honoraires d’assemblée générale ;

-          tous les autres honoraires particuliers communs ;

-          l’ensemble des honoraires imputables à titre privatif (du contentieux à l’état daté).

Depuis 1996 - les pouvoirs publics, la Commission des Clauses Abusives, les associations, les différents acteurs de la copropriété - s’accordent à dire que ces frais sont d’année en année  plus importants du fait d’un phénomène de transfert volontaire des honoraires de base vers les honoraires supplémentaires.

Fin 2007, de nouveau, le Conseil National de la Consommation, saisi par le Ministère de l’Economie de l’inflation concernant le niveau important de ces honoraires supplémentaires s’est une fois de plus penché sur le phénomène pour tenter de l’enrayer.

Dans ces conditions, comment peut-on raisonnablement admettre que ces honoraires supplémentaires ne représentent QUE 10,5 % des honoraires de base.

À noter  que même en Ile de France ces honoraires supplémentaires - et alors qu’à peu près toutes les assemblées générales se passent en heures non ouvrables - ne représentent QUE 19 % des honoraires de base et qu’ils descendent à 5,2 % en Rhône Alpes !

Là encore, nous souhaitons pouvoir vérifier sur dix immeubles qu’il n’y a pas une distorsion entre les chiffres qui vous ont été donnés et la réalité, sachant que diverses hypothèses peuvent être formulées, entre autres :

a)     mauvaise imputation comptable de la part des syndics (donc mauvaise utilisation du compte 622) ;

b)    absence de prise en compte de certains honoraires (exemple : honoraires imputés à titre privatif).

Vous avez deux attitudes possibles :

-          l’attitude scientifique : « Oui, je vais vous laisser étudier ces trois problèmes et soit mettre en évidence des « biais » majeurs, soit obtenir confirmation des chiffres publiés » ;

-          l’attitude politique voire « polémique » : « Cette suspicion est intolérable ; je suis professeurd’Université et refuse de donner suite à ces demandes et de me prêter à ces contrôles ».

Nous espérons vivement que vous pourrez adopter l’attitude « scientifique ».

Nous vous en remercions par avance et vous prions de recevoir, Monsieur le Professeur, l’assurance de nos salutations distinguées.

 

 

            Fernand CHAMPAVIER                                                   Bruno DHONT

            Le Président                                                                        Le Directeur ».

Retour abus en vrac

Retour abus en vrac