Nous
avions voulu titrer : « Mise
en route en catastrophe et mise en route catastrophique ».
Mais comme nous sommes une association raisonnable nous avons
supprimé le « catastrophique ». Nous allons voir
que - certainement - nous avons eu tort.
En
un court dossier, nous allons :
1-
Rappeler ce qu’est le Diagnostic de Performance Energétique
(DPE).
2-
Expliquer le coup de tonnerre de la « non opposabilité ».
3-
Préciser dans quelle situation législative et réglementaire
nous sommes aujourd’hui.
4-
Montrer quelques aspects particulièrement curieux du
DPE tel qu’il est prévu.
5-
Expliquer pourquoi le Gouvernement va précipiter la
mise en place d’un dispositif au 1er juillet 2006,
bien que rien ne soit prêt à ce jour.
6-
Mettre en évidence le décalage incroyable entre :
-
la mise en place du dispositif au 1er janvier
2006 ;
-
l’obligation pour les professionnels de n’être certifiés
que le 1er juillet 2007, soit un an après ;
7-
Préciser ce que nous allons faire.
1- Rappel de ce qu’est le DPE
Dans
le cadre de la lutte contre les gaz à effet de serre, une directive
européenne du 16 décembre 2002 (numéro 2002/91) a prévu que les
états européens devaient mettre en place un « Diagnostic
de Performance Energétique » qui aurait pour but :
1)
d’informer
les usagers sur le niveau de consommation énergétique d’un
logement (en leur permettant d’apprécier si ce niveau était bon
ou non) ;
2)
de
donner à ces mêmes usagers des recommandations permettant
d’améliorer la situation des logements (donc d’améliorer la « performance énergétique » et de limiter en plus les émissions
de gaz à effet de serre).
En
fait, il s’agit là d’une excellente idée et nous avons toujours
été favorables à sa mise en pratique, à condition qu’elle ne tourne
pas, toute ou partie, à la « comédie
bureaucratique », ce qui est un peu en train de se passer,
comme on va le voir.
2- Le coup de tonnerre de la « NON opposabilité »
La France - comme trop souvent semble-t-il - a tardé à traduire
la directive dans son droit et sa réglementation. Alors que certains
pays instauraient non seulement une réflexion collective sur le
sujet, mais aussi des expérimentations concernant des villes entières,
la France se contentait de confier
au CSTB une étude sur le sujet.
Le
CSTB effectua d’ailleurs un très bon travail et fit un certain
nombre de propositions et préconisations (y compris celles concernant
des expérimentations) qui sont restées dans les tiroirs.
Très
sensible à ces problèmes d’économies, mais aussi d’écologie, l’ARC
a relancé à plusieurs reprises le ministère et même le Ministre
du Logement en personne, pour demander d’ouvrir une réflexion
approfondie avec les usagers sur les modalités d’application de
la directive. Rien n’y fit.
Or,
qu’apprenions-nous il y a quelques mois ? Que le Gouvernement
venait d’accepter que le DPE n’ait qu’une « valeur
informative », c’est-à-dire qu’il ne serait pas OPPOSABLE
au tiers. Ainsi, avant même que l’on sache ce qu’il contiendrait
exactement, qui pourrait procéder à ces diagnostics et
selon quelle méthode, la France avait décidé que ce
diagnostic - sensé être le fer de lance de la lutte contre les
effets de serre - ne serait pas « opposable »
et ne constituerait donc qu’une simple information.
Nous
avons été à cet instant (et le sommes toujours) particulièrement
choqués de cette décision. Pourquoi ? Parce que cela voulait
bien dire que la France avait compris qu'elle
serait INCAPABLE d’être prête à temps pour imposer la réalisation
d’un véritable DPE et pour les économies d’énergie. Faire
du DEP un document NON opposable, c’est admettre, en effet, que :
-
notre
DPE ne soit qu’un simple document informatif ;
-
notre
DPE puisse être fait par à peu près n’importe qui ;
-
notre
DPE ne soit finalement qu’une obligation financière de plus sans
beaucoup de valeur et sans efficacité.
Nous
avons, depuis, adressé des lettres au Gouvernement pour demander
qu’on revienne à un VRAI DPE
opposable. AU-CU-NE réponse !
Ce
qui est le plus singulier c’est que - depuis lors - dans toutes
les réunions où l’on nous invite et où nous dénonçons cette grave
anomalie, tous les gens un peu sérieux (ADEME - Agence Française
de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie),
CSTB - Centre Scientifique et Technique du Bâtiment), bureaux
d’études thermiques, etc.) confirment qu’ils sont tout à fait
d’accord avec nous, mais ceci visiblement laisse de marbre le
ministère.
Nous
avons insisté auprès du ministère pour que soit mise mettre en
place une vraie concertation avec les usagers. Or, aucune réunion
n’a eu lieu. Les seules (et sans doute nombreuses) réunions qui
ont été tenues n’ont concerné QUE les « diagnostiqueurs ». Curieux, non ?
3- Le paysage législatif et réglementaire actuel
Aujourd’hui
nous nous trouvons dans la situation suivante :
a)
le
DPE doit être appliqué à partir du 1er juillet 2006
à l’occasion de chaque vente d’un logement (pour les locations,
l’obligation n’interviendra qu’au 1er juillet 2007)
;
b)
mais,
à TROIS mois de la mise en place de cette obligation essentielle
pour l’avenir de la planète, le décret qui définit :
a)
le
contenu du DPE ;
b)
les
méthodes à appliquer ;
c)
les
compétences requises,
N’EST
PAS ENCORE PARU.
Voilà
quatre ans que la directive est sortie ; dans trois mois
les ventes conclues devront être assorties d’un DPE et nous n’avons
encore RIEN. On verra plus loin les conséquences de cette incroyable
situation, mais avant cela, expliquons une des singularités de
ce diagnostic. Vous allez voir que nous ne sommes pas au bout
de nos peines.
4- Un DPE inutile dans le cas où le logement dépend d’un chauffage
collectif
Nous
venons, en effet, de recevoir les projets de décrets concernant
le DPE et nous nous apercevons de ceci : en habitat collectif
avec production collective du chauffage et d’eau chaude, le DPE
ne servira strictement à RIEN. Suivez la démonstration.
Dans
un tel cas en effet, au lieu de prévoir un vrai diagnostic du
logement (permettant de connaître, après calcul, combien il devrait
consommer d’énergie) le texte prévoit que le diagnostiqueur devra
simplement procéder ainsi :
a)
il
demandera les consommations globales de l’immeuble au syndic (or
aucun texte dans la loi du 10 juillet 1965, n’oblige le syndic
à répondre à un tel intervenant !) ;
b)
il
se contentera ensuite d’appliquer une simple règle de trois pour
déterminer la part affectée au logement « diagnostiqué »..
En
fait de « diagnostic »
nous aurons seulement un prorata, qui plus est très grossier puisque
mélangeant les consommations affectées au chauffage et celles
qui sont affectées à l’eau chaude. Par ailleurs, dans ce cas,
les diagnostics n’auront strictement AUCUN intérêt puisqu’ils
feront des recommandations qu’il sera impossible aux copropriétaires concernés de suivre (le
propriétaire étant totalement dépendant des choix de la copropriété).
Ainsi,
venons-nous de découvrir que non seulement le diagnostic ne serait
pas opposable, comme on l’a vu plus haut, mais qu’en plus, en
cas de chauffage collectif :
a)
il
n’aura de diagnostic que le nom ;
b)
les
conseils éventuels qu’il pourrait fournir seront - par nature
- inexploitables.
Et
ce n’est pas fini.
5- Des diagnostiqueurs non « contrôlés » jusqu’au 1er juillet 2007
En
effet, comme les textes sortiront juste quelques semaines avant
l’échéance (1er juillet 2006), il sera évidemment impossible
de disposer de « diagnostiqueurs » dont les compétences
soient conformes à ces textes.
Dès
lors, et c’est le plus extraordinaire :
a)
les
diagnostiqueurs auront jusqu’au 1er juillet 2007 pour
être certifiés ;
b)
MAIS
d’ici là - c’est-à-dire pendant UN AN, - n’importe quel « technicien » pourra faire des diagnostics.
Pire : nous venons même d’apprendre que ces « techniciens » n’auraient aucune obligation d’avoir une compétence
ou une expérience quelconque dans le domaine de la thermique.
Ainsi ceux qui aujourd’hui font les repérages amiante pourront-ils
faire, dès aujourd’hui, des DPE.
Vous
vous dites : « Ça
y est ; à l’ARC, y z’ont fondu les plombs ; c’est pas
possible ce qu’ils racontent ».
Non
seulement c’est possible, mais c’est malheureusement la stricte
et affligeante réalité. Nous aussi, au départ, nous n’y avons
pas cru ; nous aussi nous avons relu dix fois le projet de
texte. Pour finir, avant de devenir dingues, nous avons interrogé
le ministère qui nous a répondu : « Mais oui, c’est tout à fait ça ; mais
vous comprenez, on ne pouvait pas faire autrement puisque, en
effet, les textes concernant la compétence des diagnostiqueurs
sortiront à peine deux mois avant l’échéance ». Vous cherchiez
peut-être les descendants du sapeur Camembert ? Si oui, soyez
heureux, vous les avez trouvés.
6- Mais pourquoi n’y a-t-il pas eu de report ?
Une
solution simple et surtout de bon sens aurait permis de sortir
de cette situation rocambolesque : tout simplement repousser
d’un an l’application du DPE.
« AH ! Mais non, ça, ce n’est pas possible.
Vous vous rendez compte, on pourrait dire que la France est en retard, qu’elle
se moque de l’effet de serre, qu’elle n’aime pas la planète ».
Alors uniquement pour ne pas perdre la face, on continue, on s’entête
et on produit la situation décrite précédemment dans ce dossier.
C’est ce qu’on appelle un « comportement
bureaucratico-surréaliste ».
7- La suite
Nous
allons tenter, en ce qui nous concerne, de faire prendre conscience
au Gouvernement des anomalies qui ont été décrites plus haut et
plus particulièrement de celles qui concernent le DPE lorsqu’il
y a production collective de chauffage.
Nous
allons aussi tenter de faire repousser l’application de cette
obligation en nous basant sur le fait qu’il est inadmissible que
des « diagnostiqueurs » non qualifiés et
non certifiés puissent effectuer les DPE entre le 1er
juillet 2006 et le 1er juillet 2007.
Par
ailleurs, nous appuyant sur le fait qu’aucune sanction n’est prévue
si le DEP n’est pas réalisé (ce qui prouve bien que c’est un « chiffon de papier ») nous allons inciter les propriétaires à
satisfaire, à leur manière (nous vous dirons
bientôt comment), à cette nouvelle et inutile obligation bureaucratique.
Là
encore, nous espérons qu’avec une grosse dose de bon sens et une
grosse dose de patience, nous arriverons à faire bouger la situation.
Mais rien n’est moins sûr.
Un conseil : si vous êtes arrivés au bout de ce dossier sans vous
être tiré une balle dans la tête, reprenez-en calmement la lecture.
Vous verrez que la deuxième fois c’est encore pire que la première.