On
ne parle - depuis quelques jours - que de « l’hypothèque rechargeable », nouveau dispositif qui permettra
aux propriétaires de recommencer à s’endetter avant même d’avoir
fini de payer leurs emprunts, ceci pour faire marcher le commerce
et grimper la croissance.
I-
La suppression du « privilège spécial »
Ce
qu’on ne sait pas, c’est que l’ordonnance qui va introduire ce
nouveau dispositif va également réformer d’autres aspects
du droit des hypothèques et des « sûretés »
et risque d’être DÉSASTREUSE pour les copropriétés en général
et plus particulièrement les copropriétés en difficulté.
En
effet, l’ordonnance en préparation prévoit ni plus ni moins la
suppression du superprivilège institué au profit des syndicats
de copropriété en 1994 après une bataille mémorable menée, à l’époque,
par l’ARC et la FNAIM.
Rappelons
de quoi il s’agit.
II-
Le privilège spécial
Avant
1994, lorsqu’une copropriété faisait vendre judiciairement un
logement pour dettes de charges, elle ne recouvrait en général
jamais rien pour la raison que le « prêteur
de deniers » (autrement dit le banquier) était toujours
prioritaire (son hypothèque était, en effet, inscrite au jour
de l’acquisition pour l’emprunteur).
C’est
pourquoi - faisant valoir cette « injustice »
- nous avions réussi à obtenir l’instauration d’un privilège spécial
pour les copropriétés, grâce à un « compromis » :
ce privilège ne portait, en effet, que sur l’année en cours et
les deux années précédentes ; puis le syndicat venait en
« concours » avec le banquier pour les deux années suivantes ;
au-delà, on retrouvait le régime commun.
Ce
système a parfaitement fonctionné depuis lors et n’a NI ruiné
les banques NI empêché celles-ci de continuer à prêter de l’argent
à des personnes modestes.
III-
Régression et crainte pour les copropriétés fragiles
La
réforme envisagée consisterait à supprimer le privilège spécial
des copropriétés devançant celui des prêteurs de deniers. Ainsi,
à nouveau, en cas de vente judiciaire, les syndicats de copropriété
ne toucheraient-ils (la plupart du temps) rien. Il s’agit là d’un
retour en arrière, d’autant plus regrettable :
a)
qu’il
n’est, comme on l’a dit, pas justifié par le dysfonctionnement
du système mis en place depuis 1994 ;
b)
que
les conséquences de ce retour en arrière seront (en raison du
développement de l’accession à la propriété très sociale) encore
plus négatives qu’avant 1994.
Nous
avons donc saisi le Gouvernement d’une part pour qu’il tienne
compte de cette double réalité, d’autre part - au cas regrettable
où il n’en tiendrait pas compte - pour qu’il mette en place d’urgence
- en concertation avec les membres de la Commission Relative
à la
Copropriété dont l’ARC est membre titulaire -
un nouveau dispositif empêchant que les syndicats de copropriétaires
ne deviennent à nouveau victimes des ventes judiciaires et des
charges impayées.
Nous
espérons vivement être entendus.