Depuis
quelques semaines le
Ministère du Logement
communique sur les évolutions
qui vont marquer l’établissement
des « D.P.E. ». Voyons ce dont il s‘agit
et si cette autosatisfaction
est bien justifiée.
I. Retour sur une bonne idée mal mise en
œuvre : le DPE
Dans
le cadre d’une directive
européenne, la
France
devait - à partir de
2006 - obliger les vendeurs
et bailleurs de logements
à fournir à l’acheteur
ou au locataire un Diagnostic
de Performance Energétique
(DPE).
[à noter pour l’anecdote : à l’origine le document devait s’appeler,
en fait, CPE - Certificat
de Performance Energétique ;
mais à la même époque
un autre CPE - le Contrat
Premier Emploi - venait
de jeter deux millions
de jeunes dans la rue
et le Gouvernement décida
de changer le « Certificat »
de Performance Energétique
en... « Diagnostic » de Performance Energétique].
Le
DPE est censé fournir
trois types de renseignements :
-
la
« classe » énergétique du logement
(de très bon à très
mauvais de A à G) ;
-
la
classe « carbone » ;
-
des
préconisations pour
améliorer la « performance
énergétique ».
le
DPE devait donc informer
l’acquéreur ou le locataire
sur la performance thermique
du logement, donc sur
ses charges, l’idée
étant qu’un propriétaire
du logement peu performant
serait incité à faire
des améliorations pour
mieux vendre ou mieux louer son logement.
II. Du principe à la réalité
Autant
le principe était excellent
autant
sa mise en œuvre
en France fut déplorable,
situation que nous avons
mis en évidence très
rapidement.
Que
reprochions-nous au
système français ?
1.
Les
diagnostiqueurs n’étaient
pas forcément des spécialistes
de la thermique et du
bâtiment mais des personnes
« certifiées »
par un organisme privé,
ceci aux termes d’une
formation qui pouvait
durer seulement quatre
jours !
2.
Les
logiciels de calcul
présentaient d’énormes
défauts et pouvaient
sortir des chiffres
en l’absence de certains
renseignements essentiels
(comme l’épaisseur des
murs). On pouvait donc
avoir des résultats
« par
défauts ».
Inutile de dire que
ces résultats, dans
ces cas là, étaient
totalement fantaisistes.
3.
Ceux
qui étaient destinataires
des résultats (acheteurs,
locataires) ne pouvaient
pas contrôler les données
rentrées par le diagnostiqueur.
Là encore, c’était clair
comme une bouteille
à ENCRE.
4.
Aucun
contrôle des diagnostics
par une autorité indépendante
(exemple :
un contrôle sur mille,
comme dans d’autres
pays) n’était prévu.
Donc pas de contrôle
et liberté absolue pour
les diagnostiqueurs
d’écrire n’importe quoi.
5.
Enfin,
pour certains D.P.E.
et les immeubles collectifs,
le D.P.E. pouvait être
établi à partir des
factures (et non du type de bâtiment et de chaudière) des trois dernières
années. Là aussi, comme
on le constate l’absence
totale de sérieux.
Résumons :
-
faible
compétence des diagnostiqueurs ;
-
inadaptation
des logiciels ;
-
absence
de transparence sur
les données recueillies ;
-
absence
de contrôle par une
autorité extérieure ;
-
inadaptation
des méthodes de recueil.
Comme
souvent, nous avions
expliqué au ministère
que nous allions « dans le mur » ;
comme toujours le ministère
nous répondit que nous
n’avions pas tort mais
que ce « n’était qu’un début » et qu’« on » corrigerait après.
Six
ans après le ministère
a enfin réagi (suite
à des affaires scandaleuses,
comme par exemple des
DPE faits sur un même
logement et donnant
des résultats allant
de un à trois !!!).
Des
mesures viennent donc
d’être prises applicables
en 2012, à savoir :
1. une
meilleure transparence,
avec la remise par le
diagnostiqueur d’un
relevé détaillé qui
permettra d’être informé
des paramètres utilisés
pour le calcul de l’étiquette
énergie ;
2. amélioration
de la méthode de calcul
pour un résultat plus
fiable. Les données
prises en compte et
analysées passeront
de 30 à 60 ;
3. utilisation
de logiciels validés
par le ministère, afin
de réduire les erreurs
intrinsèques aux logiciels;
4. la
transmission de chaque
DPE sur une base de
données gérée par l’ADEME
et disponible sur le
site du ministère ;
5. un
contrôle des diagnostiqueurs,
avec l’instauration
d’un annuaire des diagnostiqueurs
mis en ligne par le
ministère.
6. une
montée en compétence
des diagnostiqueurs
et un relèvement du
niveau des examens,
avec un niveau de difficulté
plus élevé pour les
diagnostiqueurs habilité
à faire les « DPE bâtiments collectifs d’habitations »
;
A noter : ce dernier point ne sera applicable qu’à partir de
2013. En effet afin
de répondre à la demande,
chaque diagnostiqueur
aujourd’hui certifié
pourra pendant toute
l’année 2012 faires
des « DPE
pour les bâtiments collectifs
d’habitation ».
A compter du 1er
janvier 2013, ils devront,
pour les réaliser, avoir
obtenu une certification
spécifique et plus exigeante
en terme de compétences,
notamment sur les chaufferies
collectives.
Certes
on ne peut que se féliciter
de ces avancées demandées
depuis six ans, mais
on doit néanmoins apporter
quelques bémols, car
le compte n’y est toujours
pas. Ainsi :
- Les DPE
faits avant 2012 resteront
valables dix ans,
même s’ils sont archi-faux !
Or on dit qu’entre
600.000 et 1 million
de DPE ont été faits
chaque année
- Les DPE
dans les immeubles
avec chauffage collectif
ne seront faits qu’à
partir de 2012 et
les copropriétés auront
jusqu’en 2017 pour
les faire.
- Les diagnostiqueurs
pourront toujours faire à la fois les DPE des logements individuels et
les DPE collectifs,
alors que les connaissances
thermiques nécessaires
sont très différentes.
Il y a donc toujours
un risque d’insuffisance
professionnelle.
- Enfin, la
méthode de détermination
des consommations
à partir des factures
demeure.
Il
reste donc encore des
progrès importants à
faire pour que le dispositif
soit vraiment... performant,
donc efficace