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ARC ACTUALITE / 29 12 04 / © Le Colloque sur la Copropriété en difficulté : un aboutissement et un point de départ Le Colloque de Clichy - organisé par le Conseil National des Villes, la Région Île de France, la Caisse des Dépôts et Consignations, le Ministère du Logement, la Délégation Interministérielle à la Ville, le Conseil Général de Seine Saint Denis et votre association préférée, l’ARC - a été un vrai " succès " :
De ces ateliers sont sorties des analyses et propositions très intéressantes qui ont permis d’élaborer un document de travail.
Voici le texte de cette plateforme qui naturellement, est susceptible (encore) d’être améliorée. I - Le contexte : Cette plate-forme a pour but de sonner le tocsin, face au grand nombre de copropriétés en difficulté qui ne sont plus entretenues et se trouvent pour une large part d’entre elles en état de " faillite ". Que se passe -t-il ? Le parc social loge 75% des personnes pouvant y avoir accès mais ne loge pas les 25% restant qui doivent trouver une solution ailleurs :
Nombre de demandeurs se trouvent donc confrontés à l’absence d’offre dans le parc public mais aussi à la réticence de bailleurs et d’élus, peu désireux de rassembler dans les mêmes quartiers trop de familles en difficulté . (Ces difficultés d’accès, dans un contexte de précarisation des salariés et de compétitivité économique de plus en plus dure, interrogent le lien organique établi originellement entre le droit au logement et le salariat). Quelles sont les conséquences d’une telle situation ? Certains sont " hébergés" ou dans la rue et d’autres se dirigent vers le parc privé dégradé, qui joue un rôle de subsidiarité " inversée ". Celui-ci et plus particulièrement les copropriétés en difficulté se trouvent ainsi sollicités pour loger les populations les plus pauvres qui n’ont pas d’accès au parc social public dont elles sont, en quelque sorte, les oubliées. Ces familles achètent ou louent parfois fort cher des logements en très mauvais état, dans des immeubles qui ne sont plus ni gérés ni entretenus faute de moyens ou de volonté. La présence de marchands de sommeil et /ou de propriétaires bailleurs, plus soucieux de rentabilité locative que de l’entretien des immeubles, amplifie les phénomènes de dégradation. Ce phénomène, qui s’inscrit dans une crise de logement sans précédent depuis celle des années 50, pose deux questions majeures :
Pourquoi la puissance publique doit-elle intervenir ? L’Etat, comme les collectivités locales, s’est longtemps interrogé sur sa légitimité à intervenir dans le parc privé en dehors de problèmes relevant de la santé publique. Mais aujourd’hui ce parc privé dégradé, devenu de fait, un parc social doit être investi par la puissance publique. Plusieurs raisons fondent, en particulier, l’intervention de l’Etat :
Or, il est de plus en plus fréquent que cette volonté s’effiloche ou reste lettre-morte sous prétexte d’un "Nous ne pouvons pas accueillir la misère du monde " ou du refus de la solidarité intercommunale ". L’appel à la solidarité entre les villes pour construire des logements sociaux (article 55 de la loi SRU) n’est pas, sur la totalité des communes concernées, à la hauteur des résultats escomptés : certaines ont honoré leur engagement, d’autres pas. L’absence de volonté politique réelle et de lucidité, ont favorisé consciemment ou non, les tendances dites " naturelles ", du repli sur soi et de la séparation entre riches et pauvres, renforçant les fractures territoriales et sociales.
Dans les cas ou l’action publique est déclenchée pour les copropriétés en difficultés, plusieurs critiques sont formulées :
II - Les propositions du colloque de Clichy Les propositions de cette plate-forme tiennent compte d’un état des lieux croisé entre des copropriétaires et leurs représentants, des opérateurs, des institutions, des praticiens de la copropriété en difficulté, des collectivités territoriales. Les propositions qui suivent sont le fruit d’un travail et d’une mobilisation collective, de débats et enfin d’une intelligence partagée pour imaginer des solutions adaptées et novatrices.
Une première proposition s’impose : l’Etat et avec lui tous les acteurs publics concernés doivent décider d’intervenir en faveur " des copropriétés vulnérables" dont la situation n’est pas encore dégradée, d’insérer ces actions dans le cadre du renouvellement urbain. Les autres propositions sont classées en trois catégories :
Ces mesures sont des mesures d’ensemble et elles devraient être déployées, en fonction des situations qui ne sont jamais identiques, mais en association les une avec les autres. Les pouvoirs publics sont souvent tentés du fait de l’ampleur des chantiers, de la mobilisation requise et des coûts, d’en sélectionner une ou deux. Ce choix est toujours insuffisant pour résoudre des crises en profondeur. Il est impératif qu’à une analyse d’ensemble et complexe soient ajustées des solutions, variées, cohérentes entre elles et avec les différents niveaux d’actions.
II - 1 – Actions précoces - Organiser une veille " active " par la constitution d’outils de connaissance et de veille sur l’ensemble des copropriétés à l’échelle territoriale adéquate. - Mettre en place un système d’alerte et désigner un correspondant " Copropriétés " dans chaque municipalité concernée. - Créer des lieux ressources sur les copropriétés dégradées : échange de pratiques, information, formation, assistance technique. - Promouvoir des outils légers (expertises, diagnostics simplifiés mais complets) dont il convient de préciser les méthodes, le déclenchement, le mode de financement et les conséquences. Ces diagnostics sont indispensables au déclenchement de mesures graduées de soutien. - Mieux mobiliser les procureurs de la République dans le cadre de l’article 29-1 et leur donner les moyens de faire établir des diagnostics pour les copropriétés " signalées ". - Habiliter des syndics de redressement et établir des référentiels professionnels. - Ne pas judiciariser les problèmes, mais mobiliser en amont les moyens de règlement non contentieux des litiges : médiation, conciliation etc… et prévoir leur financement par les Comités départementaux d’accès au droit (CDAD), présidés par présidents des tribunaux de grande instance.
- Faire connaître et développer les actions de médiation, promouvoir la création de postes d’agents d’insertion " habitat" (médiation pour le paiement des charges, médiation pour l’appropriation des projets de redressement et de sauvegarde, médiation des conflits de voisinage ou d’intérêts). - Développer et financer les actions de formation des copropriétaires et des conseils syndicaux, pour renforcer leur rôle et efficacité.
2 - Actions préventives - Informer les futurs acquéreurs des obligations des copropriétaires et des modalités de fonctionnement des copropriétés. - Rendre obligatoire pour les notaires le signalement au Procureur de la République de l’absence de syndic, constatée à l’occasion d’une vente. - Rendre obligatoire la création " d’un fonds travaux " et mettre en place un produit bancaire défiscalisé – pour ne pas pénaliser les copropriétaires qui constituent cette épargne. - Intégrer dans le calcul du taux d’effort de l’acquéreur lors d’une demande d’emprunt immobilier, les charges de copropriétés et le coût du rachat du "fonds de travaux ". - Réformer la législation et la fiscalité pour dissuader et poursuivre pénalement les copropriétaires indélicats et les marchands de biens qui exploitent la misère humaine. - Inciter à l’individualisation des compteurs d’abonnement pour les fournitures (eau, électricité, gaz) pour assainir les comptes des copropriétés et responsabiliser les consommateurs (notamment en cas de production collective d’eau chaude). - Ouvrir le Fonds de Solidarité Logement (FSL) au financement des dettes irrécouvrables dans le cadre d’une procédure civile de surendettement (le FSL relèvera des Conseils Généraux dès le 01.01.2005). - Flécher les allocations et autres aides pour le logement vers le paiement des dettes de la copropriété pour éviter les détournements : délégation par les propriétaires/allocataires, tutelle aux prestations logement ?
3 – Les actions curatives
- Favoriser le guichet unique pour les travaux (ANAH + collectivités territoriales). - Développer les opérations de portage immobilier provisoire, avec un volet social. - Permettre la scission en volume de certains grands ensembles hétérogènes sur dalle. - Faire le bilan de l’impact de l’administration provisoire en France, revisiter et améliorer les procédures et outils judiciaires en matière de copropriétés en difficulté et ouvrir des chantiers sur : l’évolution de l’administration provisoire : habilitation, mission, aide légale, acteurs, financement, contrôle ; les conditions d’adjudication des logements ; la réforme de la procédure d’ordre ; l’abandon de créances (total ou partiel) sous contrôle judiciaire, pour remettre les compteurs à zéro et favoriser le redémarrage sur des bases saines des copropriétés, ainsi que leur scission ; la lenteur des procédures judiciaires qui ne prennent pas en compte la nécessité de rapidité des décisions indispensables au redressement des copropriétés. - Faire le bilan des dispositions légales existantes sur le séquestre immobilier et les sanctions pénales, pour lutter contre l’incurie et les abus des copropriétaires, et si nécessaire, renforcer leur application ou leur extension - en s’inspirant de la défunte loi du 1er septembre 1948. - Elargir le bénéfice de l’aide juridictionnelle aux copropriétés en difficulté hors " Plan de sauvegarde ". - Instaurer un " juge des copropriétés " qui coordonnerait l’ensemble des interventions judiciaires en lien avec le juge du surendettement;
- Négocier avec les barreaux afin que les avocats acceptent le regroupement des procédures pour éviter la multiplication coûteuse des contentieux et pour une plus grande efficacité pour les copropriétés.
Plusieurs questions et des suggestions en guise de conclusion :
le déport de ces familles vers les copropriétés dégradées et donc l’aggravation du problème à l’occasion des démolitions ANRU ?
Nous devrions être capable - en observant les expériences étrangères de type coopératives d’habitat ou autre - d’imaginer un habitat favorisant réellement l’accès au logement de qualité, en mixant les statuts, les revenus et les personnes. En favorisant les projets " pour habiter " ; la capacité des habitants pour prendre en charge, eux-mêmes , l’administration, le fonctionnement de leurs immeubles, la création de services collectifs (type crèches, appartements thérapeutiques etc…), facilitant la vie collective des habitations.
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