La
procédure d’alerte concernant
les copropriétés qui ont plus
de 25 % d’impayés (voir sur
le détail notre dossier sur
la « Zone Adhérent », rubrique
« Impayés ») fonctionne mal et très peu.
Pour
répondre aux premières difficultés
identifiées dans l’application
de cette « nouvelle »
procédure, nous avons donc lancé
une vaste action auprès des
ministères et des collectivités
locales pour les saisir du problème
et leur demander d’intervenir
pour en améliorer le fonctionnement.
Ci-dessous,
le courrier adressé au Ministre
de la Justice et au Ministre du Logement en juillet dernier,
et diffusé par la suite à toutes
les plus grandes agglomérations
de France.
Monsieur
MERCIER
Garde
des Sceaux
Ministère
de la
Justice
13,
place Vendôme
75001
PARIS
Paris, le 21 juin 2011
Objet : Difficulté d’application
des articles 29-1
A et
29-1 B concernant la procédure
d’alerte des copropriétés
en pré-difficulté
Monsieur
le Ministre,
La
loi de mobilisation et de lutte
contre l’exclusion du 25 mars
2009 a apporté une avancée
particulièrement intéressante
pour les syndicats de copropriétaires
fragiles en instituant la « procédure d’alerte », dispositif
que nous appelions de nos vœux
depuis longtemps.
En
effet, l’obligation faite aux
syndics, pour les copropriétés
dont les impayés dépassent le
seuil critique de 25%, de saisir
le juge pour faire nommer un
« mandataire ad hoc » permet une intervention précoce dès les
premiers signes inquiétants
de dysfonctionnement d’une copropriété.
Malheureusement,
deux ans après la promulgation
de la loi introduisant cette
procédure, et un an après la
sortie du décret d’application
(20 avril 2010), nous constatons
qu’aucun syndic, ou presque,
ne respecte les nouvelles obligations.
Malgré le nombre de copropriétés
ayant atteint le seuil critique
des 25% d’impayés, les tribunaux
sont trop peu saisis sur la
base des nouveaux articles 29-1 A et 29-1 B de la loi du 10
juillet 1965.
Il
y a plusieurs causes, selon
nous, qui expliquent la situation :
-
Les
syndics, souvent responsables
de la situation, ne sont pas
favorables à la nomination d’un
expert en charge de formuler
une analyse de la gestion financière
de la copropriété, et d’apporter
des préconisations pour la redresser ;
-
Les
copropriétaires qui souhaitent,
suite à l’inaction du syndic,
utiliser leur droit à déclencher
la procédure pour faire nommer
un mandataire ad hoc ont des
difficultés à le faire (engagements
de frais, nécessité de se regrouper,…).
Par ailleurs, il est important de constater
que, malgré la recommandation
N° 26 de la Commission Relative
à la
Copropriété,
les quelques « mandataires
ad hoc » désignés par le
tribunal sont, jusqu’à présent,
systématiquement des administrateurs judiciaires. Or, les administrateurs
judiciaires, ayant une culture
de « liquidateurs »
ou de gestionnaires de copropriétés
en grande difficulté, ne sont
pas toujours les plus aptes
à réaliser un audit précis de
la situation d’une copropriété
et à formuler des préconisations
pour qu’elles puissent être
mise en œuvre par le syndic
et le conseil syndical.
C’est pourquoi la recommandation N°26 de la CRC a, à juste titre, conseillé
de nommer des professionnels
en fonction de leurs compétences
(comptables, avocats, etc.)
selon les motivations présentées
par le demandeur lors de la
saisine du juge.
Le fait que cette recommandation ne soit pas
respectée par les tribunaux
explique que les rapports remis
jusqu’à présents soient pauvres
en préconisations et peu utiles
aux copropriétés concernées,
malgré les sommes dépensées
pour financer la mission du
mandataire ad hoc.
Pour
enrayer ces deux principaux
dysfonctionnements actuels, les
réponses sont, selon l’analyse
que nous avons pu en faire,
très simples.
Premièrement, il faudrait permettre également aux Maires
(ou Présidents d’EPCI) de déclencher
la procédure en cas de défaillance
du syndic ; beaucoup de
responsables communaux du service
logement nous ont fait part
de leur souhait à ce sujet.
Dans
un second temps, il faudrait
informer et sensibiliser les
magistrats à l’objectif de prévention
de cette procédure afin qu’ils
puissent, sur la base de la
demande qui leur est faite,
et comme le prévoit la recommandation
de la CRC, confier la mission de mandataire ad hoc à un
professionnel dont la spécialité
serait adaptée aux problèmes
identifiés sur la copropriété.
Nous
vous saisissons donc dans l’espoir
que vous accorderez une attention
favorable à nos demandes, et
que nous puissions trouver,
ensemble, comment faire appliquer
cette disposition préventive,
qui se présente comme la réponse
nécessaire aux problèmes actuels
– de plus en plus inquiétants
– de d’impayés de charges en
copropriété.
Dans
l’attente de votre réaction,
nous vous prions, Monsieur le
Ministre, de croire en l’expression
de notre plus haute considération.
Fernand
CHAMPAVIER
Ketty EVEN
Le
Président de l’ARC.
La présidente de l’UNARC