S O M M A I R E

PRESENTATION DE LA JOURNEE COLLOQUE SUR L'EAU
Bruno DHONT
Directeur de l'ARC

1 ERE TABLE RONDE

L'INDIVIDUALISATION DES CONTRATS D'EAU EN HABITAT COLLECTIF

M. VACHEZ - Député-Maire de Noisiel
Rédacteur de l'amendement ayant donné lieu au vote de l'article 93 de la loi SRU

M. FÉVRIER - Adjoint au Directeur de l'Eau
au Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement

M. FORT - Chargé du Bureau de l'Économie, de la Construction
au Ministère de l'Équipement, du Transport et du Logement

Mme DE KORNER - Déléguée Qualité Totale à la SAGEP
(Société Anonyme de Gestion des Eaux d'Ile-de-France)

M. CHOPARD - SEDIF (Syndicat des Eaux d'Ile-de-France)

2EME TABLE RONDE

LES NOUVELLES TECHNOLOGIES DU COMPTAGE

M. MACRÉ - Représentant du Syndicat de la Mesure

M. CHANTREL - Adjoint au Directeur général
de l'Office international de l'Eau


3 EME TABLE RONDE

LA PARTICIPATION DES USAGERS AU CONTROLE DU SERVICE DE L'EAU : TARIFICATION ; REGLEMENTS


M. MARCOVITCH - Député de Paris
Membre de la Commission consultative de l'Eau


 

M. DUCHESNE -Bureau de l'Économie de l'Eau et de la Programmation
Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement-

4 EME TABLE RONDE

COMMENT FAIRE DES ECONOMIES D'EAU EN HABITAT COLLECTIF ?


M. JOUVENT - Directeur d'Apogée

 

M. GUELLEC - Ancien ministre
Président de la Commission parlementaire sur les économies d'eau


M. DARTOUT - Chargé de mission de l'Agence de l'eau "Seine Normandie"

M. DUCHESNE - Bureau de l'Économie de l'Eau et de la Programmation
Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement


Mme AISSAOUI - TEC-HABITAT
Bureau d'Études de la Fédération HLM

ANNEXE
ARTICLE 93 DE LA LOI S.R.U.

 

 

 

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PRÉSENTATION DE LA JOURNÉE

DU COLLOQUE SUR L'EAU

 



Bruno DHONT

Directeur de l'ARC


Bonjour. Nous allons essayer d'aller vite car nous avons pris un peu de retard - comme toujours -. Je vais limiter les présentations de la journée au maximum.

Je suis donc Bruno Dhont, Directeur de l'Association des Responsables de Copropriété et il m'a été confié la délicate mission d'animer cette journée.

Avant toute chose, je souhaite remercier le Sénat d'avoir bien voulu accueillir ce Colloque, et plus particulièrement le Sénateur PICHERAL qui nous a ouvert les portes de ce palais républicain.

Comme vous le savez certainement, nous nous intéressons depuis très longtemps au problème de l'eau et au problème de la maîtrise de l'eau en copropriété. Ce Colloque est pour nous l'occasion - après le vote de la loi SRU qui a introduit deux articles concernant l'eau et la gestion de l'eau -, d'échanger avec des personnes, d'horizons très différents, sur les problèmes de l'eau et de la gestion de l'eau.

L'origine de ce Colloque c'est donc, premièrement, le vote concernant l'abaissement de la majorité requise pour faire poser des compteurs divisionnaires dans les copropriétés et, deuxièmement - petite révolution dont on va commercer à parler ce matin - l'introduction dans la loi de l'obligation pour les distributeurs d'établir des contrats d'eau individuels en habitat collectif, si la demande leur en est faite.

C'est d'ailleurs le premier thème de ce matin : "Individualisation des contrats d'eau".

Ensuite nous allons aborder le problème de la nouvelle technologie des compteurs : le compteur "communiquant" ou compteur permettant un relevé des index à distance qui, à notre avis, donne le moyen d'accompagner les évolutions législatives en matière d'eau ; le droit ayant évolué, il nous semble que les techniques nouvelles vont permettre à ce droit de se mettre en application plus facilement. C'est ce qu'on verra.


Cet après-midi deux thèmes également très importants.


‚ Premier thème : "Comment les usagers de l'eau peuvent mieux participer et mieux peser sur la politique de l'eau et le prix de l'eau ?"

C'est un domaine où il y a encore beaucoup à faire et là, nous anticipons sur certains débats qui auront lieu à l'occasion du vote de la loi sur l'eau qui devrait venir en discussion à l'automne. Donc un thème très important, "démocratique" pourrait-on dire, ou "citoyen".


‚ Et pour finir, en espérant que vous ne serez pas complètement éteints et trop fatigués par les premières interventions, un certain nombre d'intervenants parleront de leurs expériences en matière d'économie d'eau dans l'habitat collectif, que ce soit en copropriété ou dans le secteur HLM.


Voilà un programme très dense. Évidemment surdimensionné par rapport au temps qui nous est imparti : il devrait y avoir à peu près dix-huit interventions.


Ceci dit, rassurez-vous, il y aura des "Actes" de ce Colloque qui seront exhaustifs et qui permettront à ceux qui se seront assoupis dans ces merveilleux fauteuils, de faire une session de rattrapage. Ce n'est cependant pas une raison pour dormir ou partir avant l'heure.

Dernière remarque pratique : on va essayer de lever la séance à midi et demi, une heure moins le quart, pour se restaurer. Je vous demande d'être bien revenus pour 14 heures, de façon à ce que le programme de l'après-midi ne soit pas trop compressé.

Voilà.

 

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INDIVIDUALISATION DES CONTRATS D'EAU

Première table ronde - qui n'a de ronde que le nom comme vous pouvez le constater - : "Individualisation des contrats d'eau".


Pour parler de ces problèmes, Monsieur VACHEZ, à ma gauche, député-maire de Noisiel dans le 77, et qui est le père de l'article 93 de la loi SRU qui a introduit la possibilité d'individualiser les contrats d'eau en habitat collectif.

Monsieur Vachez va nous parler de son combat, car c'en est un : cela fait des années et des années que tous les usagers revendiquent cette possibilité comme quelque chose d'élémentaire.


Monsieur FÉVRIER, Directeur de l'Eau au Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement - pardon : adjoint au directeur, mais il sera directeur bientôt, certainement..., on anticipe toujours un peu à l'ARC... -, nous parlera de la perception que le ministère a de cette individualisation.


Monsieur FORT est chargé, lui, par le Ministère de l'Équipement, des Transports et du Logement, de mettre en musique l'article 93, c'est-à-dire de rédiger ou de favoriser la rédaction du décret d'application de l'article 93 ; on verra comment cet article 93, pour nous, dans les faits, va pouvoir se mettre en place.


Monsieur CAMARA Directeur adjoint était prévu pour le SÉDIF. En raison d'un deuil dans sa famille, il est remplacé par un proche collaborateur qui nous parlera d'une expérience d'individualisation sur Issy-les-Moulineaux. Je rappelle qu'Issy-les-Moulineaux est la commune, dont le président du SÉDIF, Monsieur Santini, est maire.


Et Madame DE KORNER - je ne suis pas très galant - finira la table ronde en qualité de déléguée de la SAGEP (Société Anonyme de la Gestion des Eaux de Paris), elle aussi nous parlera d'une expérience concrète d'individualisation.


Vous voyez, on va essayer, à la fois, d'aborder les problèmes politiques, les problèmes juridiques et techniques avec les ministères, et les problèmes pratiques d'expérimentation de cette individualisation.


Juste un mot pour finir : si vous avez en main le petit guide réalisé par l'ARC à l'occasion de ce Colloque, et qui est diffusé gratuitement grâce au Ministère de l'Environnement et au SEDIF, vous constaterez qu'il y a une partie sur - justement - l'individualisation, le comptage et les nouvelles données en matière de comptage.


Monsieur Vachez, excusez-moi d'avoir été si long.

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1ère TABLE RONDE


L'INDIVIDUALISATION

DES CONTRATS D'EAU

EN HABITAT COLLECTIF



Monsieur VACHEZ

Député-maire de Noisiel
Rédacteur de l'amendement ayant donné lieu au vote
de l'article 93 de la loi S.R.U.(1)

POURQUOI L'ARTICLE 93 ?


D'abord bonjour, et merci à l'ARC de m'avoir invité.

Je me présente succintement. Je suis maire d'une commune de 15 500 habitants dans la ville nouvelle de Marne-la-Vallée en Seine-&-Marne, et c'est à ce titre là que j'ai une expérience d'élu de terrain, ce qui m'a amené à présenter cet amendement.


D'abord, j'ai fait un double constat.

‚ Premier constat : les factures d'eau ont un poids croissant dans les budgets des familles ; on peut considérer - lorsqu'il s'agit d'une eau complètement traitée avant l'arrivée sur l'évier, puis totalement traitée avant d'être rejetée dans une rivière - qu'on arrive à peu près à un coût du mètre cube situé entre 22 et 24 F.

Or, si vous prenez une famille qui a une consommation moyenne d'eau, vous arrivez à une facture d'eau qui est supérieure à la facture d'électricité (si le logement n'est pas chauffé à l'électricité bien sûr).

De même, en ce qui concerne les charges de copropriété, les charges dues aux consommations d'eau sont désormais les plus importantes.


‚ Deuxième constat : le système actuel de la facturation de l'eau en habitat collectif est inéquitable ; il y a des effets pervers puisque c'est une facturation collective qui est répartie ensuite et qui conduit bien évidemment à une déresponsabilisation totale ou partielle des consommateurs ; on le voit, et tout le monde s'en plaint ; on accuse toujours les voisins de ne pas faire attention à leur consommation et cela pèse énormément sur les relations entre copropriétaires, surtout s'il y a des impayés, parce que, s'il y a une grosse facture d'eau, on arrive à des impayés considérables.

J'ai été amené à faire ce constat pour des copropriétés qui sont en très grosse difficulté sur ma commune et dans lesquelles la facture d'eau pèse très lourd ; il y a des copropriétés qui sont quasiment en cessation de paiement puisque le montant des impayés atteint presque le montant d'un budget annuel.

À noter que le problème existe aussi dans les copropriétés où il y a des compteurs subdivisionnaires car - là encore - les impayés d'eau sont pris en charge par les autres copropriétaires.

C'est à partir de ce constat que j'ai été amené à déposer un amendement, car j'ai estimé que rien ne justifiait économiquement que les sociétés distributrices d'eau se voient déchargées du traitement du recouvrement des impayés.

En fait, ces sociétés sont assurées actuellement - pour tous les logements collectifs - d'une rentrée, car je vois mal une copropriété, et les syndics, refuser de payer l'eau ; je dois dire que lorsque c'est le cas, les sociétés de distribution de l'eau n'hésitent pas à couper l'eau pour l'ensemble d'une résidence.

Ce n'est pas le cas de l'électricité, du gaz ou du téléphone.

Pour l'eau, rappelons que c'est un service public qui peut être assuré - cela a été tranché dès le 19ème siècle - par des sociétés privées. Ces sociétés ont une force financière et des services contentieux qui sont sans égal et qui pourraient, en cas de difficultés de recouvrement, recourir - sans problème et bien mieux en tous les cas, que les syndicats de copropriétaires -, à tous les éléments de droit pour faire payer leurs factures.

Il est certes nécessaire qu'il y ait une solidarité vis-à-vis des personnes en difficulté, parce que l'on m'a parfois objecté cela, mais en tous les cas si une telle solidarité doit exister, elle ne peut s'exercer au niveau d'une résidence ; elle doit s'exercer au niveau de la commune ou même au-dessus, au niveau de l'État.

Par ailleurs, il est nécessaire de responsabiliser davantage les consommateurs, je n'en dis pas plus ; j'ai déjà insisté à ce sujet, et j'estime - c'est un débat que nous avons eu entre députés - que la simple pose de compteurs subdivisionnaires ne permet pas de répondre toujours efficacement au problème soulevé, puisqu'on ne résoud pas le problème des impayés ; on permet de mieux individualiser la consommation mais c'est toujours aux syndicats de copropriétaires de faire face aux impayés.

Cet amendement, je dois dire après discussions et quelques interrogations, a recueilli l'accord de mes collègues députés, quel que soit le groupe ; puis il a recueilli l'accord, lorsqu'il est passé au Sénat, des sénateurs ; je n'ai pas eu de grosses difficultés, simplement beaucoup de perplexité auprès du Ministère de l'Équipement et du Logement, car c'est vrai que je leur fournissais un dossier délicat à manier, mais je dois dire que j'ai eu, au final, beaucoup de soutien pour que cet amendement se transforme en l'article 93 de la loi SRU.


‚ Mais, pourquoi la mise en place de ce texte dans le cadre de cette loi ?

Tout simplement parce que cette loi dite "Solidarité et Renouvellement Urbain", traite en partie des difficultés de gestion des copropriétés.

Cet article est tout simple : il affirme le principe selon lequel tout service public de distribution d'eau est tenu de procéder à l'individualisation des contrats de fourniture d'eau à l'intérieur des immeubles collectifs, dès lors que le propriétaire ou le syndicat des copropriétaires en fait la demande.

Il prévoit - parce que sinon j'aurais eu des difficultés, il est difficile de prétendre le contraire - que le coût des études et travaux nécessaires est à la charge du propriétaire ou de la copropriété. Tout le débat va être de savoir quels types de travaux sont nécessaires pour procéder à certaines individualisations.

Il prévoit également une information préalable complète - lorsqu'il s'agit de locataires - pour éviter qu'il y ait des protestations de leur part.

Je dois dire que l'on sera parfois face à un problème qui sera traité dans la loi sur l'eau : c'est-à-dire lorsque la part fixe d'un abonnement d'eau est importante ; car il est évident que l'on peut prétendre que l'individualisation des contrats, dans ce cas-là, pourrrait amener une augmentation de la facture de l'eau. Mais je dois dire que s'il y a de telles situations, on peut estimer qu'elles sont anormales et qu'il faudra arriver à ce que la partie fixe soit minimisée ; ce sera, je crois, un débat qui aura lieu à l'automne.


‚ L'article 93 prévoit enfin une adaptation des conditions d'organisation et d'exécution du service public de distribution d'eau pour préciser les modalités de mise en œuvre de l'individualisation de ces contrats, et pour ce faire, l'application dudit article nécessite un décret en Conseil d'État.


Que peut-on attendre de cette disposition légale ?

Eh bien une meilleure maîtrise de la consommation d'eau et, en conséquence, une diminution des charges afférentes, une simplification de la gestion pour les organismes bailleurs ou les syndicats de copropriété.

Cet amendement se veut une première étape - j'anticipais déjà tout à l'heure lorsque je vous parlais du coût parfois excessif de la part fixe de l'abonnement - dans une facturation plus juste et plus rigoureuse de l'eau.

Nous sommes un pays qui avons la chance d'être un peu un château d'eau, puisque vous connaissez des projets où l'on fournirait de l'eau à l'Espagne, mais je suis persuadé que dans les prochaines dizaines d'années le problème de l'eau sera un problème majeur : l'eau est une denrée précieuse qu'il faut savoir économiser.

Je vous dirais pour conclure - j'avoue que j'avais dèjà fait appel à l'ARC dès la première lecture - que ce ne sera pas simple de mettre ce principe en application ; il faut déjà que le décret en Conseil d'État puisse paraître le plus tôt possible, et je suis persuadé que si vous agissez en tant qu'association de copropriétaires aux côtés d'associations de consommateurs et d'associations de locataires - qui avaient répondu favorablement lorsque je le leur avais demandé - cela permettra une mobilisation de l'ensemble de ceux qui souhaitent une telle individualisation, pour que cette disposition puisse prendre effet le plus concrètement possible et le plus rapidement possible, dans les meilleures conditions.

Je vous remercie.

Applaudissements.
Bruno Dhont


Merci à vous, Monsieur le Député.


Ce qui est important pour nous - et que peut-être n'a pas dit assez clairement Monsieur Vachez - c'est qu'il y avait deux "écoles" ; la première était de reporter cet article dans la loi sur l'eau, c'est-à-dire reporter encore d'une année, voire d'une année et demi, l'adoption de ce principe ; et l'autre école c'était : "On introduit cet article dans la loi SRU et on commence à travailler".

Nous, nous pensons que cette façon très pragmatique, politiquement pragmatique, de poser le problème, est bonne, parce qu'on peut commencer à en parler effectivement, aujourd'hui de ce problème, à partir d'un texte de loi, en travaillant sur le décret, sans qu'on puisse dire : "Attendez encore, patientez". La première étape est franchie, on est là pour essayer de pousser, car vous avez très bien dit, Monsieur le député, qu'il fallait pousser.

Nous d'ailleurs - je rappelle qu'à l'ARC on souhaite la multiplication des expérimentations - nous pensons que même si le décret n'est pas sorti - il risque de sortir dans un an - on peut expérimenter ; or, aujourd'hui, il y a dans cette salle, à la fois des maires, des représentants de concessionaires ou de distributeurs, qui sont d'accord pour engager des expérimentations sur des copropriétés plus ou moins difficiles.

Je crois que c'est comme ça qu'on va y arriver ; à l'ARC on aime dire que nous prouvons le mouvement en marchant ; là on va peut-être se fouler une cheville, mais enfin on ne va pas se casser la figure...

S'il y en a parmi vous qui sont des "expérimentateurs" ou des candidats à l'expérimentation, il faut qu'ils nous en parlent pour que nous les aidions, au niveau local, à engager des expérimentations.


Je vais laisser la parole à Monsieur Février.

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Monsieur FÉVRIER


Adjoint au Directeur de l'Eau au

Ministère de l'Aménagement du TerritoIre et de l'Environnement

COMMENT LA FUTURE "LOI SUR L'EAU" DOIT FAVORISER
L'INDIVIDUALISATION DES CONTRATS D'EAU


Les orientations générales de la réforme de la politique de l'eau retenues par le Gouvernement, ont été adoptées par le Conseil des Ministres en 1998 et 1999.

Or, un des volets principaux du projet de réforme de la politique de l'eau est l'amélioration de la transparence et de la dimension sociale des services publics de l'eau et de l'assainissement, cela en allant au delà d'un certain nombre de mesures déjà votées dans des lois, comme la loi Sapin ou les lois Barnier.

La réforme débouche sur un projet de loi dont il est prévu un débat au sein du Parlement au cours de l'année 2001, et qui complètera - sur des sujets relatifs à la dimension sociale des services publics de l'eau et de l'assainissement et à la transparence - les dispositions qui ont été évoquées rapidement et qui sont parues dans la loi SRU.

La loi sur l'eau existant actuellement, et qui date de 1992, a déjà reconnu que l'eau est une ressource naturelle qui appartient au patrimoine commun de la nation - c'est explicitement indiqué dans la loi de 1992 - et que la préservation de l'eau, la reconquête de la qualité de l'eau, sont bien d'intérêt public, ce qui rend légitime le fait qu'il y ait un certain nombre de mesures que le Parlement puisse adopter, et que ce ne soit pas le libre jeu du marché qui prévale, effectivement donc, en matière d'eau.

À cette occasion d'ailleurs, en préparant le projet de loi sur l'eau, on a regardé les textes relatifs aux responsabilités des communes en matière d'eau potable. En regardant les textes, assez anciens, il nous est apparu qu'il n'y avait pas de définition claire de la responsabilité des communes en matière d'eau potable.

Pour l'ensemble des usagers, l'ensemble des habitants des communes, il paraît évident que le maire a une responsabilité première en matière d'alimentation en eau potable de ses concitoyens.

Eh bien, la loi ne le dit pas aussi clairement que cela. Ce qui fait qu'on propose, pour faire coïncider le droit et le fait de dire clairement, que l'alimentation de l'eau est un service public local, de même que la loi de 1992 avait reconnu que l'assainissement était un service public et un service public local.

Il est proposé dans le projet de réforme en préparation, que le législateur tire un certain nombre de conséquences nouvelles de la mission de service public en matière d'eau, donc en matière d'assainissement, et cela dans les domaines qui sont les plus liés aux sujets qui vous intéressent, de quatre façons.


‚ Le premier objectif c'est qu'il faut améliorer les dispositions législatives pour garantir le droit de chacun, de chaque usager d'accéder à l'eau potable pour assurer ses besoins vitaux. Pour cela, un certain nombre de dispositions sont prévues.


‚ La deuxième orientation dans le projet de loi, c'est la mise en place d'une facturation de l'eau qui soit aussi proportionnelle que possible au volume réellement consommé par les usagers, en supprimant un certain nombre de barrières forfaitaires - si on peut utiliser ces termes-là - à l'accès à l'eau et aussi pour dissuader un certain nombre de gaspillages. En ce sens les dispositifs retenus dans la loi SRU correspondent à cet objectif général. Il y a un certain nombre d'autres dispositions auxquelles on pense.

‚ Troisième orientation : l'amélioration du débat local et de la démocratie locale en donnant de réels pouvoirs en matière d'eau et d'assainissement aux Commissions consultatives des services publics locaux qui ont été créées par la loi ; aucun décret d'ailleurs, n'est sorti pour indiquer ce que devait faire et comment pouvaient travailler les Commissions consultatives des services publics locaux, et donc j'espère que - comme pour la loi SRU - le décret sortira bien.

On propose ainsi dans le projet de loi sur l'eau, de faire en sorte que pour un certain nombre d'actes importants au niveau local, qui conditionnent l'évolution du service public de l'eau et de l'assainissement, les grands investissements, les changements éventuels de mode de gestion, il y ait une consultation qui soit organisée par les élus locaux avec les Commissions consultatives des services publics locaux, en tout cas dans le domaine de l'eau et de l'assainissement.


‚ La quatrième orientation principale, c'est une meilleure régulation des délégations de service public chargées de gérer pour le compte des élus, les services publics de l'eau et de l'assainissement lorsque les communes ont choisi cette délégation.

Dans le projet de loi il est proposé diverses mesures visant à supprimer certains abus ou excès dans les modes de facturation.

Par exemple, une disposition est proposée pour garantir aux élus locaux que - lorsque des provisions sont faites par la compagnie délégataire pour assurer l'entretien et le renouvellement des réseaux publics des stations - la compagnie délégataire ait des engagements précis en matière de réalisation de ces travaux, de telle sorte que si ces travaux ne sont pas réalisés - alors qu'ils sont prévus dans le contrat - les provisions qui ont été mises de côté par le délégataire soient récupérées par la commune ; ainsi celle-ci, si elle est amenée à renégocier le contrat de délégation ou bien à choisir de revenir à la régie (si c'est le choix politique local) aura effectivement la garantie que les crédits qui ont été provisionnés pour la remise en état des réseaux publics existent bien et sont bien à la disposition des communes et n'ont pas été utilisés pour d'autres fins et dans d'autres domaines que l'eau ou l'assainissement.

Il y a d'autres mesures qui sont proposées dans le projet de loi, ce sont notamment des mesures d'interdiction des dépôts de garantie, donc des avances sur consommation et des demandes de caution solidaire, c'est-à-dire toute une série de modalités de facturation se rajoutant au forfait, au calcul forfaitaire d'une partie du prix de l'eau et qui peuvent se traduire, dans certains cas, par des montants relativements importants demandés aux usagers lorsque les installations sont mises en place.
Également, il est proposé un plafonnement des redevances pour occupation du domaine public, en alignant le régime de ces redevances, dans le domaine de l'eau et de l'assainissement, à ce qui se pratique dans d'autres domaines, comme le gaz, donc en estimant qu'il n'y a pas des raisons particulières pour qu'en contrepartie de la délégation du service public des redevances relativement élevées puissent être versées aux communes, alors que les conditions - en tout cas pour des types de service public comparables comme le gaz et l'eau - ne sont pas forcément si différentes.

Une autre proposition consiste à limiter la durée des contrats d'affermage à 12 ans. D'ailleurs, il n'y a pratiquement plus de concessions de service public, il n'y a plus que des affermages qui sont pratiqués aujourd'hui.

Enfin, il est prévu la mise en place d'une instance nationale de régulation en matière d'eau et d'assainissement, par la création d'un Haut Conseil des Services Publics de l'eau et de l'assainissement.

Bien entendu, l'ensemble de ces réformes, qui sont complémentaires, je pense, dans leur esprit des dispositions de la loi SRU, doivent prendre en compte le fait que le service public de l'eau et de l'assainissement, quel que soit son mode de gestion, doit rester financièrement équilibré.

En tant que Ministère de l'Environnement, nous, ce qui nous intéresse, c'est que la qualité de l'eau potable soit assurée par le service, et comme ceci a un coût, il faut bien que des services gestionnaires aient les moyens de le faire ; l'assainissement également a un coût : il y a un certain nombre de normes communautaires et l'État français est responsable si ces normes ne sont pas appliquées (nous avons d'ailleurs un certain nombre de contentieux avec l'Europe qui commande sur ce sujet).

Notre volonté, c'est qu'il y ait un équilibre entre, à la fois des garanties supplémentaires apportées aux élus locaux et à l'ensemble des usagers, aux consommateurs, mais aussi la garantie que les services publics locaux de l'eau et de l'assainissement auront les moyens de pouvoir mener leur politique.

Pour ce qui concerne les conditions de succès des dispositions qui se trouvent dans la loi SRU, de notre point de vue il y a - au moins..., au moins..., mais je pense qu'il y en a d'autres - deux conditions principales de succès.


‚ La première condition, c'est l'organisation de la responsabilisation des usagers selon des modalités performantes de comptage, c'est un sujet qui est à l'ordre du jour de votre Colloque aujourd'hui.
Le comptage c'est, dans tous les cas, un préalable à la maîtrise des consommations d'eau, et dans le projet de réforme de la politique de l'eau on prévoit un certain nombre d'incitations favorables au développement du comptage.

Les difficultés principales - vues par nous en tout cas - ne sont pas nécessairement en milieu urbain, mais c'est plutôt les problèmes de gestion difficile de l'eau pendant la période d'été, principalement dans le sud de la France où 80% de la consommation d'eau est due aux activités agricoles. Or dans des années où la sécheresse existe, il y a de réels problèmes et de réelles difficultés à pouvoir bien gérer l'eau s'il n'y a pas, effectivement, le développement du comptage, notamment dans le domaine de l'irrigation : des mesures sont indispensables. Nous sommes assez loin de votre sujet principal, mais ces problèmes sont - pour nous - plus difficiles à résoudre que celui du comptage en milieu urbain.


‚ La deuxième condition importante, que M. Vachez a évoquée tout à l'heure, est celle-ci : pour que l'abonnement individuel ne se traduise pas par des effets pervers à l'égard des usagers, cela suppose qu'il y ait un meilleur encadrement de ce qu'on appelle la part fixe du prix de l'eau.

La loi de 1992, telle qu'elle est rédigée actuellement, avait comme objectif d'interdire les forfaits qui existaient avant 1992 de façon assez générale, et de fixer le principe selon lequel la facturation de l'eau devait être basée essentiellement à proportion de la consommation réelle d'eau faite par les usagers, en prévoyant une possibilité de part fixe. Néanmoins celle-ci a été définie dans la loi de 1992 de façon beaucoup trop floue, puisque le critère qu'a retenu le législateur, est qu'il peut y avoir une part fixe en fonction des caractéristiques du branchement, ce qui est quand même très large, l'expérience ayant d'ailleurs montré que, dans la pratique, cela était assez difficile à apprécier.

Dans le projet de loi sur l'eau on prévoit donc une définition plus précise de ce que veut dire la part fixe.

Un certain nombre d'associations de consommateurs ont, elles, comme position, de dire qu'il faut supprimer complètement la part fixe.

Nous, ce n'est pas notre opinion. D'ailleurs, les élus locaux ont besoin qu'il y ait un minimum de part fixe. Il y a un certain nombre de cas de figures, notamment dans les communes touristiques où, si on arrive à l'hypothèse de la suppression de la part fixe, ce serait inique pour l'ensemble des habitants permanents d'avoir, eux, à supporter la charge financière des investissements surdimensionnés qui sont adaptés au fait qu'il y a des touristes qui arrivent, soit en hiver soit en été, selon les lieux.
Il faut donc un partage légitime du coût de ces équipements surdimensionnés, entre les habitants permanents et les résidants temporaires des résidences secondaires, donc les touristes. En ce sens, il y a besoin, de toute façon, selon l'ensemble des cas de figures, d'une part fixe.

Dans le projet de loi sur l'eau tel qu'il est actuellement préparé, il est proposé une définition plus restrictive faisant référence à des charges de comptage aux fins de facturation. Là on rejoint un peu le sujet général qui est évoqué ici, lié au branchement, ainsi qu'une partie des dépenses d'amortissement des investissements qui ont été réalisés par les collectivités locales.

Donc, il est proposé une définition qui soit plus stricte, et également une définition qui soit beaucoup plus précise que celle actuelle, d'application d'une part fixe dans les communes qui ont de fortes variations de populations saisonnières.

Dans ces deux cas il est proposé au Parlement que la définition soit beaucoup plus stricte et c'est, en tout cas, le fait que la part fixe soit définie de façon précise qui est une des conditions - de notre point de vue - importante de réussite de l'application des dispositions de la loi SRU.


Applaudissements.


Bruno Dhont


Merci Monsieur Février. On voit d'ailleurs bien l'intérêt que l'article 93 ait été voté avant la loi sur l'eau, puisque, en effet peut-être, la loi sur l'eau va favoriser la mise en place de cette individualisation.

J'ai noté : "Lutter contre les abus en matière d'abonnement individuel". C'est vrai que si l'on demande l'abonnement individuel et qu'on laisse prospérer les abus, ce n'est pas très intéressant ; c'est important que cette loi sur l'eau, elle, nous apporte aussi des garanties par rapport aux abus.

En ce qui concerne l'encadrement de la part fixe, nous sommes tout à fait d'accord. Nous n'avons pas encore eu de débat national à l'ARC là-dessus, mais notre philosophie du comptage est d'accepter une part fixe concernant l'abonnement ; on ne rejoint pas, a priori, la position de certaines associations de consommateurs qui refusent la part fixe.

À l'ARC, par exemple, nous avons accepté depuis des années, de payer le compteur divisionnaire qui peut être assimilable à une part fixe, eh bien, nous serons cohérents, nous accepterons, en cas d'abonnement individuel, qu'il y ait une part fixe, comme en cas d'abonnement avec Gaz de France ou Électricité de France.

Pour nous, nous ne serons pas, a priori, des adversaires de la partie fixe et on l'a déjà dit.

Ceci dit, nous serons vigilants au niveau de cette partie fixe. C'est très important, comme l'a dit M. Février, d'encadrer la partie fixe, et nous aurons besoin d'un texte de loi qui dise jusqu'où on pourra aller. Là nous serons très vigilants sur le "jusqu'où".

Merci encore pour votre exposé très intéressant.

 

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Monsieur Fort va peut-être en venir au décret et aux difficultés de le rédiger ; il va nous faire revenir de la loi sur l'eau, à la loi SRU.


Monsieur FORT

Chargé du Bureau de l'Économie de la Construction
au Ministère de l'Équipement, du Transport et du Logement


LES PROBLÈMES JURIDIQUES, TECHNIQUES, FINANCIERS,
DE L'INDIVIDUALISATION DES CONTRATS

Effectivement, je vais revenir à la loi SRU, à l'article 93.

Monsieur Daniel Vachez l'a parfaitement souligné, la volonté du législateur de développer l'individualisation des contrats de fourniture d'eau, c'est une préoccupation tout à fait importante.

Simplement, je rappellerai d'abord que dans la situlation actuelle, on a trois cas de figure.

‚ Premier cas : il y a absence de comptage, auquel cas on a une facturation qui est faite en fonction de la superficie du logement ou des tantièmes de copropriété.

‚ Deuxième cas : on un comptage divisionnaire et, à ce moment-là, on a une mesure du comptage individuel et une répartition des charges en fonction de la consommation individuelle, puis une estimation de la consommation des parties communes, par différence entre la consommation relevée au compteur général et la somme des consommations individuelles.

Parfois, quand on a ce système de comptage divisionnaire, malgré tout, on reste à la répartition aux tantièmes, mais c'est quand même plutôt l'exception : en principe si on installe des compteurs divisionnaires c'est pour avoir une répartition selon la consommation.

‚ Troisième cas enfin : c'est l'individualisation du contrat de fourniture d'eau.

On parlait tout à l'heure d'expérience à lancer dans ce domaine. Je voudrais quand même signaler que c'est un sytème qui existe, même s'il est minoritaire : un nombre de collectivités offrent actuellement la possibilité d'individualisation du contrat de fourniture d'eau et offrent l'abonnement direct aux ménages habitant un logement collectif.

Il est intéressant aussi, dans le cadre de la préparation du décret, de regarder ce qui se passe dans ces cas-là. C'est, par exemple le cas dans la ville du Havre depuis l'immédiate après-guerre, depuis la reconstruction de la ville du Havre, où la régie qui gère l'eau dans cette ville offre un système d'abonnement direct dans les logements collectifs.

Cela étant, il ne faut pas se faire d'illusions. Effectivement, la plupart des règlements de service interdisaient la possibilité d'une individualisation du contrat de fourniture d'eau. L'application de l'article 93 va permettre de débloquer cette situation.

La loi prévoit, M. Vachez l'a rappelé, une information préalable des locataires. Elle prévoit aussi la réalisation d'études de travaux préalables à l'individualisation, mis à la charge du propriétaire. Elle prévoit également le recours éventuel à un prestataire de service extérieur pour la gestion du comptage.

On a déjà réuni un groupe de travail au mois de décembre, avec des représentants de la plupart des parties intéressées au sujet, dont l'ARC bien sûr, pour recueillir les avis sur les modalités pratiques de l'individualisation du contrat de fourniture d'eau et voir un peu les questions que cela pose.

Effectivement, un certain nombre de questions se posent, tant au plan économique, qu'au plan technique ou juridique.


Si vous voulez, je citerai quelques questions simplement, sans vouloir être exhaustif.


‚ Au plan économique, il y a les trois partenaires concernés : le propriétaire, le consommateur qui peut être propriétaire ou locataire, et le service de l'eau.

Pour le propriétaire, d'abord il devra prendre en charge, effectivement comme le rappelait M. Vachez, les travaux préalables à l'individualisation.

Par contre, la gestion du comptage pourra être transférée au service de l'eau, de même la facturation et la gestion des impayés.

Pour les ménages occupant un immeuble collectif, la facture payée par le ménage sera fonction de sa consommation : il s'agit d'une mesure d'équité je dirais qui, en plus - cela a été rappelé - peut permettre de contribuer utilement à la maîtrise des consommations.

Simplement, la question qui se posait au moment de l'examen de la loi SRU, c'était la question de la structure tarifaire imposée par les services de l'eau.

M. Février nous a indiqué que la loi sur l'eau allait permettre de résoudre ce problème avec un encadrement de la partie fixe. Parce qu'il est vrai qu'actuellement, dans des collectivités qui imposent une partie fixe importante, le consommateur risquait d'être pénalisé par une individualisation du contrat de fourniture d'eau ; c'est d'ailleurs une des raisons - ce n'est pas la seule - qui avait poussé le ministre, lors du débat parlementaire, à proposer le renvoi de cette question dans le cadre de la loi sur l'eau.

Bon. La loi sur l'eau intervient dans la foulée et sur ce domaine-là, je crois qu'on sera parfaitement complémentaires.

Pour le service public de l'eau, la conséquence c'est que maintenant, il devra prendre en compte l'organisation du comptage au niveau du logement et non plus seulement le comptage en pied d'immeuble ; il devra prendre en compte la facturation qui, jusqu'à présent, était assurée par le syndic, ou par l'organisme HLM dans le cas du logement social ; et il devra prendre en compte la gestion des impayés, le transfert de la gestion des impayés se faisant, depuis l'immeuble ou la copropriété, à la collectivité.

Conséquence : le prix de l'eau pourra également être adapté pour tenir compte des charges supplémentraires supportées par le service de l'eau. D'ailleurs, l'article 93 rappelle la nécessité d'équilibre économique du service de l'eau.

Les questions techniques et juridiques, j'en citerai simplement quatre.

‚ D'abord la mesure de la consommation des parties communes

Il y a une ordonnance du 18 octobre 1945 qui est relative au mesurage du volume des liquides et qui précise "que le volume des liquides déteminé à l'occasion de transactions commerciales doit être effectivement mesuré".

On se pose la question de savoir si la détermination de la consommation des parties communes qui, actuellement, dans le cadre d'un comptage divisionnaire par exemple, fait l'objet d'une estimation par différence entre consommation au compteur général et somme des compteurs individuels serait légale. Cette disposition peut-elle être conservée dans le cadre de l'individualisation, ou, au contraire, faut-il un compteur, ou des compteurs, dans les parties communes pour mesurer la consommation des parties communes ? La question n'est pas tranchée, on travaille en interministériel là-dessus, mais je pense qu'elle le sera d'ici peu.

Disons que les exemples existants nous montrent, en général, qu'il y a toujours utilisation du compteur général, et calcul par différence avec les consommations individuelles.


‚ Autre question : ce sont les travaux préalables à l'individualisation. C'est effectivement une question qui fera sans doute l'objet d'un débat important, M. Vachez l'a souligné.

La responsabilité du distributeur dans le nouveau système, a priori, va s'étendre jusqu'au compteur individuel, puisque le client ce sera le ménage, le consommateur occupant le logement. Donc cette responsabilité va porter, en tout ou en partie, je pense en partie, sur des réseaux intérieurs qui sont actuellement propriété privée ; or le service de l'eau n'a pas la maîtrise de ces réseaux intérieurs, sauf en cas de rétrocession.

Des problèmes juridiques se posent sur les conditions d'intervention, sur la responsabilité ou l'entretien. Il serait donc nécessaire de prévoir des accords locaux ou des conventions passées par les services de l'eau avec les copropriétés, qui précisent les obligations et les responsabilités de chacun. Les études relatives aux travaux préalables pourraient figurer dans ces conventions. Les règlements de service devront être adaptés en conséquence.

Je pense personnellement qu'il est normal de laisser une certaine latitude aux négociations locales, mais peut-être faudra-t-il envisager un certain nombre de garde-fous pour préserver un équilibre et rendre effective la possibilité d'abonnement direct à des conditions acceptables par tous.

‚ Troisième point, la modification éventuelle du règlement de copropriété.

La loi SRU a aussi assoupli les conditions de majorité, requises pour la pose de compteurs individuels d'eau froide. Cette décision est prise désormais à la majorité de l'article 25 et non plus à la double majorité de l'article 26.

Le règlement de copropriété fixe les règles relatives à l'administration des parties communes. Il comporte l'état de répartition des charges ; c'est pourquoi l'individualisation des contrats de fournitures d'eau peut nécessiter, dans certains cas, une modification du règlement de copropriété. Reste à voir dans quelles conditions.

‚ Enfin, dernier point que j'aborderai sur les questions qui se posent, c'est le recours à un organisme tiers pour la gestion du comptage. La loi indique que lorsque la gestion des compteurs n'est pas assurée par la collectivité ou son délégataire, elle est confiée à un organisme public ou privé compétent. Mais la loi ne précise pas qui choisit le prestataire chargé de cette gestion.

L'analyse des débats parlementaires semble montrer - et là je parle sous le contrôle de M. Vachez - que le législateur a souhaité que ce choix soit à l'appréciation du propriétaire. Si tel est le cas, les conditions d'exécution du contat conclu entre le service de l'eau et le consommateur vont dépendre d'un autre contrat passé entre le propriétaire et un prestataire extérieur. Il est donc nécessaire de prévoir une articulation entre ces deux types de contrats. Comme vous le voyez, il y a un cerain nombre de questions qui se posent.

J'ai parfaitement entendu M. Vachez disant que, malgré les questions économiques, techniques, juridiques qu'il se posait, il fallait avancer et effectivement, je pense que l'article 93 de la loi SRU permet d'avancer.

Un travail interministériel est actuellement en cours pour examiner toutes ces questions et élaborer un premier texte qui sera soumis à concertation dans les prochains mois. À l'issue de cette phase de concertation, un projet sera établi et présenté au Conseil d'État.

Je partage le souci de M. Vachez et le souci de l'ARC, d'aller le plus vite possible dans ce domaine, sachant quand même qu'au ministère de l'Équipement on a une cinquantaine de décrets qui ont été générés par la loi SRU et qu'il faut boucler.

Cela étant, j'espère bien que le décret concernant l'individualisation du contrat de fourniture d'eau pourra sortir cette année.

Je vous remercie.


Applaudissements.


Bruno Dhont

Comme M. Vachez est là - il est là, le "législateur" - il va peut-être pouvoir répondre à la question de M. Fort relative au recours de l'organisme tiers. Est-ce que dans l'esprit du législateur ce recours était à la discrétion du distributeur ou du propriétaire ? Je pose la question tout de suite pendant qu'elle est chaude.


M. Vachez

J'avais acquiescé. Le ministère avait bien interprété effectivement ; sous réserve que l'organisme soit agréé (je crois qu'il y aura un système de ce genre), c'est au copropriétaire dans ce cas-là de choisir l'organisme qui serait chargé de calculer le montant de la consommation. Je dois dire qu'on a un certain nombre de copropriétés qui fournissent également l'eau chaude. Il semblerait assez logique que ce soit le même organisme qui gère les compteurs.


Bruno Dhont

Tout à fait. Nous, nous serons assez vigilants sur le fait qu'il ne faut pas qu'on introduise trop de complexités contractuelles qui génèrent des coûts supplémentaires, et nous serons plutôt partisans de la simplicité.

C'est vrai ce que vous dites sur le comptage de l'eau chaude : quand il y a production d'eau chaude collective, l'individualisation est délicate. Nous, d'ailleurs, nous souhaitons que cette individualisation de la facturation d'eau froide incite un certain nombre de copropriétés, quand c'est possible, à sortir de la production collective d'eau chaude qui n'est pas forcément, dans tous les cas, la meilleure solution, en tout cas financière.

Juste aussi un petit point sur l'intervention de M. Fort. Nous avons regretté, à l'ARC, que l'article 93, malheureusement, n'ait pas précisé à quelles conditions de majorité se votait le passage à l'individualisation. On avait d'ailleurs écrit à M. Vachez en lui disant que, par pitié, il ne laisse pas trois ou quatre générations de juristes et de juges nous imposer la majorité requise, sachant qu'on vient de sortir de 30 ans de débats sur : "À quelle majorité se vote la pose de compteurs divisionnaires" ?
Sachez, en effet, que la Cour d'Appel de Paris, il n'y a pas plus tard qu'un an, avait décidé que la pose de compteurs devait se voter à l'unanimité !

Forts de cette expérience assez dramatique du ping-pong entre juristes, on aurait souhaité que la loi précise la majorité requise, parce que si demain un syndic dit "C'est l'unanimité", on sera bien embêtés et cela risque de compromettre la décision.

Je ne sais pas si le décret peut rattraper ce qui ne s'est pas fait dans la loi, en tout cas, nous, nous sommes demandeurs d'une clarification à ce niveau-là.

Vous parlez de modification du règlement de copropriété. Là aussi modification, mais à quelle majorité, puisqu'un règlement peut se modifier selon quatre règles de majorité différentes ?

Cela est quelque chose qu'il ne faut pas négliger.

Nous, nous disons depuis que nous parlons de l'individualisation, qu'il faut que celle-ci reste possible relativement simplement. S'il y a la barrière supplémentaire de la modification du règlement de copropriété, on va être très mal, surtout comme "militants de l'individualisation". Par pitié : tous les gens qui sont là demandent à ceux qui sont en charge de ces questions, de prévoir, bien en amont, les conditions de réalisation.

On peut en discuter ensemble avant, mais ce serait important que ce soit très clair, parce qu'un pauvre syndic, en assemblée générale, avec des gens qui se demandent si la majorité requise est celle de l'article 25 ou 26, voire l'unanimité, cela ne facilitera pas la mise en place du système. Nous sommes là pour que ce système marche et pas simplement pour qu'il soit prévu par les textes.


Applaudissements


M. Fort

Juste un mot peut-être. Nous sommes tout à fait favorables à la simplicité dans le décret et à ce que le texte marche, comme vous dites.
Simplement, s'il y a un problème juridique concernant les règles de majorité, ce n'est pas un décret qui pourra changer les dispositions contenues dans une loi ou dans la loi de 1965 sur la copropriété.

Pour l'instant on en est à étudier les problèmes juridiques, techniques ou économiques qui se posent. Ensuite les questions seront posées. J'espère que cela se résoudra aussi simplement que possible.

S'il faut modifier une loi, eh bien, il faudra une modification législative ultérieure. Je le regrette, mais ce n'est pas un décret qui va modifier une loi. Ça c'est certain.


Bruno Dhont

Donc, il va falloir commencer à agir pour la modification de la loi de 65, concuramment à la loi sur l'eau. Bon, enfin, comme l'on dit : il y a du "pain sur la planche".


M. Vachez

Bien évidemment j'avais entendu la demande de l'ARC, mais il m'a été indiqué, au niveau ministériel, qu'il ne fallait pas compliquer la réflexion en cours, justement sur la modification des règles de majorité, pas seulement sur l'eau, mais d'une manière beaucoup plus globale.

Donc, je n'ai pas voulu rajouter de la complexité, puisqu'il m'était demandé de faire simple. C'était déjà assez difficile, je peux vous le dire, de faire passer cette idée, cela a été rappelé tout à l'heure - d'ailleurs, en première lecture le ministre n'était pas favorable - ; il y a eu ensuite ralliement du ministère à la volonté parlementaire clairement exprimée, volonté aussi bien exprimée par l'assemblée que par le Sénat. La difficulté que vous soulevez a été renvoyée à une refonte de la loi sur la copropriété.

Si jamais il y avait une difficulté, on pourra prendre le prétexte du passage d'une loi qui concerne le logement, pour proposer un nouvel amendement, s'il s'avérait qu'il y a une difficulté pour l'application de l'article 93.


Bruno Dhont

Merci Monsieur le Député de votre suggestion.C'est bien que les débats soient enregistrés...

Nous sommes tout à fait d'accord avec vous. Un jour on s'est aperçu que les câbo-opérateurs n'avaient pas mis plus de 2 ou 3 jours pour faire modifier l'article 25 de la loi de 65, que nous avons mis, nous, 10 ans à faire changer en ce qui concerne les compteurs d'eau. On sait qu'en effet, on peut aller très vite et vous nous le confirmez.

Ceci dit, il est vrai que trop souvent les experts des ministères - une loi, vous le savez, cela se fait avec le législateur, mais derrière le législateur il y a les techniciens, et c'est normal - donc, il est vrai que techniciens ou conseillers des ministères ont tendance à ne pas vouloir complexifier avant, mais nous, nous savons que si on ne résoud pas les difficultés avant, eh bien, ensuite, on est dans le flou, dans le noir, et donc dans le conflit. Parce que si l'individualisation doit renforcer les oppositions au sein des copropriétés plutôt que de clarifier la gestion des copropriétés, nous n'auront rien gagné.

Il est vrai aussi que ce problème "À quelle majorité se votera l'individualisation", il faut, de toute façon, qu'il ne soit pas renvoyé au juge, parce que le juge, il n'a pas à nous dire ce qu'est la loi, le juge ne fait pas la loi. C'est vrai qu'il pourrait y avoir des interprétations, mais indéfinies... On les connaît, on les connaît... ! On pourra justifier tout aussi bien la majorité de l'article 25, celle de l'article 26 ou l'unanimité.

Que les représentants des ministères ici présents sachent donc que nous demandons - que ce soit par modification rapide, voire tardive (je parle de séance de nuit) de la loi de 65, ou par le décret - que ce problème soit résolu, ceci pour éviter les guerres pichrocolines au sein des assemblées générales sur ce point de l'individualisation. N'oubliez pas qu'il y aura encore beaucoup d'ennemis de l'individualition que sont les gros consommateurs et que les gros consommateurs, parfois, pèsent beaucoup dans les copropriétés.

Vous voyez l'importance qu'il y a de parler avant, comme nous le faisons, et pas simplement de se contenter d'attendre le vote des lois. En ce qui concerne l'eau, on est entre deux lois et on voit bien qu'on peut peser sur l'ajustement de la seconde sans traumatisme et en concertation.

Maintenant, deux exemples qui vont nous faire rentrer dans le concret de l'individualisation : un sur Paris et un sur Issy-les-Moulineaux.

Je vais peut-être donner la parole à Madame De Korner parce que ce ne serait pas très élégant de laisser Mme De Korner parler en dernier.

Avant que Mme De Korner ne commence, disons qu'on a aussi remarqué dans les débats de ce matin, à quel point il sera important que les usagers, et donc nous, soyons bien présents dans les commissions consultatives dont on parlera cet après-midi. Parce que, précisément, les commissions consultatives permettront d'adapter au niveau local les modalités de mise en place de l'individualition. Il ne faudra pas se contenter d'attendre les évolutions des règlements "du Service des Eaux" ; il faudra aller dans ces Commissions pour participer au travail d'adaptation.

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Madame De KORNER

Déléguée Qualité Totale à la SAGEP
(Société Anonyme de Gestion des Eaux d'Ile-de-France)

DES EXPÉRIENCES D'INDIVIDUALISATION À PARIS


Je vais vous présenter plus concrètement les réflexions qui ont été les nôtres sur Paris, sachant que c'est une réflexion qui a débuté dès 1997 (c'est donc un dossier qui commence à avoir une certaine ancienneté). Ces réflexions ont débuté avec, pour origine, un nombre élevé de demandes des consommateurs parisiens, sur un numéro vert qui leur est offert pour obtenir des informations ou faire des réclamations.

La première question qui était posée était : "Au fait, combien coûte le mètre cube d'eau à Paris ?". On renseignait les personnes et puis, petit à petit, on voyait que, derrière, il y avait des problèmes de répartition de charges d'eau, des insatisfactions parce que ces charges étaient réparties au millièmes de copropriété ; or, quand vous êtes seul dans un grand appartement, comme on peut le constater pour un certain nombre de personnes âgées, il y a vraiment un sentiment d'insatisfaction.

Autre approche du problème : la constatation d'un certain gaspillage ; puisqu'on ne comptait pas l'eau, on avait l'impression que certains occupants de l'immeubles en usaient et en abusaient.

Par ailleurs, nous, acteurs de l'eau - j'appartiens à la SAGEP qui est la société qui produit l'eau potable à Paris, une société d'économie mixte - nous, nous sentions que le consommateur était très loin. Lorsqu'il avait un problème d'eau il s'adressait à son gestionnaire ; le gestionnaire s'adressait au distributeur d'eau, voire à la mairie de Paris, voire à la société qui produisait l'eau. Bref, le circuit était très long.

Nous avons donc souhaité approfondir ce dossier "Abonnement individuel sur Paris".

Un bref rappel de l'organisation de l'eau à Paris, et vous comprendrez pourquoi les Parisiens ont le sentiment d'une complexité très élevée et ont du mal à trouver le bon interlocuteur pour poser leurs réclamations.

Donc, la mairie de Paris a délégué la PRODUCTION d'eau à une société d'économie mixte municipale, et la DISTRIBUTION de l'eau est, à Paris, assurée par deux fermiers qui sont différents, un sur la rive droite et un sur la rive gauche.

Bien sûr, le contrôle de la qualité est exercé par le ministère de la Santé.

La réflexion sur l'individualisation des abonnements est partie du souci de cet environnement. C'est vrai qu'à Paris, le prix de l'eau n'est que de 15 F., mais c'est vrai aussi qu'on a affaire à un habitat ancien très particulier, donc au souci d'un grand nombre de personnes de maîtriser leur consommation et de ne pas assister impuissants à un gaspillage de l'eau.

Un deuxième souci, nous l'avons dit ce matin, est de ne payer que ce que l'on consomme. À Paris les ménages sont constitués à 50% d'une seule personne, à 25% de 2 personnes ; donc 75% des ménages à Paris, sont constitués d'une ou deux personnes, qui consomment, en moyenne par personne, 150 litres d'eau potable par jour, ce qui fait 53 mètres cubes par an. Sachant que le prix du mètre cube est à 15 F., vous voyez que pour un budget annuel théorique de 800 F. les gens avaient l'impression de ne pas s'y retrouver dans leurs charges et se disaient "Quand je fais mon décompte annuel de charges, je paie pour bien plus de 800 F. d'eau, qu'est-ce qui se passe ?".

Ça, c'est un premier souci. Il y avait un problème aussi, pour nous acteurs du monde de l'eau, c'est le fait que, progressivement, les canalisations intérieures des immeubles devaient être changées puisqu'il y a lieu d'éradiquer le plomb dans les immeubles, au plus tard en 2013.

On s'est dit "Autant faire d'une pierre deux coups", c'est-à-dire à la fois changer les canalisations intérieures en plomb des immeubles, et les changer de telle sorte qu'on puisse installer des compteurs individuels facilement accessibles, puisque le problème du comptage c'est la relève. Il fallait absolument pouvoir accéder facilement au compteur pour mettre en place un comptage individuel.
Avec les associations nous avons travaillé dans le cadre de la commission consultative d'usagers, en sachant que l'habitat privé à Paris comporte 70% d'immeubles haussmanniens ou pré-haussmanniens qui ont plusieurs colonnes montantes : très souvent il y en a une qui dessert la cuisine, une la salle de bains, une troisième les toilettes. Équiper ces logements de compteurs individuels aurait un coût qui ne serait pas en relation avec les objectifs des consommateurs, qui était de mieux maîtriser leur budget d'eau.


Comment avons-nous procédé ?

Dès 1998, nous avons mis en œuvre un groupe de travail dans le cadre de la Commission consultative des usagers de Paris. La Commission est constituée à Paris de 11 élus, 11 représentants d'associations (de consommateurs, de gestionnaires d'immeubles ou de propriétaires, dont l'ARC) et, à l'intérieur de cette Commission consultative nous avons institué un groupe de travail qui a réfléchi sur la mise en œuvre de l'abonnement individuel à Paris. Naturellement, l'ARC a tout de suite fait partie de ce groupe de travail !

Dans un premier temps nous avons déjà regardé ce qui se pratiquait en France. La ville du Havre a été citée en exemple. C'est effectivement un exemple qui marche bien. Nous avons regardé les autres expériences à grande échelle, sachant que si des expériences marchent bien, il y en a d'autres qui marchent moins bien.

Dans celles qui marchent moins bien, nous avons pu constater que ce qui était cause d'échec, c'était d'abord le montant de la part fixe qui anihile tous les efforts de maîtrise de la consommation ; ensuite venait l'absence de concertation et le fait de ne pas avoir bâti le projet avec les occupants.

Cette Commission a ainsi fait un tour de la question en France et en Europe. Ensuite, nous nous sommes rapprochés de la RIVP - Régie Immobilière de la Ville de Paris - pour mettre en œuvre des abonnements tests ; ce sont des tests qui vont être réalisés à la fois dans des immeubles en accession à la copropriété et des immeubles en location.

Face à ce souhait de réaliser des opérations tests, il fallait que nous ayons des textes qui soient au point.


Comment avons-nous imaginé cela ?

‚ Les tests se réalisent de la manière suivante : le compteur général est maintenu en pied d'immeuble. Nous ne savons pas si plus tard nous le supprimerons, mais dans un premier temps nous voulons le maintenir pour pouvoir bien surveiller les consommations et être plus facilement alertés d'une dérive dans l'immeuble.

‚ Deuxième point qui nous semble très important pour que cette opération réussisse : ce sont des relevés simultanés pour que l'on puisse tirer des enseignements de cette opération, c'est-à-dire qu'il faut absolument que les relevés du compteur qui est situé en pied d'immeuble et des différents compteurs soient simultanés, pour que l'on puisse voir s'il y a une dérive d'un compteur individuel, mais voir aussi s'il y a des dérives au niveau des parties communes et pouvoir, à échéance fixe, regarder l'évolution des consommations.

‚ Troisième point : il nous a semblé important qu'il existe un référentiel technique, c'est-à-dire un référentiel à partir duquel le propriétaire de l'immeuble pourra mettre en conformité son installation, de telle sorte que l'abonnement individuel puisse être abordable.

En gros, si vous êtes dans un immeuble pré-haussmannien avec trois colonnes montantes, avec une distribution en nappe (premier immeuble, la cour, le deuxième immeuble), cela veut dire que, vraisemblablement, votre accession à l'abonnement individuel va être coûteuse et qu'il est préférable de profiter de travaux de grosses réparations ou des travaux de mise en conformité avec la norme plomb.


Le prix de l'abonnement individuel

À Paris, pour les immeubles collectifs, il n'y a pas de part fixe, c'est-à-dire qu'un immeuble paie le nombre de mètres cubes qu'il consomme, multiplié par 15 F. qui est le prix du mètre cube, à quoi s'ajoutent la location et l'entretien du compteur qui ne sont pas très importants puisque cela peut varier entre 100 F. et 300 F. par an. Il n'est pas question d'imposer une part fixe élevée à ceux qui souhaitent accéder à l'abonnement individuel, puisque ce serait rédhibitoire, compte tenu de la taille des ménages.

Nous avons donc mené, avec l'aide du Crédoc, une enquête auprès des Parisiens pour savoir jusqu'à quel niveau de prix ce service pouvait être facturé, sachant qu'il impose des relevés de facturation plus réguliers ; il impose une gestion des impayés et, suivant la nature de l'immeuble, il peut imposer la prise en charge des canalisations intérieures jusqu'au compteur individuel.

Les Parisiens qui se sont exprimés ont souhaité que le coût de cet abonnement individuel ne soit en aucun cas supérieur à 300 F. par an, suivant l'étendue des prestations qui sont offertes, bien sûr à moduler si c'est simplement une prise en charge du compteur individuel.
Mise au point des textes par rapport à cela.

Nous allons soumettre prochainement aux élus de Paris les nouveaux textes qui vont réglementer cet abonnement individuel.

La base est constituée par une convention (avec le gestionnaire d'immeuble ou avec le propriétaire) qui définit les obligations, à la fois du service de l'eau et à la fois du gestionnaire d'immeuble (intégrant notamment le problème du compteur en pied d'immeuble) et également un document qui va être une convention entre l'occupant de l'appartement et le service de l'eau, puisqu'il nous semble important, si vous voulez, qu'il y ait une adhésion des occupants, même s'ils sont locataires, à ce nouveau service ; ce sera une façon de créer un lien, à la fois entre le service des eaux et le locataire, lien qui n'existe pas à ce jour.

Pour ces opérations nous attendons l'accord des élus sur ces dispositions ; ensuite, le test durera deux ans, sachant que dans les immeubles qui sont volontaires pour faire ce test, il n'y a pas, à ce jour, de facturation de ce service, puisque ils vont être un lieu d'observation et un lieu de dialogue qui servira ensuite à tous les Parisiens.

Je vous remercie


Applaudissements.


Bruno Dhont

Merci Mme de Korner pour cet exposé très concret.

On va peut-être reporter les questions à la fin de cette table ronde.

 

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Le représentant du SÉDIF va nous expliquer le cadre expérimental qui se met en place au SEDIF (Syndicat des Eaux de l'Ile-de-France). Il va compléter ce que nous a dit Mme de Korner. Ensuite on pourra poser des questions.

Monsieur CHOPARD

SEDIF
(Syndicat des Eaux d'Ile-de-France)

DEUX EXPÉRIENCES D'INDIVIDUALISATION
MENÉES PAR LE SEDIF


Le Syndicat des Eaux d'Ile-de-France est constitué de 144 communes qui sont situées tout autour de Paris. L'ancienne dénomination du Syndicat des Eaux d'Ile-de-France c'était le Syndicat de la Banlieue Parisienne. On est au bord de Paris, autour de la SAGEP. On est réparti sur sept départements de l'Ile-de-France.

Le syndicat qui est présidé par Monsieur André Santini, Conseiller général, maire d'Issy-les-Moulineaux avec une équipe qui regroupe un délégué titulaire par commune, toutes tendances politiques confondues.

L'intérêt principal de ce syndicat c'est, qu'effectivement, l'objectif étant l'eau potable et la distribution d'une eau potable de qualité, les décisions du syndicat, pour l'essentiel, sont prises à la majorité des élus.

Nos élus sont tout à fait en phase avec M. Vachez. Ainsi, compte tenu de la loi SRU et des projets relatifs à l'individualisation du comptage en collectif, ils ont demandé au service, donc au régisseur, c'est-à-dire la Compagnie Générale des Eaux, d'entreprendre une opération test avec une société anonyme d'Habitation à Loyer Modéré, en l'occurrence la FIAC, qui va faire faire deux essais, non pas à Issy-les-Moulineaux, mais Argenteuil et Bezons, puisqu'on a des opportunités dans ces communes, compte tenu de l'organisation technique de la desserte en eau de ces collectifs, qui font de l'ordre de 110 et 130 logements, avec des conditions d'accès qui rendent les choses aisément organisables.


‚ Un point sur le prix du mètre cube d'eau, avant de rentrer dans le détail.

Sur les 144 communes du Syndicat des Eaux d'Ile-de-France - étant donné les différents niveaux des taxes d'assainissement rencontrés sur ces 144 communes, on a un prix du mètre cube : prix de l'eau + taxes d'assainissement et divers, qui va de 17 à 27 F., ceci pour vous montrer un peu le poids de ces hétérogénéités qui sont liées à ces contextes d'assainissement.


‚ Les enjeux pour nous

On a 4 millions de personnes desservies au travers de 540 000 abonnements. Sur ces 540 000 abonnements on a 380 000 abonnés en individuels ; le territoire du syndicat s'étend très largement sur la banlieue et on a beaucoup de zones pavillonnaires. On a estimé à 1 million deux cents mille appartements, le patrimoine en logements collectifs sur le territoire du syndicat, ce qui représente à peu près 2 millions 8 de personnes.

Il est clair que l'enjeu pour nous est considérable, puisque - à supposer que la demande d'individualisation se développe - cela entraînera une évolution, en terme de facturation, qui sera énorme.


‚ Ces deux opérations tests vont nous permettre d'asseoir les techniques

Ces opérations tests se font un peu sur le modèle présenté par M. Fort et Mme de Korner : nous allons mettre au point une convention spéciale.

Premier interlocuteur : le propriétaire. Second interlocuteur : les abonnés. Comme cela a également été dit par Mme de Koner - il faut un lien direct avec les abonnés, un lien un peu contractuel ; il faut que les propriétaires ou les locataires qui résident dans ces appartements deviennent des interlocuteurs à part entière : ils auront à souscrire, naturellement, un abonnement et ensuite, notre régisseur la Compagnie Générale des Eaux, assurera la relation, c'est-à-dire le relevé des compteurs et la perception des factures.

Notre organisation est un peu différente de celle de la ville de Paris, c'est-à-dire que le Syndicat a délégué, par un contrat de régie intéressé (une forme de délégation de service public), la production, l'exploitation et la distribution de l'eau à la Compagnie Générale des Eaux. Dans le cadre de ce contrat de régie intéressé, c'est la Générale des Eaux qui, pour nous, organise les services, les fait fonctionner, fait les relevés et la facturation.

La particularité, c'est que les compteurs individuels mis en place seront mis en location, puisqu'au niveau de notre règlement des eaux, on n'a plus la possibilité d'être propriétaire de son compteur.

Comme l'a dit également M. Fort, une des difficultés est celle qui concerne la responsabilité sur les équipements et les canalisations qui servent à distribuer l'eau dans le collectif, puisque notre responsabilité, pour l'instant, s'arrête au compteur général dont on vous a parlé précédemment.

Ce qui est envisagé dans le cadre de nos essais, c'est qu'effectivement notre responsabilité ira jusqu'au compteur général et qu'ensuite on retrouvera une responsabilité au niveau du compteur divisionnaire. Mais c'est vrai que dans le cas des canalisations dont l'accès n'est pas toujours facile, dont l'état ou le diagnostic qu'on peut en faire est loin d'être évident, cela ne paraît pas pensable, pour l'instant. On verra, à l'occasion de ces expériences, ce qu'il peut en être.

À travers cette convention on va clarifier ces responsabilités, c'est-à-dire que les conditions de surveillance, d'accès des canalisations entre le compteur général et les compteurs divisionnaires, resteront de la responsabilité du propriétaire du bâti et de sa vigilance.

On devrait pouvoir lancer ces expérimentations d'ici un petit trimestre, sachant que les conditions techniques d'organisation passent par un diagnostic sanitaire préalable de l'immeuble. Il y a des organismes agréés qui savent faire ces diagnostics.

Comme on est responsable, effectivement, de la qualité de l'eau jusqu'au compteur divisionnaire et que les mesures se font - et c'est tout à fait normal - au robinet de l'abonné, il faut être en situation d'avoir une image un peu plus représentative de la situation des réseaux intérieurs, de leurs particularités. Parfois on trouve des bras morts dans le collectif ancien, parce qu'il y a des locaux qui ne sont plus habités ; il y a des éléments qui peuvent être des sources de contamination, etc. Il y a des organismes agréés qui savent très bien faire ces diagnostics.

Cela passe donc par un diagnostic préalable pour nous garantir du bon fonctionnement général des installations. L'ordre de grandeur du coût de ces diagnostics est d'environ 3500 F. TTC en première approximation ; après, cela dépend effectivement de la complexité. Ensuite, il faut compter les travaux éventuels de mise en conformité pour la mise en place de ces compteurs divisionnaires. Je prends l'exemple d'un collectif qui n'aurait actuellement aucun dispositif de comptage.

L'évaluation qu'on a pu faire pour les deux cas qui sont à l'étude, est de l'ordre de 800 F. par appartement, auxquels il faut ajouter derrière, la mise en place de compteurs.

Ces problèmes étant réglés, le propriétaire s'étant engagé à faire signer des abonnements par l'ensemble des locataires ou des résidents ou des propriétaires, on doit pouvoir ensuite démarrer sur ces opérations test.

Les dispositifs de comptage qu'on envisage aussi de mettre en place de manière pratique est le télé relevé (dont il doit être question au cours de ce Colloque), ce qui permettra de faciliter les conditions d'intervention sur l'ensemble de la copropriété.

Les copropriétés qu'on envisage d'équiper pour l'instant, ont une colonne montante dans la cage d'escalier, ce qui facilite la mise en place des compteurs. Les immeubles comparables ne représentent cependant que 10% du parc.

Concernant les immeubles anciens, les colonnes traversent en général les appartements et on a parfois plusieurs colonnes montantes ; donc là on aura des difficultés importantes, à la fois d'accès, et à la fois de mise en place du comptage.

Il y a aussi les problèmes de canalisations en plomb qu'on rencontre dans les collectifs anciens.

C'est clair que la solution est peut-être à mettre en place, de façon progressive pour l'avenir, l'intégration à ces problèmes du changement de canalisations. Ce n'est pas la peine de mettre des compteurs sur des canalisations qui seront éventuellement changées dans les dix prochaines années.

En ce qui concerne les frais nouveaux (facturation, relance, suivi et prise en charge des impayés) il faut aussi réléchir. Ce que nous savons c'est qu'aujourd'hui le comptage divisionnaire dans une copropriété a un coût (relevé ; exploitation des relevés ; frais de syndic) ; l'économie de ces coûts permettra aux copropriétaires de faire face aux frais nouveaux, en quelque sorte transférés.

Les chiffres évoqués tout à l'heure étaient de l'ordre de 300 F. Je dirais que cela rentre un peu dans nos plages, mais c'est vrai que l'on peut avoir un peu tous les cas de figure.

La réflexion est en cours et si on a lancé ces opérations pilote par anticipation par rapport à l'application et les précisions du prochain décret, c'est qu'on a besoin d'y voir plus clair ; on a besoin d'évaluer financièrement les conséquences, les sollicitations qu'on va avoir en direct de la part de ces nouveaux abonnés, par rapport au fonctionnement et la desserte en eau actuelle.

On va travailler sur ces expérimentations en partenariat, pour bien évaluer les dépenses. On n'a pas encore figé les choses. La convention qui va être bouclée et signée avec les propriétaires HLM dans les deux cas, va nous permettre d'avancer sur cette réflexion et entraîner, en fait, ce qui était présenté par les précédents orateurs : une refonte du règlement des eaux, et une refonte des prescriptions techniques du service.

Il faut que le cadre général de l'organisation du comptage dans le collectif soit un cadre reconnu par tous. Il faut aussi que le coût reste raisonnable, il ne faut pas mettre des nouvelles usines à gaz qui seront un obstacle à l'individualisation du comptage.

Ces prescriptions techniques, on souhaite précisément les définir et les valider à travers nos expériences, c'est une chose importante.

À côté de cela il y aura une refonte nécessaire aussi, cela a été évoqué, de l'organisation tarifaire de nos prix de l'eau, puisque nous avons une prime fixe actuellement, qui est quand même relativement faible. Les conditions de la persistance de cette prime fixe, la refonte de nos tarifs, c'est un chantier qu'on souhaite entreprendre. On en a l'occasion, puisqu'on a des obligations de révision quinquénnales de nos contrats, ce qui permettra de rediscuter de ces problèmes-là d'ici 2002.

Pour l'instant l'objectif qu'on s'est donné est d'être prêts (sur la base de ces expérimentations) à proposer des solutions concrètes à nos élus, éventuellement à les adapter en fonction de la sortie du décret, à faire nous-mêmes notre propre culture et à la partager avec les différents interlocuteurs.

Je vous remercie de votre attention.


Applaudissements.


Question d'un participant

Dans les zones pavillonnaires les propriétaires paient-ils l'eau le même prix que dans les immeubles ?


M. Chopard

Actuellement, quand un collectif neuf s'installe - sur lequel il est prévu des compteurs divisionnaires d'un accès facile - l'abonnement est de base classique ; il n'y a pas de différence entre un nouvel abonné pavillonnaire ou un nouvel abonné dans du collectif individualisé, pour nous c'est le même abonnement actuellement.


Intervention dans la salle

Attention, à l'heure actuelle dans les copropriétés on paie moins cher parce qu'il n'y a qu'un seul abonnement.


M. Chopard

C'est vrai et ce n'est pas vrai : actuellement dans un collectif avec relevé de compteurs par une société de comptage, vous payez un coût dans vos charges en plus du prix de l'eau qui est facturé au collectif. J'étais moi-même au conseil syndical dans ma copropriété auparavant, c'est quelque chose que je connais bien. Il faut donc intégrer tous les coûts.


Question d'un participant


Dans une copropriété de 110 logements, la compagnie des eaux vient relever un seul compteur, elle fait payer le même prix qu'en face où il y a 50 pavillons, qui eux, paient chacun le relevé de son compteur. Donc, ce qui a été vrai jusqu'à maintenant, je ne vois pas pourquoi cela ne deviendrait plus vrai après. C'est mon point de vue. Je demande à l'ARC de surveiller cela.


Bruno Dhont

Vous avez raison, c'est d'ailleurs comme cela qu'on prend le problème, du moins au départ. Le pavillon paie un abonnement - mettons - 90 F., voire 50 F. même parfois (cela peut descendre assez bas) ; donc nous voulons à la fois l'individualisation dans le collectif et le coût de l'abonnement du pavillon, pas plus, pas moins.

Le problème est celui-ci : il n'est pas impossible, et ça il va falloir le vérifier qu'aujourd'hui, en ce qui concerne la facturation de la partie fixe sur les pavillons, dans un certain nombre de communes (parce qu'il y a, vous le savez, des amplitudes énormes en France) il n'est pas impossible donc, que le coût de l'abonnement pour le pavillon soit inférieur à son prix réel.

Ainsi, quand on va voir les chiffres, on va peut-être s'apercevoir, qu'en fait dans le prix de l'eau, l'ensemble des usagers paient le prix anormalement bas de l'abonnement des gens qui sont déjà individualisés ; il y aura donc peut-être un malaise.

Ceci dit, ce malaise, nous sommes prêts à l'assumer et à aller jusqu'au bout, avec à la fois les élus, puisque c'est un service public, et les différents organismes qui ont en charge ces dossiers. On va regarder les problèmes de la façon la plus objective possible.

Encore une fois, à quoi faut-il arriver ? À une individualisation qui soit une vraie individualisation ; à des coûts fixes, on l'a dit, qui soient raisonnables, contrôlés, démocratiquement contrôlés, et là, on en vient, si vous le voulez, à quelque chose qu'on examinera tout à l'heure, qui est insuffisamment mis en avant dans notre pays, et qui est justement le contrôle par l'usager, le consommateur, de tout le service public de l'eau.

La difficulté de tous ces problèmes, c'est qu'ils sont à la fois de nature technique, de nature contractuelle et de nature quasiment sociologique.

Moi je suis ravi qu'on puisse commencer aussi rapidement et avec tous les interlocuteurs de la chaîne de l'eau, à pouvoir discuter de ces problèmes et à essayer de s'ajuster progressivement.

Pourquoi sommes-nous farouchement favorables à ces expérimentations ? C'est pour que, justement, tous ces problèmes émergent avant qu'on écrive les textes et les décrets.

Dans la plaquette qu'on a éditée pour le Colloque, la conclusion concernant l'individualisation c'est trois maîtres mots :

‚ Esprit d'ouverture dans le dialogue et la discussion des uns et des autres ; l'ouverture, cela signifie aussi avoir accès à un certain nombre de documents qui nous permettent d'avoir une approche financière plus réaliste.

‚ Clauses types négociées. Les clauses types elles se négocient à la fois au niveau national mais aussi au niveau local.

‚ Expérimentation.

Je crois qu'il faut être pragmatiques, ouverts et essayer de construire progressivement quelque chose de cohérent, en prenant le temps de résoudre les difficultés.


Un participant dans la salle

Je souhaiterais intervenir suite à votre remarque, parce que c'est une remarque parfaitement fondée.

Je pars donc de cette remarque pour demander à ce que, dans le décret, il n'y ait pas des contraintes fortes pour les copropriétés, car je ne vois pas pourquoi, par exemple, les compteurs, pour des raisons techniques, ne seraient pas dans les étages, et si celui qui fait le relevé de compteurs doit monter tous les étages, eh bien il le fera. Je dois dire que ce n'est pas quelque chose qui est anormal quand, justement, on fait la comparaison avec le relevé des compteurs dans les maisons individuelles. Ainsi, dans certains pavillons, les compteurs ne devant pas geler, ils se trouvent au fin fond des garages, donc c'est très coûteux d'aller relever les compteurs dans les maisons individuelles.

Moi, je ne suis pas pour une tarification différente, mais je suis pour faciliter la pose de ces compteurs individuels ; qu'on n'impose pas aux copropriétés plus de contraintes que si c'était un habitat individuel.


Bruno Dhont

Pour les questions suivantes, on va essayer de se fixer comme terme - c'est bien, ici il y a des pendules - 11 heures si vous voulez bien.

Je rappelle que le deuxième débat va nous conduire vers les problèmes du compteur "communiquant" qui doit lui-même faciliter l'individualisation.

Un participant dans la salle

Moi, je voudrais rebondir sur votre question d'interlocuteurs et de relations entre eux, parce que j'ai l'impression que cette loi SRU, quelque part, son effectivité complète et totale ne sera pas seulement subordonnée à un décret d'application, mais en même temps, vous l'avez dit, aux relations efficaces qui vont se mener entre les interlocuteurs, à la construction d'un véritable partenariat dans cette relation triangulaire : abonné - propriétaire - prestataire.

Maintenant, vous avez envisagé tout à l'heure la question de multiplier les actes de présence dans les commissions consultatives de services publics locaux, et vous allez peut-être trouver ma question très théorique, mais moi je me demande si entre toutes ces instances : une agence nationale de l'eau dont on attend beaucoup, des associations de copropriétaires, des conventions au niveau local, des commissions consultatives de services locaux, il n'y a pas un trop plein.

Le Conseil d'État vient d'ailleurs de sortir un rapport sur la prolifération des autorités indépendantes et sur la multiplication des instances. La question est : qu'est-ce qu'il faut privilégier, pour un bon partenariat, pour l'application de cette individualisation des compteurs d'eau ? Est-ce qu'on privilégie le secteur local, donc vraiment la proximité pour l'effectivité de ces questions posées par la loi SRU, ou est-ce qu'au contraire on renvoie ça à cette Agence nationale ? Qu'est-ce que vous envisagerez concrètement ? À qui donner la priorité pour trouver l'interlocuteur efficace ? Je vous remercie.


Bruno Dhont

Ce n'est pas une question très simple et je ne voudrais pas engager l'association trop rapidement. Une première réflexion, c'est qu'il n'y a pas beaucoup de services publics locaux et s'il y en a un qui est essentiel, c'est bien celui qui concerne l'eau.

Aujourd'hui, cela reste un service public local. Notre réponse c'est que la démocratie, elle, doit d'abord jouer au niveau local.

Qu'il y ait d'autres niveaux de concertation que le niveau purement local, on est bien d'accord. La loi sur l'eau parle de privilégier un niveau départemental, pour éviter justement que les gens se noient dans un verre d'eau, c'est le cas de le dire, au niveau local.

Mais, pour accéder au niveau départemental, il faut s'être formé au niveau local. Nous, nos conseillers syndicaux, ils se sont formés à la copropriété en commençant par la base. Si on veut de la démocratie, à mon avis, il faut commencer par le niveau très local. Nous, nous allons sortir de l'immeuble, quitter le palier pour la commission locale. Après, on pourra aller à la préfecture, puis au ministère...

Ceci dit, il est vrai que 35 000 commissions locales, c'est la cacophonie assurée. Mais ce n'est pas parce qu'il y aura un Haut Conseil qui va, lui, réfléchir à 36 membres - parce que vous savez ces conseils sont aussi des lieux cacophoniques, avec chacun son point de vue - que nous serons sauvés.

Nous sommes bien d'accord pour qu'il y ait des débats à tous les niveaux. Il est certain qu'il faudra aussi un niveau national mais, bêtement, ce qu'on pense aujourd'hui, c'est qu'il faut apprendre son métier d'usager de l'eau là où le service public est et, à cet égard, nous sommes effarés du déficit relationnel actuel entre élus et usagers, et de l'absence de compréhension des problèmes au niveau local.

Commençons par le niveau local ; allons vite vers un niveau départemental d'accord, mais ce niveau départemental, puis national, ne sera efficace que si les gens ont été formés à discuter au niveau local.

Ce n'est pas une réponse très satisfaisante, c'est une réponse de copropriétaire que je fais.


M. Vachez

En ce qui concerne la démocratie locale, je rappelle encore une fois que l'eau, donc l'assainissement, est un service public local et que la responsabilité de ce service, c'est bien au maire qu'elle incombe.

Les lois successives ont déjà prévu un certain nombre de dispositifs qui ont vocation, si c'est bien fait - ce n'est pas toujours bien fait - à améliorer l'information de tout le monde.

Les délégataires, lorsque délégataires il y a, sont tenus de faire un rapport annuel ; le maire est également tenu de faire un rapport annuel à son Conseil municipal, sur la qualité comparée du service public rendu aux usagers et des modalités de tarification qui sont pratiquées.

Les commissions consultatives des services publics locaux, il y en a effectivement relativement peu, même si le nombre commence à croître, mais pour que cela existe il faut, bien entendu, que les élus organisent ces commissions et qu'il y ait aussi, de la part des différentes catégories d'usagers, quelles qu'elles soient, une organisation locale, également une démocratie locale de base, qui permette de faire en sorte qu'il puisse y avoir dialogue constructif, et pas seulement des critiques de telle association d'un des quartiers sur la politique municipale ; il faut qu'il y ait une représentation et une représentativité de ceux qui s'y trouvent.

Le niveau national peut être une instance à un certain moment, et fournir l'éclairage des problèmes. Ainsi, le Haut Conseil qui est proposé vise à apporter un certain nombre d'éléments d'informations complémentaires à l'ensemble des élus, à l'ensemble des usagers, permettant de faire des comparaisons d'un service à l'autre, d'une commune à l'autre, d'un secteur à l'autre, d'apporter tous les éléments qui peuvent permettre de dire par exemple : "Moi maire, je me pose la question de savoir si, au moment du renouvellement du contrat je le renouvelle avec le délégataire dans les mêmes conditions que celles qui existaient avant ; ou je conserve la délégation ; ou je passe à la régie" ; donc il y a besoin d'un certain nombre d'éléments d'information.


Demain, les représentants des associations de consommateurs d'eau, ou les copropriétaires représentés dans des commissions consultatives du service public local, peuvent avoir intérêt à obtenir un certain nombre d'informations permettant de comparer la situation dans la commune où ils sont, avec un certain nombre d'autres situations comparables ou d'expérimentations (puisqu'on évoquait les expérimentations tout à l'heure) qui permettent de tirer des leçons utiles.


Question dans la salle

J'ai deux petites questions ; d'une part au Syndicat des Eaux d'Ile-de-France : vous nous dites que le prix du mètre cube varie de 17 F. à 27 F. Qu'est-ce qui fait cette différence, est-ce que ce sont les taxes communales ou départementales ?

Deuxième question : je fais partie d'un conseil syndical d'une copropriété importante de 260 lots principaux et nous sommes en train d'étudier l'éventualité de poser des compteurs individuels, en particulier pour l'eau chaude, voire l'eau froide, parce que cela représente 40% du budget de la copropriété. Ma question est celle-ci : est-ce que, compte tenu de ce que vous venez de dire des décrets qui vont sortir et de la nouvelle loi sur l'eau qui va être votée, ne faut-il pas attendre un peu pour ne pas faire des travaux qui risquent de ne pas être aux normes futures, et dans ce cas-là, jusqu'à quelle époque faut-il attendre ?


M. Chopard

Pour le Syndicat de l'Ile-de-France, le prix de l'eau est le même sur les 144 communes. Il est actuellement de 10,44 F. TTC, c'est le prix de l'eau livrée au robinet. Après, se rajoute tout ce qui est lié à la collecte et au traitement des eaux usées qui repartent de chaque habitation.

Les taxes, cela dépend où vont les eaux usées. Si l'on prend la région parisienne, pour faire simple, il y a le SIAP qui épure dans ses stations d'épuration domestique : Colombes, Achères, Valenton, Noisy-le-Grand. Il y a donc une taxe SIAP - que vous trouvez sur votre facture détaillée - qui correspond au transport, car il y a de gros émissaires qui sont chargés de recueillir les eaux qu'amènent les réseaux départementaux et les réseaux communaux.

Cela veut donc dire : taxes communales d'assainissement ; cela veut dire aussi taxes départementales d'assainissement. Et cela veut dire enfin taxes interdépartementales d'assainissement pour l'épuration. Ces taxes étant différentes expliquent les disparités.

Sur vos factures d'eau ou factures détaillées - que vous pouvez demander à votre syndic - il y a une loi qui a défini le contenu des factures d'eau, tout cela maintenant est indiqué.

Le prix de l'eau qu'on a sur le territoire du Syndicat des eaux, a essentiellement augmenté ces dix-quinze dernières années, parce que sur l'assainissement il y a un rattrapage à faire. La station d'épuration de Colombes s'est créée pour combler un déficit dans l'épuration de l'eau domestique. La facture d'eau a été trop basse pendant des dizaines d'années, il y a donc eu une période de rattrapage pour mettre à niveau les équipements de dépollution et donc, sur la partie assainissement.


Bruno Dhont

Il y avait une deuxième question à laquelle il nous faut répondre. Le comptage c'est le premier niveau de l'individualisation. Si vous êtes prêts pour les compteurs divisionnaires, allez-y. Il se trouve qu'il y a des situations où l'on sait que le comptage tout seul ne sera pas efficace. M. Vachez a bien dit que dans un certain nombre de cas, le comptage divisionnaire - c'est-à-dire poser des compteurs divisionnaires avec répartition d'une seule facture - est insuffisant pour traiter le problème des impayés et faire face à l'augmentation des charges d'eau.

Malheureusement, je dirais qu'aujourd'hui l'urgence de l'individualisation des contrats, c'est plutôt dans les copropriétés qui ont des difficultés qu'elle existe.

Je parlais avec un adhérent tout à l'heure, qui me disait que dans son immeuble, de toute façon, les relevés d'eau - alors que les compteurs sont à l'intérieur - se font pratiquement à 99%. Donc là, c'est vrai que l'individualisation des contrats serait un luxe.
Il y a malheureusement de nombreux endroits où l'individualiation va être un impératif social. Aujourd'hui, c'est surtout sur des copropriétés en difficulté qu'on souhaiterait qu'il y ait des expérimentations. Malheureusement c'est souvent sur des immeubles locatifs où il n'y a pas de difficultés qu'il y a un bailleur consentant. Allez-y, Monsieur, pour le comptage divisionnaire tout court, dans votre copropriété. N'attendez pas.


M. Chopard

Si je peux ajouter une précision : il faut bien différencier le comptage d'eau chaude et le comptage d'eau froide. Il ne faut vraiment pas mélanger les choses. Les distributeurs ou les syndicats qui organisent la distribution de l'eau n'ont pas du tout vocation à s'intéresser au comptage d'eau chaude.


Un intervenant dans la salle (Union des HLM)

Je voudrais souligner simplement que les deux expérimentations qui nous ont été montrées, qui étaient d'ailleurs tout à fait intéressantes, sont deux expérimentations dans lesquelles c'est le distributeur d'eau qui prend en charge la relation directe avec l'abonné, complètement et directement.

Or, M. Fort et M. Vachez ont exprimé tous les deux l'idée que le propriétaire pouvait choisir un prestataire intermédiaire.

Je voudrais, par rapport à ça, exprimer ma perplexité. D'une façon générale on dit : "C'est le maire, c'est la collectivité locale qui est l'autorité organisatrice du service", et le service, il va jusqu'à l'abonné final. Lorsqu'on parle d'abonnement individuel, on parle bien de l'usager final abonné. Or, on ne voit pas comment se positionnerait un propriétaire dans ce schéma-là, puisqu'il devient externe à la relation, et de quel droit il pourrait imposer, finalement, au distributeur d'eau, le sous-traitant qui serait à même de faire le relevage des compteurs. Cela me semble quelque chose d'un peu bizarroïde et je ne comprends pas comment on peut imaginer ce système-là.


Bruno Dhont

Quelqu'un veut-il répondre à cette question qui appuie là où ça fait mal ?


M. Vachez et M. Fort veulent intervenir.


M. Vachez

Je vous dirai très franchement que je ne suis pas à l'origine de cette complexité, que j'ai acceptée parce qu'un certain nombre de mes collègues m'ont fait valoir qu'il fallait qu'il y ait une mise en concurrence, mais il ne faut pas, qu'à l'inverse, il n'y ait pas de concurrence et que le prestataire privé impose son prix au distributeur d'eau. Je crois que c'est au décret à fixer un certain nombre de limites (brouhaha dans la salle...). Non, ce n'est pas que je fuie mes responsabilités, on ne pouvait pas le déterminer au niveau de la loi. Moi, j'y ai vu, malgré tout, une facilité lorsqu'il existe un système de compteurs subdivisionnaires avec un prestataire de service qui rend déjà le service, ceci pour faciliter le passage à une individualisation des contrats.


M. Fort

Je parlais tout à l'heure de problèmes d'articulation entre les deux types de contrats, puisqu'on peut avoir, d'une part, un contrat entre la copropriété et la société prestataire de service, et un contrat entre distributeur d'eau et consommateur. Donc, effectivement, ce contrat avec la société chargée de la gestion du comptage devra, vraisemblablement, être agréé, approuvé, enfin je ne sais pas le terme, par le service de distribution d'eau. Il est bien évident que le service de distribution d'eau a quand même son mot à dire, en termes de nature du compteur, classe de compteur, périodicité des relevés, taux de remplacement des compteurs, etc.

Effectivement, il faut trouver l'articulation entre ces deux types de contrats, dans le cas où ce n'est pas le distributeur qui assure le comptage, puisque l'article 93 prévoit explicitement que le comptage peut être assuré par un service public ou privé compétent, autre que le distributeur. C'est une question à résoudre effectivement au niveau du décret.


Bruno Dhont

Je suis désolé d'intervenir à nouveau, mais cette question est tellement importante... Tous les gens qui ont lu cet article 93 ont buté sur ce paragraphe, qui n'est pas d'une clarté totale et qui pose en effet beaucoup de questions. Et c'est vrai que nous, à l'ARC, nous seront vigilants pour éviter que ce paragraphe n'introduise à un système mixte entre la situation actuelle et l'individualisation des contrats.

Il ne faudrait pas que ce paragraphe permette d'introduire un acteur... qui mette en place une fausse individualisation, d'une part, et qui génère des surcoûts, d'autre part.

Pour parler très franchement, je crois savoir que les gens qui, aujourd'hui, font du comptage, c'est-à-dire louent des compteurs, font des relevés, sont très intéressés par ce paragraphe où ils voient en effet, pour eux, un potentiel de développement considérable.

On sent bien que ce paragraphe peut aiguiser des appétits. Il peut y avoir une espèce de délégation de l'individualisation à ces sociétés non contrôlées, qui ne sont pas directement dans le service public - bien qu'elles puissent être contrôlées par le service public -.

Mais on voit bien qu'on peut, très, très vite, avoir affaire à un électron libre de l'individualisation (si, si) et que derrière ça il y a quand même, d'une part, des dispositions permettant la facilité du système, c'est sûr (parce que sociétés sont des spécialistes du comptage) mais, d'autre part, également peut-être une dérive par rapport à ce que, j'ai l'impression qu'ici, tout le monde entend par le service public.

C'est la première question qui a été posée au groupe de travail au ministère. Je me souviens que la première intervention de M. Desmare a été : "Que veut dire ce paragraphe ?"

Les usagers - nous sommes bien représentés à cette commission - seront très vigilants sur ce point, et la représentante du mouvement HLM qui s'est exprimée, a bien raison de dire que là, l'ambiguité, il faudra la lever. Nous sommes bien d'accord.


M. Vachez

Si vous me permettez juste de rajouter que, de toute façon, c'est à la copropriété de choisir si elle souhaite faire appel à un prestataire privé plutôt qu'à la société distributrice d'eau. Donc, si vous avez une inquiétude, il faut déjà vous poser la question : "Qu'est-ce que nous avons envie de faire ?"


Bruno Dhont

Oui, mais comme chacun sait ici, la copropriété ce n'est pas toujours simple. Lorsqu'une société de comptage ira voir un syndic, c'est-à-dire le mandataire de la copropriété, avec une proposition alléchante pour l'individualisation, je ne suis pas sûr que tous les syndics aient la compréhension de la totalité du mécanisme pour résister à cette pression amicale. Parce que nous, nous sommes bien placés pour savoir combien c'est compliqué ; même nos syndics non professionnels risqueraient d'être tentés par cette espèce de solution alternative.

La copropriété, c'est vrai, est toujours "souveraine", mais allez plus souvent en assemblée générale M. Vachez, et vous verrez que la souveraineté est parfois difficilement acquise.

On va peut-être passer au deuxième débat.

Vos questions prouvent à quel point tout cela est important. Juste une dernière question.


Un participant dans la salle

Je voudrais dire au sujet des relevés..... ce ne sont pas toujours des relevés, il peut y avoir trois estimations sur une année, il est impossible de faire des calculs exacts ; j'ai reçu, en tant que syndic bénévole, pour le dernier trimestre une facture de 25 mètres cubes au lieu de 150 en général, et là je viens de recevoir 707 mètres cubes à payer.


Bruno Dhont

Vous avez raison. Cela peut dépendre des règlements de service qui, à notre avis, sont un peu trop laxistes en matière d'estimation et nous pouvons aussi peser là dessus. Ce problème est cependant un problème un peu annexe, même s'il est important, mais ce n'est pas maintenant qu'on va pouvoir le résoudre.

Je vous demande un peu de discipline. Il est onze heures huit. Si on ne veut pas compromettre la journée, il faut arrêter là.

Je remercie l'ensemble des gens qui ont bien voulu apporter leur contribution à cette première table ronde et je crois que nous nous reverrons tous très vite.


Applaudissements.


On va prendre cinq minutes pour se détendre. Mais cinq minutes : vous vous détendez juste les fesses et vous revenez vite, de façon qu'on puisse aller manger à midi et demi et être là à deux heures.

 

 

 

 


2ème TABLE RONDE

LES NOUVELLES TECHNOLOGIES

DU COMPTAGE

On va reprendre sur un sujet qui peut paraître un petit peu compliqué, et qui l'est d'ailleurs, mais, comme vous le savez, à l'ARC on ne recule jamais devant aucun effort pédagogique.


Donc nous nous sommes aperçu que le compteur communiquant, c'est-à-dire le compteur qui permet le relevé à distance, était finalement arrivé à un stade où il était fiable, que la technologie était fiable. On s'est d'ailleurs posé la question pendant un certain nombre d'années.


Dans la première brochure de l'ARC qui s'appelait "Les compteurs d'eau, source d'économie ou source d'ennui" (et qui date de 1996) je ne sais pas si vous vous souvenez, eh bien on disait qu'on n'était pas sûrs de cette fiabilité.


Dans la deuxième brochure sur la gestion de l'eau (1999), on n'était pas encore tout à fait sûrs ; c'est pourquoi nous nous sommes dit il y a quelques mois, qu'on allait essayer d'y voir un peu plus clair, parce que, c'est vrai, c'est important, aujourd'hui, pour les copropriétaires, les syndics, de savoir si cette technologie c'est de la poudre de perlin pinpin, ou si c'est quelque chose de solide.


D'où l'intérêt de cette table ronde, et surtout de notre guide gratuit qui essaie de faire le tour de ce que sont les compteurs communiquants, et donc d'apporter à tout copropriétaire et à tout responsable de copropriété, bien sûr, les informations qui manquent actuellement sur ce sujet.


On s'est aperçu d'ailleurs, en faisant notre tour de France du compteur communiquant, que ce n'était pas si évident d'avoir des réponses claires, à la fois techniques, financières et contractuelles. Nous espérons cependant y être arrivés.


Ne lisez pas ce guide pendant que nos intervenants vont vous inonder de leur science, mais sachez que ce guide vous permettra de vous raccrocher aux branches si vous n'avez pas tout compris.


On va essayer de se fixer, malheureusement, midi et demi comme impératif, de façon à pouvoir aller manger sereinement et reprendre à quatorze heures, pour que l'après-midi, qui est chargée, ne commence pas à être "rognée" dès le début.


Monsieur Macré va commencer à nous instruire sur les nouvelles technologies, en nous expliquant les différents maillons de la chaîne du comptage.


Monsieur Chantrel nous expliquera ensuite comment l'Europe, et ses directives, est en train de bousculer l'approche du comptage de l'eau sur notre continent et la place des nouvelles technologies dans ce paysage nouveau. Attachez vos ceintures, nous décollons !


Monsieur MACRÉ

Représentant du Syndicat de la Mesure


POINT SUR LE RADIO ET LE TÉLÉ-RELEVÉ

En guise d'introduction j'aimerais me présenter. Je suis ici en tant que représentant du Syndicat de la Mesure. À ce titre j'aimerais revenir très brièvement sur la première table ronde, pour vous dire que les sociétés de service œuvrent aujourd'hui depuis plus de 30 ans dans le domaine de l'individualisation des charges d'eau dans l'habitat collectif, et que toutes ces sociétés réunies gèrent approximativement huit millions de compteurs sur le territoire français.

C'est un acteur économique important dans le domaine de la gestion des charges d'eau, et je pense qu'il serait intéressant, dans les débats à venir sur le sujet "loi SRU", que les interlocuteurs ne soient peut-être pas trop perçus comme les "électrons libres" dont a parlé M. Dhont. Ce sont des acteurs qui, depuis déjà très longtemps, ont un discours économique sur l'individualisation des charges d'eau, c'est-à-dire que cela a toujours été leur discours, et qu'ils ont toujours œuvré dans un but qui était l'installation des compteurs individuels, dits divisionnaires, puisqu'ils n'étaient pas soumis à une facturation directe des distributeurs.

Ce discours d'individualisation, c'est certainement ces "électrons libres" qui l'ont tenu les premiers. Je tenais à rappeler ce point avant de rentrer dans le vif de la technique et, certainement, je pense qu'il faut se rendre compte que la loi SRU impacte énormément : il y a beaucoup d'enjeux économiques ; il faudra bien faire la part des choses et des gens qui seront les financeurs ou les financiers de ce projet. Pourquoi ? Parce que j'entendais parler ce matin d'abonnements aux alentours de 300 F. ou peut-être plus.

On parle de travaux sur les colonnes dans les immeubles. Il va falloir se poser la question : "Qui finance ça?", et je pense que là dessus les débats vont être animés dans les conseils de copropriété.

Je vais maintenant embrayer sur la partie technique, je vais me rapprocher du vidéo projecteur. L'objectif de cette présentation, c'est de faire un tour d'horizon assez large de la technologie de comptage de télé et de radio-relevé.

Les premiers constats, déjà un peu dévoilés par M. Dhont, sont que l'évolution technique récente fait qu'aujourd'hui ces technologies deviennent abordables pour les copropriétés, puisque c'est quand même le thème essentiel de cette réunion, mais aussi pour les organismes HLM. Ce sont donc des outils économiquement devenus intéressants, technologiquement beaucoup plus fiables qu'il y a quelques années.

Par ailleurs, s'est greffée là dessus, une forte évolution, également dans les techniques d'échanges d'informations, qui vient très largement compléter la panoplie communiquante créée sur le compteur.

Il est clair - la réunion d'aujourd'hui en est un des symboles les plus marquants - qu'il existe aujourd'hui une pression économique de plus en plus forte sur la réduction des charges dans les copropriétés, en particulier des charges d'eau, qui représentent un poste très important : pour un bien grand nombre de copropriétés c'est le premier poste de charges.

Vient se greffer par là-dessus, d'un côté l'augmentation du prix de l'eau, qui est dûe à des installations de plus en plus lourdes en terme de traitement des eaux, et, d'un autre côté, une baisse des prix des nouvelles technologies de télé et radio-relevé.

Enfin, élément aussi très important, la réduction des coûts de communication. Je pense que tout le monde se rend bien compte que les coûts téléphoniques sont en train de diminuer et, qu'à ce titre, d'autres types de vecteurs de communication nous donnent aujourd'hui des alternatives auxquelles on n'aurait même pas pensé il y a quelques années. Je vais donc vous parler des technologies évoquées.

À ce titre, il est important aussi de positionner le débat de la technique à l'intérieur du service, c'est-à-dire que la technologie, pour nous, c'est simplement un des éléments du système de comptage.

La totalité du système de comptage s'architecture autour de deux points essentiels : la technique et le service.

Les prestataires de service que nous sommes, ont pendant longtemps, été considérés comme des fournisseurs de compteurs et de relevés. Compte tenu des enjeux économiques actuels, ce positionnement doit évoluer.

La vocation première des sociétés de service, c'est d'être un producteur d'informations fiables destinées à la facturation des occupants. On est bien dans le cadre de la réunion d'aujourd'hui. À ce titre, on doit pouvoir mettre en œuvre des outils permettant d'anticiper les dysfonctionnements et d'alerter les usagers ou gestionnaires, pour éviter justement des facturations abusives.

Enfin, on se doit, via nos systèmes d'information mis à disposition, de pouvoir satisfaire rapidement et efficacement - c'est un point qui a aussi été abordé ce matin - le besoin d'information des occupants et des copropriétaires sur ce qui se passe à l'intérieur de leur immeuble concernant les consommations d'eau.

Les objectifs sont donc précisés. Continuons.

La problématique du comptage, pour nous, on la résume sous la théorie de l'iceberg, c'est-à-dire que, globalement, on considère que la partie visible du comptage c'est le compteur. Ceci étant dit, cette partie visible, pour nous, ne représente qu'un tiers de la problématique. Ce sont effectivement les coûts des compteurs et la durée du contrat.

La partie qui nous paraît la plus importante, et qui est souvent occultée dans les négociations qu'on peut avoir avec les copropriétés, c'est toute la problématique de la gestion de l'information, qui est certainement la partie immergée de l'iceberg. On retrouve là, effectivement, les techniques utilisées pour relever le compteur, les méthodologies de calcul de forfait quand il y a des absents, etc.

Je vous parle là aussi du comptage à lecture directe, des techniques d'échange et d'information aujourd'hui disponibles, la façon dont on met à disposition les informations pour une copropriété, pour un syndic, la gestion des absents, la gestion des fuites. A-t-on des engagements de résultat sur des changements de compteurs, sur des changements d'occupants, sur des écarts de consommations ?

On a parlé d'eau commune ce matin. Qu'est-ce que l'eau commune, sujet vaste qui est souvent mal maîtrisé dans les conseils syndicaux. L'eau commune c'est à la fois la résultante d'une différence entre les compteurs divisionnaires et les compteurs généraux, qui peut s'expliquer dans certains cas par des différences de tolérance d'équipement, mais c'est aussi des points de consommation non équipés, des fuites sur les réseaux. Je pense que là on est en plein dans la discussion d'aujourd'hui.

Ces points-là doivent faire partie de votre analyse quand vous vous posez des questions sur la "problématique comptage" dans votre copropriété. Qui s'occupera, par exemple, du diagnostic des fuites, etc. etc. ?

Le compteur, c'est une chose, mais il faut aller beaucoup plus loin si l'on veut vraiment mettre en place un système de gestion, puisque derrière ça, la volonté est souvent une meilleure gestion de charges. La finalité ce n'est pas d'installer des compteurs c'est de répartir équitablement vos charges d'eau et ne pas payer pour son voisin. En général, c'est ça, la vocation première du système de comptage.

Le décor est planté. La question que vous allez vous poser maintenant, c'est s'il existe ou s'il n'existe pas de problèmes dans votre copropriété pour gérer l'eau. Ceci étant dit, la question se pose de savoir si l'on va mettre des compteurs divisionnaires.

Il faut rester très pragmatique quand on se pose ce genre de questions. Il faut se demander quel est son objectif final et à quel résultat on veut aboutir. Garder cette question bien en tête pendant tout le processus d'analyse et de prise de décision. J'ai un problème à régler, quel est-il ? J'ai une enveloppe économique, quelle est-elle ? À partir de là, essayer de garder bien en tête la problématique et dérouler un scénario d'analyse de systèmes pour choisir les équipements.

Si vous regardez les systèmes de télé-relevé ou de radio-relevé aujourd'hui, on vous propose une analyse en cinq points.

Si vous voulez faire une analyse assez objective des dossiers des prestataires qui vous sont présentés, vous devez d'abord vous poser des questions sur le compteur, sur la technique utilisée pour générer l'index, sur la technique de transport de l'information, sur la consolidation des informations (existe-t-il des systèmes de télé gestion ?), et sur les services qu'il serait envisageable d'associer à cette technologie ?

La technologie, effectivement, grand point critique, dépendra des critères économiques, sociaux et techniques que vous aurez définis avant votre processus de prise de décision. Bien garder ces critères en tête.

À partir de là, si je redécoupe ces cinq points, on va passer à travers les différentes technologies disponibles actuellement sur le marché et auxquelles vous devrez vous confronter lors de votre consultation.


1. Quand je parle du premier point, c'est-à-dire les compteurs, ce que vous devez savoir c'est que sur le marché du compteur divisionnaire ou du compteur de première prise, on parle essentiellement de deux technologies de compteurs, les compteurs dits volumétriques, et les compteurs dits "à turbine".

Le compteur à turbine est un compteur qui fonctionne selon le principe de la pression de l'eau sur les pales d'une hélice, alors que le compteur volumétrique fonctionne selon le principe d'un piston rotatif et d'une boite mesurante qui se remplit toujours d'un même volume et qui va provoquer une rotation du compteur.

Cela, c'est la technique. Il faudrait effectivement vous montrer les compteurs en coupe pour que vous puissiez mieux appréhender cette technologie. Je rappellerai la documentation qui a été mise au point par l'ARC et qui me paraît particulièrement bien conçue, où l'on reprend tous ces points et qui est, je suppose, à votre disposition très largement.

Si la technique vous rebute un peu, ce qu'il faut savoir c'est que pour classifier des compteurs il existe aussi, justement, des classes de mesure, et vous pouvez aussi vous poser la question de savoir à quelle classe de mesure devra appartenir le compteur que vous allez choisir.

Les classes de mesure vont, en terme de précision, dans l'ordre alphabétique croissant, c'est-à-dire que plus on avance dans l'alphabet, plus le compteur est précis et a un débit de démarrage bas, c'est-à-dire qu'il mesurera plus facilement les petits débits et donc les petites fuites.

Aujourd'hui il y a trois grandes classes.

‚ La classe A, je dirai la classe un petit peu bas de gamme, qui vous permettra d'accéder à des prix de compteurs, en général très compétitifs, mais qui ne vous donnera pas, ou qui ne vous garantira pas une grande précision de la mesure ; ce sera vraiment un compteur de répartition mais ce ne sera pas franchement le nec le plus ultra en terme de précision.

‚ Vous avez un compteur intermédiaire, qui est le compteur classe B.

On retrouve essentiellement des compteurs turbine dans les classes A et B.

‚ Vous avez enfin la classe C et la classe D qui sont vraiment les classes les plus précises en matière de comptage divisionnaire, où l'on retrouvera quelques compteurs à turbine et une grande majorité de compteurs volumétriques.

Votre choix se portera, en fonction de votre enveloppe économique et de vos soucis de précision de comptage, sur l'une ou l'autre de ces technologies, ou sur l'une ou l'autre de ces classes.


2. Une fois le type de compteur choisi, vous devrez vous poser la question de savoir si vous voulez utiliser les techniques communiquantes, et de quelle manière générer l'index électronique du compteur.

L'index électronique du compteur c'est les quelques chiffres que vous pouvez voir apparaître sur le dessus du compteur ; le problème est : comment va-t-on leur donner un format numérique ?

Il existe trois grandes technologies que sont l'encodage, la détection de cible et l'émission d'impulsions.

‚ L'encodage qu'il soit mécanique ou optique (voir la brochure de l'ARC, distribuée gratuitement, pour plus de précisions) - ce sont les deux grandes techniques que l'on peut retrouver sur le marché à l'heure actuelle - est certainement la technologie la plus intéressante puisqu'il ne s'agit pas de reconstruction d'index mais d'une véritable lecture du compteur. Je dirais que ça, c'est vraiment le nec plus ultra en terme de lecture. Ceci étant dit, vous avez certainement là les techniques les plus onéreuses du marché. Donc, c'est votre enveloppe économique qui sera certainement le facteur discriminant.

‚ Le compteur cible c'est une technologie intermédiaire qui vous garantit un très bon résultat en terme de fiabilité de création de l'index électronique, tout en restant dans une gamme de prix intéressante.

Le principe, via trois bobines électriques intégrées dans un capteur, est de détecter la rotation d'une aiguille non magnétique, ce qui nous permettra d'identifier une consommation, et donc de reconstituer un index, c'est-à-dire que chaque rotation correspond à un volume d'eau consommé.

Cette technologie est certainement un moyen terme intéressant, et prendra sans doute pas mal d'essor dans les années à venir.

‚ L'émission d'impulsions : la technologie la plus ancienne et la moins onéreuse. Je dirai que cette technologie est particulièrement utilisée dans le domaine industriel. Sa force, c'est son prix.

Cependant, l'émission d'impulsions a quand même un certain nombre de contraintes : problèmes de longévité, durée de vie des bilames qui servent à générer l'impulsion électrique, impulsion électrique qui est générée à chaque litre, via la rotation d'un aimant fixé sur un axe qui fait une révolution complète pour un litre, et qui va provoquer l'ouverture ou la fermeture d'un petit interrupteur.

C'est, dans le domaine industriel, du matériel qui a été énormément utilisé.

Dans le cas de figure où vous êtes, dans des logements où vous ne voulez pas retourner régulièrement, vous avez des possibilités de fraudes assez aisées et vous avez des problèmes de longévité.

Voilà, nous sommes déjà arrivés à la fin du deuxième point.


3. Vous avez pu sélectionner un compteur en fonction de sa classe métrologique. Vous avez décidé quel était le type de technologie que vous alliez utiliser pour générer l'index, maintenant vous avez un index électronique qui a été généré, il faut le transporter.

Pour le transporter, deux technologies à l'heure actuelle principalement utilisées : la radio et le filaire.

Deux technologies complémentaires. L'avènement récent de la radio a tendance à occulter les points positifs du filaire, qui est une technologie beaucoup plus ancienne et qui a été utilisée sur le marché déjà depuis de nombreuses années.

La solution filaire est une solution, en général, moins onéreuse que la solution radio en terme de location/entretien de compteurs ou d'achat de compteurs si l'on se met dans l'optique d'achat de matériel ; cependant, selon la nature du bâtiment où vous allez vouloir installer ce type de technologie, il existe une plus grande difficulté de mise en œuvre. Pourquoi ? Parce que vous devez, pour cela, tirer des longueurs de câble dans des parties communes ou privatives.

Ceci étant dit, dans certains immeubles, vous avez une gaine technique tout à proximité des logements, et les contraintes filaires ne sont pas reconnues comme des contraintes, mais plutôt comme un gain économique, puisque cela coûtera moins cher d'installer du filaire dans ces cas-là.

La transmission radio - un peu plus onéreuse en terme de location/entretien -, plus récente que le filaire, se caractérise souvent par une facilité de mise en œuvre, donc des coûts d'installations plus faibles.

Deux technologies complémentaires ; mais ne surtout pas exclure l'une ou l'autre, pas d'ostracisme technique, en clair rester en phase avec votre objectif initial : quel prix suis-je prêt à payer, quel est mon objectif de gestion. C'est seulement à partir de là que vous prendrez le choix du filaire ou de la radio.


4. Vous avez choisi votre compteur, vous avez choisi la technique pour générer l'index, vous savez maintenant comment vous allez transporter l'information, la question est de dire maintenant : comment je vais l'acquérir ?

Vous avez, en terme de technologie, diverses solutions.... Je vais revenir un peu en arrière parce que j'ai été un peu vite sur la radio et le filaire.

Effectivement, comment allez-vous l'acquérir ? En général, dans un premier temps, l'acquisition premier niveau s'effectue par ce qu'on appelle un terminal portable, qu'il soit radio ou filaire. Vous allez soit venir vous brancher sur une prise dans les parties communes, soit vous allez vous mettre au pied de l'immeuble ou dans les étages, avec un terminal radio et vous allez acquérir l'information sur ce terminal pour, ensuite, la basculer dans un système d'information central. Vous allez décharger ces terminaux dans le système d'information central. Ce sont, aujourd'hui, certainement les technologies les plus répandues.

Cette technologie a l'avantage de vous donner - et c'est un sujet qui a été abordé ce matin - des compteurs dont les index sont lus en gaine palière, alors que les compteurs se trouvent toujours à l'intérieur des logements. Cela peut vous éviter, dans certains cas, de faire des travaux colossaux sur vos colonnes pour le motif du comptage, c'est-à-dire "Je laisse mon compteur dans le logement mais j'aurai le même résultat que si le compteur était sur le palier", soit essentiellement 100% des relevés.


5. Cette technologie est certainement la plus répandue, ceci étant dit, il existe aujourd'hui des moyens beaucoup plus sophistiqués et beaucoup plus intéressants en terme de prestations de service, que le relevé par terminal portable, c'est ce qu'on appelle la télé gestion, la consolidation d'information.

Ces systèmes vous garantissent la faculté, par exemple, de faire des relevés mensuels, chose particulièrement intéressante quand on veut éviter les contestations de régularisation en fin d'année ; cela vous permet aussi de faire de la détection de fuite ; cela permet de relever - on en a parlé aussi ce matin - le compteur général, le cas échéant, en même temps que les compteurs divisionnaires, pour justement réduire au maximum la question "eau commune" ; cela vous permet de gérer les écarts.

Ces systèmes, quelle forme peuvent-ils prendre ? La forme d'un système où vous allez mettre un ordinateur, quasiment, derrière chaque compteur, en permanence, ce qui va rendre le compteur véritablement intelligent ; ce système ne va pas se contenter de reporter une information, il va faire déjà un minimum de traitement.

Ces petits ordinateurs, là aussi, deviennent de plus en plus abordables, on appelle ça des concentrateurs, ils vont vous permettre de concentrer en un seul point dans l'immeuble, l'information concernant tous les compteurs de la copropriété, qu'ils soient filaires ou radio.

Vous me direz "Mais c'est bien gentil, vous avez concentré toute l'information au pied de l'immeuble, et ça me donne quoi en plus ?" Ça me donne que, comme j'ai un ordinateur au pied de l'immeuble, je vais pouvoir aussi communiquer avec l'extérieur de l'immeuble, et c'est là qu'intervient la réduction des coûts de communication, on parle de plus en plus d'internet au pied des immeubles, on parle des réductions de coûts de communication au niveau des liaisons téléphoniques. La concurrence fait son œuvre, aujourd'hui les communications chutent de façon très importante, donc ce qui pouvait paraître un peu onéreux il y a encore quelques années, est aujourd'hui tout à fait abordable.

Donc, via une ligne téléphonique, vous allez pouvoir raccorder votre immeuble au système d'information du prestataire, voire du syndic et, à partir de là, consulter toutes les informations - en temps réel - et être alertés sur tous les dysfonctionnements qui se produisent dans l'immeuble.

Il faut savoir que ce type de configuration, évidemment dans les immeubles qui s'y prêtent, ne provoque globalement qu'un surcoût de 10% sur l'abonnement/location/relève par rapport aux prestations que je vous ai présentées précédemment.

C'est-à-dire que la télé gestion est aujourd'hui tout à fait accessible et permet de travailler sur le sujet des fuites, sur les écarts entre compteurs divisionnaires et compteurs généraux, de faire de l'interrogation de compteurs en temps réel en cas de changement d'occupants ou de copropriétaires, enfin, toute une partie de services qui n'existaient pas jusqu'à maintenant ou qui était bien évidemment très prohibitifs quand vous aviez une intervention humaine à effectuer pour relever le compteur.

Voici donc un tour d'horizon des technologies que vous pouvez mettre en œuvre dans vos immeubles pour faire de la télé relève ou de la radio relève.

Il est évident que, derrière, et selon la complexité des systèmes que vous aurez mis en œuvre, vous pourrez mettre en place, par exemple, des tableaux de bord où vous retrouverez effectivement toutes les statistiques nécessaires à une bonne gestion de l'eau, à une bonne facturation et éviter les litiges au moment des régularisations : rapprochement compteurs divisionnaires/compteurs généraux, histogramme, détection de fuites, détection des absents, détection des dysfonctionnements.

Clairement, la télé relève, la radio relève pour les copropriétaires, se résument par des avantages suivants : une information rapide sur l'existence de fuites dans l'immeuble, qu'elles soient sur le réseau privatif ou sur les réseaux communs, une plus grande équité et une plus grande précision dans la répartition des charges et de l'eau commune, des possibilités d'imputation plus fréquentes.

On parlait tout à l'heure d'estimations faites dans certains cas de figure ; ici, il ne s'agit pas de trois estimations et d'un relevé, l'objectif étant d'aller vers une information de plus en plus précise, pour ne pas se retrouver avec de mauvaises surprises, une fois 25 mètres cubes, une fois 150 mètres cubes ; eh bien non, avec ce système vous avez la possibilité d'avoir votre consommation réelle en permanence.

Un mot sur le confort, puisque justement ces prestations s'intéressent particulièrement aux compteurs qui se trouvent dans les logements, car comme on le disait fort justement ce matin, toutes les expérimentations d'individualisation ont la fâcheuse tendance à se faire dans des immeubles où les compteurs se situent plutôt dans les gaines palières accessibles. Or, la véritable problématique, en terme de gestion d'eau, c'est la pénétration dans les logements, et le relevé de compteur dans les logements.

L'alternative qui s'offre à vous c'est, soit déplacer les colonnes pour rendre les compteurs accessibles, soit utiliser des technologies communiquantes qui s'avéreront certainement d'un coût moins élevé.

Enfin, dernier point, un bon rapport qualité/prix. Les technologies ayant énormément évolué, aujourd'hui on va dire que la plus value par rapport à une prestation de comptage classique, pour un compteur qui sera relevé par un releveur, la plus-value est de l'ordre de 30%.

Là aussi j'entendais parler de forfaits qui se situeraient, en comprenant la facturation, aux alentours de 300 F., Sachant qu'on estime actuellement que le coût de l'abonnement d'un cmpteur en première prise se situe autour de 250 F. en France, on parle plutôt, aujourd'hui dans le cadre de la location/entretien, de frais de l'ordre de 100/110 F. en télé-relevé.

Là aussi, il faut se poser les bonnes questions et je pense que cet exposé devrait vous aider à vous les poser.

Je terminerai - parce que je ne vous en ai parlé qu'un peu - par la théorie de l'iceberg. Cela veut dire que non seulement il faut choisir la bonne technologie, mais deuxièmement qu'il faut savoir ficeler de bons engagements avec le prestataire qui va effectuer le travail, c'est-à-dire des engagements de résultat sur les dates de relevés, des engagements sur les délais d'expédition d'informations, des engagements sur le suivi du parc de compteurs - à quelle échéance je les rénove, quel est mon délai d'intervention ? Des engagements peut-être aussi sur le relevé des compteurs généraux.

Enfin, il faut savoir que sur ces prestations peuvent venir se greffer - et cela existe déjà depuis quelques années - des prestations complémentaires, elles aussi paramétrables, puisque vous vous rendez bien compte que ce qu'on vient de vous présenter peut se faire aussi progressivement : vous pouvez d'abord installer des compteurs prêts à recevoir des technologies communiquantes, puis installer les technologies communiquantes dans un deuxième temps, et, à partir de là, adapter les services que vous allez demander à un prestataire en fonction des technologies que vous aurez mises en œuvre dans les immeubles.

Ces technologies peuvent être complétées, par ailleurs, par des prestations de facturation, voire d'encaissement.

Je terminerai mon exposé sur ces quelques mots.


Applaudissements.


Bruno Dhont

Merci Monsieur Macré.

Quand vous parliez, je regardais un peu la salle et j'ai vu qu'il y avait deux catégories de personnes : ceux qui suivaient avec beaucoup d'attention, même si on sentait que c'était un peu dur, et puis ceux qui commençaient à décrocher et à piquer du nez. C'est normal, c'est normal, tout cela n'est pas très simple....

Mais je vous rassure, le guide qu'on a fait, on l'a testé, n'importe qui peut comprendre les informations relatives à ces technologies, même si, dans son intervention, M. Macré a été obligé d'aller un peu vite et n'a pas pu prendre tout le temps pour expliquer.


Je vous incite donc à rentrer dans les aspects, qui peuvent paraître à certains rebutants, aspects technologiques, parce qu'on s'est aperçu , à l'ARC, depuis des années, que si on ne comprenait pas bien la technologie, même basique, eh bien, on était incapable de maîtriser la gestion de l'eau.

Donc, faites un effort (c'est d'ailleurs pour cela qu'on a fait ce guide), effort pour rentrer un peu dans ces aspects compliqués ; vous verrez d'ailleurs qu'ils ne sont pas si compliqués que cela et que, par contre, ils vous permettront de mieux comprendre, puis de mieux adapter votre demande, comme l'a dit M. Macré, car c'est vrai que si on ne comprend pas bien les différences technologiques, on ne comprend pas les différences de coûts, on a toujours l'impression d'être victimes de prestataires indélicats. Il faut donc faire l'effort nécessaire.


Je rappelle aussi que nos deux "aquaticiens" pourront répondre aux questions de ceux qui n'auront pas tout compris.


Question dans la salle

Je suis Président du Conseil Syndical d'un immeuble de 30 logements et nous avons le radio-relevé depuis 4 ans, nous sommes presqu'à la fin de la cinquième année puisque nous avions un contrat de 5 ans.

Il y a une chose dont vous ne parlez pas du tout dans les brochures ; M. Macré n'en a pas parlé non plus : c'est comment expliquer les eaux communes, parce que, bien que nous ayons des relevés de compteurs individuels, on a toujours de l'eau commune.

Or, l'eau commune, j'ai cherché longtemps pour arriver à la détecter. Il y a quelquefois quelques radio-relevés qui n'ont pas marché, parce que cela n'a pas été très bien installé au départ, on va arranger ça à la fin de la cinquième année.

Mais ce qu'il y a surtout, c'est que sur tous les relevés que l'on fait sur les compteurs, on a toujours, ce que j'appelle, un arrondi. C'est-à-dire qu'à droite il y a le premier chiffre qui sont des litres, le deuxième chiffre les dizaines de litres, les troisièmes chiffres qui sont les centaines de litres. Donc, nous avons une source d'erreur maximum de 999 litres par compteur.

Suivant notre consommation, nous arrivons au dernier relevé à 462 mètres cubes de consommation. Mais, j'ai imaginé ce que j'appelle les arrondis, les petits chiffres. J'ai additionné ces petits chiffres, ils arrivent à faire 9 mètres cubes, si bien que notre consommation de 462 mètres cubes, elle monte à 9 mètres cubes de plus, presque 10 mètres cubes.

Ensuite, il y a le compteur de la loge, qui fait aussi les eaux communes, il y a la fontaine dans la cour, etc., et ça ce n'est pas facturé à la concierge, c'est facturé en eau commune. Cela fait des sommes importantes.

Chez nous, j'ai fait installer (nous avons deux bâtiments A et B et la loge) trois compteurs au pied de colonne montante et l'addition de ces trois compteurs me donne la consommation du compteur général, alors que si l'on prend simplement l'addition de nos petits compteurs sur les radio-relevés, on arrive très loin de la consommation du général.

Les petits compteurs que l'on a mis en pied de colonne, eux ils comptabilisent tout. La différence est importante. Mais quand je compare nos trois petits compteurs divisionnaires en pied de colonne montante et le général, j'arrive à un écart de 2 mètres cubes. Vous voyez, c'est négligeable.


M. Macré

La question des eaux communes on l'a un petit peu abordée mais on n'a pas eu beaucoup de temps. On parle justement de la gestion des écarts, c'est un problème qui est clairement identifié, qui n'est pas toujours bien maîtrisé.

Ce qu'il faut savoir c'est que tous les équipements que vous mettez en place ont une certaine marge d'erreur. La marge d'erreur, pour un compteur, pour vulgariser un peu, c'est de l'ordre - je ne vais pas vous parler en fonction de son débit - de plus ou moins 5%.

À partir de là, dans des cas extrêmes, et on en est loin dans l'exemple que vous venez de citer, on peut mécaniquement, compte tenu de la classe des compteurs, justifier jusqu'à 10% des écarts entre le total des divisionnaires et le compteur des compteurs généraux.

L'exemple que vous nous donnez là, n'est pas un exemple de dysfonctionnement, c'est simplement un cas d'école, sur le fait que, effectivement, si on ne relève que les mètres cubes, il y aura une petite imprécision, mais si vous ne relevez que les mètres cubes sur les divisionnaires et sur le compteur général, cela veut dire que votre imprécision est de l'ordre du mètre cube. Ce sont des valeurs très faibles.

La personne de la salle

L'imprécision sera d'un demi mètre cube par compteur divisionnaire, alors qu'elle sera aussi d'un demi mètre cube pour le compteur du bas de la colonne montante.


M. Macré

Non. On raisonne en terme de pourcentage d'erreur, donc cela dépendra du volume de consommation. Je ne peux pas vous donner une valeur absolue en termes de mètre cubes.


La personne de la salle

C'est une question de précision du comptage et non pas d'erreur.


Bruno Dhont

Après la technologie, l'arithmétique. Juste une remarque.

Il est évident que le problème ce n'est pas le différentiel, qui existera toujours, c'est le suivi de ce différentiel et la maîtrise continue de ce différentiel. Le problème ce n'est pas qu'on ait 5% de différentiel, c'est d'éviter qu'on passe de 5% à 10%, à 15%, sans savoir pourquoi. A priori, tout ce système de gestion doit permettre d'alerter en cas de dérive du différentiel. Ce que vous avez dit est tout à fait juste, on n'y arrivera jamais.


Un participant dans la salle

Donc chacun paie le nombre de mètres cubes qui ont été relevés sur son compteur mais on voit que sur le relevé du syndic, on se retrouve encore avec des sommes d'eau énormes, et on demande des explications. Ce sont tous les arrondis, l'eau commune, l'eau de la concierge, les fontaines dans la cour.


Bruno Dhont

Nous disons, nous, que si on est à 5%, ce n'est pas encore énorme. Si on dépasse, il faut trouver la raison, et essayer aussi de réduire. C'est vrai que si le concierge a des consommations astronomiques, on aura une explication qui n'est pas liée à la différence de précision des compteurs.

Excusez-moi. Comme on est un peu pressés, je vais donner la parole à M. Chantrel, et s'il reste quelques minutes, on pourra débattre après son intervention. Je voudrais absolument qu'on ne dépasse pas 12 h 30.


M. Chantrel si vous voulez bien, Office international de l'eau.

J'en profite pour indiquer que nous avons, dans la salle, un représentant de l'association des copropriétaires du Québec, que je salue au passage, ce qui veut dire que notre Colloque est, comme M. Chantrel, international.


Monsieur CHANTREL

Adjoint au Directeur général de l'Office International de l'Eau

LE COMPTAGE EN EUROPE ET LA PLACE
DES NOUVELLES TECHNOLOGIES DU COMPTAGE

L'Office International de l'Eau a, en 2000, fait trois études, dont deux sont des synthèses dans le cadre des études inter-bassins, pour la consommation de l'eau et sur la télé relève, une sur la facturation de l'eau dans l'habitat.

Étant international, M. Dhont vient de le dire, après un tout petit transparent sur le contexte de l'évolution des coûts, je vais présenter la situation du comptage dans différents pays d'Europe.


L'ÉVOLUTION DES COÛTS


Le prix moyen de l'eau en France est passé de 9 F. à 17 F. en 10 ans. La cause principale la plus médiatisée c'est la pénurie d'eau.

Dans la réalité, la cause principale ce sont les investissements qui ont été mentionnés à plusieurs reprises, notamment les investissements en matière d'épuration des eaux.

Une autre cause très importante, ce sont les problèmes de qualité sanitaire, qui sont d'ailleurs une conséquence de la pollution de l'eau, où l'on a eu les problèmes de nitrate, de pesticides, de bactériologie, et celui du plomb qui arrive à l'horizon. Il y en a d'autres, mais ce sont probablement les plus importants.


LE COÛT DE LA RESSOURCE


Le coût de la ressource joue à deux niveaux, celui de la protection des ressources qu'on exploite déjà, et celui des changements de ressources là où l'on a de la pollution, qui vient nous empêcher de continuer d'exploiter celles qu'on a. Il y a eu quelques allusions faites précédemment dans la matinée. Ce ne sont pas toujours les villes qui en sont la cause.

On a aussi des problèmes de fuites et de gaspillage. Fuites sur les réseaux publics : il est couramment admis qu'on a facilement des fuites de 15%, mais parfois cela va bien au delà. Dans certains pays on arrive à avoir des fuites qui vont jusqu'à 50%, voire plus. Il y a donc évidemment, intérêt à les réduire. Il y a aussi des fuites chez les abonnés, dans les copropriétés, il y en a partout. Les fuites font monter le prix.

On a en France - mais pas seulement en France - un effet de l'activité économique générale : il y a eu une baisse d'activité qui a entraîné une baisse de consommation dans certains secteurs d'activité.

Il y a eu aussi, dans certains secteurs d'activité économique, des politiques de réduction de la consommation de l'eau qui ont porté leurs fruits, ce qui est bien ; l'inconvénient indirect c'est qu'il y a eu un effet report sur les autres consommateurs, puisque certaines charges, certains investissements étaient déjà réalisés.

Ces causes ne sont pas les seules, il y en a d'autres : la remise en état des réseaux, des mesures de sécurité, les extensions de réseaux, etc. Ce sont des causes importantes qui expliquent que les prix ont monté et qu'il y a de bonnes raisons de penser qu'ils continueront de monter.

Au niveau européen, on doit faire face à de nombreuses directives, dont la directive cadre. La directive cadre impose la récupération des coûts. C'est le principe pollueur/payeur, devenu pollueur/utilisateur/payeur, quand on tient compte du prélèvement de l'eau et non pas seulement de sa pollution.

Le coût, tel qu'il est vu par la directive cadre européenne, comprend trois parties : le coût du service, qui est le coût qui, antérieurement, était facturé, les coûts environnementaux qui, le plus souvent, n'étaient pas encore facturés, et le coût de la ressource qui, au cas où l'on change de ressource, entraîne également des dépenses.

La directive cadre tolère des aménagements raisonnables pour tenir compte, par exemple, d'aspects sociaux ou de conditions géographiques, par exemple mer ou montagne, où les dépenses, s'il y avait facturation intégrale des coûts, équivaudrait à rendre ces zones-là parfois désertiques.
La directive cadre implique, pour pouvoir fonder la tarification sur les coûts, qu'il y ait des évaluations économiques. Elle implique aussi une connaissance de la répartition entre les financeurs état/collectivités et agences. Au niveau individuel elle implique un comptage.

Nous allons voir plus loin que, dans certains pays, l'application de la directive cadre sera encore beaucoup plus difficile qu'en France.


La situation en Allemagne

En Allemagne, la responsabilité de la distribution d'eau est confiée aux communes et aux syndicats de communes, sachant que dans certains cas, c'est la même structure qui gère l'eau, l'assainissement, les transports publics et l'énergie. Dans ces cas-là, il peut y avoir des transferts financiers qui font que l'un des services va équilibrer un autre service. Cependant, l'Allemagne est considérée comme un pays où les prix reflètent, en gros, les coûts du service.

Le comptage individuel est généralisé en Allemagne dans l'habitat individuel. Il est moins répandu en habitat collectif : 10 à 20%(1) . Les initiatives qui ont lieu actuellement pour le développer, sont surtout faites par les distributeurs d'eau, avec différentes formules. Par exemple dans la région de Francfort, les recettes d'abonnement subventionnent l'installation des nouveaux compteurs.


La situation en Angleterre

L'Angleterre est un cas particulier intéressant, car il y a eu la privatisation généralisée en 1999, et instauration d'une autorité de régulation : l'OFUEP, qui a des pouvoirs extrêmement importants de contrôle de la bonne répercussion des prix, de rédaction de cahiers des charges qui sont imposés en matière de distribution d'eau, qui comprennent des notions telles que l'égalité des usagers et des objectifs de niveau de prix, des objectifs aussi en matière de contestation des impayés, en matière de plafonds de tarifs, de délais de réponse aux usagers, etc.

L'OFUEP a, par exemple, une politique qui est lancée pour que le prix au mètre cube baisse de 13% dans la période 2000-2005, alors qu'en Angleterre le prix n'est pas l'un des plus élevés.

Le comptage avec facturation individuelle est quasi inexistant : 12%, et c'est uniquement en habitat individuel. Il y a une forte opposition des Anglais à la généralisation des compteurs d'eau. Les autorités considèrent d'ailleurs que le coût de cette installation entraînerait un rapport coût/bénéfice qui n'est pas valable.

Il existe cependant des initiatives très importantes, en particulier de la part de l'un des plus importants distributeurs d'eau, qui essaie, sur la base du volontariat, d'installer du comptage. Ils comptent atteindre les 50% chez ses abonnés.


La situation en Belgique

En Belgique, on a une gestion qui est communale ou intercommunale, avec trois cas : la Flandre, la Wallonie, Bruxelles. Le comptage est quasi généralisé.

Le prix est du même ordre de grandeur qu'en Angleterre. L'équilibre dépenses/recettes n'est pas atteint. Par exemple l'assainissement n'est financé par les recettes sur le service d'eau qu'à hauteur de 50% du fonctionnement. Donc, les investissements sont payés par un système de subventionnement. Un cas particulier concerne la Flandre, où les 15 premiers mètres cubes d'eau par an et par habitant sont gratuits.

Ce système est très apprécié mais il pose d'énormes difficultés, car il y a, premièrement, la perte de recettes, bien sûr ; il y a surtout une grande complexité et de nombreuses réclamations, car il faut savoir combien il y a d'habitants dans un logement. Cela n'est pas très facile de suivre ça, on s'en doute.


La situation au Danemark

Au Danemark, le prix de l'eau était de 6,60 F. en 1995. Il est passé à 24,70 F. en l'an 2000, grâce, si l'on peut dire, à l'instauration de la taxe sur le prélèvement d'eau de la taxe sur les eaux usées ; la TVA vient s'y ajouter à hauteur de 25%. Il y a eu une baisse de consommation de 20%, et cette baisse de consommation doit se prolonger.


La situation en Espagne

En Espagne, la compétence de distribution d'eau est celle des communes et des syndicats, mais elle est aussi celle des régions, en particulier pour ce qui est du transport et notamment, s'il intervient, le transport d'eau qui aura lieu depuis la France vers l'Espagne, pour Barcelone. Le prix du mètre cube, je ne l'ai pas indiqué, est assez bas et il ne reflète qu'en partie les charges.

Dans certains cas, le comptage est très développé, c'est le cas de Barcelone. Il est totalement inexistant dans d'autres régions d'Espagne. La facturation est faite sur la base de tranches, et souvent avec une progressivité qui, parfois, est très forte de la première tranche vers les grosses tranches.


La situation en Finlande

Il faut noter que 13% de la population n'est pas, en Finlande, desservie par un réseau public. Ce ne sont pas toujours les communes, il y a des associations de particuliers qui ont pris en charge la desserte de l'eau.

Le prix au mètre cube est de 9,30 F. La couverture des prix est bonne et c'est l'assainissement qui est très largement majoritaire dans la facture, ceci tenant compte du fait qu'en Finlande l'eau est plutôt abondante. La consommation est très élevée. Elle est de 250 litres par habitant et par jour, bien qu'elle ait baissé, car elle était à 350 litres par habitant et par jour.


La situation en Grèce

En Grèce, la tarification est très variable. Dans les petites communes elle est presque toujours au forfait. Dans les autres, il y a des tranches progressives. Dans les endroits où il y a manque d'eau, par exemple à Athènes, le rapport du prix est de 1 à 8 entre la première et la cinquième tranche.

Le prix au mètre cube, je ne l'ai pas indiqué, il est tellement faible que je l'ai supprimé, pour éviter que vous ne me posiez des questions...., la réponse étant que certainement tout n'est pas dedans.


La situation en Italie

En Italie, la distribution de l'eau est faite par les communes et syndicats, plus les entités régionales, comme en Espagne ; ces structures sont proches de la régie mais n'ont pas d'autonomie financière. Le résultat est que le prix du mètre cube est encore plus bas qu'en Grèce.

Le comptage collectif est quasi inexistant, il est à charge des occupants et les occupants n'ont pas souhaité le faire.


Le cas de l'Irlande

Le dernier cas est celui de l'Irlande, où la vérité des prix est très théorique : l'État subventionne largement.

Depuis 1997, les redevances des collectivités locales ont été supprimées et l'eau est payée au titre de la fiscalité générale.

Le comptage est impopulaire ; on considère que le rapport coût/bénéfice à l'introduction du comptage serait défavorable. L'Irlande est certainement l'un des pays qui va avoir le plus de difficultés à se mettre en conformité avec la directive cadre.

Ce qu'on voit - il y a quand même un point commun que vous avez certainement trouvé -, c'est que plus il y a des difficultés en matière d'eau, plus le comptage a été introduit ; plus le prix de l'eau est cher, plus les gens n'ont pas voulu payer à la place des autres et plus le compteur se répand, voilà la déduction qu'on peut avoir.

LE DÉVELOPPEMENT DU TÉLÉ-RELEVAGE


Je change de continent. Ce sont les Américains qui sont en pointe. Les Américains, surtout dans les états du sud et de l'ouest sont très hostiles à la pénétration sur leurs propriétés, y compris du releveur de l'eau ; ils souhaitent payer de façon assez fréquente et régulière, et non pas tous les ans, sur la base de relevés estimés, et les élus les appuient massivement.

Donc, le télé-relevage s'est développé aux États-Unis en priorité.

En ce qui concerne les systèmes de comptage, inutile de revenir sur ce qui vous a été présenté tout à l'heure très clairement sur les systèmes de comptage. Il existe les comptages à impulsion, les encodeurs électroniques ou optiques - l'avantage des encodeurs optiques c'est qu'ils n'entraînent pas de résistance mécanique à la transmission de l'index du compteur - des têtes opto électroniques, qui sont encore peu répandues mais qui vont se développer certainement, et le comptage à impulsion à l'aide de bobines, et non plus cette fois-ci d'interrupteurs à lames souples.

En ce qui concerne les modes de transmission par fil et par radio, je crois que ce que je vous dirai n'ajouterait rien à ce qui a déjà été indiqué.

Ce qu'on peut dire encore du développement du télé-relevage en Europe, c'est qu'en Grande-Bretagne, il se développe actuellement de façon très forte. En effet, les Anglais qui ont des problèmes d'approvisionnement en eau dans certaines parties, peuvent aller jusqu'à la facturation horaire, c'est-à-dire que l'eau serait plus chère entre 7 et 9 heures et entre 17 et 19 heures, ce qui implique, à ce moment, des contraintes de comptage et de précision des horloges qui soient beaucoup plus grandes que quand on a 4 relevés dans l'année !

LE DÉVELOPPEMENT DU COMPTAGE


On a vu que les Anglais n'y étaient pas très favorables, ce qui pose une problématique qui est au moins aussi complexe qu'en France aujourd'hui ; les compagnies favoriseraient son développement, grâce par exemple, à des systèmes de facturation qui équivaudraient à une remise de 15% pour ceux qui auraient des compteurs.

En France, on en est au démarrage. Les distributeurs, d'une part, et les HLM d'autre part, auraient 150 000 logements sur quelque chose comme 3,7 millions de logements. Ils se heurtent à certaines difficultés qui sont sociologiques et qui sont techniques.

En ce qui concerne les difficultés sociologiques, disons que les employés des services d'eau n'y sont pas toujours favorables, parce que cela change leur travail, voire pourrait le supprimer. Les responsables de parcs immobiliers n'y sont pas toujours favorables, mais ils y seront beaucoup plus ce soir qu'ils n'y étaient ce matin.


Bruno Dhont Ça c'est gentil...


M. Chantrel

‚ Les aspects techniques portent sur l'emplacement, la position, le nombre, et la portée de la télé-transmission quand il y a de la transmission radio. Les questions qui peuvent se poser, en particulier pour les technologies qui utilisent le comptage par des effets magnétiques, sont les problèmes de fiabilité, d'interférence, de dérive des systèmes de comptage, ou de dérive des horloges, ou de résistances à l'immersion, voilà des questions qui sont posées.

Une question qui peut aussi être intéressante, c'est de savoir quelles sont les exigences qu'on formule en matière de programmation et quelles sont les paramètres transmis qui peuvent être l'identification de l'abonné, le montant de l'index ; qui peuvent ou non permettre d'avoir des renseignements utiles pour la détection des fuites ou des retours d'eau, pour la charge de la pile, s'il y en a une, voire détecter des intrusions, des fraudes, ou des consommations inhabituelles, même sans qu'il y ait de fraude.

Il est intéressant aussi d'avoir des systèmes qui permettent des modifications de programmation, par exemple si l'on veut passer d'une périodicité tous les 2 mois à une périodicité tous les 15 jours, ou l'inverse, ou changer les paramètres relevés.

La question du service après vente et l'assistance est intéressante aussi, c'est pourquoi il est important d'avoir un cahier des charges, si possible cas par cas, particulièrement étudié.


Le télé-relevage serait particulièrement intéressant pour le comptage saisonnier, à la mer ou à la montage, et il pourrait aussi bénéficier, dans certains cas, d'une infra structure commune avec d'autres télé-comptages, par exemple l'électricité, le gaz, dans les copropriétés. Voilà.


Applaudissements.


Bruno Dhont

Merci Monsieur Chantrel.

Vaste tour d'horizon. J'ai cru qu'on n'allait jamais arriver au télé-relevé. On y est quand même arrivés. Vous avez fait le tour de l'Europe. C'est bien. Ça nous change un petit peu d'air de sortir un peu de la France.

On est un peu surpris, en effet, de ces disparités. Par ailleurs, les informations que vous nous communiquez sur la situation des différents pays européens, posent parfois plus de questions qu'elles n'en résolvent. Il faudrait pouvoir revenir sur celles-ci.

Ainsi, j'avais l'impression que l'Allemagne avait des obligations de comptage eau froide et chaude ; je n'arrive pas à comprendre comment elle peut avoir un taux d'équipement de compteurs aussi faible alors que les compteurs divisionnaires sont obligatoires.

Je reverrai ça avec M. Chantrel, parce que nous étions toujours partis, à l'ARC, du fait que l'Allemagne avait obligation de comptage divisionnaire et même obligation de changer les compteurs divisionnaires très fréquemment, par exemple tous les 5 ans, pour l'eau froide. D'ailleurs, cela ne nous semblait pas forcément une mauvaise chose, même si la technologie des compteurs français faisait qu'ils pouvaient durer plus de 5 ans sans sous compter. Nous devrons donc revoir ce point ensemble après le Colloque, M. Chantrel. Ceci dit, c'est très intéressant.

Une ou deux questions simplement, si on veut respecter notre horaire.


Une participante

Qu'est-ce que le Syndicat de la mesure ?


Bruno Dhont

Excusez-moi, mais Monsieur Macré a déjà eu sa page de publicité...


M. Macré

Le Syndicat de la mesure représente, en gros, les professionnels du comptage, c'est-à-dire les sociétés de service mais aussi, dans une certaine mesure, les industriels du comptage. Vous retrouvez tous les professionnels, plutôt côté produits ou services, si je résume à peu près la situation.


Un participant

Pour parler du radio-relevé, les possibilités de fraude me semblent assez importantes ; si l'on coiffe le compteur d'une enveloppe métallique, ça fera cage de faraday et il n'y aura plus de relevé possible.


M. Macré

La question est évidente. Néanmoins on constatera une impossibilité de lecture, donc on sera amenés à prendre une mesure corrective, mais il est clair que quelqu'un qui met une cocotte minute sur un compteur nous empêchera de lire le compteur. On pourra s'en rendre compte rapidement, donc ça déclenchera une alerte chez nous.


Bruno Dhont

C'est vrai qu'en France, quand on parle comptage, on parle tout de suite fraude.


M. Macré

Ce qu'il faut savoir, c'est qu'au niveau de la fraude, il existe quand même un certain nombre de composants qui nous permettent d'identifier l'intervention nuisible sur un compteur, entre autres, la tentative de décrocher le capteur.


Un participant

J'ai un prestataire de services de compteurs, qui m'a imposé les compteurs de catégorie C et D pour pouvoir mettre un télé comptage, en me disant que les compteurs de catégorie A et B ne pouvaient pas être mis en place.


M. Macré

En fait, c'est peut-être un peu réducteur comme présentation ; je vais donc essayer de préciser. En ce qui concerne les technologies d'encodage mécanique, le procédé pour générer l'index électronique provoque des frottements qui vont ralentir le compteur turbine, donc fausser le comptage. Seuls les compteurs volumétriques, donc de classe C ou D, qui sont munis d'un piston rotatif représentant presque un petit moteur, ont la puissance nécessaire pour lutter contre les frottements de l'encodage mécanique.


Bruno Dhont

De toute façon, c'est vrai que - nous l'avons dit depuis longtemps à l'ARC - nous préférons les compteurs de classe C ou D aux compteurs de classe A qui comptent mal les petits débits, donc les fuites. Or, vous savez que si ça compte mal les fuites, cela n'incite pas les gens à traiter les fuites.

Quelque chose qui n'a pas été suffisamment dit ce matin - on ne peut pas tout dire, c'est que nous souhaitons que se généralise le télé-relevé des compteurs de première prise, c'est-à-dire des compteurs de facturation. Les usagers sont prêts à faire un effort en matière d'équipement de comptage, en France en tout cas, et c'est sûr qu'il faudrait que le service public intensifie beaucoup plus largement les possibilités de télé-relevé du compteur de première prise, ce qui permettrait des télé-relevés et des détections de fuites beaucoup plus rapidement que ce qu'on fait aujourd'hui sans télé-relevé. Le relevé du compteur de première prise, c'est aussi une revendication à l'ARC, parce que cela permet une meilleure gestion des charges d'eau.

Il est 12 heures 30. Bon, une question mais une dernière.


Un participant

C'est une réflexion que je voulais faire à l'issue de la première table ronde et qui est encore plus valable maintenant : je voudrais quand même féliciter l'ARC pour l'organisation de ce Colloque, vu le nombre d'intervenants et la qualité des interventions ; avoir réussi à les réunir tous dans une matinée, c'est quand même un record et une performance dont il faut féliciter l'ARC.


Applaudissements.


Bruno Dhont

Mais ce n'est qu'un début, ... ce n'est qu'un début...


Un participant

Je voulais quand même faire une petite réflexion qui n'a pas été, semble-t-il, abordée par les différents intervenants, sauf peut-être par Madame de Korner ; je voudrais insister sur le fait qu'il faut ne pas voir l'installation de compteurs comme la panacée universelle. Je veux m'expliquer.

Sur ma copropriété on est passé, grâce à l'intervention du Conseil Syndical et la mobilisation d'un certain civisme auprès des gens, de 2500 mètres cubes de consommation par an, à moins de 1500 mètres cubes. Cela par une action constante, en surveillant le compteur général la nuit, tous les 15 jours, en sélectionnant les colonnes sur lesquelles il pouvait y avoir des fuites, et sur telle colonne où il y a une fuite, savoir à peu près si c'est dans les étages supérieurs ou inférieurs. Je n'entre pas dans les détails mais c'est très précis.

Je veux dire par là qu'on a obtenu des économies, en insistant sur le civisme d'abord, parce qu'il faut aussi tenir compte que l'eau est une richesse qui nous vient du ciel et qu'il faut quand même la respecter, même si on doit la payer à son prix.

Sous cet angle-là on a fait une étude pour voir si, après être arrivé à ce qu'on est arrivé, il fallait quand même mettre des compteurs divisionnaires. Eh bien, on s'est aperçus, dans notre copropriété - c'est un cas particulier vous me direz - que le coût des compteurs, le coût de l'abonnement, le coût de l'entretien et tout ça, ça ne rattraperait aucune économie pour les gens qui paieraient aux millièmes plutôt qu'à la consommation directe. Compter, cela veut dire des gens, cela veut dire du matériel ; ces moyens qu'on met à disposition peuvent quelquefois coûter plus cher que l'économie que l'on va faire. Il faut bien faire attention à ça.


Bruno Dhont

Cette réflexion est la bienvenue, parce que c'est vrai, elle nous renvoie à nos responsabilités d'occupants et vous avez tout à fait raison d'insister sur ce point. Ceci dit, votre dernière remarque est très judicieuse. C'est vrai qu'aujourd'hui les comparaisons sont un peu pipées parce qu'on a encore un niveau de prix et d'équipement qui est, à notre avis, trop fort, et qu'on est seulement à l'orée d'une nouvelle approche économique.

Néanmoins, le volontarisme dont vous parlez, le civisme, sur trop d'immeubles que nous connaissons, est insuffisant. Il y a des copropriétés où votre expérience a été tentée et n'a pas été concluante, soit parce que la copropriété est jeune, soit parce qu'elle est trop grosse, soit parce que les gens s'usent à contrôler et à convaincre leurs voisins. Vous parliez d'investissements ; l'investissement en temps existe aussi ; on sait ce que nos Conseils syndicaux passent de temps pour essayer de faire cette mobilisation civique.

Rassurez-vous cependant, les deux approches ne sont pas incompatibles. On s'est aperçus que, dans trop d'endroits, le volontarisme n'était pas suffisant et qu'il fallait donc apporter à nos adhérents qui étaient un peu démunis, des solutions ; c'est pour cela qu'on a creusé le problème technologique et financier. Mais, rassurez-vous, on n'est pas des fanatiques de l'équipement à tout prix de compteurs communiquants ; c'est simplement pour apporter une voie, espérons-le, complémentaire. C'est pour cela que votre réflexion est très précieuse, elle rééquilibre en effet quelque chose qui, pour nous, est fondamental.


C'est tout, c'est tout, c'est tout. Nous nous retrouverons à 14 heures sur les problèmes de commissions consultatives de l'eau, où là, nous aurons l'occasion aussi, de faire valoir notre volontarisme de citoyen.

 

 

 

3ème TABLE RONDE

 

LA PARTICIPATION DES USAGERS

AU CONTRÔLE DU SERVICE DE L'EAU :

TARIFICATION ; RÈGLEMENTS


Première table ronde de l'après-midi - Monsieur Chassandre du ministère de l'Environnement va nous rejoindre - sur les Commissions consultatives des usagers. Là encore, dans notre guide gratuit, nous essayons de développer ce problème, avec un exemple très intéressant que nous a donné un administrateur de l'ARC.

Notre position est toute simple : c'est, d'une part, qu'il faut que les Commissions, qui fonctionnent très peu, trop peu, fonctionnent de façon généralisée si on veut que les gens de notre pays s'approprient mieux ces problèmes de l'eau, et d'autre part, qu'il faut que ces commissions voient leurs pouvoirs et leurs moyens augmenter ; ça tombe bien d'ailleurs, puisque précisément la "loi sur l'eau", dont on a beaucoup parlé ce matin, prévoit que ces commissions verront s'étendre, à la fois leurs moyens et leurs pouvoirs.

On va avoir trois personnes qui vont intervenir à cette table ronde :

o M. Marcovitch qui est député de Paris, Conseiller de Paris, maintenant majoritaire, ce qui va peut-être changer les choses par rapport à l'eau.

o Mme Rigaud qui a conduit l'étude sur ces Commissions et qui va pouvoir vous en parler avec l'esprit de la chercheuse.

o Le ministère de l'Environnement, représenté soit par M. Duchesne, soit par M. Chassandre - s'il n'est pas là, M. Duchesne assurera -. Ce sera donc le point de vue du ministère de l'Environnement qui va "porter" la loi sur l'eau et le volet concernant les Commissions consultatives.

Je passe la parole à M. Marcovich.

Monsieur MARCOVITCH

Député de Paris

Membre de la Commission consultative de l'eau

AMÉLIORER LE FONCTIONNEMENT DES COMMISSIONS,
ACCROÎTRE LEUR POUVOIR ET LEURS MOYENS


Je suis à la fois Député et Conseiller de Paris, membre de la Commission consultative des Usagers de l'eau et de l'assainissement de la ville de Paris.

Je vous rappelle en deux mots, que c'est la loi du 6 février 1992, dite loi d'administration territoriale de la République, qui a institué cette nécessité pour les communes d'avoir, dans un certain nombre de domaines, des commissions consultatives d'usagers.

Ce n'est pas valable que pour l'eau et l'assainissement, mais c'est valable aussi pour l'eau et l'assainissement.

Ces commissions sont théoriquement obligatoires, mais pratiquement quasi inexistantes. Je pense que Mme Rigaud pourra nous faire, tout à l'heure, un bilan exact de ce qui se passe en réalité pour l'ensemble de la France. Je pourrais pour ma part, vous dire ce qui se passe principalement à Paris.

Je crois que c'est en 1998 que cette Commission consultative des Usagers de l'eau et de l'assainissement a été mise en place à la ville de Paris. Je rappelle que la loi est de 1992 donc, à défaut d'une volonté politique forte, il ne semble pas être dans les habitudes des élus en place de partager facilement le pouvoir avec les populations.

Cette commission ne s'est donc pas facilement mise en place. Elle s'est mise, en tout cas, en place. Elle existe à Paris, et elle se réunit, en moyenne, deux fois par an, d'abord avant la remise du rapport annuel qui doit être présenté par le maire aux conseillers municipaux ; et puis, une autre fois, au printemps.

Les gens y sont, en général, assez présents. Il y a les représentants des élus, les représentants des distributeurs et des différents services qui participent à la distribution de l'eau et de l'assainissement à Paris, et des représentants des différentes associations. L'ARC est présente, bien sûr, ainsi que des représentants des locataires, représentants d'associations familiales, représentants de gestionnaires d'immeubles.

Nous avons, en général, une réunion relativement fructueuse.

Pourquoi relativement fructueuse ? Je vais vous montrer quelque chose de tout à fait intéressant. Ceci(1) est le document qui est remis à la totalité des membres de la Commission. Je dois être, je crois, le seul en tant qu'élu passionné par les problèmes de l'eau, à le lire en totalité.

Il y a dedans :

o Le rapport de la SAGEP, qui est l'organisme qui produit l'eau à Paris, et une eau de qualité.

o Un rapport sur le contrôle sanitaire des eaux destinées à la consommation humaine.

o Le prix de l'eau en général, en Ile-de-France, publié par le ministère de l'Équipement;et par la préfecture.

o Le rapport sur l'abonnement individuel, puisqu'il y a une commission qui travaille dessus actuellement et dont Mme Rigaud est une des animatrices.

o Le programme de modernisation des réseaux d'assainissement.

o Le rapport annuel sur la qualité et le prix de l'eau et de l'assainissement.

o Les rapports des distributeurs, les rapports de la SAGEP, le rapport du SIAP et du service des égouts.

Qui, parmi les gens présents, élus ou non élus, représentants d'associations de citoyens, de défense de l'environnement ou de locataires ou de copropriétaires, est capable d'intégrer ce genre d'informations ?

C'est-à-dire qu'en réalité, la Commission consultative, dans des conditions pareilles, est un alibi à la démocratie. Je le dis comme je le pense. Je l'ai fait remarquer à plusieurs reprises et dans la réalité des faits, parce que c'est comme ça que ça se passe, c'est souvent un débat entre les élus de la majorité et de l'opposition, sur la gestion de l'eau, avec une participation, disons, relativement timide, des associations présentes.

Je crois que trop d'informations tue l'information, et que la réalité c'est qu'il faut avoir une véritable formation de technicien, si on veut pouvoir suivre ce genre de document. Je ne suis pas certain qu'il n'y ait pas d'ailleurs, quelque part, la volonté de noyer un peu le poisson en donnant beaucoup trop d'informations.

Quand on regarde le rapport des distributeurs - pour la rive droite, celle de la Compagnie Générale des Eaux - vous vous apercevez qu'il y a la totalité des adresses où l'on a remplacé les branchements des tuyaux de plomb ! C'est important de le dire, mais cela ne pourrait-il pas faire l'objet d'une annexe ? À défaut de quoi on a presque la moitié du document sur lequel il y a simplement les adresses où l'on a changé les branchements en plomb !

Il y a donc là, quelque part, une forme de surinformation qui frise, à mon avis, la désinformation, et je pense que ce rapport annuel devra être vu de façon très, très différente, beaucoup plus schématisée, pour pouvoir avoir un sens, avec des annexes - qui seront lues ou pas lues - mais qui ne seront pas noyées dans un fatras. Ceci est la situation d'une ville qui n'est pas n'importe laquelle, ce n'est pas une commune sans moyens, c'est la ville de Paris.

Il y a donc une commission qui fonctionne, mais qui, à mon sens, ne peut pas remplir réellement son rôle comme élément de contrôle de la politique de l'eau et de l'assainissement de la ville.

Je voudrais dire aussi que, dans ce domaine, il y a quelque chose de particulier, c'est que la ville de Paris n'a pas de véritable direction de l'eau et de l'assainissement, elle a délégué ses pouvoirs à la SAGEP, qui est la société qui produit l'eau et qui a comme fonction, entre autres, de contrôler également les distributeurs qui sont des sociétés privées, c'est-à-dire que quelque part, les élus se sont déchargés sur une société proche de la ville, de leurs propres responsabilités, et du coup, à partir du moment où ceux qui ont le mandat des électeurs et des citoyens, se déchargent même de ce pouvoir, je crois qu'ils en déchargent, par la même occasion, les citoyens eux-mêmes.

Donc, la commission consultative des usagers de l'eau et de l'assainissement, n'a de vraie valeur, d'abord que si elle existe, ce n'est pas le cas toujours, et que si elle est réellement informée.

Comment peut-elle être informée ? On l'a vu, certainement pas par des masses trop importantes de documents, ou alors, à la condition de fournir les informations nécessaires.

Je reprendrai les conclusions qui ont été fournies par le Conseil Économique et Social dans son rapport préalable au projet de loi. J'ai moi-même été auditionné et j'ai fait part, lors de mon audition, de ces problèmes que je soulève devant vous, sur ce que doit être, à mon sens, le rôle d'une commission consultative.

Elle doit d'abord, je pense, se réunir beaucoup plus souvent. Deux fois par an pour digérer trop de documents, me semble ne pas être une bonne politique.

Deuxièmement, il faut des éléments accessibles, ce qui implique soit de se mettre au niveau des gens qui n'ont pas la formation nécessaire, soit leur fournir cette formation nécessaire. Ce qui peut être valable pour une ville comme Paris, où l'on trouve en général les centres nationaux des associations de locataires, de défense de la nature, de l'environnement, de copropriétaires ou autres, donc de responsables qui peuvent siéger dans ces organismes, l'est moins dès qu'on se décentralise.

Or, n'oubliez pas que la future loi sur l'eau, qui prévoit - outre le problème pollueurs/payeurs - plus de transparence et de démocratie dans la gestion de l'eau, prévoit aussi que ce fameux rapport annuel, qui doit être soumis par le maire ou par l'organisme qui a la gestion de l'eau et de l'assainissement devant le Conseil municipal, doit être d'abord vu, et éventuellement approuvé, par cette commission consultative. Ce sera une obligation, ce qui veut dire que dans les quinze mille délégations de services publics ou de gestion d'eau qui existent actuellement en France, il faudra qu'il y ait une commission consultative qui reçoive d'abord ce rapport avant qu'il soit donné au Conseil municipal.

Je disais que ce qui semble possible à Paris - parce qu'il y a un certain nombre de responsables nationaux ou de gens compétents - n'est pas obligatoirement possible dans n'importe quelle ville de province ou à la campagne, où il va falloir trouver des gens capables de siéger dans ces commissions ; on n'a pas dans toutes les villes, dans tous les villages, des représentants des associations de propriétaires, de locataires ou d'associations de défense de la nature, etc., capables de siéger dans ces commissions, et donc le poids qu'elles pourront avoir par la suite, de contrôle, j'allais dire de contre pouvoir (à la municipalité et aux distributeurs), me semble beaucoup plus aléatoire.

Il va donc falloir réfléchir très profondément sur, à la fois la composition de ces commissions, leur rôle réel, et la formation de leurs membres, et c'est une des demandes, je crois, qui est faite par votre association et qui est tout à fait capitale.

Qu'est-ce que prévoit la future loi ? La future loi prévoit très précisément dans une sous section qui s'appelle "Transparence et Régulation" - on parle bien de transparence -, qu'avant présentation à l'assemblée délibérante, le maire ou le président de l'établissement public, soumet à l'avis de la commission consultative des services publics locaux, en application de l'article 21-43bis - qui est l'article de la loi d'administration de la république -, les projets de règlement des services de distribution d'eau et d'assainissement, les modalités de tarification, le projet de rapport annuel sur la qualité et le prix du service public de distribution et d'assainissement, ainsi que les projets de programmes pluri annuels de travaux. S'il y a lieu, il informe la commission de toutes questions relatives à l'organisation des services, leurs prix et leurs qualités. L'assemblée délibérante, ensuite, est informée des avis rendus par la commission.

Bien. Cela veut dire qu'il va falloir mettre en place, je vous dis, au moins quinze mille commissions consultatives à partir de la promulgation de la loi. Nous allons avoir un véritable problème à ces niveaux-là.

Je crois que la démocratie a un coût, et ces commissions consultatives sont des éléments capitaux de la démocratie, ce sont les contre pouvoirs nécessaires, l'information des usagers. Il faudra donc, soit par l'intermédiaire des agences de bassins, soit par l'intermédiaire des communes, soit par l'intermédiaire des organismes de distribution d'eau ou de production d'eau, peu importe, qu'il y ait des moyens réels donnés à la commission consultative d'exercer son pouvoir. Si on la nomme, ce n'est pas pour faire de la figuration intelligente, c'est pour y exercer un véritable pouvoir.

À ce sujet, vous savez que la future loi sur l'eau - si vous ne le savez pas, je vous l'indique - prévoit la création d'une haute instance, d'un haut comité de l'eau et de l'assainissement, d'une haute autorité, d'un haut conseil, le terme n'est pas encore totalement défini.

Ce haut conseil devra rendre des avis sur la politique générale de l'eau, mais également localement sur des contrats, sur des concessions, sur la validité de certaines concessions, sur ce qui se fait dans le domaine de l'eau.

Je pense - bien que ce ne soit pas encore prévu dans les textes - que la commission consultative locale doit pouvoir saisir cette haute autorité. Il est prévu que les associations nationales de consommateurs, de défense de la nature, les élus eux-mêmes, les services de la Concurrence et de la Répression des Fraudes, pourront saisir la haute autorité.

Je pense que sur des problèmes locaux, la commission consultative, au moins le tiers de ses membres, doit pouvoir saisir aussi la haute autorité. Cela fera certainement de ma part l'objet d'un amendement à cette loi, car l'on doit pouvoir, lorsqu'on est un usager et qu'on n'est pas obligatoirement dans une association représentée nationalement, pouvoir en effet, peser sur les choix qui sont faits dans le domaine de l'eau.

Voilà approximativement les problèmes, tel que moi, en tant qu'élu parisien, je les vois et je les vis. Je pense qu'il va être nécessaire de remédier très sérieusement à un certain nombre de dysfonctionnements ou d'insuffisances de moyens. Je ne crois pas que ce soit du rôle de l'État de le faire, même si la loi doit le prévoir que si on veut créer dans les collectivités territoriales ces commissions, ces réels contre pouvoirs, il faut leur donner les moyens d'exister, c'est le prix de la démocratie.

Parmi vos revendications, qui étaient de pouvoir indemniser les gens qui s'absentent de leur travail pour remplir leur rôle de délégué, éventuellement organiser la garde d'enfants, surtout la formation et la préparation à ce travail, eh bien, il faudra, en effet, que les commissions locales, que les collectivités territoriales, se donnent les moyens, vous donnent les moyens d'exercer ces pouvoirs.

Voilà. J'ai essayé d'être le plus bref et le plus synthétique possibles, à partir d'un exemple concret, et peut-être de la future loi.


Applaudissements.


Bruno Dhont

Je dois dire qu'on boit du petit lait ; pour un Colloque sur l'eau, ce n'est pas normal, mais là, on est satisfaits d'entendre ces propos en sachant que vous allez aussi les porter au Parlement. Merci beaucoup.

M. Marcovitch

J'essaierai de les porter surtout à la ville d'abord.


Bruno Dhont

Naturellement. Merci pour ce témoignage et ces propositions.

Madame Rigaud va maintenant nous faire le bilan global de la situation. Avec M. Marcovitch, finalement, on était déjà dans les perspectives, là on va revenir au bilan.


Madame RIGAUD

FONDATION DES VILLES


LA PARTICIPATION DES USAGERS

AU SEIN DES COMMISSIONS CONSULTATIVES

Bonjour. Donc, j'appartiens à la Fondation des villes, organisme d'études et de recherches. On intervient sur la gestion locale et les services publics locaux, et si je suis ici c'est pour vous parler, notamment, non pas exactement d'un travail de bilan sur les commissions consultatives, mais d'une recherche qui a été menée pendant 2 ans et achevée l'année dernière sur les associations de défense des usagers de services publics locaux.

On a traité d'autres services que l'eau, mais bien sûr, ceux-ci avaient une part importante, puisque la recherche était partie du constat d'apparition de beaucoup d'associations spécialisées dans le domaine de l'eau. Vous avez certainement entendu parler de cas très médiatisés, comme Saint-Etienne ou Grenoble. Il y en a bien d'autres.

Dans le cadre de ce travail, qui a été réalisé pour les ministères de l'Équipement et de l'Environnement, on a voulu essayer, d'une part de recencer les associations d'usagers qui s'intéressaient au sujet des services publics locaux et, d'autre part, on a tenté - je dis bien tenté - de recencer les commissions consultatives de services locaux qui s'étaient créées et qui fonctionnaient.

Ce bilan n'existe pas. J'ai été en contact avec une doctorante qui s'appelle Virgine Waechter, qui travaille notamment pour le laboratoire de l'ENGES de Strasbourg, qui s'occupe de gestion des services publics. Elle-même a voulu essayer de faire un bilan.

Ce n'est pas possible pour des tas de raisons qui sont, qu'on a beaucoup de mal à les recenser puisque ces commissions sont créées à différents niveaux. La loi est restée floue sur le lieu de création de ces commissions, et puis aussi, parce qu'elles ne se réunissent pas forcément régulièrement. On peut ainsi aller dans un endroit où il y a eu, une fois, une réunion, et puis ensuite, plus rien, la commission ayant - de fait - disparu.

Le bilan n'existe pas. Toutes les personnes interrogées, aussi bien distributeurs que responsables associatifs au niveau national ou local, estiment qu'il y en a très peu qui fonctionnent. On a l'exemple de celle de Paris.

Il y a d'autres services publics locaux où elles existent à certains endroits, comme pour le chauffage urbain, mais c'est encore plus rare ! Vous allez voir, le fonctionnement n'est, en général, pas considéré comme bon. En tout cas, par les associations d'usagers qui y assistent.

Pour ne pas m'étendre trop, parce qu'on est sur un sujet très vaste, je vais donc suivre mon plan qui est très simple.

D'abord, un bref rappel, mais qui va être très court puisqu'il y a déjà eu, au gré des interventions, quelques précisions sur les règles d'information et de consultation des usagers dans le cadre des services publics locaux. Là, je parlerai spécifiquement de celui de l'eau qui nous intéresse.

Ensuite, je parlerai de ce que nous pouvons quand même considérer comme l'échec de la participation des usagers à la gestion du service public local de l'eau.

Enfin, j'essayerai de voir quelles propositions on peut faire pour améliorer cette situation, sachant qu'il y a bien sûr des projets en cours au niveau législatif.

La participation des usagers à la gestion du service public est issuE de tout le mouvement de modernisation au niveau de l'état, qui est parti des services publics nationaux.

Cela a commencé par EDF, cela remonte aux années 70, je ne vais pas vous faire tout l'historique.

On a d'abord eu cette vague-là qui, pour les services locaux qui sont spécifiquement liés à la commune, a été un peu coupée par la décentralisation qui a changé la donne ; du coup, on n'a pas atteint le même niveau de participation au niveau des services publics à l'échelle communale ou inter communale, que ce que l'on a pu observer au niveau de concertations sur l'Électricité, du Gaz ou de la Poste.

Les règles d'information et de consultation des usagers font appel à plusieurs registres. D'une part, on a eu le droit de la consommation qui, lui aussi, a évolué depuis les années 60. Seul petit problème : c'est qu'un service public local n'est pas un bien de consommation comme les autres.

En ce qui concerne l'eau, même s'il y a beaucoup de discours qui cherchent à montrer que l'eau ça peut se payer au mètre cube en fonction de ce qu'on consomme, il ne faut pas oublier que, derrière, il y a de grosses infra structures.

Cela reste quand même un service monopolistique, il y a des réglementations, on ne peut pas l'assimiler à un bien de consommation comme les autres.

y a donc parfois des inadaptations, sachant que sur tout ce qui était prévu dans le droit de la consommation et des instances de représentation, il faut être agréé comme association de consommateurs, ce que, par exemple l'ARC, n'est pas, ce qui est normal puisque c'est une association de copropriétaires.

À part cela, c'est au titre de la protection de l'environnement que l'usager peut intervenir sur le service public local de l'eau.

Donc, là encore, les copropriétaires bien qu'usagers de l'eau, devront gagner leur légitimité à intervenir dans le cadre de ces commissions, parce qu'aujourd'hui ce n'est pas très précis.

Cela, c'est le cadre général. On voit qu'il n'est pas très adapté à la gestion des services publics locaux. Il y a quand même eu certains dispositifs spécifiques. Le principal dispositif c'est la commission consultative des services publics locaux dont vient de nous parler M. Marcovitch.

Donc, nous avons affaire à une commission consultative dont les compétences et l'organisation, ne sont pas très précises, comme nous le verrons en analysant les raisons de l'échec.

Il y a, par ailleurs, tout le dispositif d'information des usagers au niveau local, qui a été précisé dans le cadre de la politique de l'eau ; le rapport annuel sur le prix de l'eau qui date de la loi sur l'eau de 92 ; et puis d'autres dispositifs, mais alors à des échelons très variés qui ne sont pas au niveau de la commune ou de la gestion du service de l'eau.

Ainsi des instances qui sont réunies de manière irrégulière, sous forme de commissions ou de groupes de travail, au niveau du ministère, au niveau du département, etc.


Le bilan de la participation des usagers


Vous voyez j'élargis un petit peu au-delà des commissions consultatives ; mais, même là, on a observé un échec, puisqu'on a un dispositif très important de commissions diverses sectorielles qui traitent néanmoins mal de la question de l'eau et qui sont sans grande portée.

De la même manière, on a le rapport annuel, M. Marcovitch l'a dit ; il n'est pas forcément utile pour apporter l'information nécessaire.

Il y a des travaux qui ont été menés pour essayer de créer un cadre. Il faut cependant, d'abord, qu'il y ait la volonté, et des élus, et des gestionnaires du service, de donner l'information pour permettre le débat.


Pour résumer le fonctionnement, en fait, nous avons identifié quatre problèmes.


‚ D'abord, comme le disait un responsable associatif local, la CCSPL - mot barbare de la Commission Consultative - c'est un comité théodule supplémentaire, qui nous submerge de documents ; on en a eu une illustration à l'instant avec M. Marcovitch.


‚ Deuxième problème, à notre point de vue fondamental, c'est le débat sur la légitimité des acteurs, parce que dans cette commission on a, au niveau local, normalement une représentation ; l'objectif de la commission c'est l'information des usagers et le contrôle par les usagers de la gestion du service de l'eau.

Au niveau local, la difficulté c'est que l'usager, bien souvent, entre en conflit avec l'élu, qui lui, représentant élu par les citoyens, se veut représentant des usagers. Bien souvent, il y a un conflit d'intérêts à ce niveau-là, sachant que l'élu est là, dans la commission, en tant qu'organisateur du service public.

Il y a donc la difficulté de savoir s'il est seulement là en tant qu'autorité organisatrice du service public - cela personne ne le conteste - ou en tant que représentant des citoyens, et donc des usagers, dans ce cadre-là.

Le deuxième débat sur la légitimité est posé par le gestionnaire, qui est soit une régie municipale, soit une compagnie privée à qui le service a été délégué.

Dans le cas où le service a été délégué, pour le gestionnaire délégué, la relation qui fait l'objet du contrat, c'est la relation avec l'élu, puisque lui, il a d'abord un contrat avec la collectivité, qui ensuite se décline dans le cadre d'un contrat directement avec les usagers ; mais bien souvent, pour lui, ce contrat est secondaire, l'enjeu du marché se situant au niveau de la relation avec l'élu.

Ainsi, bien souvent, on a des gestionnaires dans les commissions consultatives, qui estiment que l'usager est déjà représenté par l'élu et qu'il n'a pas besoin de venir à nouveau mettre son nez dans les affaires qui sont très techniques et qui ne le regardent pas puisqu'il est déjà représenté démocratiquement (naturellement il y a des endroits où les gestionnaires sont plus ouverts).

Il y a donc un gros problème de légitimité qui est à mettre à plat.


‚ Ensuite, on a un problème sur la représentation de l'usager. Cela, on l'a vu pour l'ARC, par exemple. Dans le cadre de la loi, la composition des commissions consultatives est décidée par l'élu qui la convoque. La loi n'a pas voulu se rendre trop dirigiste sur la composition de la commission, elle dit qu'il faut convoquer des représentants des usagers.

C'est vrai qu'au niveau local, les associations d'usagers peuvent être très variées. Vous n'avez pas des associations de consommateurs dans toutes les localités qui sont suffisamment importantes ou compétentes sur la question de l'eau, pour participer à ces commissions.

Même chose pour les associations d'environnement. Nous l'avons vu dans le cadre de cette recherche sur les associations d'usagers des services publics locaux, elles se sont montées suite à de gros problèmes de dérives du prix de l'eau et les élus qui ont été attaqués directement n'ont pas très envie de voir arriver ces associations spécialisées, donc a priori compétentes, puisqu'elles s'intéressent spécifiquement à ces questions ; ils n'ont pas envie de les voir arriver dans des commissions où le débat risque d'être un peu trop enflammé.

Il faudra peut-être encadrer la représentation des usagers, savoir qui est légitime et, de notre point de vue, les associations de consommateurs et d'environnement qui appartiennent déjà à des dispositifs dans le cadre de la politique sectorielle de l'eau, ne sont pas les seules légitimes à intervenir. Je pense que vous serez d'accord et que l'ARC a une place à ce titre.


‚ Enfin, le problème qui fait que les commissions consultatives ne fonctionnent pas bien, c'est certainement l'accès à l'information qui ne se fait pas dans de bonnes conditions à l'heure actuelle.

Concernant les associations que nous avons rencontrées, les plaintes émises régulièrement, c'est "On ne nous donne pas les documents assez à l'avance, on nous donne plein d'informations mais pas les informations pertinentes, on nous consulte sur la façon de mettre en place la facture mais pas sur la politique de l'eau", etc. etc.


Comment les usagers peuvent-ils intervenir sur le service de l'eau de manière un peu plus efficace ?


En ce qui concerne les associations qu'on a observées, on s'est rendu compte qu'il y avait d'abord à trouver un équilibre entre la politisation et la spécialisation ; on a d'abord des associations qui sont devenues tellement techniques qu'elles sont trop éloignées de l'usager ordinaire ; et puis des associations qui sont peut-être trop intervenues sur les aspects politiques. Effectivement, il faut reconnaître à l'élu qu'il a la légitimité pour faire l'arbitrage, puisque c'est quand même son rôle.

Il faut arriver à trouver l'équilibre avec des usagers qui sont à même de comprendre les enjeux et d'apporter leur connaissance du service et les autres usagers, sans bloquer sur ces deux écueils.

Ensuite, pour établir la légitimité des associations d'usagers, il faut définir des critères, sachant qu'on aura toujours un problème, que ce n'est pas au niveau national et législatif qu'on définira quelles associations au niveau local pourront intervenir. Il faut certainement encadrer, mais les situations sont trop variées pour qu'on puisse avoir une composition type.

Il faut également permettre le débat sur les services publics au niveau local.

Cela signifie donner l'information. Alors ça, il faut certainement l'encadrer et aider à fournir une information qui soit accessible et pertinente. Pour cela il faut bien préciser les sujets qui doivent être abordés dans cette commission, parce que là aussi, bien souvent, tout le monde n'est pas d'accord sur ce qu'on a le droit ou pas de "mettre au pot" dans les commissions.

On a eu souvent des gestionnaires de services d'eau (publics, aussi bien que privés), disant : "Mais ça, ça fait partie de l'information commerciale ou technique, il n'y a pas de raisons qu'on le diffuse". Or, on est dans le cadre d'un service public local où il y a des règles qui définissent ce qui peut être soumis à débat dans le cadre de la commission.

Cet accès à l'information et cette mise à disposition de l'information, c'est d'autant plus essentiel qu'on sort d'une période d'élections municipales. Le débat au niveau municipal, il est bien souvent occulté sur ces questions de gestion des services publics locaux, parce que les associations d'usagers, de toute façon, n'ont pas l'information. Or, si l'élu veut avoir une légitimité dans ce domaine-là, il faut que le débat soit ouvert et que son élection porte aussi sur les informations qui concernent ces services.


Voilà.


Sur le plan pratique, M. Marcovitch en a parlé, l'ARC a des idées assez précises que nous partageons globalement sur la façon d'y aboutir, mais cela suppose, au préalable, de faire en sorte que les commissions existent ; ce n'est qu'ensuite que se posera le problème d'avoir recours à une expertise indépendante.

Il est vrai que c'est très important de pouvoir disposer d'une expertise indépendante ; bien souvent les associations que nous avons rencontrées ont du mal à trouver des experts qui soient indépendants des services d'eau, des associations ou des fédérations de gestionnaires des services de l'eau. Se posera aussi le problème du financement de cette expertise.

Enfin, il y a la nécessité d'avoir une information systématique et transparente, ce qui est loin d'être facile dans un domaine ou l'on a une tarification qui est, il faut le rappeler, compliquée.

Je voudrais rappeler à ce titre - quand on parle de débat sur la partie fixe - qu'il faut être très vigilants puisqu'il ne faut pas oublier qu'il y a une réalité économique derrière le prix de l'eau, qui est d'avoir un service qui a des coûts majoritairement fixes.

Si on veut avoir de la transparence et de l'information, il faut qu'on ne s'éloigne pas trop de cette réalité économique et qu'on ne mette pas en danger des petits services qui sont, par exemple, gérés en régie, en leur imposant un prix complètement proportionnel qui leur rendrait la tâche de gestion tellement risquée, qu'ils trouveraient, à ce moment-là, d'autres moyens de diminuer le risque financier ; cela pourrait être d'augmenter la consommation d'eau, de ne pas diminuer les fuites, par exemple.

Il faut avoir toutes ces choses à l'esprit, malgré la complexité. Ce sont des questions qui ont surgi régulièrement ce matin, cela prouve que vous ne les oubliez pas.


Merci de votre attention.


Applaudissements


Bruno Dhont

Merci beaucoup. C'est vrai que la démocratie ce n'est pas simple. On le voit là, à la fois avec un élu et un chercheur ; le ministère va peut-être nous apporter son propre éclairage sur la question.


M. DUCHESNE

Bureau de l'Économie de l'Eau et de la Programmation
Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement


LES PROJETS LÉGISLATIFS POUR AMÉLIORER

LA PARTICIPATION DES USAGERS


Monsieur Chassande n'est pas arrivé ?

Il devrait arriver d'ici un quart d'heure. Je peux peut-être commencer par évoquer quelques points qu'il ne manquera pas de compléter.

Le sujet a déjà été largement évoqué, et ce matin et par mes prédécesseurs. M. Marcovitch est assez au fait du projet de la loi sur l'eau. Il vous a amplement informés sur les propositions du ministère de l'Environnement en matière de commissions consultatives qui ont été retenues en Comité interministériel.


Moi, je voudrais revenir sur deux points.


‚ Premièrement l'information : et là on se rend compte qu'il y a une forte attente des usagers des services publics de l'eau et de l'assainissement.

‚ Deuxièmement sur l'association de ces usagers aux choix et au contrôle.


En matière d'information

Les Français ont une méconnaissance des cycles de l'eau, que ce soit le cycle naturel ou les cycles domestiques. Un simple chiffre : plus d'un Français sur deux pense que l'eau au robinet provient du recyclage des eaux usées.

Et, ils ont aussi une méconnaissance de la gestion de leur service public de l'eau et de l'assainissement.

Pour autant, les usagers ont une soif d'information, notamment en ce qui concerne un élément très important, qui est la qualité de l'eau distribuée.

L'enquête réalisée par l'IFEN, l'Institut Français de l'Environnement, l'année dernière, a vraiment mis en évidence cette soif d'information.

Le manque d'information des usagers, bien évidemment, est plus grand en copropriété qu'en résidence individuelle, puisqu'en copropriété il n'y a aucun lien direct entre, justement, le copropriétaire et le service public. La plupart du temps, c'est le Syndicat de Copropriété qui intervient au nom de l'immeuble et qui règle la facture.

On a vu ce matin deux outils assez importants, je n'y reviens pas, mis en place par loi SRU (notamment celui sur l'abonnement individuel) qui vont pouvoir permettre de renforcer ce lien direct entre les copropriétaires et les services publics.

Du fait de ce manque de lien direct, les usagers n'ont communication d'aucun document afférant au service, que ce soient les tarifs en vigueur, que ce soient les règlements de service, que ce soit le rapport annuel sur le prix et la qualité du service rendu, le rapport du maire, même si celui-ci est, en théorie consultable.

Cela est un premier point, et pour autant, la simple communication de ces documents aux abonnés n'est pas suffisante : il faudrait que les usagers puissent être consultés, associés à l'élaboration de ces documents.

Il faut maintenant porter les efforts sur l'explication donnée aux usagers, non seulement du mode de fonctionnement mais aussi de l'organisation de ces services et les faire participer à la prise de décision.

Je rappellerai que des efforts ont été faits en matière de présentation des documents, notamment en ce qui concerne la facture d'eau, mais il s'agit toujours des documents destinés à l'abonné direct et non pas à l'ensemble des usagers, donc des copropriétaires.


L'association des usagers

Information et participation des usagers sont indissociables.

Pour participer efficacement et réellement au fonctionnement des services publics locaux, le citoyen doit être informé de tous ses aspects. Pour ce faire, un outil existe déjà, il s'agit des commissions consultatives des services publics locaux, créées par la loi d'administration territoriale de la république, M. Marcovitch l'a rappelé.

Une petite précision : la loi a précisé qu'elles ne sont obligatoires que dans les communes de plus de 3500 habitants.

On l'a bien vu, on ne dispose d'aucun élément chiffré sur le nombre de ces commissions consultatives ; néanmoins, même le ministère de l'Intérieur, la Direction générale des collectivités locales, n'ont pas ces chiffres, on admet que peu fonctionnent et sont en place.

Cependant, il y en a certaines qui existent, et il faut s'en féliciter. Et puis on observe - en tout cas j'ai vu remonter l'information - qu'il y en aurait de plus en plus qui se mettraient en place. Des gens nous questionnent au ministère en nous demandant comment s'y prendre ; est-ce une obligation de les créer ? etc.

Est-ce déjà le résultat du projet de loi sur l'eau, qui n'est pas encore passé au Parlement ? Est-ce que certains services voudraient déjà prendre les devants et s'organiser ? C'est probable. En tout cas c'est une bonne chose.

Ces commissions ne doivent pas être perçues comme un moyen pour les usagers d'être des intrus dans le système administratif, mais plutôt comme un moyen d'en faire des interlocuteurs. Certains les perçoivent comme une source de contraintes ou de lourdeurs au sein de ces services. Moi je crois au contraire, qu'il faut les voir comme un véritable atout pour la démocratie locale.

Du côté du gestionnaire du service public local, les commissions consultatives le mettent à même de mieux connaître les usagers et leurs besoins. Le regroupement des usagers au sein des commissions implique un dialogue.

Ces commissions doivent permettre aux usagers de s'informer sur les affaires locales, de participer à la prise de décision, et les usagers pourront ainsi exercer un pouvoir d'initiative, de proposition et de critique.

Le projet de loi portant réforme de la politique de l'eau dans son ensemble, comprend un volet important sur les services publics de l'eau et de l'assainissement et prévoit de renforcer, comme l'a dit M. Marcovitch, la transparence et la démocratie locale.

Il a pour objectif de conforter le rôle de ces commissions consultatives des services publics locaux, et dans ce but, il propose de soumettre à l'avis de ces commissions, un certain nombre de documents clés de la gestion des services (M. Marcovitch les a cités), tels que le règlement de service, les tarifs, les programmes de travaux et puis, évidemment le rapport annuel du maire.

Au sujet du rapport annuel du Maire - bien que ce ne soit pas du domaine législatif - il est bien évident que ce rapport devrait contenir l'ensemble des éléments afférents à la gestion du service. Les indicateurs qui doivent être contenus dans ce rapport ont été précisés par un décret de 95. Ce n'est pas du domaine législatif mais il est fort probable qu'à l'issue du passage au Parlement de la loi sur l'eau, il y aura une révision de ce décret de 95 pour modifier un peu son contenu et voir quels éléments supplémentaires on pourrait introduire pour mieux répondre aux attentes des usagers.

Par ailleurs, un haut conseil des services publics de l'eau et de l'assainissement sera créé. Par la publication de ses avis il permettra aux usagers de disposer d'éléments techniques et financiers permettant de juger les performances et la qualité du service qui leur est rendu.

Les associations de consommateurs et de protection de l'environnement pourront le saisir afin qu'il se prononce sur la mise en œuvre et l'amélioration de la réglementation relative au service public. M. Marcovitch l'a évoqué. Le fait que les commissions consultatives puissent le saisir directement n'est pas encore tranché, néanmoins indirectement, elles pourraient déjà le faire par le biais des associations.

En conclusion, je dirais que les commissions consultatives et le haut conseil des services publics de l'eau et de l'assainissement constituent deux niveaux de régulation : une régulation locale, par la transparence et le débat ; une régulation nationale, par la diffusion d'informations et d'avis publics.

Ces deux niveaux de régulation permettront certainement une meilleure maîtrise du prix de l'eau.

Cela répond un peu aux interrogations d'un représentant des distributeurs d'eau ce matin, qui se demandait s'il fallait une régulation locale ou nationale. Je crois que les deux sont indispensables.

Enfin, je voudrais évoquer une déclaration du gouvernement sur la décentralisation, déclaration du Premier ministre qui a été faite en janvier 2001, et qui annonçe un travail du Gouvernement permettant, notamment, je cite "de répondre à l'attente des citoyens d'une administration plus proche d'eux, plus efficace, plus juste et plus respopnsable". Je poursuis : "de mieux associer l'ensemble des citoyens aux décisions locales. Le gouvernement a déjà fait progresser cette démocratie participative avec des Conseils de développement dans les agglomérations et les pays. Il a décidé d'aller plus loin encore, dès le premier projet de loi qu'il présentera en 2001. Des Conseils de quartiers seront créés dans les villes moyennes et grandes, présidées par un conseiller municipal. Ils devront bénéficier de moyens pour fonctionner et agir. Des structures d'information, de proximité, d'association des citoyens à la vie publique, s'agissant en particulier des services publics, devront être mis en place. Le droit des enquêtes d'utilité publique sera réformé, conformément à la communication présentée par la ministre de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement, au mois de septembre. Ces objectifs seront la démocratisation et la transparence du processus d'élaboration des projets d'équipement et d'aménagement, le renforcement des responsabilités des collectivités dans l'appréciation de l'utilité publique de leur projet, la simplification et la rationalisation des procédures".

C'est l'annonce d'un premier projet de loi pour renforcer une démocratie de proximité. Ce projet devrait pouvoir voir le jour d'ici la fin de l'année.

Je vous remercie de votre attention.


Applaudissements.


Bruno Dhont

Ce qui est satisfaisant, c'est d'apprendre que le nombre de commissions augmente et qu'un frémissement est perceptible.

Nous allons nous employer à faire passer de ce frémissement à une décharge éléctrique.

On va passer aux questions, en regrettant que M. Chassande ne soit pas là, mais enfin ...

Un participant

Je me présente : André Philippe, administrateur de l'ARC et membre d'une commission consultative des services publics locaux en presqu'ile guérandaise, près de La Baule, depuis 1995. Notre commission a donc une certaine antériorité sur celle de Paris.

Pourquoi cette commission a-t-elle été créée ? Je peux vous le dire tout de suite. En 1995, il y avait eu un scandale, le directeur du service de l'eau étant parti avec 27 millions. Si vous voulez il y avait tout intérêt à ce qu'il y ait une transparence et une clarté dans les services publics.

Autre point. Chez nous, chaque fois qu'il y a une une réunion de la commission consultative des services publics locaux, le débat est public. On a peu de gens qui y assistent en dehors des élus et des représentants des associations. Le débat y est public, c'est comme dans un Conseil municipal, tout le monde peut venir et on est assez déçus de voir qu'il y a quelquefois une, deux ou trois personnes, rarement on en a vu plus de quatre ou cinq qui assistent aux débats de notre commission.

Je pense que ça, l'ARC devra le dire à ses adhérents, chaque fois qu'il y en a, allez-y, même si vous n'êtes pas membre, c'est toujours intéressant d'écouter ce qui se dit.

En ce qui concerne la communication. Eh bien, oui, notre Comité consultatif des services publics locaux a estimé qu'il y avait une faiblesse de communication vis-à-vis des abonnés au service de l'eau. Et sur avis et proposition de notre commission, le Syndicat des Eaux a commencé à diffuser, il y a 6 mois, un premier bulletin qui sera semestriel, expliquant d'où vient l'eau, etc., bulletin qui fait 4 pages, qui a été tiré à 52 000 exemplaires et qui a été envoyé aux 45 000 abonnés du service de l'eau de la région.

Si on veut, on peut communiquer, et justement les commissions des services publics locaux peuvent agir dans ce sens.

La deuxième chose : j'ai été très stupéfait de voir que dans le prix de l'eau il y avait 13% de redevance aux agences de bassin. Les agences de bassin sont utiles mais j'estime qu'elles communiquent peu. Tous les usagers membres de la commission, nous avons donc demandé, dès 1997, à recevoir le rapport annuel des agences de bassin. Depuis, nous recevons, chaque fois, le rapport annuel de l'agence de bassin Loire-Bretagne.

Je vous signale que ce rapport annuel est également consultable dans toutes les mairies, par n'importe quel citoyen. Il est très intéressant. Simplement en ce qui concerne les chiffres c'est un peu maigre, les bilans tiennent en quatre lignes. Disons que les responsables de l'agence donnent des informations insuffisantes sur la façon dont ils emploient les sommes faramineuses qu'ils manient. Enfin, ils font des progrès et je pense que tout citoyen devrait lire le rapport annuel de l'agence de bassin de sa région.

Cela c'est une deuxième chose.


En ce qui concerne le manque de formation des représentants, je suis tout à fait d'accord avec ce qu'a dit M. Marcovitch ; il y a un manque de formation de certains représentants d'associations, et il faudra bien trouver le moyen de les former ; il existe déjà d'ailleurs des associations de formation pour les élus locaux, pourquoi ne pourrait-on pas étendre leur compétence à la formation des membres des commissions consultatives des services publics locaux.

C'est vrai que ces commissions ne peuvent émettre que des avis et qu'elles ont peu de pouvoirs. Elles ont quand même un pouvoir d'émettre des avis et de suivre l'écho de ces avis.

Je vais vous donner deux exemples, d'ailleurs vous les retrouverez dans le petit livre de l'ARC, notamment en ce qui concerne le rendement du réseau d'eau.

Quand nous sommes arrivés en 95, on s'est aperçus que le rendement du réseau d'eau était de 75%, c'est-à-dire que 25% d'eau disparaissait on ne sait pas où. Suite à nos avis et au suivi que nous avons fait auprès du délégataire, le rendement en 1999 n'est plus de 75% mais de 84,1%, ce qui est tout à fait acceptable ; néanmoins nous venons de créer, en octobre, un groupe de travail, ceci pour continuer à améliorer ce rendement et ne pas en rester à ce chiffre.

Un deuxième exemple : le délégataire a décidé de faire passer la station d'assainissement à la norme environnementale ISO 14001. C'est une norme qui a ses bons côtés et ses faiblesses, comme beaucoup de normes. Néanmoins, elle apporte certaines garanties en matière d'environnement, et, là aussi, nous avons créé un petit groupe qui suit l'état d'avancement du délégataire, pour voir s'il ne traîne pas les pieds pour obtenir cette norme.

Dernièrement, nous avons déjà reçu du délégataire un rapport de 42 pages, qui a été examiné par notre comité consultatif en octobre, pour voir où il en était. Nous pensons qu'il obtiendra la norme environnementale, théoriquement avant la fin de cette année ou au tout début de l'année prochaine.

Évidemment, ces commissions sont très rares et c'est ce que je déplore, mais je pense que si, justement, on veut qu'elles se multiplient, on devrait prendre exemple sur des commissions qui marchent. On vous expliquera pourquoi ça marche. Moi, je pourrais vous parler pendant une heure sur la commission consultative des services publics locaux de la presqu'ile guérandaise, mais ce n'est pas mon rôle aujourd'hui.

Mais, si j'étais consulté par les ministères, je vous assure que je leur dirais pourquoi notre commission marche.

C'est tout ce que j'avais à dire.


Applaudissements.


Bruno Dhont

M. Philippe a retracé dans le guide gratuit de l'ARC qui est distribué, l'expérience de sa commission et c'est très intéressant....


Une participante

Je me présente, je viens de Corse, spécialement pour écouter et participer à ce Colloque et je voudrais vous dire que j'approuve entièrement ce qu'a dit M. Marcovitch ; il est dommage qu'on ne puisse pas avoir affaire directement à lui là-bas, je suis désolée de ce côté-là, car je pense que nous ferions du bon travail, mais je tiens quand même à ajouter une petite note pessimiste dans cette assemblée, en faisant remarquer, que même les associations dynamiques, dont la mienne qui s'appele l'ADOC et qui est située à Porticco, face à la rive sud du golfe d'Ajaccio (nous avons 600 adhérents) se heurte, malgré l'avis favorable de la CADA, à la transmission par le S.I.V.O.M. de la rive sud du golfe d'Ajaccio, à la transmission de documents qui seraient très importants pour la suite des dossiers que nous avons soulevés.

M. Marcovitch, si jamais un jour vous pouvez changer de ville et venir à Ajaccio plutôt que de rester à Paris, vous nous feriez grand plaisir.


Un participant

Moi, je suis désolé, mais je voudrais être un peu négatif dans ce que vous venez de dire là, parce que je ne suis pas sûr qu'on n'alimente pas la bête qui nous ronge, qui s'appele "trop d'impôts" en France, avec tous ces comités théodules qu'on veut mettre en place. Je suis persuadé que ce sont ces comités théodules.

Moi, je suis un ex conseiller municipal, puisque je ne me suis pas présenté à cette mandature, mais les communes sont représentées dans tous les services des eaux ; elles sont représentées dans les services qui délèguent l'électricité ; elles sont représentées également dans les services d'ordures ménagères. Chacune de ces activités fait l'objet de rapports aux conseillers municipaux, et quand on voit comment tous ces documents sont traités par le maire et les conseillers municipaux, vraiment, on a l'impression qu'on dépense beaucoup d'énergie pour pas grand-chose, parce que tout ça ne présente pas beaucoup d'intérêt aux yeux des conseillers municipaux. Franchement, moi je vous le dis, parce que je l'ai constaté. De toute manière, on vous donne beaucoup trop de documentation, dont une grande partie sans intérêt.

Qu'on laisse rentrer des associations, qu'on essaie de favoriser des représentants d'associations qui, comme le Monsieur qui vient de parler, ont des compétences, alors là je suis d'accord ; il faut au contraire essayer de les rapprocher le plus possible des intervenants locaux, que ce soit au niveau départemental ou au niveau communal, mais qu'on essaie d'étendre ça et de légiférer, ça me paraît essayer de dépenser de l'argent pour pas grand-chose.


Bruno Dhont

Bien. On a compris. M. Marcovitch bouillonne d'impatience.


M. Marcovitch

Non, je ne bouillonne pas d'impatience, mais c'est vrai que, contrairement à ce que vous croyez, vous allez exactement dans le sens de ce que disais, à savoir que les informations fournies aux élus ne sont pas toujours lisibles, volontairement ou involontairement ; qu'elles sont rarement prises en considération, volontairement ou involontairement.

Je vous le disais, je dois être un des rares parmi les élus, je crois, à les lire en détail, mais bon, qu'importe ! Cela confirme la nécessité d'avoir justement des citoyens concernés et intéressés pour aller contrôler ces élus. Si les élus ne veulent pas faire leur travail, ou le font mal, en disant : "Nous ne contrôlons pas ces rapports annuels sur l'eau et l'assainissement" c'est une raison supplémentaire pour que les associations et les usagers, eux, le fassent.

La démocratie, ce n'est pas plus d'impôts, c'est donner des moyens aux gens d'exercer leur pouvoir. Vous savez, ce n'est pas compliqué, on n'est pas obligés de faire une université de l'eau et de l'assainissement en direction des associations, il suffirait de faire une ou deux réunions préparatoires à la réunion de la commission, avec des représentants des institutions, auxquels les gens peuvent parler simplement, sans les élus, sans tous les techniciens de la ville, etc., pour préparer les dossiers, préparer la réunion.

C'est vrai que là, il faudrait indemniser les gens. Pour les représentants associatifs, là il y a un vrai problème sur le statut des représentants associatifs, mais c'est un autre problème. Ce n'est pas obligatoirement plus d'impôts, c'est aussi le fait de pouvoir exercer un mandat.

Je confirme le fait qu'on peut donner de l'information aux gens. On peut les aider à mouliner cette information, et je le dis simplement, avec une réunion supplémentaire préparatoire, ou avec peut-être des réunions plus fréquentes dans le courant de l'année. Voilà. Ce n'est pas dépenser de l'argent supplémentaire, c'est peut-être justement faire ce que trop d'élus ne font pas dans le domaine de l'eau et de l'assainissement : contrôler.

Quant à ce qui se passe dans la presqu'ile de Guérande, je trouve que 13% pour l'agence de bassin, vous avez de la chance. Le président de l'agence est là, et donc on peut le féliciter de ne pas trop vous taxer. À Paris, c'est environ un tiers pour l'agence de bassin Seine-Normandie. Trois tiers : un tiers eau, un tiers assainissement, un tiers agence de bassin. C'est vrai aussi qu'on a des résultats tout à fait intéressants sur la qualité de l'eau et sur les rejets qu'on peut avoir.

Ce n'est d'ailleurs pas un impôt. Il faut en effet aussi qu'on sache bien une chose : on a trop tendance à confondre les redevances des agences à des impôts publics. C'est considéré comme des impôts de toute nature, c'est pour ça d'ailleurs que la loi sur l'eau prévoit que les parlements doivent entériner les taxes, les redevances des agences. Mais ce n'est pas un impôt public, dans la mesure où c'est de l'argent qui est redistribué ensuite à l'intérieur de l'agence pour les travaux internes de l'agence.

Je crois qu'il faut bien le comprendre. Ce n'est pas de l'argent qui part dans le budget général de l'état, c'est de l'argent qui reste dans l'agence et qui est ensuite redistribué aux collectivités territoriales et aux opérateurs pour faire les travaux, pour cofinancer les travaux d'assainissement et, éventuellement, d'adduction d'eau aussi.

Je crois qu'il faut bien remettre les choses à leur place.


Bruno Dhont

Merci. Moi, je voudrais aussi réagir à ce qui a été dit par Monsieur, car nous ne sommes pas d'accord. Parler de comités théodules, c'est se faire plaisir.

Il y a exactement un an, à l'ARC, on a fait un Colloque sur le Chauffage Urbain, autre service public. Et là aussi, on s'est aperçus que les dysfonctionnements de ce service public venaient du fait que les usagers n'y sont pas associés, qu'il n'y a pas de moyens de formation, qu'il n'y a pas de moyens d'expertise pour eux.

Pour l'eau, c'est encore plus gigantesque. C'est vrai qu'on est au départ d'un processus de prise en charge. Mais ce n'est pas faire du "comité théodule" que de donner des moyens aux gens de s'approprier un service public qui est aussi important à titre individuel et collectif. Il n'y a pas une page d'un journal, il n'y a pas un journal aujourd'hui qui ne parle pas d'eau.

C'est vrai que M. Marcovitch l'a bien expliqué : trop d'informations peut parfois tuer l'information ; trop de réunions inutiles tuent aussi la démocratie.... mais ça, tout le monde le sait ! Or, le problème aujourd'hui, c'est plutôt un grand déficit et d'information et de participation et d'expertise, propres aux usagers.

L'élu est là, en effet, pour gérer. Mais on ne fait pas confiance à l'élu pendant 6 ans ! Cet élu, il a aussi ses contre pouvoirs qui existent, qui doivent s'exprimer dans le cadre de ces commissions, et ce n'est pas inciter à créer des comités théodules que de militer pour le développement de ces commissions.

Donc, et c'est vrai que moi aussi je reprends le propos, il y a énormément d'argent qui est dépensé n'importe comment. Qu'on utilise donc l'argent pour la formation et l'information des usagers !

D'ailleurs l'exemple de M. Philippe dans notre brochure est très explicite sur ce que des gens motivés peuvent arriver à faire bouger. Je suis sûr que sur place, il y a vraiment eu une prise en charge qui ressemble à une émancipation. C'est ce qu'il nous faut susciter un peu partout.

Pour le reste, on essayera d'aider les Corses sans exporter M. Marcovitch à Ajaccio.


Y a-t-il d'autres questions ?


Un participant

Niveau local ? Niveau départemental ? Quel niveau faut-il privilégier ?


Bruno Dhont

L'apprentissage se fait, je le disais ce matin, au niveau local. Nous avons dans la salle un administrateur de l'ARC qui est de ceux qui vont changer les statistiques du ministère et qui a réussi, il y a quelques jours, par pression auprès de son maire, à faire créer une commission consultative. Un travail commence sur une ville de 30 000 habitants où les gens sont actuellement exclus du débat sur l'eau et l'assainissement.

La fatalité sur l'eau, il faut la changer. Depuis 10 ans on entend, nous, à l'ARC : "L'eau c'est trop cher, ça plombe les charges". On fait un effort sur la maîtrise de l'eau. On fait un effort par rapport au comptage de l'eau. Mais on peut aussi faire un effort par rapport au contrôle du service public de l'eau et de la tarification. C'est quelque chose qui va ensemble. Il ne faut pas avoir de pudeur ni d'état d'âme. Bon sang de bois !


Une participante

Je voudrais vous poser une question concernant la pression qu'on peut avoir sur les collectivités locales pour créer ces commissions. Je suis dans le Var ; la ville de Toulon est quand même une grande ville et on n'y arrive pas, justement. Suite aux conseils de l'ARC, je m'étais un peu intéressée au problème, mais je n'arrive absolument pas à savoir comment pouvoir décider quelqu'un à créer cette commission.


Un intervenant

Saisissez le nouveau Maire ; rappelez la loi de 1992 ; écrivez au ministère ; groupez-vous.


La même participante

C'est très important, parce que c'est une ville qui est particulièrement concernée, et je ne sais pas comment faire, parce qu'on se sent un peu démunis devant ce problème qui paraît énorme.

M. Marcovitch

Comme on vous l'a dit, il faut vous adresser à la mairie, et peut-être que le changement de municipalité sera un facteur favorable pour créer une commission. Et éventuellement au préfet si le maire ne vous donnait pas satisfaction, en lui rappelant les obligations légales.


Mme Rigaud

Il y a une obligation, mais il faut rappeler qu'il n'y a pas de sanction prévue aujourd'hui. Peut-être que la loi sur l'eau le prévoira. C'est vrai qu'on a certaines commissions qui fonctionnent, et c'est tant mieux, cela donne l'exemple, mais les contextes locaux sont très, très différents. Le rôle de l'usager est essentiel. Il faut reconnaître qu'un élu de mauvaise volonté, cela bloque souvent un peu tout. Il faut aussi rappeler, puisque M. Philippe disait que les débats étaient publics, que le rôle de l'usager et la pression qu'il exerce sont fondamentaux.

Mais méfiez-vous, ces commissions fonctionnent sur des règlements intérieurs, et c'est rare qu'elles soient publiques. Moi, en tant que chercheur, une fois, je devais assister à une commission, c'était dans le chauffage urbain ; finalement on a jugé - alors que j'avais rencontré tous les interlocuteurs de manière séparée, sans aucun problème - que ma présence risquait de générer des débats houleux ou autres, et on m'a demandé de ne pas venir. C'est loin d'être public pour des raisons qui peuvent se comprendre.


Un participant

Je rejoins cette dame qui s'est exprimée sur les problèmes rencontrés avec la ville de Toulon.

Nous, nous sommes une commune de près de 30 000 habitants. Il y a eu une tentative, il y a quelques années, non pas de formation d'une commission, parce que le mot serait un peu fort, mais une tentative de petit groupe d'action à ce sujet. Cela a été enterré d'une façon sublîme par la municipalité. Je dois dire qu'à l'occasion des nouvelles élections, la question est remise à l'ordre du jour, mais ce que je crains très sincèrement, c'est que la commission qui doit arriver à se former, rencontre auprès de la municipalité beaucoup de difficulté ; par ailleurs, on va sûrement, je le redoute infiniment, être noyés de documents, ou enterrés, enfin on va être bloqués, on va tout faire pour empêcher la commission d'être efficace.

Voilà ce que je pense hélas. Mais il faut effectivement quand même tenter l'aventure.


Bruno Dhont

Absolument. Mais faites attention à vos mots : vous dites "noyés" ou "enterrés", il faut choisir. Ceci dit, le pire n'est jamais sûr...


Un participant

Juste une petite précision à apporter. Moi, en tant que juriste et ancien chercheur de l'université de Paris 1, je travaille sur une question qu'on a un peu tendance à oublier ici en matière de droit à l'information des usagers. Je ne reviendrais pas dessus. Comme l'a dit le président Bréban, c'est un droit de la troisième génération, c'est un principe général du droit : l'information de l'usager.

Mais en matière de service public, il y a quand même quelque chose que vous oubliez : vous vous heurtez à la règle fondamentale reconnue par la CADA et consacrée par le Conseil d'État, qui concerne le secret en matière industrielle et commerciale. Autrement dit, le droit à l'information, je suis tout à fait pour, et comme je l'ai évoqué ce matin, il ne peut pas y avoir de partenariat équitable entre usagers et administrés, entre usagers et délégataires, s'il n'y a pas de communication. On ne reviendra pas là dessus, droit à l'information, droit à la communication sont pour moi, en tant que juriste et en tant que délégataire, droits inaliénables et sacrés, un peu comme la propriété.

Maintenant, le secret en matière industrielle et commerciale va forcément se heurter à vos demandes.

Si vous avez des demandes qui concernent la gestion d'un service public, qu'il s'agisse d'eau et d'assainissement, ne serait-ce que la passation d'un avenant, eh bien, il y a une jurisprudence récente du tribunal administratif de Rennes qui a refusé de donner droit à une association - pourtant l'effort était louable, en savoir un peu plus sur la gestion - parce qu'il y a ce secret industriel et commercial. Et la loi du 12 avril 2000 qui s'appelle loi d'amélioration des relations entre l'administration et l'administré, ne fait rien d'autre en son article 21, que de reprendre cette idée de secret industriel.

Cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas s'adresser directement à la Collectivité, et même pour tout vous dire, moi je renvoie systématiquement sur la collectivité, mais les entreprises ont, comme l'usager, des fonds à défendre, des idées à défendre, et certaines données commerciales et industrielles ; et vous donner certaines informations ou échanger certaines informations, remettrait forcément en cause un principe qui est celui d'une activité industrielle.

Ce que je veux dire, c'est : effectivement il y a un droit à l'information, un droit à la communication, qu'il ne faut pas tempérer, qui doit exister, qui doit être mis en œuvre avec tout ce que cela implique, mais je pense que, comme tout principe, il faut le relativiser.


Un participant

Vous parliez d'un avenant tout à l'heure. Cet avenant a dû être voté en Conseil municipal. Les conseils municipaux, par principe, sont publics. Où est le secret ? Il suffisait qu'il le demande à la collectivité et c'était public ; au Bulletin Municipal Officiel il trouvait le contenu de l'avenant. Donc, le secret est très relatif.


Un participant

Petite question concernant les agences de bassin. Vous avez expliqué, M. Marcovitch, à quoi servait l'argent que nous envoyons aux agences de bassin. Je l'ai parfaitement compris. Pourquoi alors, une même agence de bassin facture-t-elle aux abonnés des sommes totalement différentes suivant les communes ? J'ai des exemples très précis, cela va, pour la même agence de bassin, de 1,46 F. le mètre cube jusqu'à 3,61 F. Pourquoi ces différences ? Cela devrait être, à mon avis, le même taux pour tous. Tous les usagers devraient être égaux. J'aimerais avoir quelques explications sur ces différences de prix que facture la même agence de bassin aux différentes communes.


Bruno Dhont

Y a-t-il une agence dans la salle ?


M. Marcovitch

Vous pourriez demander au président Guellec de répondre. La réponse est claire. On va lui donner la parole. Ce n'est pas moi qui anime les débats mais il faut quand même profiter de sa présence.


Le président Guellec

Je vais soulager le président de séance pendant un petit moment. Je ne préside pas l'agence, je préside le Comité de bassin.

D'abord, je veux dire que les agences de l'eau, elles ne s'appellent plus les "agences de bassin" depuis une dizaine d'années, mais c'est un peu comme les anciens francs, c'est très dur de passer De l'ancien au nouveau, et je ne parle pas d'euros !

En réalité, les agences ont été mises en place, cela a été très bien dit par M. Marcovitch, pour assurer des fonctions précises pour lesquelles elles doivent avoir des ressources, et les ressources proviennent exclusivement des usagers de l'eau sur leur territoire. Cela les distingue absolument des impôts généraux que nous connaissons au niveau de l'état, mais aussi de nos collectivités locales.

Donc, les agences redistribuent l'argent qu'elles prélèvent auprès des usagers de leur bassin.

On pourrait dire : "Il faut que ce soit pareil pour tout le monde". À ce moment-là cela voudrait dire qu'on prélève exactement de la même manière auprès de tout le monde et qu'on réattribue de la même manière auprès de tout le monde.

C'est un grand débat qui a eu lieu a différentes reprises dans notre pays. Je crois qu'il a toujours été tranché, en tant qu'élu local je le dis clairement, en faveur d'une différenciation selon les situations que l'on rencontre pour le prélèvement, et bien sûr, que l'on rencontre pour les actions, soit de prévention, soit curatives, en matière d'eau, qu'il s'agisse de quantité ou de qualité.

Cela veut dire effectivement que, dans un même bassin (Loire-Bretagne où je suis) qui fait 30% du territoire national, je peux vous dire qu'entre le mont Gerbier-de-Jonc et la pointe de Bretagne où j'habite, il y a de très grosses différences.

Nous avons des objectifs, des problèmes qui ne sont, ni les mêmes, ni même parfois de même nature. Eh bien, à partir de là, et c'est pour ça d'ailleurs qu'il y a cette concertation au sein des institutions de bassin, on détermine des formules de redevances différenciées selon les problèmes auxquels on a affaire. Et je crois que cela ne marche pas si mal que ça.

La vraie question qui se pose, et c'est un peu l'objet de votre table ronde d'aujourd'hui, est me semble-t-il : comment arriver à le faire comprendre à tout le monde et comment faire passer l'information ? Nous avons, nous, je crois, quelque chose comme 13 millions d'habitants sur le territoire du bassin. Si les 13 millions devaient lire le rapport d'activité de l'agence tous les ans (ha ha ha), d'abord, il faudrait détruire la totalité des forêts françaises pour élaborer les documents papier pour cela. Ce n'est pas possible. Là on a une difficulté terrible. Nous sommes en démocratie représentative, c'est-à-dire que tout le monde ne peut pas être au courant de tout. Donc, le citoyen fait confiance à des gens qu'il estime qualifiés pour le représenter, et contrôler, et prendre la décision aussi. On est là pour ça.

Il est vrai aussi, que certains débats que j'ai entendus récemment, m'amènent à me demander si c'était bien la peine d'aller voter dimanche dernier et le dimanche d'avant ! Parfois, on s'interroge quelque peu...

Il me semble que dans un pays comme le nôtre, tout est dans l'équilibre, et c'est ce à quoi nous nous attachons en permanence au sein de notre comité de bassin, et en donnant donc, les orientations nécessaires aux agences.

J'ajouterai encore une petite chose sur ce plan-là. La loi sur l'eau telle qu'elle se prépare, prévoit un encadrement sur le plan des moyens financiers des agences, nettement plus important que celui que l'on connaissait jusque là, avec en particulier la définition de zones dans chaque bassin où les redevances vont aller, admettons, de 1 à 3 selon les problèmes que l'on rencontre.

Je fais partie de ceux qui considèrent que des directives nationales trop rigides vont à l'encontre de l'appropriation par les usagers eux-mêmes, par les citoyens disons, de ces problèmes et donc, à l'encontre de l'intérêt qu'ils peuvent y porter.

Parce que s'il y a un cadre rigide déjà prédéterminé, ils se diront : "Ce n'est pas la peine que je m'en occupe puisque tout est déjà fait". On dira : "tout est fait au dessus de nos têtes, on n'a rien à dire", etc.

Je me permets de faire cette petite incidente, il est encore temps d'éviter que nous soyons corsetés excessivement, mais je crois que jusque là, le dispositif marche pas mal, mais avec la grosse question qui reste complètement ouverte, de la diffusion de l'information au niveau descendant et de la remontée des observations, des réflexions, voire des protestations que peuvent émettre chacune et chacun d'entre nous.


Un participant

Je vous remercie de votre réponse Monsieur. Une petite précision quand même, c'est que faisant partie d'une association d'usagers, on avait trouvé que cette agence de bassin dont nous dépendons nous faisait payer un peu trop cher et, en particulier, elle nous calculait son appel de cotisations sur une formule binôme que nous avons estimée inadmissible.

On lui a écrit deux fois par lettre recommandée, on n'a jamais reçu de réponse. Mais on a eu quand même la bonne surprise, au bout de six ou huit mois, de s'apercevoir que nos factures d'eau avaient diminué sur le plan de la pollution et que ce que nous facturait l'agence - ça a changé de nom mais peu importe - avait baissé de prix en supprimant la formule binôme, représentait une baisse de prix de 30% ! Je précise 30% de baisse.

On se demande où sont passés les 30% supplémentaires qu'on a versés pendant de nombreuses années.


Bruno Dhont

On ne va peut-être pas engager un débat. Merci de ce témoignage.


M. Duchesne (Ministère de l'Environnement)

Je confirme. En théorie, les redevances des agences de l'eau sont calculées proportionnellement au nombre de mètres cubes consommés. On a néanmoins eu quelques remontées d'informations sur de petites communes où il a pu y avoir, à un moment donné, une tarification binôme, mais en général tout est rentré dans l'ordre.

Je voudrais apporter une précision concernant la question : "Faut-il oui ou non mettre des sanctions s'il n'y a pas instauration des commissions consultatives ?". Le ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement a fait le constat qu'on a tous fait, qu'il y avait très peu de commissions en place.

Comment essayer de faire en sorte qu'elles s'instaurent ? On en a fait un point de passage obligé, en obligeant à ce qu'un certain nombre de documents clés soient soumis pour avis à ces commissions, mais par contre, il n'était pas de la compétence du ministère d'aller proposer qu'on révise, non seulement les moyens d'organisation de ces commissions, mais encore les sanctions éventuelles en cas de non mise en place, en fait. Là on est sur un cadre beaucoup plus large qui touche tous les services publics locaux et pas seulement ceux de l'eau et de l'assainissement. En ce qui concerne ce problème, j'avoue que c'est plutôt le ministère de l'Intérieur qui est compétent.

Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, il y a un projet de loi sur la démocratie de proximité qui devra apporter un certain nombre d'éléments sur la composition de ces commissions, leur périodicité, etc., puisque c'est vraiment important, la question des moyens - question importante, pas uniquement pour ces commissions, mais pour l'ensemble du milieu associatif -. Ce seront aussi des thèmes qui seront évoqués lors du passage de la loi sur l'eau au Parlement évidemment.


Bruno Dhont

Merci. Un petit mot qu'on m'a transmis, m'indique que Monsieur Chassandre a été retenu par Madame Voynet, il ne viendra pas. On espère qu'il a été retenu pour écrire la loi sur l'eau, ou la réécrire sous la dictée des participants et intervenants à ce Colloque, ce serait très bien. Enfin, bon. Le ministère de l'Environnement était bien représenté et nous avons eu les réponses à nos questions.

Pour éviter de finir trop tard et comme il y a encore cinq interventions sur les économies d'eau, on va peut-être arrêter cette table ronde-là. Prenez cinq minutes pour vous détendre et on recommence vraiment dans cinq minutes pour finir cette journée très riche.

 

 


4ème TABLE RONDE


COMMENT FAIRE DES ÉCONOMIES

D'EAU EN HABITAT COLLECTIF ?

Cette dernière table ronde n'est pas la moins chargée, il va y avoir plusieurs intervenants.

On remercie donc Monsieur Ambroise Guellec, ancien ministre, vice président du Conseil régional de Bretagne, d'être venu. Pour nous, Monsieur Guellec a été, très, très longtemps le député le plus intelligent, parce que c'était le seul qui parlait de l'eau comme on aurait souhaité en entendre parler plus souvent. C'était le référent, à l'ARC. Bien sûr il y avait aussi M. Marcovitch ; mais, lui, il était très près, alors que M. Guellec était un peu plus loin, ce qui nous touchait plus.


Je vous présente par ailleurs, comme intervenants, Monsieur Duchesne du ministère de l'Environnement ; Madame Aissaoui du Bureau d'Étude TEC-HABITAT ; Monsieur Dartout de l'Agence de l'Eau Seine Normandie ; Monsieur Jouvent d'APOGÉE qui va commencer les débats parce qu'il est très pressé, il doit nous quitter juste après son intervention.

M. Guellec lui cède gentiment sa première place pour qu'il puisse nous entretenir de son sujet. Merci.

Monsieur JOUVENT

Directeur d'APOGÉE

Le sujet est donc celui de la maîtrise des charges liées à l'eau. Je vais simplement, en une dizaine de minutes, traiter de points qui retracent l'expérience d'APOGÉE dans ce domaine. Je vais rappeler l'importance des charges d'eau dans les charges du logement.

Qu'est-ce qu'Apogée ? Apogée c'est une association de propriétaires et de gestionnaires de patrimoine immobilier, qui regroupe actuellement environ 200 organismes qui sont tous propriétaires ou gestionnaires de patrimoines immobiliers, des organismes HLM, offices ou SA, des gestionnaires privés, des entreprises utilisatrices de locaux, des villes, des ministères pour leur patrimoine immobilier. Le but de ces 200 organismes c'est d'essayer de perfectionner le management immobilier, tout ce qui concerne la construction et la gestion du patrimoine.

Parmi les thèmes du management immobilier, il y a donc la maîtrise des coûts d'exploitation et la maîtrise des charges.

APOGÉE est chargée, depuis 1973, d'un outil statistique qui s'appelle l'Observatoire national des charges d'habitation, et nous publions tous les ans un rapport qui permet d'avoir un suivi des charges au niveau national, tant au niveau locatif qu'au niveau de la copropriété. Je n'en dirai pas plus, puisque ce n'est pas vraiment l'objet de la séance de présenter en détail Apogée.

Importance des charges d'eau dans l'ensemble des charges

Tout d'abord un petit flash sur les charges d'habitation en 2000. C'est un petit graphique qui n'a pour prétention que de donner une idée des charges d'un logement type de 65 m2 en copropriété, en considérant l'ensemble des postes de charges.

De gauche à droite on retrouve les taxes municipales, essentiellement d'ailleurs la taxe sur la loge du gardien, les autres taxes, en général, arrivent directement chez les copropriétaires ; l'eau froide s'élève à 2462 F. par logement ; le combustible chauffage et eau chaude représente 3766 F. ; ensuite l'exploitation de chauffage : 249 F. ; les espaces verts 570 F. ; . le gardiennage : 2045 F. ; entretien courant 837 F. ; les grosses réparations, en moyenne 893 F. ; les assurances 394 F. ; et puis les honoraires de syndic et frais liés à la gestion : 982 F.

Ce sont des francs TTC pour un logement moyen de 65 m2 en copropriété,

Cela veut dire, en clair, que l'eau froide est le deuxième poste de charges. Dans certains cas, puisque j'entendais parler de Toulon, c'est le premier poste de charges, les charges de chauffage étant plus basses dans les régions méridionnales.

Comment essayer d'y voir clair ? Eh bien, faire ce qui s'appelle un tableau d'évaluation des charges ou pré diagnostic de charges.

C'est simplement l'équivalent pour les charges d'habitation, d'une analyse de sang qu'on fait dans un laboratoire.

C'est-à-dire que vous avez un certain nombre d'indicateurs, les mêmes que ceux dont je parlais tout à l'heure, c'est-à-dire les taxes municipales, l'eau, le combustible chauffage, etc. ; puis on va examiner le cas de votre immeuble par rapport aux moyennes de référence.

De même que dans votre analyse de sang vous avez le taux de cholestérol pour vous, et vous avez la fourchette habituelle, eh bien là, on fournit la référence. Si je prends au hasard le cas de l'eau, on se situe ici (exemple d'un immeuble étudié) à 43,22 F. (ce sont des francs par mètre carré habitable) ; l'estimation qui est faite en fonction des caractéristiques de cet immeuble aurait dû donner le chiffre de 21,85 F., ce qui fait une différence de 21,37 F., soit quand même 98% d'écart relatif.

Cela mérite donc quatre étoiles, c'est l'inverse des hôtels : l'hôtel, plus il y a d'étoiles mieux c'est. Là, c'est donc l'inverse, plus il y a d'étoiles, plus ça mérite une attention particulière ; ce qui veut dire que pour cet immeuble, eh bien il y a, a priori, un écart de 21 F. par mètre carré et par an par rapport à la moyenne, ce qui fait d'ailleurs qu'au total, pour cette copropriété-là, on se trouve à 265 F. par mètre carré, contre une référence à 170,47 F. Donc 55% de plus.

Voilà donc l'outil de pré diagnostic. Chaque fois qu'il y a des étoiles, on analysera ensuite plus finement ce qui se passe dans l'immeuble, et l'on s'apercevra qu'il y a des causes réelles et sérieuses de ces anomalies.

Si l'on complète l'analyse, notamment pour l'eau, on trouve un sous-détail. On voit que pour le prix unitaire on est, effectivement, exactement dans la référence ; par contre la consommation d'eau est tout à fait anormale, puisqu'on se retrouve avec une dépense d'eau réelle en mètres cubes par mètre carré de 2,69 contre une moyenne de 1,36. Il y a donc manifestement quelque chose d'anormal, quelque chose qui est à corriger.

On va donc maintenant analyser plus à fond les causes possibles.

Parmi les causes, il peut y avoir des fuites, apparentes ou enterrées. Les pires sont évidemment les fuites enterrées, personne ne s'en aperçoit et cela représente des consommations étonnantes.

Parmi les moyens de réduire les charges, il y a la maintenance/entretien des robinetteries, dont on va parler un peu plus à la fin de mon exposé. Il y a aussi la modification des équipements, puisqu'on sait qu'il y a un certain nombre d'équipements qu'on appelle hydro-économes, dont les chasses d'eau, les dispositifs de robinetterie, etc. etc., je n'insiste pas.

Il y a les actions relatives au comptage, et j'ai vu, en arrivant, un petit guide très intéressant fait par l'ARC, qui traite beaucoup de ces problèmes-là.

Il y a aussi les actions relatives aux abonnements, la problématique de l'abonnement individuel.

Il y a l'information des usagers, puisqu'on ne fait pas suffisamment d'information, sauf en région Bretagne où il y a eu beaucoup d'efforts de formation des usagers, des petits aux plus grands.

Ensuite, il y a l'organisation de la gestion.

Voilà un échantillon de solutions. Regardons ce que peut apporter la maintenance.

Je vais reprendre les chiffres que j'ai cru apercevoir tout à l'heure dans certains de vos documents.

. Le robinet goutte à goutte, c'est 5 litres par heure. Ça ne fait que 5 litres par heure mais ç'est quand même 44 mètres cubes par an., c'est-à-dire au coût moyen de 15 F. par mètre cube = 660 F. par an.

. La fuite de chasse : en moyenne 40 litres par heure, 360 mètres cubes par an et une facture de 5250 F. par an, si l'on ne fait rien, bien sûr.

Est-ce que ces fuites existent ? Est-ce seulement chez le voisin ?

Eh bien, les fuites existent. Nous avons fait une analyse, en liaison avec la Parisienne des Eaux, en faisant une analyse des consommations et des comptages toutes les 6 minutes dans des immeubles différents ; et il est intéressant d'analyser ce qu'on appelle le débit de nuit, c'est-à-dire de vérifier à un moment où, en principe, il n'y a aucune consommation, si le compteur continue à tourner ou pas.

Prenons un exemple : le débit de nuit après compteur s'élève à 88 litres par logement, soit 32 mètres cubes par an pour une consommation totale de 290 litres par jour et par logement, donc 105 mètres cubes par an, soit un débit nocturne de 30% environ.

Cela veut dire que les fuites sont la première utilisation de l'eau, si l'on peut dire, et ça c'est le cas de nombreux immeubles.


Objectif de la maintenance : réduire les fuites, assurer une meilleure pérénité des installations, assurer un meilleur confort des utilisateurs, ce qui signifie : réduction des nuisances sonores des bruits de chasse, des écoulements, etc., réduction aussi du nombre des dégâts des eaux, puisque quand l'installation est surveillée, eh bien, il y a effectivement un moindre taux de sinistres. D'où l'idée d'essayer de rationnaliser cette maintenance des installations de robinetterie.

L'AFNOR a mis en place, dans les deux dernières années, un groupe de travail, que j'ai eu l'honneur de présider, sur cette norme de maintenance de robinetterie corrective et préventive, avec un service complémentaire de gestion des consommations d'eau ; c'est la norme NFP 40-500, c'est une norme de service qui rationnalise les actions de maintenance de robinetterie.


Quels sont les sujets traités dans cette norme ?

On donne tout d'abord un domaine d'application : qu'est-ce que la robinetterie ? À quels types d'immeubles cette norme s'applique-t-elle ? Le logement locatif, la copropriété, mais aussi d'autres types d'immeubles, y compris les immeubles de bureaux ou des résidences de vacances ?


Quelles sont les références aux autres normes qui existent déjà ?

Il y a, en matière de maintenance, un certain nombre de travaux qui ont été faits par l'AFNOR. Les définitions : qu'est-ce qu'un syndic, qu'est-ce qu'un conseil syndical, qu'est-ce que l'assemblée des copropriétaires, qu'est que le prestataire, qu'est-ce que le gestionnaire, qu'est-ce qu'un gardien ?


La typologie des services

En base, la maintenance de robinetterie ; en option, une assistance à la gestion des consommations d'eau.


Les spécifications du service et les moyens pour réaliser le service

On va y revenir dans un instant. Les moyens humains et techniques qu'on exige du prestataire qui va faire cette action de maintenance. Également les principales dispositions d'organisation de la qualité.

Voilà la structure de cette norme qui représente une trentaine de pages.

Cela veut dire que le service se trouve être bien normé, bien balisé. Sont traités dans la norme la phase de contact préalable entre le prestataire et puis la copropriété, soit le syndic, soit le conseil syndical, dont les contactables.

Ensuite, la phase de préparation de l'offre de service. Comment le prestataire va-t-il formuler son offre ?

La vente, donc la signature du contrat entre le prestataire et la copropriété.

Et ensuite, toutes les phases de réalisation, donc la prise en charge initiale.


La maintenance préventive : comment est-elle faite ? Réponse : une visite minimum tous les ans, par exemple. La maintenance corrective : sur quels types de déclenchement ? Et puis comment mesure-t-on la satisfaction ou la non satisfaction du client ?

Pour chacune de ces phases, il y a donc ce qu'on appelle des éléments de service : le contenu et l'utilité de l'élément de service. Par exemple, en matière d'information des copropriétaires, qu'est-ce que l'élément de service, qu'est-ce que c'est que faire une bonne information des copropriétaires ? Le niveau de performance, par exemple, pour la visite préventive, quel taux minimum de logements visités impose-t-on ? Est-ce 70%, comme ce qui a été pris ici en base ? Est-ce 75%, 80% de taux de logements obligatoirement visités tous les ans par visite préventive ?

Et puis, description des moyens pour réaliser le service. Comment le prestataire s'y prend-il ? On trouve un certain nombre d'éléments en annexe.

Il y a au total 5 annexes.

o Première annexe A : la liste des questions-type du prestataire au gestionnaire, permettant de préciser l'expression du besoin du client.

o Annexe B : guide d'élaboration de l'étude technique ; comment le prestataire va-t-il élaborer son étude technique ? Il ne va pas vous faire un prix et vous proposer un contrat sans être venu voir l'immeuble, cela paraît logique.

o Annexe C : c'est l'aide à la rédaction du contrat.

o Annexe D : c'est le contenu type des plaquettes et affiches d'information.

o Annexe E : ce sont les actions de maintenance où des périodicités qui ont été indiquées pour chaque intervention de maintenance. I et N, qu'est-ce que ça veut dire ? "I", ça veut dire que l'annexe est simplement informative. La norme indique cela pour simple information, alors que le "N", c'est l'annexe normative, c'est-à-dire qu'en particulier les actions de maintenance sont normalisées, et notamment leur périodicité. Et puis le contenu des fiches plaquettes et affiches d'information, sont également normalisées.

Est-ce que cela marche ?

Réponse : a priori oui.

Voilà une analyse qui a été faite sur 7400 logements - 70 immeubles. Vous avez sur cet ensemble de logements, l'action de la mise en place de contrats de maintenance de robinetterie. Vous voyez 18,2% de baisse la première année. Au bout de 2 ans 21,5%.

On retrouve ceci de façon relativement systématique, et donc on peut en conclure qu'il est utile de faire de la maintenance de robinetterie.

Merci.


Bruno Dhont

Merci Monsieur Jouvent.

J'apporte une précision, vous savez qu'à l'ARC nous sommes plutôt des militants du comptage et pas des fanatiques des contrats d'entretien de la robinetterie, à notre avis moins responsabilisants. Ceci dit, ça existe. Cela ne nous a pas empêchés de travailler, au sein de la commission qui a mis en place cette norme, pendant 2 ans, et nous avons d'ailleurs été une des rares associations très assidue, encore une fois, bien que ce ne soit pas entièrement notre tasse de thé. Mais il en faut pour tous les goûts, pour tous les objectifs de gestion. C'est un moyen comme un autre d'obtenir des économies, M. Jouvent vient de le rappeler.

Monsieur Jouvent nous dit que c'est une norme qui n'est pas "Apogée" mais une norme AFNOR, donc disponible à l'AFNOR. Ceci dit, je vous conseille de photocopier les normes AFNOR. Il faudrait mettre ça sur Internet.

Je passe maintenant la parole à Monsieur Guellec.


Monsieur GUELLEC

Ancien ministre

Président de la Commission parlementaire
sur les économies d'eau


Je crois qu'il ne s'agit pas d'opposer la robinetterie et le comptage. Ce qu'on peut faire c'est la robinetterie et le comptage, je crois que ce sont les deux éléments d'une même problématique, bien sûr.

Pour ma part, si vous le voulez bien, je ne suis pas un spécialiste dans le détail de ces questions, et je voudrais plutôt vous faire état de mon expérience, un peu de parlementaire, un peu d'élu local et régional, et aussi de responsable d'un comité de bassin - on l'a évoqué tout à l'heure - et vous dire pourquoi cette question d'économie nous a tant intéressés en Bretagne, où l'on évoque, en général, beaucoup plus les excès de la météorologie que les insuffisances dans les ressources en eau.

Eh bien, c'est parti il y a une bonne dizaine d'années, d'une réflexion que nous faisions sur ce que l'on appelle le schéma régional d'alimentation en eau potable. Régulièrement, nous remettons l'ouvrage sur le métier, nous essayons de voir comment accorder les investissements que nous faisons aux besoins qui sont exprimés, et j'avais été assez surpris, à l'époque, de constater que les cabinets spécialisés dont on s'était doté pour évaluer les choses, fondaient tout sur une augmentation indéfinie des consommations d'eau.

Il devait être inscrit dans le marbre que, tous les ans, la consommation d'eau augmentait de 3-4%, voire un petit peu plus. On avait donc des courbes qui devenaient très vite exponentielles, alors même que des exploitants avaient appelé mon attention, et celle de quelques autres, sur une véritable stabilisation des consommations, due au fait que les usagers étaient déjà soucieux du montant final de leur facture.

Cela nous a amenés à opérer un infléchissement en profondeur des hypothèses qui étaient prises en compte et, à partir de là, nous nous sommes dits que ce n'était pas le tout de prendre de nouvelles hypothèses, mais qu'il faudrait les tenir.

Cela a eu des incidences énormes. Parce qu'à l'époque on évoquait, bien sûr, de grands ouvrages de retenue d'eau, donc des grands barrages, qui posaient des problèmes de toute nature, et d'abord des problèmes de coûts bien entendu, et nous avons été amenés à revoir de fond en comble les hypothèses de départ, et donc également le cheminement opéré et, à partir de là, à effectuer des économies massives sur ces grands ouvrages qui étaient présentés comme inéluctables.

J'ai eu l'occasion, un peu plus tard, cela se passait en 96, de produire un rapport parlementaire sur le problème de l'eau, à l'époque où l'on disait aussi qu'il était inéluctable, fatal, que les factures d'eau augmentent de 10% tous les ans. C'était quasiment un slogan à l'époque, qu'il fallait doubler le prix de l'eau et que les choses iraient mieux dans notre pays.

Cela m'avait suffisamment choqué pour m'inciter à faire un rapport. Je me disais qu'il allait garder une allure confidentielle. Eh bien, non, il a beaucoup intéressé ; j'y pariais sur la capacité de maîtriser le prix de l'eau - je parle là de l'eau potable - et c'est un peu ce que nous constatons maintenant.

Dans ce rapport il y avait un certain nombre de notations sur les moyens à mettre en œuvre. M. le directeur c'est peut-être à cela que vous faisiez allusion tout à l'heure, parce que ce n'était pas très banal de dire à l'époque que "Il fallait s'attaquer au problème de la distribution d'eau dans les immeubles collectifs, et notamment, avoir le comptage individuel".

Il nous semblait que c'était la seule bonne méthode de gestion, avec, je dirais, un triple but : tout d'abord tout ce qui a été dit sur la transparence tout à l'heure ; ensuite la responsabilisation des usagers dans le contrat qui est passé entre lui et celui qui lui apporte le service et, enfin bien entendu, du côté de la collectivité responsable, les économies d'eau indispensables.

Et puis, dans le même temps à peu près, puisque la réflexion avait pas mal avancé, nous nous sommes attaqués dans la région Bretagne, à un vaste programme d'économie d'eau, négocié, contractualisé avec les principales collectivités et les principales villes : Rennes, Lorient, Brest, Quimper, etc., ainsi que d'autres, de moindre importance.

Nous avons monté de cette façon un dispositif, dit de "villes pilotes", avec un financement, principalement du Conseil régional de Bretagne, mais aussi de l'agence de l'eau Loire-Bretagne, du ministère de l'Environnement, modestement à l'époque, et bien sûr des collectivités directement intéressées. On a voulu s'assurer qu'elles étaient partantes pour cela.

Donc, dans un premier temps, sept villes, 550 000 habitants.

On a, pour la première année - c'était en 1996 - mobilisé 4000 enfants, pour leur donner de bons réflexes et qu'ils arrivent à les inculquer à leurs parents, puisque vous savez que parfois, c'est dans ce sens que les choses se passent, pour tout ce qui est environnemental en tout cas, ou assainissement ou déchets, je recommande vivement la démarche.

130 00 plaquettes distribuées, des journées publiques d'information, avec intervention massive des média. Nous avons eu des résultats immédiats, et là, mon intervention rejoint directement celle de M. Jouvent sur ce que l'on a pu obtenir comme résultat.

Pour nous, les consommations des collectivités intéressaient au moins autant que celles des particuliers, et on a vu à quel point sur les espaces verts, sur l'ensemble des espaces publics, sur les bâtiments publics, il y avait des gisements extraordinairement importants, mais aussi sur l'habitat particulier, et notamment en habitat collectif.

Je voudrais à cet égard vous faire état d'une action qui a été conduite et que nous avons relatée ensuite dans un document à caractère méthodologique. J'espère qu'il pourra être utilisé bien au delà des frontières de la Bretagne.

Nous avons recensé tous les types d'actions qui paraissaient intéressants, et il y en a eu tout particulièrement sur l'habitat collectif.

Nous sommes partis de deux tours de 43 logements identiques. On en avait pris une qui était toute neuve et où il avait été décidé, dès le départ, d'avoir des systèmes de comptage individuel, et une autre où il fallait, à partir de l'ancien, installer ces compteurs individuels.

On a observé comment les choses se passaient en adaptant des équipements autonomes, en effectuant systématiquement la pose de deux compteurs d'eau froide sur chaque logement, en mettant un régulateur de pression, du matériel économe de consommation d'eau.

On a constaté qu'on avait un coût assez modeste finalement, par logement, d'un peu plus de 1000 F. et que les résultats obtenus, tout de suite la première année, étaient de l'ordre de 34 mètres cubes d'économie par logement, c'est-à-dire 25% de la consommation de chacun de ces logements.

Ensuite, pour savoir si tout s'était bien passé, une enquête de satisfaction, a été faite ; or il n'y a pas eu la moindre observation négative sur ce qui avait été fait. Ce qui nous a amenés, bien sûr, à considérer qu'il fallait réitérer cette démarche.

À l'époque, on n'en était pas encore à l'élaboration, au vote d'une loi, où il serait expressément dit, dans un article, qu'il fallait passer au comptage individuel pour l'eau, comme pour l'ensemble des fluides, puisque pour tout le reste, vous savez que cela est déjà fait ; on anticipait donc quelque peu.

Cette expérience a été décrite dans un document spécial.

Je le dis ici, ce document peut être extrêmement intéressant pour des responsables de copropriété que vous êtes, pour tout responsable de gestion d'équipement collectif.

On le trouve à la région Bretagne bien entendu, puisque c'est elle qui l'a fait. On le trouve aussi à l'agence de l'eau en Bretagne. Je crois qu'en vous adressant à l'une ou l'autre de ces deux institutions, vous pourrez l'obtenir. Ce document a été élaboré, bien entendu, avec le soutien actif du ministère de l'Environnement, qui nous a accompagnés tout au long de cette démarche.

Maintenant - je ne voudrais pas être trop long dans mon propos - cela fait donc à peu près cinq ans que nous sommes engagés dans cette démarche.

En réalité, le plus dur n'est pas de partir, le plus dur est de tenir, parce que, on est motivé à un certain moment, tout le monde y va et de bon cœur, et puis ça devient répétitif, et ça fatigue.

Alors, il y a tout ce problème de relance de l'action. Ce n'est pas simple, et donc le guide en question sert un peu à ça : la recherche de formules de sensibilisation à caractère pérenne a été aussi importante pour nous.

C'est la ville de Lorient qui en a donné l'idée ; elle avait un dispositif de bibliobus, ce sont ces camionettes qui sont équipées pour distribuer la bonne littérature un peu à tout le monde.

L'un de ces véhicules devait être mis au rebut ; eh bien la ville a eu l'idée asticieuse de dire : "Ce serait quand même bien gênant de perdre ce véhicule, on va le transformer, on va en faire un info-bus pour l'eau". Cela a été un remarquable succès. Cela les a amenés à le péréniser. D'autres villles également on fait la même chose.

Et puis, il y a eu beaucoup d'autres démarches, bien entendu, mais je voulais insister aussi là dessus : rien n'est jamais définitivement gagné, sauf bien sûr que si on met des compteurs individuels là où il n'y en avait pas du tout, il est clair qu'on a fait un saut quantitatif et qualitatif définitif.

Pour ce qui concerne notre région de Bretagne, nous pensons que l'ensemble des économies qu'on peut faire par ce type de démarches, pas seulement sur l'habitat collectif, mais tout ce qui est l'eau des collectivités et bien au delà, représente un gisement que nous pensons être de l'ordre de 15% de la consommation totale d'eau.

Vous ramenez ça à l'échelle d'une région, vous voyez que ça fait quand même un certain nombre de millions de mètres cubes par an. Là encore, on rejoint cette discussion sur les grands ouvrages nécessaires pour assurer la sécurité en alimentation en eau. Il y a des enjeux financiers extrêmement importants.

Ce que nous constatons aussi, au bout de ces cinq ans, c'est pratiquement une stabilisation que, cette fois, nous pensons définitivement acquise, des consommations individuelles. On est autour de 130 litres par jour et par habitant en Bretagne. Nous pensons être en mesure de les tenir, mais je l'ai dit, dans les conditions que j'évoquais tout à l'heure.

Nous constatons aussi avec grand intérêt, que ces préoccupations qui étaient partagées par le ministère de l'Environnement, vont se trouver inscrites, mentionnées dans la prochaine loi sur l'eau - enfin si elle arrive à sortir un peu rapidement, ce que nous espérons - et aussi dans les schémas d'aménagement et de gestion des eaux, que nous mettons en place dans les différents bassins, à la suite des schémas directeurs.

Et puis, nous avons vu aussi avec grand intérêt, à la suite de la démarche régionale, les départements s'y associer, et nous avons eu le plaisir, et j'en terminerai peut-être par ça, d'être distingués tout récemment.

Il y a des prix qui sont attribués à tel et tel opérateur de terrain, collectivités locales, sur différents sujets ; la région de Bretagne a donc été récompensée par le prix Territoria. C'est fait en grande pompe ; c'est le ministre Monsieur Sapin qui nous a remis un territoria millenium à Strasbourg, récemment.

Je pense que nous avons relativement bien travaillé.

Mais, en conclusion, je voudrais dire que, dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres, les faits précèdent très largement le droit, et que les responsables que vous êtes, les responsabilités aussi que vous assumez, font que vous êtes très normalement à côté, bien entendu, des élus du peuple dont je fais partie, parmi les acteurs principaux de ces évolutions, et je crois qu'il ne faut pas hésiter justement, à précéder le droit.

Voilà les quelques propos que je souhaitais vous tenir aujourd'hui, en vous remerciant encore, Monsieur le Directeur, de votre invitation ici au Sénat aujourd'hui.


Applaudissements.


Bruno Dhont

C'est nous qui vous remercions, évidemment.

Vous nous avez expliqué tout ce qui est fait à l'échelle d'une région, et c'est passionnant. Nous sommes bien convaincus - on en parlait d'ailleurs ce matin - qu'il faut beaucoup de volontarisme.

Le compteur d'ailleurs, tout seul, parfois aussi est décevant. On s'est aperçus que l'effet "démobilisation" dont vous parliez - parce qu'on se lasse - eh bien, même avec le compteur, ça existe.

On dit souvent à l'ARC : "Il faut gérer les économies". Cela se gère avec le temps et ce n'est pas des outils statiques qui suffisent. Ils sont au service d'un volontarisme. Un adhérEnt ce matin le rappelait tout à fait opportunément, c'est une question de volonté et d'organisation collective.

Vous avez raison de dire que les responsables que nous sommes anticipent souvent le droit, et on sait l'importance que cela a, d'agir avant que ce soit traduit dans le droit, précisément pour orienter le droit.

Faire bouger et orienter, nous sommes là pour ça.


Monsieur Dartout qui était prévu plus tard, a souhaité prendre la parole après vous. Il représente l'Agence Seine-Normandie. C'est d'une autre expérience dont vous allez nous parler, Monsieur Dartout.


Monsieur Patrick DARTOUT

Chargé de mission de l'Agence de l'Eau "Seine Normandie"


Merci de me donner la parole. Effectivement, j'ai souhaité pouvoir intervenir à ce moment parce que mon propos est dans le droit fil de ce que le président Guellec vient de vous exposer. Loire-Bretagne, l'agence de l'eau et la région ont initié une démarche que nous avons analysée avec nos collègues de la région et de l'agence.

Le problème majeur que vous avez soulevé, M. le président, c'est d'inscrire ces politiques dans la durée. Je crois que c'est ça qui nous préoccupe. On a tous en tête l'expérience des politiques anti gaspi des années 70. L'agence de l'eau a essayé, en son temps, de conduire dans les parties privatives, des politiques qui ont été très, très marginales, c'était avant les années 80. Et depuis, plus rien.

Un gros effort a été fait dans les canalisations d'adduction d'eau potable, dans ce qu'on appelle les parties publiques. Les fuites sont quand même bien maîtrisées, alors qu'il y a une vingtaine d'années, il y avait des coefficients énormes de déperdition. Donc les distributeurs d'eau et les collectivités ont fait un gros effort.

Restent les parties privatives, le domaine privé qui pose un énorme problème.

On s'est inspirés beaucoup des expériences pilote, notamment celle de Lorient, qui a fait l'objet de beaucoup d'éléments, de documents, de colloques. On s'est rendu compte qu'on pouvait faire des choses intéressantes mais on s'est aussi rendu compte que l'énergie pouvait être astucieusement couplée, c'est-à-dire que des actions sur le chauffage et l'électricité pouvaient être couplées à ce qu'on faisait dans le domaine de l'eau.

On a, en Ile-de-France, des expériences intéressantes, à Montreuil notamment, où des expériences dans le domaine de l'énergie ont été mises en place avec une méthodologie très, très comparable.

L'idée qui court à l'agence Seine-Normandie, c'est d'essayer de promouvoir une politique plus globale, associant les économies d'eau, mais aussi les économies d'énergie. On a estimé que c'était un produit plus vendable si le gestionnaire et le copropriétaire ou le locataire se voyaient proposer un programme global de lutte contre les fuites et de lutte pour les économies d'énergie et d'électricité ; c'était, pour nous, une problématique et une façon d'aborder les choses plus intéressantes.

On s'est associés avec l'ADEM - qui est l'agence de l'environnement et de maîtrise de l'énergie, un établissement public comme l'agence, et nous avons actuellement comme projet de coupler nos politiques eau/énergie.

Pour le moment c'est un projet, mais nous avons bien l'intention, notamment en Ile-de-France, avec les communes et la ville de Paris, d'essayer de promouvoir ce type de démarche.


Quels sont les principes ?


o Les grands principes qui sont nécessaires à la mise en œuvre d'une telle politique, c'est la participation active du public et des gestionnaires et le développement du dialogue social et de l'écocitoyenneté. Ce sont de grands mots, mais on ne peut rien faire si l'on n'a pas l'adhésion du public. Si le message ne passe pas et que les gens, les usagers consommateurs, ne s'approprient pas cette démarche, alors rien n'est possible.

On retrouve la politique menée en région Pays de Loire, région Bretagne, sur la sensibilisation des enfants, qui eux-mêmes sensibilisent les parents. Nous le faisons aussi avec des classes d'eau. Les expériences des aquabus aussi, qui sensibilisent le public, est quelque chose de très intéressant.


o Autre moyen : la constitution d'équipes pédagogiques de proximité. Là aussi, il faut se donner les moyens. Je crois qu'on ne peut pas travailler en apesanteur, on ne peut pas travailler par mission un peu "spot", il faut être présents au sein des équipes municipales, au sein des équipes de gestion. La création d'équipes de conseil de proximité spécialisées dans ce domaine doit être envisagée.


o Troisième élément, évidemment essentiel, c'est la mise en évidence des économies réalisées. Le calcul économique a été fait à Lorient, qui montre que 25% à 30% d'économie sont réalisables, ce qui constitue pour tout un chacun, des éléments très appréciables.


o Il y a un quatrième point qui est très important, qui a été abordé par quelqu'un, c'est la sécurisation des flux dans les parties privatives.

Quelqu'un a parlé des dégâts des eaux. C'est clair. Mais je vous signale qu'il y a l'électricité et le gaz. On retrouve là toute une problématique de mise en sécurité et de mise aux normes qui peut être utilement couplée à ce type de problématique.


o Je ne vous parlerai pas du plomb, mais quand même. Vous savez que la directive européenne qui s'applique impose, à terme, 0,10 microgramme par litre. Ceci est une valeur extrêmement ambitieuse, qui va impliquer nécessairement la mise aux normes de la tuyauterie dans les parties privatives.

On ne peut pas se contenter de gérer les parties publiques. Les estimations des coûts de remplacement des branchements sous les parties publiques sont énormes. Les agences de l'eau vont y contribuer lourdement. Si on se contente de ça et qu'il ne se passe rien dans les parties privatives, je pense qu'on sera dans une situation très ennuyeuse.


o Dernier point, non négligeable, c'est une nouvelle activité qui se développe, une nouvelle activité économiquement viable et créatrice d'emplois. Dans le cadre du programme emploi jeunes que je manage pour Seine Normandie, on a ainsi mis en évidence des métiers qui peuvent se pérénniser facilement, qu'on a baptisé "économe de flux" et qui constitue un véritable avenir pour tout un ensemble de jeunes.

L'affaire est prise au sérieux au niveau national, puisque le ministère de l'Emploi et de la Solidarité travaille, avec le ministère de l'Éducation, à l'identification professionnelle de ce métier ; des diplômes sont en cours de définition, avec l'Éducation nationale, sur la base des expériences conduites à Lorient. Il y a là un véritable challenge.

Au niveau national, plusieurs centaines de postes d'économes de flux ont été créés par des associations, par des offices HLM, par des collectivités. Nous pensons que ce sont véritablement des activités qui vont pouvoir se pérénniser, en tout cas les agences de l'eau et le MAT, le ministère de l'Environnement, vont y travailler d'arrache-pied.

Simplement, je vais redire les grands principes des objectifs d'un projet d'économie de flux.

C'est bien sûr la réduction des consommations, mais aussi la formation des usagers et des gestionnaires à ce qu'on appelle les écocomportements, et plus largement l'écocitoyenneté, avec tout ce que ça peut engendrer au niveau du respect des parties communes (il y a toute une théorie sociologique là dessus). Je ne m'étendrai pas, mais on pense qu'effectivement une prise en compte de ce type de préoccupation aboutit à un comportement social ou sociétal, nettement plus intéressant, et que la vie dans les quartiers sensibles peut s'en trouver améliorée.

C'est quelque chose qui est intéressant à suivre.

La mise en conformité des installations dans les parties privatives, et leur mise en sécurité, constituent là un véritable projet qu'il convient de conduire avec vous gestionnaires, mais aussi avec les assurances. On a déjà pris contact avec AXA - groupe d'assurances - qui s'est trouvé très intéressé par la démarche. Vous voyez qu'une stratégie de ce genre peut quand même aboutir à mobiliser énormément d'acteurs.

J'insiste une nouvelle fois sur la notion "d'équipe-projet" qui doit être définie. Là aussi on retrouve, si l'on veut pérénniser les actions, cette nécessité impérieuse d'identifier des équipes au sein des structures de gestion, pour développer cette activité.

Il s'agit d'être présents.

C'est vraiment du conseil de proximité qui doit être développé. Certaines collectivités en sont tout à fait conscientes, notamment à Lorient, puisque les équipes sont installées. Il y a 5 ou 6 personnes qui travaillent quotidiennement avec les gestionnaires de bâtiment et qui apportent leurs conseils permanents. C'est là que les empois jeunes peuvent trouver une porte de sortie intéressante. Nous travaillons sur des programmes de formation permettant d'aboutir à des diplômes, avec de grands organismes comme le CNAM, qui s'investit dans ce type de démarche.


Comment construit-on une démarche ?


Là, l'engagement politique est inévitable. Il faut qu'il y ait au sein de la collectivité, au départ, un élu motivé. Si l'on n'a pas une motivation forte au sien de l'équipe municipale, on n'aboutira à rien.

Ensuite, il faut que les services techniques municipaux s'investissent d'une certaine façon et puissent intégrer des équipes. Le fonctionnement de l'équipe doit être structuré et il faut qu'il y ait une formation adéquate.

Nous travaillons avec l'Éducation nationale, je vous l'ai dit tout à l'heure, à cette notion de formation. Il faut que les modalités d'intervention auprès des particuliers soient bien vues. Il ne s'agit pas que les gens se présentent chez les particuliers de façon anarchique. Il y a un mode opératoire à mettre en œuvre.

Avec tout ce qui s'est passé, avec toutes les expériences qu'on a vécues, il y a effectivement de la matière, mais il faut mettre tout ça en ordre. Je ne sais pas si les normes Afnor en parlent, je n'ai pas l'impression. Par contre, le ministère de l'Aménagement et de l'Environnement a travaillé à ce type d'approche, l'ADEM aussi. De nombreuses expériences ont été conduites, il s'agit d'en faire une synthèse pour déboucher sur un document pragmatique qui soit réellement opérationnel.


Évidemment, le dernier point, ce sont les modalités de suivi et d'évaluation. Quels sont les indicateurs qui permettent de motiver les gestionnaires, les élus, les services techniques et les consommateurs, à poursuivre l'expérience ? Il faut qu'il y ait un suivi sur la base d'indicateurs techniques, économiques, qui soient crédibles, qui soient tout à fait compréhensibles et que les gens se rendent compte que c'est intéressant et que ce n'est pas une politique théorique.

Là il y a aussi quelque chose à bâtir, mais ces indicateurs existent, il suffit de les mettre en ordre, de les vendre, et d'essayer à travers des expériences pilotes, à faire tester ces indicateurs auprès de différentes catégories de population. Je pense qu'on ne réagira pas de la même façon à Montreuil qu'on réagit à Lorient ou à Roubaix. Là, il y a une approche un peu sociologique à bâtir. Cela prendra peut-être un certain temps, mais c'est véritablement quelque chose que nous avons, nous, les agences, l'intention de conduire.

Parmi les partenaires potentiels d'un tel programme, il y a beaucoup de monde. D'un côté c'est une chance, de l'autre côté un handicap, parce que la profusion peu conduire à une sorte de confusion.

Il y a beaucoup de monde : les agences, les régions, les départements, le ministère, l'ADEM, mais les sociétés publiques - je vous signale quand même, que la Lyonnaise, la Saur, Vivendi - sont aussi intéressés par ce type d'approche, notamment vis-à-vis du plomb.

On a des expériences avec le Syndicat des Eaux d'Ile-de-France, vous savez les 144 communes de la banlieue, et nous avons fait en sorte que le Syndicat des Eaux d'Ile-de-France et Vivendi emploient 22 emplois jeunes au diagnostic, essentiellement plomb, dans les parties privatives. Mais on a bien l'intention de faire aussi de l'économie d'eau et de la concertation bailleurs-locataires.

Vous voyez des grands groupes s'intéressent à ce type de problématique. EDF-GDF aussi, pour des raisons évidentes. Tous les organismes chargés de la mise aux normes des installations des parties privatives, notamment les organismes multi-services.

Il y a une batterie d'intervenants potentiels qu'il s'agit d'organiser à travers un projet global, permettant de sensibiliser les bailleurs et les locataires à cette problématique, qui est surtout de rentabliser l'opération et de faire en sorte que ces activités, économiquement, puissent perdurer, en maintenant notamment les emplois, les nouveaux emplois qui ont été créés et qui, je l'espère, vont continuer à se créer, sur la ville de Paris, notamment.

J'espère que l'OPAC de Paris va enfin se lancer dans la démarche. Le nouveau maire a annoncé quand même qu'il créerait 1000 emplois jeunes sur la ville. C'est quelque chose qui a été dit. On espère bien que parmi les 1000, une certaine partie sera consacrée à des expériences de ce genre, notamment avec l'office HLM de Paris.

Vous voyez, on n'a pas forcément toutes les billes techniques et administratives en tête, bien cadrées à travers un document sur papier glacé, nous sommes plus adeptes des expériences pilotes. C'est un peu plus dangereux, mais on a, avec des approches locales, beaucoup à apprendre et ensuite à bâtir une stratégie un peu plus générale.

Voilà l'ambition qu'on essaie de bâtir. Cela peut vous paraître un peu compliqué mais je crois que c'est un peu la rançon du succès, en tout cas, la rançon de la viabilité économique du projet.

J'en terminerai là. Merci de m'avoir écouté.


Applaudissements.


Bruno Dhont

Merci M. Dartout. Juste une petite remarque à faire. Vous avez parlé à trois reprises de bailleurs et locataires. Il y a aussi les copropriétaires, les responsables de copropriété. Il faut sortir de ce langage, excusez-moi, bailleurs/locataires. Il y a aussi des copropriétaires ; à Paris, ils sont 800 000 tout de même. En France, il sont 7 millions et il serait peut-être temps de parler aussi des copropriétaires et, en particulier, des responsables qui sont devant nous.

Voilà. Excusez-moi de m'emporter un peu. C'est juste pour rééquilibrer le propos.

Deuxièmement, je voudrais dire que vous avez listé vos partenaires. Tous, sauf nous. On se sent un peu gênés, d'autant plus, je ne veux pas vanter notre action, mais nous avons quand même créé deux postes d'aquaticiens - c'est un terme assez poétique qui est le pendant du thermicien -.

Ce sont des jeunes qui sont recrutés par l'ARC sous le dispositif emploi jeune, pour commencer, en effet, à aider les adhérents à étudier leurs problèmes d'eau et à chercher des économies. Sur les 10 postes emplois jeunes qu'on a, il y en a donc 2 qui sont consacrés uniquement à ça et nous sommes, nous, demandeurs d'un partenariat réel, éffectif, dès demain.

Je rajouterai qu'on nous avait sollicités sur une expérience sur Cergy-Pontoise, qui n'est pas la dernière ville de l'Ile-de-France, et que nous attendons avec impatience ces expériences dont vous parlez, soit à Cergy mais aussi à Paris demain. Les adhérents sont prêts, les aquaticiens sont là et nous, nous sommes demandeurs. Alors, à votre service.


Applaudissements.


M. Dartout

Juste une petite remarque. Moi, ça fait quand même deux ans que j'essaie d'innover dans le cadre du dispositif emploi jeunes... on a essayé d'être intelligents, pour une fois, et d'inventer ces nouveaux services, nouveaux métiers.

On a tout de suite rencontré, effectivement, l'ARC. On s'est en effet plus appuyé sur les expériences nationales pour essayer de bâtir une stratégie, ce qui n'exclut absolument pas ce que l'on a pu faire avec vous.

Je vous signale que les aquaticiens de Cergy sont cofinancés par l'agence de l'eau Seine-Normandie. Ce sont des gens qu'on connaît, mais c'est clair, on est restés, avec les copropriétés, les associations de copropriétaires, assez .... , je dirais, c'est resté marginal, d'une certaine façon.

On le regrette, et bien évidemment on souhaite amplifier le mouvement ; et le discours que moi je voulais vous faire, c'était vous dire que ça bouge dans le domaine des collectivités publiques, que l'approche nous la souhaitons plus globale, en abordant les questions d'énergie et d'eau. C'est le message que j'essaie de vous faire passer.

Je n'ai pas parlé des déchets, parce que je n'ose pas vous dire qu'effectivement on peut aussi travailler sur le flux solide, qui est le flux du déchet, qu'à chaque jour suffit sa peine, mais qu'on a bien dans le colimateur cette problématique, pour faire, en fin de compte, comme on dit, migrer l'ambassadeur du tri, (vous savez celui qui aide à trier et à comprendre pouquoi il faut trier, vous savez que les expériences sont délicates, notamment à Paris, puisqu'on ne sait pas où mettre les poubelles, c'est un cirque...), de faire migrer donc cet ambassadeur du tri, notamment sur la problématique des déchets toxiques, qui est une problématique que les agences de l'eau, et notamment celle de Normandie essaie de manager.

C'est ça le message qu'on essaie de faire passer et la stratégie qu'on essaie de développer et c'est ça que je voulais vous exposer, tout en sachant qu'on est vraiment au tout départ et qu'on ne peut pas vous dire : "Voilà, c'est comme ça, c'est certain, ça va marcher".

Nous, nous essayons, petit à petit, avec le maximum de partenaires, et vous bien évidemment, d'avancer en bon ordre, ce qui va quand même ne pas être forcément facile.


Bruno Dhont

Non, non, mais on va y arriver. Je reviens sur Cergy, c'est-à-dire qu'on était un peu déçus parce qu'il y avait eu plusieurs réunions, il y a une année, où justement votre approche très globale, très intelligente sur les économies de flux en général, c'est-à-dire chauffage, électricité et eau, avaient été abordées.

Il y avait des élus qui étaient partants, des associations de copropriétaires et de locataires qui étaient partantes. Pour des raisons qui nous ont échappé, cette bonne idée qui était amenée par vous et l'ADEME, n'a pas encore trouvé de traduction.

Ce que je voulais vous dire, c'est qu'on est à votre disposition pour refaire une réunion qui serait une réunion de lancement de ce projet, en effet, très, très intéressant, dans un contexte ville nouvelle, qui est tout de même plus que passionnant.


M. Dartout

Eh bien, écoutez, j'en suis ravi.


Bruno Dhont

Les colloques, ça sert à colloquer !

On continue avec M. Duchesne.

Madame Aissaoui vous avez souhaité intervenir après M. Duchesne, c'est ça ? D'accord. M. Duchesne, c'est donc à vous. Ce n'est pas un manque de galanterie, c'est à la demande de Madame.


Monsieur DUCHESNE

Bureau de l'Économie de l'Eau et de la Programmation

Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Evironnement


Je voudrais tout d'abord souligner l'intérêt de s'engager dans une démarche de maîtrise des consommations d'eau. L'intérêt sur le plan patrimonial, sur le plan économique, sur le plan social.


‚ Sur le plan patrimonial tout d'abord, on allège la pression sur les ressources et on soulage les milieux aquatiques, particulièrement dans les périodes sensibles d'étiage, où l'impact sur l'écologie du système aquatique est au maximum.

Sur ce plan, les consommations domestiques jouent un rôle très important. Une étude réalisée en 1999 par le bureau TEC, qui est ici présent à la table ronde, qui portait sur trois millions et demi de logements sociaux, a évalué un potentiel d'économie d'eau à plusieurs dizaines de millions de mètres cubes par an.

D'un point de vue géographique, le potentiel d'économie d'eau semble être plus important au sud de la Loire qu'au nord de la Loire. Là, on a des éléments tout récents, d'après une enquête que je citais tout à l'heure, de l'Institut français de l'environnement et du ministère de l'Agriculture.

L'enquête porte sur 5000 communes, met en évidence les consommations moyennes par habitant et par an, qui peuvent varier d'un facteur de 2,5, d'un département à l'autre.

Concernant ce point, contrairement à ce que certains prétendent, le coût de l'eau et le prix au mètre cube localement, semble assez déterminant sur les consommations moyennes. On voit bien que là où le prix est le plus élevé, notamment en Bretagne où il est plus élevé que la moyenne, on a des consommations par habitant, bien moindres que dans le sud.

Cela ne concerne pas uniquement les consommations domestiques, mais également d'autres secteurs, comme l'agriculture, l'industrie, et aussi les collectivités, où l'on observe qu'il y a un fort potentiel d'économie. J'y reviendrai.

Comme le soulignait M. Guellec, il est temps de passer d'une politique de développement de l'offre, à une politique de maîtrise de la demande, et arrêter de faire des programmations d'évolution des consommations d'eau toujours en augmentant.

Ça, c'était le point sur le plan patrimonial.


‚ Sur le plan économique maintenant, l'intérêt est évident pour la collectivité qui va pouvoir optimiser ses investissements. Pour les particuliers, la démarche se traduit par un allègement de la facture.

Un bref rappel sur le thème facture d'eau. On en a beaucoup parlé aujourd'hui. La facture d'eau c'est un volume multiplié par un prix au mètre cube, auquel s'ajoute, éventuellement, un abonnement qui, lui, est indépendant de ce volume.

Le prix moyen du mètre cube en 1999 était de 17 F., selon l'enquête qui fait un peu référence actuellement dans le domaine : l'enquête de la DGCC-RF - Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes -.

Qu'est-ce qu'il inclut ? Il inclut le coût de la distribution de l'eau : production, captage, stockage, distribution, et le coût de la collecte des eaux usées, ainsi que diverses taxes.

Ce qui est important, c'est que tous les éléments de cette facture, à l'exception de l'abonnement, sont calculés proportionnellement au volume consommé, y compris les redevances des agences de l'eau, ce qui renforce d'autant plus l'intérêt de la maîtrise des consommations d'eau, puisque chaque mètre cube consommé en moins c'est autant de réduction de la facture.

Une petite précision sur l'évolution de la facture d'eau. C'est vrai que le prix de l'eau a augmenté assez sensiblement au début des années 90. Ce n'est plus le cas actuellement. La dernière enquête de la DGCC-RF que je citais, fait état d'une augmentation, entre 98 et 99, de seulement 1,7% en moyenne nationale. Cela cache localement, néanmoins, des augmentations qui peuvent être brutales et qui sont parfois mal comprises.

J'en ai fini avec le plan économique.


‚ Sur le plan social maintenant. La maîtrise des consommations d'eau permet de contribuer à réduire la dépense des ménages qui sont fortement préoccupés par l'augmentation de la facture, j'en parlais. Ce qui est important aussi c'est - tout en maintenant un niveau au moins équivalent de confort, et on n'en a pas parlé jusqu'à présent - que cela permette également d'intégrer une dimension pédagogique (en particulier en milieu scolaire), de faire participer l'ensemble des acteurs à un objectif commun, d'ouvrir la voie à de nouvelles activités et de nouveaux métiers (M. Dartout vient de nous en parler) et puis, éventuellement, de ramener la "paix sociale" dans certaines cages d'escalier où ont pu se déclarer des guerres de l'eau.

L'intérêt des copropriétaires et de l'ensemble des usagers des services publics de l'eau et de l'assainissement, à s'engager dans cette démarche de maîtrise de l'usage de l'eau, rejoint naturellement l'intérêt du ministère de l'Environnement qui était fort soucieux d'une gestion quantitative de la ressource. Il fallait donc agir.

La première étape a été de sensibiliser les usagers. Cela s'est traduit par l'information, la formation, l'éducation, la participation.

Les actions de sensibilisation, le ministère les soutient depuis de nombreuses années. Cela s'est concrétisé par la réalisation de plusieurs guides sur ce thème. Celui réalisé par l'ARC, que vous avez eu a disposition à l'entrée de la salle, en est un exemple. Il a été repris d'ailleurs par de nombreux organismes, y compris dans les chiffres qu'il livre. Et puis, je crois qu'on peut parler d'un best seller, même si le terme n'est pas approprié pour un document qui est distribué gratuitement, mais en tout cas, c'est un document qui fait référence, même s'il y en a d'autres sur la place.

Le ministère se devait également de montrer l'exemple. Partant du principe qu'avant de prêcher la bonne parole il faut aussi se l'appliquer à soi-même, le ministère s'est engagé dans une démarche qu'il a appelée de "verdissement" de l'administration.

Avenue de Ségur (c'est l'adresse du ministère) la démarche a permis de réduire les consommations d'eau en 1998 et 1999, de 50%. Et 20% de ces économies, selon les gens qui ont suivi ce programme de près, étaient à la portée de nos gestionnaires, sans faire d'investissement particulier.

Cette démarche de verdissement s'étend à présent à d'autres ministères. Compte tenu du patrimoine immobilier de l'État - je rappelle le chiffre de 65 millions de mètres carrés -, le potentiel d'économie se chiffre, là aussi, à plusieurs millions de mètres cubes par an. Il y a d'autant plus d'intérêt à s'engager dans cette démarche qu'il va falloir, de plus en plus, y compris pour les consommations publiques, payer ces consommations, ce qui n'était pas toujours le cas. Le projet de loi a prévu d'y remédier d'ailleurs.

Le ministère de l'Environnement n'est pas le seul, évidemment, à travailler sur le sujet. Le ministère de l'Équipement, des Transports et du Logement qui était ici présent ce matin avec M. Fort, travaille également, étroitement avec nous sur ce thème.

Dès 1998, nous avons monté un groupe de travail afin de lancer, en collaboration avec les agences de l'eau, une dizaine d'opérations pilotes en matière de maîtrise des consommations d'eau, un peu la suite de ce qui a pu être fait en Bretagne et qu'évoquait M. Guellec.

Il s'agit là d'actions concrètes qui complètent les actions de sensibilisation. On a les premiers résultats qui confirment tout l'intérêt de la démarche. Mme Aissaoui vous en parlera plus précisément tout à l'heure.

Le ministère de l'Équipement travaille actuellement avec des bureaux d'études, comme le Centre scientifique et technique du bâtiment, afin de préciser les économies que l'on peut attendre des différents types de matériels hydro économes.

Et puis, les ministères du Logement et de l'Environnement travaillent également en commun, sur un programme de maîtrise des consommations dans le logement collectif social.

La priorité a été donnée aux opérations concernées par les grands projets de ville ou par les contrats de ville. Là, ce sont les DIREN (Direction régionale de l'Environnement), DRE (Direction régionale de l'Environnement), les associations HLM, et les Directions Départementales de l'Équipement avec qui nous travaillons.

Une circulaire conjointe Environnement-Équipement vient d'être signée - précisément l'année dernière - pour organiser la gestion de ces crédits et de ces actions. Elle donne aux services déconcentrés le soin d'instruire, mais aussi de suivre, de synthétiser, d'évaluer les projets, de diffuser les résultats et les enseignements. Des réunions d'information ont lieu périodiquement avec les associations locales et ce, dans les régions concernées.

L'État se mobilise également au travers d'une convention "Solidarité et Eau", une convention qui prévoit un dispositif d'aide aux personnes en situation de précarité, une convention qui - je vois M. Marcovitch sourire - fait suite à une charte qui a été signée en 1996 qui, il est vrai, a été peu appliquée.

La convention apporte un certain nombre de précisions ; elle engage l'association des maires de France, la fédération nationale des collectivités concédantes et régies, les distributeurs d'eau et puis l'État, qui est représenté par le ministère de l'Emploi et Solidarité, à mettre en œuvre des actions d'information, de pédagogie, pour un bon usage de l'eau.

Les solutions proposées pour une meilleure maîtrise du budget de l'eau, c'est tout ce qui est conseil et aide au diagnostic, développement du comptage, etc. Tout ceci est en train de se mettre en œuvre.

J'insisterai sur le rôle des distributeurs d'eau qui, à mon avis, avec la facture d'eau, disposent d'un véritable outil de communication ; on peut d'ailleurs regretter que ce support ne soit pas utilisé comme un outil de communication pour une gestion économe de l'eau, du moins, pas d'une manière généralisée, même si certains distributeurs ont lancé, localement, des opérations en ce sens.

Les autres acteurs pour sensibiliser les usagers sont nombreux, M. Dartout l'a souligné, les agences de l'eau, les régions, les départements, les associations quelles qu'elles soient, les syndics, les copropriétés, les Offices HLM, les bureaux d'étude, et puis d'autres organismes comme l'Office international de l'eau, que je voudrais citer particulièrement, qui était lui aussi présent ce matin, et qui est en train de monter un projet d'un site internet, qui sera un lieu d'échange et d'information sur le thème des consommations d'eau.

La proposition est actuellement à l'étude au ministère de l'Environnement, et elle permettrait la mise en ligne de différentes rubriques.


Les rubriques, je vais en citer quelques unes.

‚ Une première rubrique fournirait des chiffres clés, proposerait des valeurs de référence sur les consommations, les volumes moyens par usage, les volumes de fuites, les coûts, les travaux, les temps de retour, les modes de consommation, l'élasticité de la demande, les fluctuations en fonction des périodes de l'année, etc.

‚ Une autre rubrique concernerait les expériences, avec la présentation d'opérations déjà engagées, voire réalisées.

‚ Une rubrique méthodologique, proposerait - sous forme de fiches - des conseils méthodologiques pour la mise en œuvre d'actions : par où commencer, quelles informations collecter en premier lieu, quelles sont les étapes à suivre, comment engager la communication et la valorisation, quel suivi mettre en œuvre, etc. ?

‚ Également une rubrique documentaire. On trouverait la synthèse de quelques documents de référence, d'articles, d'études.

‚ Une rubrique appelée FAQ, c'est la Foire Aux Questions, indispensable sur ce sujet où l'échange et l'expérience occupent une place particulière.

‚ Une rubrique grand public également ; en effet, même si le site serait, a priori, orienté plus vers les professionnels, donc gestionnaires de collectivités, copropriétés, etc., une information grand public trouverait également sa place, avec une déclinaison éventuelle jeune public ; on a vu l'intérêt de sensibiliser les plus jeunes à toutes ces actions, avec des moyens pédagogiques appropriés.

‚ Enfin, une rubrique liens et contacts. Là, l'idée ce n'est pas de faire un catalogue de fournisseurs, mais seulement de proposer des liens vers d'autres sites internet en rapport avec celui-là et d'indiquer qui contacter sur tel ou tel sujet.

J'évoquais en introduction "La maîtrise des consommations d'eau permetttant l'émergence de nouvelles activités, de nouveaux emplois", je ne vais pas y revenir, parce que M. Dartout en a longuement parlé,

Effectivement en décembre, 5300 jeunes acteurs de nouveaux services qui travaillent dans les métiers de l'eau ont été recensés. C'est quand même un chiffre important, et l'information et l'éducation à l'environnement à laquelle ces nouveaux emplois prennent une part active sont, de l'avis du ministère, des investissements pour l'avenir. Ce sont certainement des facteurs de maîtrise de l'évolution des coûts de la gestion de l'eau et de l'assainissement.

Pour sensibiliser davantage les usagers, leur association au service public de l'eau et de l'assainissement est nécessaire. Il n'y a de gestion durable en matière des consommations d'eau, et pérenne, que s'il peut y avoir association des usagers.

Là encore, on en a parlé à la précédente table ronde, c'est tout le rôle et l'intérêt des commissions consultatives des services publics locaux, sur lesquels je ne reviendrai pas.


La première démarche a consisté donc, à sensibiliser et à associer davantage les usagers à la gestion des services publics de l'eau et de l'assainissement.

Cette étape est maintenant largement entamée. Elle doit être poursuivie et intensifiée.

Pour être plus efficace, cette démarche doit être couplée avec une démarche de responsabilisation des usagers.


Deux points à ce sujet.

‚ D'abord le développement du comptage et puis l'accroissement de la part proportionnelle de la facture d'eau et d'assainissement qui sont deux outils essentiels pour permettre cette responsabilisation.

En copropriété, la démarche de maîtrise des consommations a évidemment d'autant plus d'intérêt que les consommations seront individualisées. On a rappelé tout à l'heure les chiffres liés aux fuites, qui sont également dans la brochure de l'ARC ; pour une chasse d'eau qui fuit, cela peut représenter, à la fin de l'année, jusqu'à 5000 F. de plus sur la facture.

Évidemment s'il n'y a pas d'individualisation des consommations, 5000 F. sur une grosse copropriété cela peut passer inaperçu. Sur un compteur divisionnaire ou individuel, ça passe beaucoup moins inaperçu et le particulier en est directement alerté.

‚ La loi SRU, on en a parlé ce matin, nous offre deux outils : l'assouplissement des règles de majorité concernant le vote des compteurs divisionnaires, et puis des dispositions nouvelles en faveur de l'abonnement individuel.

Ce que je voudrais souligner, malgré ce que prétendent certains détracteurs, c'est que l'efficacité du comptage sur la maîtrise des consommations n'est plus à démontrer.

Je citerai notamment une étude de l'OCDE de 99 qui faisait un état des lieux sur le prix de l'eau dans les pays de l'OCDE, de l'eau à usage ménager. Les chiffres sur le prix de l'eau sont tout à fait contestables. Par contre, il y a un élément très important qui a été mis en évidence dans cette étude, c'est que dans tous les pays étudiés, la mise en place des compteurs et l'application d'un tarif de l'eau proportionnelle au volume consommé, a permis de réduire sIgnificativement les consommations. Avec des différences d'un pays à l'autre mais enfin, c'était une constatation qu'on peut faire sur tous ces pays.

Le projet de loi sur l'eau, on en a parlé également. Il prévoit justement de renforcer l'obligation de comptage et va réaffirmer le principe de la tarification proportionnelle

En ce qui concerne l'obligation de comptage, indépendammment de la loi SRU, il y a une disposition qui figure dans le projet de loi, qui modifierait le code de l'habitat et de la constuction, afin que toute nouvelle construction comporte un dispositif permettant de compter les volumes d'eau. Une rédaction assez souple est prévue pour permettRe la prise en compte des nouvelles technologies dont on a parlé ce matin également.

Ce projet de loi renforce également - M. Patrick Février l'a évoqué - le principe de la tarification proportionnelle au volume consommé ; et puis il interdit la tarification au forfait, qui n'est plus très répandue depuis la loi de 1992, mais qui est encore possible dans un certain nombre de collectivités (des cas assez particuliers concernant des petites communes ou des communes touristiques à fréquentation saisonnière). Donc, cette tarification au forfait serait définitivement supprimée dans un délai de 3 ans.

Le ministère enfin, cherche à évaluer l'impact des économies d'eau sur les services publics d'eau et d'assainissement. On a vu certains services un peu inquiets de voir les volumes d'eau consommés baisser.

Le ministère se préoccupe de ce sujet. M. Chantrel ce matin, a évoqué ce point, la baisse des consommations comme étant une hypothèse d'augmentation du prix de l'eau. C'est quelque chose qui mérite d'être étudié plus particulièrement.

Ce n'est pas l'avis du ministère de l'Environnement, où l'on pense qu'il y a des adaptations possibles dans les services d'eau et d'assainissement. L'on confiera cette année une étude pour étudier les capacités d'adaptation des services aux baisses de consommation et étudier les impacts éventuels en ce qui concerne le prix de l'eau.

Un petit point en ce qui concerne les équipements. Je voudrais simplement rappeler tout l'intérêt - et Madame dans son intervention l'a rappelé - des chasses d'eau à double commande. Avec des chasses d'eau 3-6 litres au lieu des dispositifs classiques de chasses d'eau de 9 litres, et moyennnant un surcoût tout à fait raisonnable, les économies d'eau sont immédiates et réelles, de l'ordre de moins 20% de la consommation pour un ménage.

Le matériel hydro économe présente lui aussi un grand intérêt, avec là des temps de retour sur investissement plus ou moins longs. Je pense que les opérations pilotes qui sont actuellement menées permettront d'affiner les chiffres dont on peut disposer actuellement.

Par contre, il semble important d'évoquer une piste qui peut actuellement poser question, qui est tout ce qui est recyclage des eaux pluviales ou recyclage interne de l'eau, tout du moins pour une utilisation en habitat collectif.

Si l'idée peut paraître tout à fait louable de récupérer cette eau de pluie, d'un point de vue économique cela peut être contestable, avec des temps de retour sur investissement qui peuvent être particulièrement longs (on manque néanmoins encore d'éléments). Mais c'est surtout d'un point de vue sanitaire que les risques liés à la présence de doubles réseaux dans les immeubles peuvent poser question.

Et puis, je citerai aussi - comme autre exemple - un type de contrat de gérance d'eau particulièrement pervers. Je me permets de le citer parce que j'ai vécu pendant 22 ans dans un immeuble qui avait signé ce type de contrat avec une société de gérance, sans le savoir (je l'ai appris la semaine dernière), contrat qui prévoyait le paiement d'un forfait annuel de consommation pour l'immeuble, complètement indépendant des consommations réelles. C'est un contrat qui datait des années 60 et qui n'avait jamais été révisé. C'est un type de contrat qui, effectivement, n'a aucun effet incitatif sur les consommations d'eau et qui a, au contraire, tendance à complètement déresponsabiliser les consommateurs, puisque leurs efforts ne se retrouvent pas du tout sur les charges de la copropriété.

Pour conclure, je dirai que le ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement essaie d'accompagner toute démarche de maîtrise des consommations d'eau, mais qu'il est conscient que les forces vives sont sur le terrain.

En copropriété tout le monde peut s'y mettre afin de ne pas jeter l'argent par les tuyaux, comme certains ont pu le dire. Le point de départ, c'est d'abord, bien sûr, la sensibilisation des usagers et puis, dans une deuxième étape, le développement du comptage, en utilisant si possible, les nouvelles technologies qui semblent être promises à beaucoup d'avenir.

Je voudrais d'ores et déjà remercier l'ARC pour l'initiative qu'elle a prise d'organiser ce Colloque sur ce thème majeur et d'actualité. Le ministère espère que cette initiative pourra impulser et guider de nombreuses démarches en faveur de la maîtrise de l'eau dans les copropriétés et plus généralement dans tous les immeubles d'habitat collectif.


Je vous remercie de votre attention.


Applaudissements


Bruno Dhont

Merci M. Duchesne pour ce large panorama des actions possibles. Je vois que certains commencent à fatiguer.

Madame Aissaoui va donc conclure cette fructueuse journée.

Le monde HLM est ici, avec nous, parce que nous, nous sommes moins sectaires que M. Dartout (rires), nous accueillons volontiers les locataires. Et il est vrai qu'on est souvent admiratifs, nous les copropriétaires, devant ce que le monde HLM arrive à faire. Cela vient du fait que les organismes HLM bénéficient d'une homogénéité que nous n'avons pas. Enfin, il y a certainement beaucoup à apprendre de leur culture et leur expérience.


Madame AISSAOUI

TEC-HABITAT

Bureau d'Études de la Fédération des HLM

Je vais vous parler de l'expérience du mouvement HLM concernant des opérations pilotes qui ont été lancées, il y a maintenant un peu plus de deux ans, à l'initiative de l'Union nationale HLM. Tout le pilotage et le suivi de ces opérations a été confié au cabinet d'études TEC, qui est filiale de l'Union nationale HLM et qui travaille auprès des organismes sur des problématiques techniques, dont celle de l'eau.

Nous allons passer en revue un certain nombre d'opérations pilote de maîtrise des charges, des usages et des consommations d'eau.

On va rappeler les enjeux, bien que ceux-ci aient déjà été évoqués à plusieurs reprises par les différents intervenants.

‚ Tout d'abord les enjeux sanitaires de ces opérations de maîtrise des charges et des consommations d'eau. À préciser que depuis le décret du 3 janvier 1989 les propriétaires de logements sont partie prenante dans la qualité de l'eau qui est distribuée. Ils engagent donc leur responsabilité vis-à-vis des locataires.

‚ Les enjeux de gestion pour les organismes HLM, mais aussi pour les copropriétaires, sont liés à la complexité de la chaîne de distribution de l'eau depuis le réseau public jusqu'au logement, puisqu'il y a un certain nombre d'intervenants sur ce réseau d'alimentation, qui peuvent complexifier, selon la configuration et la typologie des réseaux, de manière plus ou moins importante la gestion de l'eau et du service de l'eau.

‚ Les enjeux économiques sont très importants, d'autant plus dans le monde HLM puisque, si l'augmentation de la part des charges d'eau a évolué et dépasse aujourd'hui 20% (elle représente parfois 25 à 30%) des charges totales juste après le poste chauffage, il y a une baisse assez importante des revenus des locataires.

‚ Enfin, les enjeux environnementaux, qui ont déjà été évoqués, en ce qui concerne l'économie et la préservation de la ressource.

Dans le cadre des opérations pilotes qui ont été lancées, l'Union nationale qui a initié celles-ci, a souhaité s'intéresser à plusieurs axes de recherche, dont l'incitation au comportement économe par l'individualisation des abonnements des locataires au service de l'eau.

Il y a des expériences qui se multi,plient, timidement pour l'instant, au niveau des organismes HLM et qui vont maintenant, sans doute, prendre un peu plus d'ampleur, grâce notamment à la loi SRU.

Il y a, en tout cas, une opération qui est assez intéressante, et que je tiens à mentionner puisqu'elle concerne la région Bretagne, qui est, une fois de plus, assez exemplaire en matière de politique et d'investissement concernant les économies d'eau.

Il s'agit d'un organisme HLM en Bretagne - à Rennes plus précisément - qui a réussi dès cette année, à individualiser une partie de son patrimoine en partenariat avec la compagnie générale des eaux.

Il y a également la sensibilisation des gestionnaires et des locataires. Cette sensibilisation est importante dans l'accompagnement de ces opérations et elle doit être faite de manière continue et non pas ponctuelle - on verra pourquoi tout à l'heure - par le suivi régulier des équipements et des consommations, ceci pour avoir une meilleure connaissance des équipements et aussi des consommations, et pouvoir réorienter les modes de gestion de l'eau dans le temps.

Les autres consommations concernent l'optimisation de l'entretien des équipements, le recours à des équipements économes, tel que cela a pu être évoqué par APOGÉE, et puis des expériences concernant la récupération des eaux pluviales ; il faut savoir que ces opérations sont encore assez marginales en France, que les retours sur investissements sont effectivement supérieurs à 20 ans, voire 30 ans dans certains cas, et que l'on a encore peu de retours d'expériences, mais qu'il y a deux opérations pilotes : une qui vient d'être inaugurée en région Normandie au Petit Quevilly et une autre qui est en cours en Ile-de-France.


Les objectifs de ces opérations pilotes

C'est tout d'abord d'identifier les pistes de progrès, de repérer les gisements d'économie sur quelques sites pilotes. Ensuite de conduire les actions nécessaires et répondant aux objectifs des organismes. C'est aussi évaluer et comparer les résultats obtenus. Ce sont des évaluations qui doivent être faites, aussi bien sur le plan qualitatif que quantitatif. C'est aussi évaluer les difficultés qui sont rencontrées par les organismes et comparer les résultats obtenus dans les différents cas de figure, de manière à centraliser tous ces éléments et pouvoir faire une diffusion de la démarche auprès de l'ensemble du mouvement HLM, voire au-delà, parce que les copropriétaires sont aussi concernés (les problématiques étant les mêmes).

Le groupe national de suivi qui a été mentionné par M. Duchesne, a effectivement été mis en place en 98 pour suivre et travailler sur ces opérations pilotes, avec un certain nombre de partenaires. On retrouve l'Union nationale HLM et TEC qui travaillent sur le lancement et le pilotage de ces opérations, la Direction de l'eau du ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, la CSCV, la DGUHC, les quatre agences de l'eau et les représentants des distributeurs d'eau.

Ce groupe national se réunit plus ou moins régulièrement pour pouvoir faire le point sur les expériences et les résultats qui sont obtenus et essayer de capitaliser les données en vue d'une diffusion de ces expériences.


Les démarches engagées

De 10 opérations on est passé à 9 actuellement, un organisme s'étant désengagé en cours de route pour des raisons d'organisation interne.

Les 9 opérations pilotes qui ont été engagées le sont en Bretagne, en Ile-de-France, en Haute Normandie, (le Petit Quevilly), mais aussi dans le sud en région PACA.

Les actions sont de différente nature. On a des actions qui vont concerner la pose de robinetterie économe, d'autres qui vont plus insister sur l'amélioration des modes de gestion du service de l'eau, d'autres s'intéresser à la récupération des eaux pluviales pour l'entretien des parties communes, l'arrosage des espaces verts, voire l'alimentation des chasses d'eau. Des opérations qui vont s'orienter aussi sur l'information et la sensibilisation des locataires aux économies d'eau.

Je vais vous présenter maintenant deux exemples d'opérations pilotes. Une qui a déjà été évoquée par M. Guellec, qui concerne l'OPHLM de Rennes ; et la deuxième qui concerne l'OPHLM de Saint-Brieuc, qui sont deux opérations tout à fait différentes, puisque l'OPHLM de Rennes s'est engagée dans une opération de mise en place de compteurs divisionnaires et de matériel hydro économe, alors que l'OPHLM de Saint-Brieuc, qui n'a pas pu faire partie des villes dans le cadre des opérations pilote a, lui, engagé une démarche de mise en place de procédures pour l'optimisation de la gestion de l'eau en interne.

o En ce qui concerne l'OPHLM de Rennes, je reviens sur ce qui a été présenté. C'est une tour de 10 étages qui comporte 43 logements collectifs, et qui devait bénéficier en 1996 d'une réhabilitation des sanitaires.

Je vais rentrer un peu dans le descriptif de l'opération.

‚ La première action a consisté à poser des WC à double chasse de 3 à 6 litres, pour un investissement de 2800 F. environ TTC, et un surcoût de 127 F. TTC pour ce type d'installation. L'économie générée par ces travaux est évaluée à 9,16%, c'est une économie qui a été estimée sur 4 à 5 semaines après la fin des travaux. Toutes les économies qui sont mentionnées sont des estimations qui sont faites très rapidement après la fin de la réalisation des actions.

‚ En juin 96, la deuxième action a consisté à poser des compteurs divisionnaires dans les logements pour l'eau froide. L'investissement est de 120 F. TTC seulement, puisque ce sont des compteurs qui sont posés et qui rentrent dans le cadre d'un contrat d'entretien et de relève. Il n'a été payé en investissement que la pose. La charge locative de ces compteurs est de 70 F. TTC par compteur et par an, puisqu'il y en a un pour l'eau froide et un pour l'eau chaude. L'économie générée par l'installation de ces compteurs est de l'ordre de 9%.

‚ L'action n° 3, en septembre 96, a consisté à poser des régulateurs de pression, puisqu'il a été observé sur cette tour des fluctuations de pressions entre 2,8 et 6 bars. Ils ont donc décidé d'installer des régulateurs de pression après les compteurs, aussi bien eau froide et eau chaude, pour pouvoir rééquilibrer les pressions au niveau des conduites dans les logements et ainsi contribuer également à la prolongation de la durée de vie des équipements. C'est un point qu'on a aussi tendance à oublier : la surveillance de la pression dans les logements.

Cela a représenté un investissement de 249 F. TTC pour une économie générée de l'ordre de 1,75%.

‚ Enfin, en décembre 96, une quatrième action relative à la pose de matériel économe en eau sur des points de puisage a été envisagée. On note toute une panoplie de mousseurs, de régulateurs de débit, de stop-douche, avec des chiffres indicatifs. L'économie générée pour cette opération, on l'oublie, est de l'ordre de 5%.


Le bilan de ces 4 premières actions montre que pour un investissement de 2731 F. TTC par logement, l'économie générée représente 23%. Si l'on essaie de ramener cette économie en montant, par an et par logement, en prenant en compte l'eau froide et l'eau chaude, avec l'énergie utilisée pour la production d'eau chaude, on obtiendrait le chiffre de 721 F. TTC par an et par logement, et un temps de retour sur investissement de 3 ans et 10 mois pour ces 4 actions, pour la totalité de ces investissements.


‚ Une autre action a été menée, encore, par cet organisme de Rennes, un petit plus tard, en juin/juillet 98. Celui-ci a décidé de poser des mitigeurs sur éviers et lavabos, pour un investissement de 1180 F. TTC. L'économie générée est évaluée, sur cette action, à 2,55%.

Vous avez vu qu'en fonction des différentes actions nous obtenons des économies plus ou moins importantes et des investissements qui ne sont pas forcément onéreux par logement.

À préciser que sur cette opération, l'organisme a bénéficié de prix intéressants, c'est-à-dire plutôt bas pour cette opération qui est une opération pilote.

Les partenaires sur cette opération, ils ont déjà été cités par M. Guellec, sont la ville de Rennes, le Conseil régional de Bretagne, l'Agence de l'eau Loire-Bretagne, qui a donc contribué à l'opération en 96, et à l'action n° 5, à part, à hauteur de 75 000 F. (sur cette opération le montant total s'élevait autour de 140 000 F).

Cette expérience a été mise à profit dans les opérations de réhabilitation et de constructions neuves, à savoir la généralisation de l'installation des compteurs individuels dans la construction neuve et l'équipement des logements, dans le parc éxistant, de compteurs divisionnaires ; l'installation de chasses économes, donc à double commande 3-6 litres ; la mise en place de mousseurs sur robinetterie sanitaire et un relevé de compteurs plus régulier, donc deux relèves de compteurs généraux par an au lieu d'une relève. C'est une négociation qui a été faite avec le service des eaux de la ville.

D'autres actions sont maintenant à l'étude. Ce sont des expérimentations pour affiner la connaissance des consommations par type d'équipement, donc l'installation de compteurs sur des équipements sanitaires qui sont disséminés dans le patrimoine, ainsi que la mise en place de tests de compteurs à télé-relève.

L'enquête qui a été réalisée auprès des occupants a effectivement montré un très grand intérêt pour l'opération et une bonne participation des usagers à cette enquête.

Voilà en ce qui concerne l'expérimentation relative à l'opération de Rennes.

Pour terminer avec Rennes, juste des chiffres pour montrer la tendance en ce qui concerne la consommation totale de la tour. Il y a une baisse de consommation de 27% après deux ans d'expérimentation et cette baisse est maintenue en 99. Nous ne disposons pas encore des chiffres concernant l'année 2000, mais je pense que cette baisse va se confirmer, en tout cas la tendance à une stabilisation de la consommation..

Voyons maintenant l'exemple de l'OPHLM de Saint-Brieuc qui a un patrimoine constitué de 3556 logements. Cet office a décidé de lancer une action suite à la réorganisation du service de l'eau au niveau de la régie municipale en 1995, qui a conduit à la mise en place d'une relève au lieu de 2 relèves par an (il s'agit des compteurs généraux au pied des immeubles).

Les conséquences de cette réorganisation sur la gestion de la régularisation des charges privatives au niveau de l'organisme, s'est traduite par des réclamations de locataires, ce qui a conduit l'Office à élaborer une nouvelle approche.

Ce qui s'est passé, c'est que certains locataires se sont vu imputer des consommations au titre des parties communes, de 30 mètres cubes ; et d'autres se sont vu attribuer des remboursements qui étaient complètement injustifiés par rapport à des charges. Il a donc été décidé d'élaborer une procédure pour améliorer la gestion de l'eau au sein de l'organisme.


‚ En quoi consiste cette procédure ?

Au cours d'une seule semaine, la semaine 49, une relève simultanée des compteurs généraux est effectuée par les agents de l'organisme et par les agents du service des eaux de la ville.

Durant les semaines 49 et 50, on fait faire une relève de tous les compteurs divisionnaires par les gardiens de l'organisme, en sachant que l'objectif est de réduire au maximum le nombre de relevés fournis par les locataires, puisque ces compteurs sont souvent situés à l'intérieur des logements.

Les deux semaines suivantes sont consacrées à la saisie de ces relevés de compteurs et à la réception des factures d'eau. Ensuite, interprétation des valeurs, donc analyse des consommations, identification des anomalies, réunion/concertation avec le service de l'eau et décision d'intervention et de fixation des forfaits au titre de l'eau des communs. Ensuite formalisation d'un protocole avec les associations de locataires.

On peut dire que pour cette opération, il n'y a pas eu d'investissement particulier, si ce n'est un investissement interne et que les éléments positifs pour l'organisme, de cette opération, sont la mise en place de la même procédure, sur une autre ville, où l'organisme a aussi un patrimoine de parc locatif non négligeable.

La difficulté actuelle rencontrée par l'organisme, est la relève des compteurs disposés à l'intérieur des logements. Il y a donc une réflexion vers la télé-relève qui pemettrait de s'affranchir de l'introduction à l'intérieur des logements pour procéder à la relève.

À partir de janvier 2001, ils ont également décidé de procéder à la mise en place d'un contrat d'entretien robinetterie pour l'ensemble du parc locatif.

Depuis la mise en place de cette procédure, la consommation totale sur un patrimoine constant de 3515 logements, a permis de faire baisser la consommation de l'eau de 6,3% trois ans après la mise en place de la procédure.

En conclusion, sur ces opétations pilotes - il y en a d'autres, malheureusement le temps ne permet pas de les exposer toutes -, je dirais qu'avant toute démarche d'investissement en matière de travaux, il est important de pouvoir procéder à un diagnostic, le plus exhaustif possible, de son patrimoine ou du patrimoine concerné, en essayant de dresser les caractéristiques du "patrimoine eau", c'est-à-dire de déterminer la typologie du réseau, de bien connaître les équipements, d'étudier les consommations sur une période d'au moins quelques années, afin de connaître son parc, le comportement des occupants de son patrimoine en matière de consommation d'eau, et de faire l'analyse de la gestion technique et de la gestion des charges d'eau.

Après ce premier diagnostic, qui est général, celui-ci est suivi d'un diagnostic plus fin sur les aspects techniques, sur les aspects économiques, on peut alors procéder à un choix des actions suivant l'objectif recherché.

On peut choisir des solutions techniques, on peut choisir de jouer sur les coûts, on peut choisir d'optimiser l'organisation du service, ou on peut choisir de combiner tout ça. Après, c'est un libre arbitrage de l'organisme ou du copropriétaire.

Je vous remercie de votre attention.


Applaudissements.


Bruno Dhont.

Ce qui est intéressant, c'est qu'en effet on retrouve des problématiques qui sont celles de la copropriété, en particulier cette gestion attentive du comptage. Or, c'est souvent ce qui manque dans les copropriétés, où l'on sait bien que ce sont les conseils syndicaux qui assurent ce travail de suivi, et non les gestionnaires.

Ce qui est intéressant également, c'est que vous avez parlé du passage justement, de l'outil à la gestion, et c'est exactement notre démarche, c'est-à-dire pas d'outil s'il n'y a pas de gestion derrière.


Quelques questions.

Ceux qui ont des obligations, qu'ils n'hésitent pas à nous quitter. Nous le comprenons. Il commence à se faire tard.


On va répondre à vos questions.


Un participant

J'habite Clamart, je m'occupe d'une copropriété de 110 logements environ. Lorsque je m'en suis occupé il y a 4 ans, j'ai tout de suite tiqué sur la consommation d'eau et je suis allé à la Compagnie Générale des Eaux où j'ai fait un bilan sur 10 ans. Sur 10 ans on consomme, environ toujours la même chose, c'est-à-dire environ 10 000 mètres cubes.

Je me suis entendu dire : "Mais vous devriez avoir un forfait". C'est ce que j'ai engagé avec le syndic, cela a été dur. J'ai pris un forfait à 9500 mètres cubes et moyennant quoi, je paie 6% de moins le mètre cube.

Je suis un peu inquiet parce que vous me dites "Il n'y a plus de forfait, il n'y aura plus de forfait d'ici 3 ans".


Bruno Dhont

C'est sur les mots qu'on joue. Ce n'est pas un forfait, c'est un abonnement "gros consommateur" que vous avez, ce n'est pas le forfait dont parlait M. Duchesne.

Sur l'Ile-de-France il y a des communes qui ont négocié ce genre de dispositions avec le concessionnaire. En général, d'ailleurs, il faut savoir que ce sont des communes qui ont été gérées par des équipes communistes et qui avaient négocié ces dispositions par rapport aux locataires HLM.


Un participant

Les syndics ne connaissent absolument pas cette particularité et ne s'en occupent absolument pas. Nous avons le même problème.


Bruno Dhont

On est d'accord. Je veux dire, les syndics ne le connaissent pas, nous, dans toutes nos brochures, dans tous nos textes on l'indique bien, nos adhérents, souvent, sont bien au courant, mais encore une fois, c'est ville par ville qu'il y a eu ou non négociation d'un tarif "gros consommateurs", c'est-à-dire dégressif en fonction d'un abonnement


Un participant

Pour revenir au problème des copropriétés, il y a quelques années une enquête a été faite et il semblerait qu'un certain nombre de cabinets de syndics aient été rachetés par la Lyonnaise des Eaux, qui n'est pas du tout favorable aux économies d'eau ; naturellement ces syndics font obstruction à la pose de compteurs divisionnaires, en disant que ce n'est pas valable sur le plan financier. Avez-vous des informations nouvelles concernant ce problème.


Bruno Dhont

Ce n'était pas la Lyonnaise, c'était la CGE, Compagnie Générale des Eaux qui, depuis, s'est désengagée complètement, a revendu ses parts dans ces cabinets, et on peut vous assurer, nous, qu'actuellement, s'il y a des syndics qui sont encore des "anti militants du comptage", ce n'est pas parce qu'il y la CGE, c'est parce que le comptage entraîne des contraintes de gestion.

Parfois, c'est plus simple de répartir une facture aux tantièmes que de gérer des consommations individuelles, surtout dans la situation dominante actuelle où, en effet, les compteurs sont difficiles d'accès.

Aujourd'hui, nous, ce que nous voyons, c'est que tous les syndics véritablement soucieux de bonne gestion, sont des partisans du comptage et, justement, attendent avec beaucoup d'impatience les évolutions technologiques dont on a parlé ce matin, qui vont faciliter les choses et pour le copropriétaire et pour le syndic.

Encore une fois, je rappelle que le titre de notre premier guide était "Compteurs d'eau : source d'ennui ou source d'économie ?". Or, c'était à la fois une source d'ennui et une souce d'économie. Ce Colloque a pour but de montrer que cette "gestion" sera moins pénible dans les années à venir.

Un participant

Les syndics ne continuent-ils pas quand même à faire de la résistance ?


Bruno Dhont

Il y a tout de même une évolution, je veux dire, de la profession de syndic, assez claire, en tout cas des syndics les plus soucieux de bonne gestion. Nous pouvons en attester car nous n'avons plus les bagarres qu'on a eues il y a encore 5 ans, avec les syndics. Restent les gros consommateurs qui s'opposent en assemblée générale à la pose de compteurs et qui pourront moins le faire aujourd'hui.


Un participant

Et sur le compte séparé, ils ont évolué les syndics ?


Bruno Dhont

Le Colloque sur le "Compte séparé", cher Monsieur, c'est pour la prochaine fois.

(Rires)


Une participante

Je voudrais signaler une source importante de consommation et de gaspillage d'eau, c'est les climatisations à eau perdue. J'ai affaire à ça dans ma copropriété de 260 logements. Cela commence, j'ai peur que cela ne continue. Je vais me diriger probablement rapidement vers les compteurs d'eau froide individuels, que nous n'avons pas, nous n'avons que les compteurs d'eau chaude pour l'instant.

N'y a-t-il pas là une responsabilité des fabricants ? Nous trouvons que fabriquer des engins qui gaspillent vraiment de l'eau de cette manière-là, ce n'est pas normal, il faudrait qu'il y ait un travail là-dessus au niveau national, au ministère. Il faut savoir - je l'ai appris par un vendeur - qu'un engin comme ça consomme environ 500 F. d'eau par mois si ça fonctionne bien. Si ça ne fonctionne pas bien, vous multipliez par 2 ou 3 !


Bruno Dhont

Vous avez tout à fait raison. Ce système des climatisations à eau perdue, c'est une catastrophe.

D'ailleurs, dès que vous avez une copropriété où il y a des bureaux, vérifiez qu'ils n'aient pas une climatisation à eau perdue, surtout s'il n'y a pas de compteurs. Il y a un piratage qui est absolument dramatique et phénoménal. Cela peut consommer jusqu'à 2000 mètres cubes par an, un engin comme ça. C'est catastrophique.

On est toujours dans la situation de l'investissement le plus faible pour la climatisation et, en général, les gens qui utilisent ce système c'est précisément parce qu'ils peuvent pirater l'eau de la collectivité. Dès qu'ils ne peuvent plus pirater, eh bien, ils ne le font plus et achètent des appareils plus intelligents.

Ceci dit, même le compteur divisionnaire n'est pas suffisant pour se prémunir contre ces pratiques, parce que des bi-pass (manchons mis à la place du compteur), les pratiquants de la climatisation à eau perdue savent ce que c'est.

Monsieur Duchesne vous allez nous annoncer l'interdiction des climatisations à eau perdue, pour demain.


Monsieur Duchesne

Non, non

Je réponds d'abord, Monsieur si vous le permettez, concernant le forfait, parce que c'est important. Là ce n'est pas nouveau. La loi de 92 a bien dit que toute facture d'eau doit comprendre un montant calculé proportionnellement au nombre de mètres cubes consommés.

Sauf des dérogations très particulières pour des petites communes, et pour des communes touristiques, la tarification au forfait est interdite, c'est-à-dire que tout abonné doit avoir sur la facture qu'il reçoit, au moins une partie de la facture qui est fonction de sa consommation réelle. Cela n'interdit pas un éventuel abonnement plus ou moins important.

Après, il y a des tarifs "gros consommateurs", ça c'est négocié localement. Il faudrait chercher à savoir d'ailleurs quelles sont les justifications de ces tarifs "gros consommateurs", et là il y a une disposition dans le projet de loi, qui vise justement à ce qu'on les justifie plus souvent et que les usagers, dans leur ensemble, aient accès aux documents et aux prix qui sont pratiqués pour les différents types d'utilisateurs quels qu'ils soient, même industriels. Là, ce sont des mesures en faveur de la clarté et de la transparence.

Maintenant, sur votre cas particulier, le distributeur d'eau se devait, sur votre copropriété, d'envoyer une facture proportionnelle au nombre de mètres cubes consommés.


Un participant

Une question à M. Duchesne. Je suis syndic d'un immeuble de 200 logements et bénévole. Je suis à l'ARC également. Le problème est le suivant : nous avons des compteurs depuis plusieurs années, mais pour nous, comme nous avons épuisé toutes nos économies, on essaie de gagner aussi sur les eaux d'arrosage.

Or, nous avons La Lyonnaise et depuis 3 ans, elle nous oblige à placer un dysconnecteur avec contrat d'entretien, et de fait, les prix sont tellement exhorbitants que l'intérêt devient nul.


Bruno Dhont

M. Duchesne, voulez-vous répondre à la question ?


M. Duchesne

Oui, bien sûr. Je vais essayer de comprendre les éléments. C'est un problème spécifique - dysconnecteur obligatoire -.. À ma connaissance il n'existe pas de texte réglementaire ou législatif obligeant la mise en place de dysconnecteur. Je ne sais pas si l'on peut parler d'abonnement particulier pour les espaces verts ? Bien évidemment si c'en était un, il n'y aurait pas de raison pour qu'il y ait des conditions particulières.

À ma connaissance, il n'y a pas de texte particulier. Maintenant, est-ce qu'il faut légiférer pour interdire spécifiquement ce genre de dispositif, cela ne me semble pas être opportun.

Je ne voudrais pas me prononcer sur ce cas très particulier, il faudrait analyser plus en détail.


Bruno Dhont

M. Guellec voudrait répondre.


M. Guellec

Sur ce sujet, je crois qu'il faut quand même être un peu clair. Il faut savoir qui est responsable de quoi. Quand vous dites "II y a La Lyonnaise et il n'y a pas moyen de se faire entendre de La Lyonnaise", il y a des choses qui m'échappent là, parce qu'il y a toujours un maître d'ouvrage et ce n'est ni La Générale, ni La Lyonnaise, c'est la collectivité publique concernée.

Il est vrai qu'il y a parfois des déséquilibres, que la collectivité se laisse un peu faire par son opérateur, son exploitant. Là, je crois qu'il vous appartient de remettre les choses d'aplomb, et en fait, de situer la discussion dans un premier temps, là où elle doit être, c'est-à-dire avec le propriétaire des installations, qui est la collectivité publique.

Je vous dis très sincèrement ce que j'en pense : si l'on croit qu'avec un article de loi on va résoudre toutes ces choses-là, on se trompe lourdement, et je le dis ici, très clairement.

Je crois que si l'on n'admet pas dans ce pays que les collectivités ont la capacité de déterminer le système de facturation qui apparaît le mieux adapté, après négociation ou discussion bien entendu avec les intéressés, j'ai la conviction qu'on va se fourvoyer.

Un dernier mot sur ce qui est des exploitants des services d'eau.

C'est facile de pointer du doigt ces gens-là. Lorsque j'avais fait mon rapport sur l'évolution du prix de l'eau, j'avais été très impressionné par le fait que dans les ministères, chez les spécialistes publics du sujet, j'avais eu beaucoup de mal à obtenir des éléments cohérents. Les meilleurs renseignements que j'ai obtenus - il fallait bien sûr les filtrer - c'était auprès des grandes compagnies distributrices d'eau. C'est là qu'il y avait, je le dis clairement, les meilleurs spécialistes pour la plupart des questions. C'est là que j'ai trouvé quelqu'un qui m'a dit "Vous savez, en ce moment il y a une mutation en profondeur dans ce pays, la consommation est en train de se stabiliser, voire même plutôt de régresser".

Intégrez bien cela dans la réflexion, pour savoir ce qu'il faut en tirer. Ils étaient en train de jouer, on pourrait dire, contre leurs intérêts, mais leurs intérêts à très court terme, parce qu'ils savaient très bien, eux, qu'il fallait qu'ils anticipent ces mouvements, qui étaient des mouvements en profondeur, auprès de l'ensemble de la population.

Voilà à peu près ce que j'ai retiré de cette discussion, mais en tout cas retenez bien qu'il ne faut pas se tromper d'interlocuteurs, et que ceux qui se sont présentés à vos suffrages la semaine dernière et la semaine d'avant, ont à assumer pleinement leurs responsabilités ; dans la mesure où vous n'allez voir que l'exploitant, du même coup vous exonérez les élus locaux de leurs responsabilités. Ne le faites pas, parce qu'à ce moment-là il y a déséquilibre du système.


Bruno Dhont

Une petite dernière question.


Un participant

Ne pourrait-il pas y avoir d'exonération fiscale pour inciter à la pose de compteurs divisionnaires ?


Bruno Dhont

La carotte fiscale pour les compteurs ? Certainement pas, parce que c'est vraiment un investissement très faible. Ceci dit, pour le plomb, espérons que ce soit le cas.


Dernière question avant qu'on se salue. Il est tard.


Un syndic

Je voudrais apporter une réflexion en ce qui concerne la limitation des consommations d'eau. C'est très simple. Durant 30 années, j'ai fait le métier de syndic et, chaque fois que j'ai pris une copropriété, je devais me justifier de baisser les charges.

En fait, pour baisser les charges, l'astuce très simple, était de faire poser des compteurs individuels d'eau dès la première année ou très rapidement. Les copropriétaires, souvent, n'étaient pas très favorables, mais j'arrivais à les entraîner.

Les résultats ne sont pas sensibles la première année où les compteurs sont posés, parce que les occupants continuent leurs habitudes de consommation, mais au bout d'un an d'exploitation, quand vous faites les relevés de compteurs d'eau et qu'ils s'aperçoivent de la consommation réelle qu'ils doivent payer eux-mêmes en fin d'année ; mais je peux vous dire que la deuxième année, quand vous relevez les compteurs, les consommations ont sensiblement changé, voire diminué de moitié.

Ce qui a été observé d'une façon générale, et cela dans l'ensemble des copropriétés que j'ai gérées, je peux vous le dire, c'est qu'en moyenne cela baissait de 30% les consommations d'eau. Parce que là, les gens savent qu'ils vont devoir payer ce qu'ils consomment, ils ne disent plus "On paie de l'eau, c'est pour tout le monde, etc., profitons-en". Je dis à M. Duchesne, "Il faut persister dans l'obligation des compteurs individuels, et toutes les copropriétés doivent être équipées".


Bruno Dhont

Merci pour cet ultime témoignage qui nous conforte, surtout venant d'un syndic qui a exercé pendant 30 ans.


Il y aura donc les Actes du Colloque qui seront publiés, c'est-à-dire le contenu in extenso de ce qui a été dit.

Ceux du Colloque sur Chauffage Urbain sont arrivés avec beaucoup de retard. J'espère que ceux-là paraîtront très rapidement.

Et puis, vous savez, nous sommes de revue, comme on dit, parce que l'eau, comme vous le savez à l'ARC, c'est quelque chose, on l'a bien compris, sur lequel il faut toujours revenir. Donc on y reviendra aussi.


Peut-être que le prochain Colloque ce sera sur les déchets ménagers. Pourquoi pas puisque, en ce qui concerne le service public, nous avons déjà fait le Chauffage Urbain et l'Eau, alors pourquoi pas les déchets ménagers ?

Voilà. Merci de votre patience. Bravo à vous d'avoir été aussi attentifs, et à très bientôt. Merci.


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Applaudissements.
ANNEXE


OBLIGATION D'INDIVIDUALISER LES CONTRATS D'EAU
EN CAS DE DEMANDE

Ce que dit la loi "Solidarité et Renouvellement Urbains" (loi SRU)


Article 93

"Tout service de distribution d'eau destinée à la consommation humaine est tenu de procéder à l'individualisation des contrats de fourniture d'eau à l'intérieur des immeubles collectifs d'habitation et des ensembles immobiliers de logements dès lors que le propriétaire en fait la demande.

Le propriétaire qui a formulé la demande prend en charge les études et les travaux nécessaires à l'individualisation des contrats de fourniture d'eau, notamment la mise en conformité des installations aux prescriptions du code de la santé publique et la pose de compteurs d'eau.

Les conditions d'organisation et d'exécution du service public de distribution d'eau doivent être adaptées pour préciser les modalités de mise en œuvre de l'individualisation des contrats de fourniture d'eau, dans le respect de l'équilibre économique du service conformément à l'article L. 2224-1 du code général des collectivités territoriales.

Lorsque la gestion des compteurs des immeubles concernés par l'individualisation n'est pas assurée par la collectivité responsable du service public ou son délégataire, cette gestion est confiée à un organisme public ou privé compétent conformément aux dispositions du code des marchés publics.

Un décret en Conseil d'État précise les conditions d'application du présent article."

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