Vous
êtes bailleur et vous y n’y comprendrez
pas grand-chose à la GRL (Garantie des Risques Locatifs).
Voici
deux articles qui vous donneront peut-être
quelques lumières à ce sujet, sachant
que la
GRL est en pleine
reconstruction.
I-
Interview de Jean-Luc BERHO
Interview du 18 juin
de Jean-Luc Berho,
vice-président de l'UESL (Union d’Econome
Social du Logement), l'organisme qui
gère le 1 % logement
Nous allons mettre en place un dispositif qui va sécuriser les relations
bailleurs-locataires ?
« Le 1 % logement, c'est quoi
?
C'est vrai qu'à première vue, ce n'est pas très sexy
comme
nom... Mais, lors de sa création, en 1953, cela correspondait à 1 % de la masse salariale
des entreprises qui cotisaient. Il
y a aujourd'hui une centaine
d'organismes sur tout le territoire qui collectent cette cotisation auprès des entreprises
et qui offrent aux salariés un certain nombre de services
logement, qui vont de la proposition d'un logement
locatif
social à la garantie
du risque locatif en passant par toute une gamme de prêts dont les prêts pass-travaux, qui ont dû être suspendus fin 2009.
Le pass-travaux
ne fonctionnait pas ?
Au contraire, le dispositif marchait très bien : en 2008,180 000 ménages ont bénéficié du-prêt pass-travaux,
pour un montant global
supérieur à
1 milliard d'euros.
Mais nous avons dû donner un
coup d'arrêt brutal à cause des prélèvements
décidés par le
gouvernement. Du coup, cela
menace
directement 15 000 emplois, principalement dans des PME du
bâtiment, alors que nous sommes en pleine crise économique. Il y a un vrai problème
aujourd'hui : il existe
une crise profonde du logement en
France, et le budget 2009 est, pour
la première fois depuis 1977, en baisse,
de 7% !
Quelle est l'ampleur de cette crise ?
C'est bien simple : il aurait fallu, au cours des vingt-cinq dernières années, construire de 30 à 40 000 logements de plus par an pour que l'on obtienne
les 900 O0O logements « économiquement accessibles » qui
font défaut aujourd'hui, d'après les
calculs de l'économiste Michel Mouillart.
Le ministère du Logement a parlé récemment d'une généralisation de la garantie du risque locatif. Où en est-on ?
Aujourd'hui, entre 55 à 60 % de la population française ne présente pas les trois critères
de solvabilité
pour accéder à un logement. A savoir : un
emploi stable, un salaire équivalent
à trois loyers et la
caution d'une personne physique. Ce qui veut dire qu'il leur est difficile, voire impossible, de
louer un logement. Il fallait changer la situation, et je pense
que nous
sommes en passe de résoudre le problème.
C'est-à-dire
?
Nous allons mettre en place un dispositif qui va sécuriser les relations bailleurs-locataires.
Un
bailleur va désormais pouvoir s'assurer auprès de
n'importe quel assureur, pour une somme comprise entre 1,5 et 2,5
du montant du
loyer, et toucher le montant d'un
loyer impayé, et ce quelle qu'en
soit la raison. Les
loyers seront assurés jusqu'à
hauteur de 2 000 euros,
pour un montant global de
70 000 euros. Aujourd'hui, le
loyer moyen en
France est de
650 euros. Cela veut dire que le bailleur sera couvert pendant huit à neuf ans.
Enfin, si jamais il y avait des dégradations, le propriétaire
pourrait refaire des travaux à
hauteur de 7 700 euros.
Quand ce dispositif
sera-t-il
mis en place ?
Les assureurs sont décidés aujourd'hui à avancer, puisqu'il y aura une réassurance du 1 % logement et de l'Etat. Reste une difficulté. Bercy rechigne à
être co-réassureur,
alors que cela avait été
acté par l'Assemblée nationale. J'espère toutefois que nous aurons surmonté les dernières réticences
pour
être opérationnels dès septembre. Car il y a urgence : avec ces nouvelles garanties, ce dispositif va permettre de faire accéder au logement des
personnes qui sont aujourd'hui exclues
du parc locatif privé ».
II. Article du MONDE
(2 juillet 2009)
« LANCÉE en 2007, à l'initiative
du « 1 % logement
», pour couvrir les impayés de loyer
la garantie des risques locatifs (GRL)
doit, d'ici à quelques
mois, devenir un produit «
grand public ». Jusqu'à présent,
n'étaient éligibles que les salariés
; précaires et les personnes qui consacrent
plus du tiers
de leur budget au paiement d'une location.
A l'avenir, le dispositif sera
« universel », comme le prévoit la loi
du
5 mars 2007, relative au droit au
logement
opposable. Fin 2007, Nicolas Sarkozy
s'était, lui-même, dit partisan d'une
« mutualisation des risques
pour tous ».
Cette évolution était loin d'être acquise compte tenu des réticences
des professionnels de l'assurance.
Ceux-ci avaient l'impression que leurs
propres
produits allaient
subir la « concurrence déloyale » d'un
dispositif « subventionné
», écrivent Sabine
Baïetto-Beysson, inspectrice générale
de
l'équipement, et Bernard Béguin, du
groupe Generali, dans un rapport rendu
en mars 2008.
De leur côté, les partenaires sociaux, qui gèrent le « 1 %
logement », craignaient
la mise en place d'un système à deux
vitesses où les « locataires à risque »
(c'est-à-dire à faibles ressources)
auraient été pris en charge par la
GRL tandis
que les assureurs se seraient arrogé
la clientèle aisée.
Finalement, un accord de principe a été trouvé, le 19 mai, entre les responsables
du « 1 % » et la Fédération française des sociétés d'assurances
(FFSA). Les bailleurs du parc
privé pourront souscrire une GRL
auprès d'une compagnie d'assurances,
moyennant une cotisation qui devrait
avoisiner 150 euros par an en moyenne.
En contrepartie, tous les loyers non
réglés seront couverts dans la limite
de 70 000 euros. Si le logement a été
détérioré par son occupant,
les frais de remise en
étatiseront pris en, charge (jusqu'à
7
700 euros). La
GRL ne joue qu'à
deux conditions : le loyer
ne
doit pas dépasser 2 000 euros par
mois, et le montant de la quittance
ne doit pas représenter plus de 50
% des ressources du locataire.
Dès qu'un impayé est signalé, des mesures d'accompagnement sont prises,
sous l'impulsion de l'Association
pour l'accès
aux garanties locatives (Apagl),
qui coordonne le dispositif
: des travailleurs sociaux entrent
en contact avec le locataire pour
identifier les causes du problème
et apporter des
solutions (aide à la quittance, relogement,
etc.).
«La plupart des situations peuvent se traiter
à l'amiable », affirme
Jean-Luc Berho, président de
l'Apagl.
«
Sur les quelque 150 000 GRL accordées depuis la naissance
du dispositif,
un peu plus de 2 000 défauts de paiement
se sont produits, qui
ont, le plus souvent,
été résolus sans aller jusqu'au contentieux
», ajoute-t-il.
Pour indemniser les sinistres, les assureurs piocheront dans un fonds
alimenté par une fraction des primes
d'assurance versées par les bailleurs.
Si cette source de financement ne
suffit pas, le « 1 %
» et l'État pourront
être mis à contribution, explique
M. Berho. D'après lui, les discussions
continuent pour délimiter les publics
à couvrir : les partenaires sociaux
aimeraient que l'Etat ne se contente
pas des fonctionnaires, mais traite
aussi
lecas des artisans, travailleurs indépendants,
professions libérales, etc.
Le président de l'Union nationale de la propriété immobilière (UNPI), Jean Perrin, pense que la GRL
«
va exploser en plein vol »
sur le plan financier,
et n'aura pas beaucoup d'effet sur
l'accès au logement dans les régions où les tensions locatives sont fortes.
L'ancien délégué général de
la Fédération
nationale de l'immobilier (Fnaim), Henry Buzy-Cazaux estime, au
contraire, que le dispositif permet
d'«
élargir le spectre des ménages solvables »
et
de «
sécuriser a bon compte » la
relation bailleur-locataire.
Mais bien souvent, poursuit-il, les agents immobiliers et les administrateurs
de biens méconnaissent les «atouts »
de la
GRL, car celle-ci
a mis
plusieurs années à voir le
jour et a beaucoup évolué entre le
projet initial et le mécanisme actuel,
si bien que les représentations erronées
et les
«fantasmes
» sont nombreux.
Quoi qu'il en soit, des collectivités
locales ont manifesté leur
intérêt. À Aix-les-Bains (Savoie), par exemple, la municipalité
s'engage à prendre en
charge « le
coût de
l'assurance GRL souscrite par un bailleur
de la commune ».
Ainsi, elle espère inciter
des propriétaires à remettre en location
leurs
biens, notamment dans le centre-ville,
où les appartements inoccupés sont
légion ».
Bertrand Bissuel.