Voici
une interview de notre inoxydable directeur
publié dans Capital.
Même
si les propos sont un peu rapides (journalisme
oblige) l’essentiel est dit :
-
l’arrêté
Novelli est une horreur ;
-
les syndics
qui pratiquent le contrat de trois ans
et refusent le compte séparé sont à fuir ;
-
l’affaire
URBANIA relève des dérives généralisées
qu’il faut empêcher.
Voici
interview :
« L'arrêté Novelli n'empêchera pas les syndics de
copropriété de multiplier les services
hors forfait"
L’arrêté Novelli, réglementant les tarifs des syndics, laisse la
porte ouverte à tous les abus s’inquiète
Bruno Dhont, directeur général de l’Union
nationale des associations des responsables
de copropriété. Suite à l’affaire
Urbania, administrateur de biens soupçonné
de détournement de fonds, il appelle le
gouvernement à prendre de nouvelles mesures
pour contrôler le secteur.
Capital.fr
: L’arrêté Novelli censé réglementer les
tarifs des syndics de copropriété, peut-il
mettre fin aux dérives que vous dénoncez
depuis des années ?
Bruno Dhont : Non seulement, cet
arrêté ne protège pas les copropriétaires,
mais il laisse la porte ouverte à tous
les abus. Certes, le gouvernement contraint
désormais les syndics à intégrer une liste
de 44 services dans leurs prestations
courantes. Mais cette liste est très incomplète
et oublie un certain nombre de tâches
de base. Par ailleurs il ne définit pas
ce qu’ils sont en droit ou non de facturer
au-delà de leurs forfaits. Nous risquons
ainsi de voir fleurir de nouvelles surfacturations.
Plus grave, alors que 80% des syndics
continuent impunément de facturer hors
forfait la tenue des assemblées générales
annuelles, l’arrêté élude complètement
la question. Pas un mot, non plus sur
les abus liés au frais de photocopies
qui atteignent actuellement des records
: 0,40 centimes d’euros la page ! Bref,
alors que les syndics doublent déjà les
prix de certains contrats, nous pouvons
redouter de nouvelles surenchères au cours
des prochains mois.
Capital.fr
: Dans ce contexte, quels conseils donnez-vous
aux copropriétaires ?
Bruno
Dhont :
Méfiez-vous des frais de gestion hors
forfait de base. Un syndic qui multiplie
les honoraires exceptionnels (forfait
administratif, accès internet, lettres
de relance simple à 10 euros) et affiche
des clauses du type « tout heure commencée est dûe » pour la
moindre prestation… n’est de toute évidence
pas recommandable. Gare aussi aux contrats
sur trois ans, qui ont tendance à se généraliser
notamment dans les grands syndics de copropriété.
Préférez des contrats de 12 mois, renouvelables
chaque année. Enfin évitez, les syndics
qui cherchent à vous dissuader de disposer
d’un compte séparé de copropriété. En
effet, certains professionnels facturent
les comptes séparés jusqu’à 60 euros par
logement et par an, le but étant de vous
inciter à placer vos fonds sur un compte
commun géré par le syndic. Or cette gestion
groupée est la cause de nombreuses dérives,
il y a là un vrai manque de transparence
pour les copropriétés. Un exemple de dérapages
parmi d’autres : plus de 1% des chèques
des syndics ne sont jamais encaissés suite
à la faillite d’un prestataire… des sommes
qui ne sont jamais reversées aux copropriétaires.
Capital.fr
: Le syndicat de copropriété Urbania fait
depuis quelques semaines l’objet d’une
enquête auprès du parquet de Paris. L’administrateur
de biens immobiliers est soupçonné d’avoir
détourné près de 500 millions d’euros
de fonds déposés sur des comptes de copros.
Ces dérives sont-elles courantes ?
Bruno Dhont : Cette affaire qui
touche potentiellement 400.000 copropriétaires
révèle une nouvelle fois les limites du
système du compte unique. En effet, la
loi Hoguet autorise aujourd’hui les syndics
à obtenir des prêts bancaires à hauteur
des montants déposés sur ces comptes.
Lorsque cet argent est utilisé pour des
placements sûrs, tout va bien. Mais dès
lors que le syndic se risque à des investissements
hasardeux, comme ceci semble être le cas
dans l’affaire Urbania, tout peut vite
déraper… Face à cette situation, nous
conseillons donc aux clients d’Urbania
d’être très vigilants et de vérifier que
les fournisseurs soient tous payés. Plus
globalement, nous appelons le gouvernement
à réglementer à nouveau les syndics et
à imposer un compte bancaire séparé par
copropriété sans dispense possible.
Propos
recueillis par Guillaume Chazouillères » .