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ARC ACTUALITE / 27 01 04 / ©
Accession très sociale
et mise en copropriété des HLM : l’ARC adresse une
note à Gilles DE ROBIEN
Gilles DE ROBIEN, Ministre du Logement,
prépare une loi sur l’accession sociale à la copropriété
via la vente des logements HLM. Cette loi devrait :
- permettre aux HLM de disposer le plus de trésorerie
pour construire des logements ;
- favoriser un meilleur ancrage des locataires.
Sans rentrer dans le débat
de fonds de ce dispositif (est-il vraiment utile de vendre deux logements
HLM pour en construire un alors qu’on manque de logement sociaux.. ?),
nous pensons que cette mise en copropriété - si elle se
fait - doit se faire dans les meilleures conditions possibles pour tous,
afin que cette mise en copropriété ne soit pas le départ
d’une nouvelle catastrophe sociale et ne devienne une machine à
produire des " copropriétés en difficulté ".
Le ministre ayant prévu de
présenter son projet de loi à la société civile
(dont l’ARC) le 4 février, nous avons donc rédigé
une courte note adressée au ministre où nous passons en
revue quelques unes des principales ERREURS à éviter,
selon nous, et quelques un des principaux problèmes à régler
AVANT la mise en copropriété.
Serons-nous entendu ? Nous espérons
naturellement. En attendant, voici la note adressée au ministre :
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Précautions
indispensables
à prendre,
selon l’ARC,
pour favoriser
la mise en copropriété
des HLM dans les meilleures conditions
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Introduction
L’ARC et les associations membres
de l’UNARC (Union Nationale des ARC régionales) sont mobilisées
depuis de nombreuses années pour favoriser le redressement des
copropriétés en difficulté et le traitement précoce
des copropriétés fragiles.
Sans rentrer dans le débat
de fond sur l’accession très sociale à la copropriété
et la vente des logements HLM, nous voudrions faire connaître aux
pouvoirs publics quelles sont, à notre avis, les conditions à
réunir ou à mettre en place pour éviter que cette
nouvelle vague d’accession sociale ne se transforme en échec pour
les accédants, les Villes et l’État.
Nous allons décrire les principaux
facteurs fragilisants et les solutions préalables à prévoir
qui découlent de cette analyse.
| I - Comment les copropriétés
deviennent des copropriétés en difficulté ? |
Notre expérience montre que
différents facteurs " fragilisants "
peuvent faire basculer les copropriétés dans des difficultés
qui entraînent un cercle de dégradation irréversible.
Nous pouvons dégager au moins cinq facteurs qu’il est possible
de maîtriser :
1 - Charges trop fortes
- Dès que le niveau des charges est de l’ordre
de 20 % supérieur à la moyenne les risques de " fragilisation "
deviennent importants.
- Il faut donc tout faire pour éviter des
charges communes lourdes ; or souvent, les copropriétés
sociales ont des équipements collectifs générateurs
de charges : chauffage et eau chaude collective ; ascenseur ;
absence de comptage individuel de l’eau froide, etc.
- Il faut, pour garantir un niveau de charges faible :
- au moins sortir l’eau froide des charges communes
en individualisant les contrats de fourniture d’eau ;
- éventuellement favoriser la production
individuelle d’eau chaude ;
- enfin garantir une maîtrise des charges
de chauffage collectif, avant mise en copropriété
Se pose, d’ailleurs à cet
égard, le problème du maintien de ces bâtiments dans " les
réseaux de chaleur ", au moins ceux connus pour induire
des coûts élevés de charges de chauffage.
2 - Complexité juridique
et financière
- On a noté que les copropriétés
étant enfermées dans un cadre juridico-financier complexe
(exemple : copropriétés situées dans une A.S.L,
voire plusieurs A.S.L. comme à CERGY) étaient fortement
fragilisées, car cette complexité juridique et financière
non seulement empêchait la maîtrise de la situation par
les copropriétaires, mais induisait des surcoûts.
- Il faudra donc empêcher les ventes de bâtiments
qui resteraient solidaires d’un ensemble immobilier plus grand et complexe
(voir plus loin).
3 - Absence de " fonds
travaux "
- Les copropriétés sociales sont également
fragilisées par l’absence de " fonds travaux ".
Quand vient l’heure des gros travaux, en effet, sont difficiles, voire
impossible, à faire voter en l’absence d’un tel fonds.
- Nous proposons donc d’instituer la mise en place
de fonds obligatoires assortis d’un produit d’épargne avantageux.
4 - Gestionnaires non spécialisés
- Les copropriétés fragiles et sociales
requièrent la présence de gestionnaires mieux formés
et plus disponibles que les gestionnaires des copropriétés
normales.
- Or le problème vient souvent précisément
du fait que la gestion de ces copropriétés est confiée
- au contraire - à des gestionnaires :
- moins formés ;
- moins payés ;
- moins disponibles.
- Il est donc absolument indispensable de mettre
en place un dispositif permettant :
- de révéler des gestionnaires spécialisés ;
- de les rémunérer convenablement.
5 - Manque de formation des
copropriétaires
- Les copropriétaires des copropriétés
sociales ont plus que les autres beaucoup de mal à comprendre
tous les mécanismes de la copropriété et à
assumer leur rôle de contrôle au sein du conseil syndical.
- La mise en copropriété d’immeuble
HLM ne peut pas se faire sans risque en l’absence d’un véritable
apprentissage de la copropriété qui aille très
au-delà de la simple information.
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II - La mise en
place de dispositifs préventifs
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Le rapide rappel des facteurs fragilisants
permet de mettre en évidence les moyens nécessaires à
mettre en œuvre pour garantir des mises en copropriété réussies
d’immeubles HLM.
1 - Assurer préalablement à la
vente un niveau faible de charges collectives
- Cet impératif passe par trois types d’actions
préalables à la mise en vente, actions qui devraient être
prévues dans la loi.
- Individualisation des charges :
- nous demandons à ce que préalablement
à la mise en vente, TOUS les bâtiments bénéficient
d’un dispositif complet d’individualisation des contrats d’eau par
logement ;
- au cas où il y aurait chauffage collectif
avec eau chaude sanitaire collective, nous demandons à ce que
la production d’eau chaude soit individualisée.
- Maîtrise des charges :
- pour le chauffage, pas de mise en vente sans
mise en place de travaux lourds d’économie d'énergie
préalables ; au cas où l’immeuble serait raccordé
à un réseau de chauffage urbain, nous en demandons le
retrait dès lors qu’il apparaîtrait que la solution " chauffage
urbain " s’avère plus cher - toutes charges prises
en compte - qu’une solution " immeuble " ;
- Suppression des charges " hors
copropriété "
- enfin, il est essentiel d’éviter que les
copropriétés soient maintenues dans des ensembles plus
vastes entraînant des charges non contrôlables ;
on voit de nombreuses copropriétés, membres contraints
d’Association Syndicales qui " gèrent "
des espaces verts ou boisés, des dalles publiques, des parkings
sous terrains, du personnel, etc. Il est indispensable d’éviter
cette situation très pathogène comme on le voit aujourd’hui
dans des Villes aussi différentes que CERGY, ARGENTEUIL, EVRY,
SARCELLES, mais aussi PARIS, etc.
2 - Empêcher toute complexité juridique
et financière et favoriser l’autonomie
- Ne créer que des copropriétés
simples :
- l’expérience prouve que dès que
les copropriétaires ne peuvent pas maîtriser intellectuellement
et financièrement la gestion de leur immeuble, se créent
des problèmes qui induisent des dynamiques de dégradation
;
- par ailleurs " complexité
juridique " et " dérive financière "
vont souvent ensemble ;
- conséquence : il faut favoriser la
création de copropriété SIMPLE, non dépendante
d’un autre ensemble ou intégrée dans un tel ensemble.
Ces copropriétés doivent pouvoir :
◙ se gérer
elles-mêmes en totalité ;
◙ être maîtres
de l’utilisation de leur sol.
- Favoriser l’autonomie résidentielle
- le terme " résidentialisation "
est employé pour désigner le fait qu’il y a bien séparation
avec l’espace " public " ; un immeuble
étant plus facile à gérer s’il n’est pas complètement
ouvert sur l’extérieur. De fait aucune mise en copropriété
ne devrait être faite sans travaux préalables de résidentialisation.
3 - Mettre en place des fonds travaux obligatoires
bien rémunérés
- Pour éviter des problèmes à
échéance de dix ans, il faut instituer un système
de fonds de travaux obligatoires attachés au lot. Nous renvoyons
à nos propositions sur ce point et nous contentons de décliner
cette proposition :
- fonds de travaux obligatoire :
celui-ci pourrait être abondé chaque année par
une contribution égale à 5 % des charges ;
- attaché au lot : en
cas de vente, le fonds reste " attaché au lot " ;
le vendeur inclut donc ce fonds dans le prix de vente et l’acheteur
n’a pas à reconstituer le fonds ;
- bien rémunéré :
il faudrait un produit d’épargne spécifique ; à
défaut cette épargne volontaire fait perdre de l’argent
aux copropriétaires.
- A noter : une solution plus simple qu’une
réforme législative serait de prévoir ces fonds
dans TOUS les règlements de copropriété des immeubles
mis en vente ; mais en l’absence d’un produit d’épargne
avantageux cette disposition serait injuste.
4 - S’assurer de la présence de gestionnaires
compétents et disponibles
- Cette disposition est essentielle et requiert un
travail préalable entre les ministères, les associations
de copropriétaires, le mouvement HLM et les chambres syndicales
de syndics.
- Pour éviter qu’une copropriété
ne dérive, il faut des gestionnaires attentifs, réactifs,
présents, vigilants, compétents, disponibles et DONC bien
rémunérés.
- Il est donc indispensable d’une part de mettre
en place une " spécialisation " permettant
à ces gestionnaires de se former puis d’être identifiés
et ensuite des financements, car on voit mal comment des copropriétés
sociales pourraient financer seules des " spécialistes ".
- A noter : ce " chantier "
est d’autant plus urgent à mettre en place qu’il conditionne
aussi le traitement réussi des copropriétés en
difficulté. L’ARC est prête à participer dès
demain à tout groupe de travail que les ministères voudraient
bien mettre en place pour résoudre ce problème majeur.
5 - Formation des copropriétaires et des
conseillers syndicaux
- Il est toujours de bon ton de parler de " formation "
et tout le monde est d’accord sur le principe.
- Dans la réalité il ne se passe cependant
à peu près rien et cette " formation "
se limite le plus souvent à l’édition de quelques brochures
(naturellement traduites en deux ou trois langues) que naturellement
personne ne lit si ce n’est les rédacteurs et traducteurs.
- La formation des copropriétaires et conseils
syndicaux passe par des conventions passées avec des associations
de copropriétaires (comme l’ARC) à qui seraient donnés
des moyens pour assurer une vraie formation permettant aux copropriétaires
d’être des acteurs vigilants, parfois critiques mais actifs.
- Par ailleurs il ne faut pas oublier qu’une partie
des copropriétaires concernés sont des ménages
issus de l’immigration, ce qui implique des moyens et méthodes
spécifiques (et surtout par la traduction indigeste de brochures
soporifiques...)
- Enfin il faut savoir que la " formation "
passe aussi par la formation A la Copropriété des intervenants
sociaux (conseillères en économie sociale et familiale,
assistantes sociales) qui, aujourd’hui, sont étrangers à
l’univers de la copropriété et ne peuvent, de ce fait,
pas participer à la nécessaire formation des copropriétaires.
On le voit ; l’accession sociale
à la copropriété par la vente des immeubles HLM requiert
certaines précautions qui nécessitent de mettre en place
des dispositifs adaptés.
Ne pas le faire et faire le pari que
cela " marchera " sans prendre ces précautions
et sans mettre en place ces moyens serait, à notre point de vue,
irresponsable.
Nous restons à la disposition
des ministères pour rechercher, avec eux, la meilleure façon
de mettre en place les préconisations qui précèdent.
ARC
- JANVIER 2004
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