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Le décret " sécurité et ascenseur " est
à MATIGNON :
l'ARC signale trois anomalies au Premier Ministre


 

Dernière ligne droite avant le déferlement des devis sur la tête des copropriétaires : le décret d'application de l'article 79 de la loi Habitat et Urbanisme est arrivé à MATIGNON pour avis.

En principe le décret devrait (c'est du moins le vœu des professionnels et plus particulièrement des quatre grands ascensoristes qui tablent sur huit milliards d'€uros de commande) passer tel qu'il a été soumis à MATIGNON.

A l'ARC nous pensons, cependant, qu'il est encore temps de RÉÉQUI LIBRER ce texte qui :

· favorise trop les professionnels ;
· défavorise les usagers, ceci au nom même de la sécurité (où ce que les bonnes âmes pensent être la sécurité).

C'est pourquoi nous adressons une ultime lettre au Premier Ministre et à son Ministre du logement, Gilles de ROBIEN. Nous écrirons d'ailleurs une lettre à peu près identique au Conseil d'État pour le cas où notre Premier Ministre - fasciné par les milliards d'€uros de travaux qui s'annoncent - resterait sourd à nos arguments.


 

Lettre au Premier Ministre :

 

Monsieur Jean Pierre RAFFARIN
Premier Ministre
HOTEL MATIGNON

rue de Varenne
75007 PARIS

Paris, le 9 Octobre 2003










Objet : décret d'application de l'article 79 de la loi Habitat et Urbanisme, soumis actuellement pour approbation au Premier Ministre.

Monsieur le Premier Ministre,

Le Ministère du Logement nous a fait savoir que le décret référencé était actuellement soumis à votre approbation.

C'est la raison pour laquelle nous nous permettons d'attirer votre attention sur trois anomalies concernant ce décret.

Précisons que notre association est la SEULE association à avoir participé depuis le début à la négociation concernant le décret d'application de l'article 79 de la loi Habitat et Urbanisme et ses arrêtés relatifs à la sécurité des ascenseurs.

Isolée au milieu d'un groupe compact de fédérations professionnelles, grands bureaux d'études ou de contrôles, nous avons, avec constance, expliqué que certaines des dispositions envisagées, étrangères à la sécurité des usagers, n'auraient pour seules conséquences que d'entraîner des travaux coûteux et, pour partie, inutiles (toujours au regard de la sécurité).

Nous n'avons donc eu de cesse d'agir pour rétablir L'EQUILIBRE entre d'une part les vrais impératifs de sécurité (en tant que copropriétaires occupants nous sommes concernés au premier chef), d'autre part le coût final des mesures envisagées, enfin les appétits des quatre majors du monde de l'ascenseur (notre pays ayant la particularité de subir une concentration inhabituelle dans ce secteur, à la différence de l'Allemagne et de l'Espagne).

Notre action n'a d'ailleurs pas été vaine puisque le Parlement - convaincu par nos arguments - a voté un texte permettant d'assurer le rééquilibrage nécessaire.

Néanmoins, aujourd'hui, force est de constater que le décret qui vous est soumis et les arrêtés qui suivront ne garantissent pas suffisamment cet équilibre, allant même jusqu'à trahir (le mot est à la hauteur des enjeux) la lettre et l'esprit de l'article 79, que le Parlement avait eu soin de faire EVOLUER, précisément, vers l'équilibre souhaité, comme nous l'avons rappelé.

Vous trouverez ci-après trois séries de propositions très modestes mais décisives que nous nous permettons de vous présenter succinctement.

1- Un décret qui occulte la participation des entreprises de maintenance aux objectifs de sécurité.

 

- Le législateur, dans la dernière version de l'article 79, a - suite à nos actions et suite au maintien du décret 95-380 du 30 juin 1995 concernant les obligations de l'ascensoriste vis-à-vis de la sécurité de son personnel - réaffirmé solennellement que la sécurité était autant l'affaire du propriétaire de l'appareil que de l'entreprise en charge de sa maintenance. Or, en ce qui concerne les DISPOSITIFS et MESURES de sécurité, le décret, contrairement à la loi, ne parle plus QUE du propriétaire. Certes les entreprises de maintenance sont concernées - dans le cadre de leur travail de maintenance - par la sécurité, mais leurs obligations de celles-ci comme employeurs sont totalement évacuées.

- Il y a donc là une anomalie grave, un retour au déséquilibre refusé par le parlement qu'il est - à notre avis - impératif de corriger pour que le décret soit réellement CONFORME à la loi votée.

 

Nous donnons ci-dessous le texte de la loi, celui du projet de décret et, pour finir, nos propositions.

LA LOI
LE DECRET

" Le décret définit les exigences de sécurité à respecter, y compris par les entreprises chargées de l'entretien. Il établit la liste des dispositifs de sécurité à installer ou les mesures équivalentes, en fonction notamment des risques liés à l'installation de l'ascenseur, à son mode d'utilisation et à son environnement. Il détermine les délais impartis aux propriétaires et aux entreprises concernées pour répondre aux exigences de sécurité et ceux impartis aux propriétaires pour installer ces dispositifs "
. Les propriétaires d'ascenseurs peuvent mettre en œuvre des mesures équivalentes aux dispositifs de sécurité mentionnés à l'article précédent. Ces mesures équivalentes doivent être préalablement validées à l'aide d'une analyse de risques réalisée par une personne telle que définie à l'article R. 125-2-8. (…). Le propriétaire met en place les mesures visées aux alinéas précédents dans les délais prévus à l'article R. 125-1-2 pour les dispositifs qu'elles remplacent.

 

Notre position

Mesures équivalentes.

Pour respecter le texte de la loi, le décret doit préciser que les " mesures équivalentes " ne sont pas forcément de la responsabilité des propriétaires et qu'elles peuvent en particulier renvoyer aux mesures visées par le décret 95-826 du 30 juin 1995.

Nous demandons en conséquence deux ajouts très légers mais décisifs :
a- Article R. 125-1-3 : première phase. Compléter ainsi la première phrase de l'article R. 125-1-3 :
" Les propriétaires d'ascenseurs peuvent mettre en œuvre ou faire mettre en œuvre par les personnes concernées (le reste identique) ".

b- article R. 125-1-3 : dernière phrase. Compléter ainsi la dernière phrase :
" Le propriétaire ou la personne concernée met en place (le reste identique).

 

Le rajout de ces quelques mots ne fait :

- que respecter la lettre et l'esprit de l'article 79 ;
- qu'introduire une précision qui permettra aux copropriétés de continuer à pouvoir exiger des ascensoristes le respect - à leurs frais - du décret du 30 juin 1995.

 

2-Un décret qui introduit des mesures non justifiées pour des raisons de sécurité mais pour des raisons étrangères à la loi.

 

- Une des mesures les plus critiquée par notre association est celle concernant l'objectif de précision d'arrêt des ascenseurs.

- Alors que tous les experts avaient indiqué que l'objectif + 20 mm était très suffisant, certains groupes de pression ont réussi à imposer +10 mm, ce qui entraînera des dépenses importantes et inutiles du point de vue de la sécurité.

- Il faut en effet savoir qu'actuellement de nombreux ascenseurs - grâce à un réglage approprié - peuvent satisfaire au critère des + 20 mm mais que, pour satisfaire à celui de + 10 mm, il faudra poser des variateurs de fréquence très coûteux.

- Face à nos multiples protestations concernant le fait que cette mesure ne concernait pas la sécurité, mais le CONFORT (nous dénonçons d'ailleurs les statistiques d'accidents sur ce point qui ne précisent pas le seuil d'imprécision d'arrêt concerné…), le Ministère du Logement avait fini par admettre qu'il fallait revenir à une précision d'arrêt de + 20 mm.

- Or le décret, désormais, justifie le retour à l'objectif de + 10 mm par référence à la norme européenne concernant l'accessibilité des handicapés.

- Cependant - tout en reconnaissant que cette norme est bonne pour les appareils neufs - nous voulons dénoncer le fait que l'obligation d'application rétroactive (dans un décret d'application d'une loi qui concerne la seule sécurité) d'une norme sur l'accessibilité est à notre avis abusive. Ceci d'autant plus que cette référence à la norme est, à l'évidence, une façon habile pour les ascensoristes de revenir à l'objectif de + 10 mm propres à leur assurer des commandes de travaux fructueuses.

- Précisons, Monsieur le Premier Ministre, que comme tout le monde nous sommes des chauds partisans des mesures concernant les handicapés, mais considérons, en l'occurrence, que ce souci devient un pur ALIBI commercial dont les effets pervers seront désastreux.

- Nous demandons donc simplement à ce que le décret soit strictement conforme à la loi et que l'on veille bien ne pas mélanger les textes ni les objectifs.

LOI
DECRET (projet)
Article L. 125-2-1 :
" Les ascenseurs doivent être équipés de dispositifs de sécurité dans les conditions prévues à l'article L. 125-2-4 ".
Système de contrôle de l'arrêt et du maintien à niveau de la cabine d'ascenseur présentant une précision suffisante pour assurer un accès sécurisé ainsi que l'accessibilité des personnes handicapées ou à mobilité réduite, à tous les niveaux desservis, dans les ascenseurs installés antérieurement au 1er janvier 1983.



Notre proposition

1- Revenir à une précision d'arrêt de + 20 (VINGT) mm.
2- Supprimer dans le décret le membre de phrase " ainsi que l'accessibilité des personnes hanticapées ou à mobilité réduite "

3- Une mesure discriminative très choquante concernant le déverrouillage des portes

 

- Sur un autre point - le déverrouillage des portes - le décret n'hésite pas, en effet, à mettre en place des obligations concernant uniquement les immeubles situés dans des zones difficiles, définies par l'administration.

Outre le fait que les mesures proposées ont montré leur inefficacité (selon l'Union Sociale pour le Logement), nous dénonçons le fait que certains syndicats de copropriétaires vont - en raison de critères purement géographiques - subir des contraintes supplémentaires sans aucune contrepartie (aides spéciales).

- Nous nous permettons d'attirer votre attention sur le fait que les copropriétés situées dans ces zones :

a. sont très loin d'être les seules à subir des processus de dégradation (une étude récente de l'IAURIF montre qu'il n'y a pas corrélation entre situation géographique et situation de dégradation) ;

b. doivent souvent, DEJA, faire face à des sur-dépenses liées à un vandalisme local ;

c. seront donc ENCORE un peu plus pénalisées, ceci sans aucune efficacité (voir rapport de l'U.S.L.).

- Là encore nous pensons que l'Etat ne peut pas imposer de mesures discriminatoires sur des bases subjectives sans contrepartie, ce qui nous fait penser que cette mesure est, une fois encore, non-conforme à la loi voire à la Constitution.

Nous vous demandons, Monsieur le Premier Ministre, de bien vouloir examiner avec bienveillance les arguments développés dans ce courrier, et vous en remerciant, nous vous prions de recevoir, Monsieur le Premier Ministre, l'expression de notre très haute considération.

Fernand CHAMPAVIER
Le Président.


Copie adressée au Ministre du Logement : Gille DE ROBIEN.

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