Un
article du Nouvel Observateur de la
semaine dernière montre à quel point
la rénovation énergétique des copropriétés
s’annonce difficile (tout en restant
indispensable).
Raison
de plus de venir au colloque des 1er
et 2 juillet (voir www.planetecopropriete.com) où nous montrerons non seulement qu’il existe
des solutions, mais aussi des démarches
efficaces pour contourner les obstacles
bien connus.
Voici
l’article.
« Ma copro
consomme
« Malgré la bonne volonté de la Ville,
ce seront bien les
copropriétaires qui mettront Paris à l'heure écolo. Et il y a du boulot !
I.
Des votes
difficiles
La prochaine assemblée générale de l'immeuble
du 81, rue Pascal (13è),
barre chic de la fin des années 1960
à la façade totalement vitrée,
se tiendra au mois de juin. Grand jour
pour Hervé de Chastenet. Cet architecte, propriétaire et membre du
conseil syndical, œuvre depuis un
an pour convaincre ses voisins de voter des travaux
d’économies d’énergie. Le bâtiment consomme 220 kWn/m2/an.
Soit un peu moins que la moyenne parisienne (247
kWh/m2/an) mais beaucoup trop au regard
des objectifs fixés par le Plan Climat de
Paris (80 kWh/ m2/an). Sans parler
des lourdes factures de chauffage, eau chaude et électricité.
Cette année, l'architecte doit faire admettre aux
copropriétaires, même aux retraités,
qu'ils
ont intérêt à vivre à 19
°C au lieu des
23 °C de coutume. Jouable.
Mais qu'il serait bon aussi de poser des robinets
thermostatiques sur chaque radiateur,
ce qui coûtera 530 euros par logement...
Ce n'est rien par rapport à ce qui pourrait suivre
: isolations (parking, cave, pignon : 750 euros), pose d'une ventilation mécanique (1 900 euros), remplacement
des baies vitrées (8 700 euros).
Hervé de Chastenet est sans illusion : « Pour les fenêtres, je n'y crois pas trop. Elles
ont été changées il y a dix ans. Les
ponts thermiques, points de déperdition
de chaleur, n'ont pas été supprimés
mais l'opération a laissé un souvenir
financièrement difficile. »
Pas simple de mettre son immeuble à l'heure écolo ! La rénovation du parc privé, ancien comme moderne, représente l'enjeu essentiel de la chasse aux déperditions énergétiques.
Mais, entre les réticences des voisins,
l'indifférence
des syndics et le rythme annuel
des assemblées générales, tout, dans
le fonctionnement des copros, fait obstacle
à ces travaux. Changer les fenêtres
ou refaire l'isolation de la toiture, priorités dans
l'haussmannien, n'est jamais urgent
Ni
très intéressant quand on sait que le
retour
sur investissement, avec ou sans aides
de l'Etat, n'aura pas lieu avant
une bonne décennie.
« Dans un immeuble du 19e, tous sont partants sauf la principale propriétaire, qui détient 66 % des lots, qu'elle loue,
raconte Emilie Rosé, conseillère dans un Espace Info Energie, passage obligé pour les motivés. Du
coup, rien ne peut se faire ».
II.
L’assistance aux copropriétés
Pour surmonter ces difficultés, et atteindre l'objectif fixé par le Plan Climat -100 000 immeubles de logements privés réhabilités d'ici à 2050 -, Ville, Région et Ademe (l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie) jouent l'incitation. Le programme Copropriétés : Objectif
Climat ! (COC), lancé fin 2008, offre par exemple le
coaching d'un conseiller Info Energie et finance
70 % de l'audit énergétique (entre 4
000 et 10 000 euros).
Par le biais de l'Anah (Agence Nationale de l'Habitat), la Ville
donne aussi un coup de pouce aux copropriétaires modestes et aux propriétaires bailleurs, habituellement les plus
réticents à sortir le chéquier. Et ce
n'est pas tout : pour gagner
du temps, elle prend
en charge, depuis novembre dernier,
la totalité de l'audit énergétique sur
les parcelles les plus énergivores
du 13e, bâties entre 1940 et 1981.
Une Opération programmée Amélioration thermique
et énergétique des Bâtiments (OPATB) novatrice,
qui pourrait être rééditée ultérieurement autour de la place
de la
République. Les résultats ? Longs à venir.
Dans le cadre de l'OPATB, 28 diagnostics sont
réalisés ou en cours. Et sur les 480 copropriétés
qui ont pris contact avec le dispositif COC, un petit tiers
s'est engagé dans l'audit et 14 seulement
ont voté des interventions. Souvent
modestes d'ailleurs. « Si on dit aux gens ; que pour passer de 200 kWh à 80 kWh, il faut
débourser 5 000 euros au minimum par
logement, personne ne suivra », justifie
Jean-Baptiste
Martin, chef du service du Logement
et de financement à la Ville. Aux Buttes-Chaumont (I9e) ; dans un immeuble de briques années 1920, les habitants se sont contentés de changer le régulateur et le programmateur
de la chaudière.
Ailleurs, des copropriétaires architectes, ingénieurs, souvent retraités, greffent des propositions écolos sur des travaux obligatoires.
Un ravalement ? Un problème d'étanchéité de toiture ? Une chaudière au fuel en rade.
Autant de prétextes à isolation ou à raccordement au chauffage urbain parisien (CPCU), assuré à 47 % par la valorisation des déchets.
Dans leur immeuble cossu de la rue Jean-Baptiste Pigalle (9é), Franck Toubiana, entrepreneur,
et Jean-Michel Boris, retraité de l’Olympia, ont rebondi après un incendie et après l'audit de sécurité qui a suivi pour basculer dans l'énergétiquement correct Le bouchage des courettes techniques, la pose d'une ventilation mécanique, le changement des fenêtres sont en cours. Ils espèrent aussi pouvoir, un jour, se chauffer à la géothermie.
Mais en fin de parcours. Car en
toute cohérence, « on commence par réduire ses besoins,
après seulement on produit
des énergies renouvelables », conseille
Emilie Rosé. La
cerise sur le gâteau.
■ Morgane Bertrand ».