Voilà
des années que nous mettons en avant un
certain nombre d’anomalies graves qui
expliquent des dysfonctionnements croissants
dans le secteur de la copropriété.
- Absence
de sanctions : les syndics
ne sont pas suffisamment contrôlés et,
en particulier, ils ne risquent pratiquement
aucune sanction en cas de fautes importantes
(et surtout pas le retrait de leur carte
de gestion).
- Compte
séparé très peu pratiqué :
les syndics se sont au fil des ans transformés
en banquiers et - échappant facilement
au compte séparé - ne gèrent souvent
les copropriétés que dans une optique
purement « financière »
(disposer en permanence d’une trésorerie
maximum, ceci souvent au détriment de
l’intérêt des copropriétaires).
- Développement
des filiales de prestations de services :
les syndics n’arrêtent pas de développer
des « filiales » de prestations
de services (assurance, expertise, travaux,
nettoyage, diagnostics immobiliers,
recouvrement de charges, etc.) qu’ils
savent facilement et habilement imposer
aux copropriétés qu’ils gèrent, au mépris,
trop souvent, de l’intérêt des copropriétaires
(tarifs élevés, prestations non satisfaisantes,
contrats désavantageux, etc.).
- Contrats
de syndic abusifs : en ce qui
concerne les contrats de syndic, la
situation est toujours aussi trouble
et les abus tarifaires n’ont pas cessé,
bien au contraire, l’arrêté Novelli
ouvrant lui-même la porte à des « abus institutionnels »
nouveaux.
- Absence
de vraie concurrence entre syndics :
un des problèmes grandissant est qu’il
peut être parfois difficile - surtout
en cas de conflit avec un syndic - de
le mettre en concurrence, celui-ci pouvant
convoquer l’assemblée générale en joignant
un seul contrat de syndic, le sien.
De
même en cas de mise en copropriété, le
syndic de promotion - seul candidat !
- risque d’être élu (sans concurrence)
pour trois ans. Cela a évidemment des
conséquences très négatives.
- Compétences
insuffisantes : enfin on peut
noter que les compétences requises par
les textes pour exercer ce métier délicat
ne sont pas à la hauteur des enjeux,
que sont la gestion rigoureuse des immeubles,
associée à une maîtrise des consommations.
Les
pouvoirs publics ont fini par comprendre
que nous avions raison et qu’en laissant
faire, nous allions tous à la catastrophe,
comme le montre l’affaire URBANIA.
Voilà
pourquoi le Ministère de la Justice vient de mettre au
point un projet de loi concernant les
syndics qui est définitivement bouclé
et qui sera soumis au Conseil d’Etat en
juillet.
Nous donnons-ci-dessous les grandes lignes de ce projet.
·
Dispositions
disciplinaires
-
Est prévue
la création d’un Conseil de la Copropriété. En
fait il s’agit d’une introduction dans
la loi de la Commission Relative
à la
Copropriété. Ce Conseil
devra - entre autre - élaborer un Code de déontologie applicable aux syndics
qui fera ensuite l’objet d’un décret.
Seront
par ailleurs créées des Commissions
régionales de déontologie et de discipline
des syndics. Ces commissions, présidées
par un magistrat, seront paritaires :
-
deux syndics ;
-
deux représentants
des copropriétaires.
Ces
commissions traiteront non seulement les
manquements aux lois et règlements ainsi
qu’au Code de déontologie des syndics
mais aussi de toutes négligences graves.
Ces
commissions auront un pouvoir disciplinaire
à l’égard des syndics, allant de l’avertissement
jusqu’à l’interdiction définitive d’exercer.
·
Contrats
de syndic
-
Un décret
fixera la liste des tâches courantes donnant
lieu à une rémunération forfaitaire et
les conditions dans lesquelles pourront
être pratiqués des honoraires supplémentaires.
-
Le ministère
reconnaît ainsi l’inadaptation totale
de l’arrêté Novelli
et entend le remplacer par un décret complet.
·
Compte
séparé ; transparence financière
et comptable
-
Plus aucune
dispense à l’ouverture d’un compte séparé
ne sera possible. Ainsi est satisfaite
une des demandes les plus importantes
exprimées par les copropriétaires.
-
Par ailleurs
un décret fixera les conditions concernant
la gestion financière et comptable des
copropriétés.
·
Mise
en concurrence obligatoire des syndics
-
Pour favoriser
une mise en concurrence entre syndics,
qui s’avère de plus en plus difficile,
le projet prévoit - de façon assez singulière
- l’obligation d’une mise en concurrence
en cas d’élection d’un syndic.
-
Nous aurons
l’occasion de revenir sur les modalités
de mise en œuvre de cette disposition
très particulière.
·
« Filiales » des syndics : clarté
-
Un décret
fixera également les conditions d’information
concernant les sociétés dans lesquelles
les syndics ont des intérêts et qui interviennent
dans les copropriétés.
-
Là encore
le ministère a pris la mesure des problèmes
actuels, que nous signalons depuis de
nombreux mois.
·
Formation
des syndics
-
Les syndics
seront astreints à une formation continue
obligatoire définie par décret, qui sera
définie par le Conseil de la copropriété.
·
Syndic
bénévole
-
Les syndics
bénévoles devront suivre une formation
dans les trois mois de leur première élection.
Ceci
est une disposition qui nous semble très
opportune et qui va crédibiliser la fonction
de syndics bénévoles.
Conclusion :
Les
principales demandes de l’ARC sont donc
satisfaites :
-
encadrement
disciplinaire des syndics et mises en
place des commissions paritaires ;
-
décret
concernant les contrats de syndic en remplacement
de l’arrêté Novelli ;
-
impossibilité
de déroger au compte séparé ;
-
dispositions
permettant la mise en concurrence des
syndics ;
-
transparence
concernant les « filiales »
de syndic ;
-
formation
des syndics professionnels ;
-
meilleure
reconnaissance des syndics bénévoles.