Vous lisez la Presse ;
vous vous intéressez aux problèmes de la copropriété ;
donc vous aurez sans doute lu des articles sur les « charges
de copropriété 2005 selon la
CNAB », articles qui souvent
se contentent de reprendre de façon non distanciée les
chiffres, voire les commentaires et explications fantaisistes
qu’on peut trouver dans le rapport de cet Observatoire.
Comme 99 % des copropriétaires, vous n’avez peut-être pas eu le courage
de lire le rapport complet de l’Observatoire.
Nous, nous avons eu ce courage et avouons que ce nouveau voyage dans l’enfer
de la statistique nous a particulièrement éprouvés.
Voici donc nos commentaires. Ceux qui ont autant de courage que nous pourrons
lire le rapport complet sur le site de la CNAB.
Une
fois de plus l’ARC a étudié avec beaucoup d’attention
le rapport annuel de l’Observatoire des charges de la
CNAB.
Cette
année, nous avons décidé d’aller plus loin encore dans
nos analyses en espérant qu’enfin certains journalistes
pourront faire état du scepticisme grandissant d’une des
principales associations de copropriétaires au sujet des
résultats obtenus par cet Observatoire.
Nous
allons étudier :
1-
L’échantillon
retenu par l’Observatoire.
2-
Les
résultats chiffrés obtenus.
3-
Certains
commentaires de la
CNAB.
Naturellement
nous adressons ce rapport à la
CNAB et ne manquerons pas de publier
les réponses que nous obtiendrons peut-être enfin (N.B :
tous les ans nous adressons nos questions ; tous
les ans nous attendons en vain une réponse).
I-
Un échantillon discutable
L’échantillon
de l’Observatoire est composé uniquement de copropriétés
gérées par des syndics adhérents à la
CNAB.
Or
qui peut nous garantir que les immeubles ainsi gérés sont
« représentatifs » du parc de copropriétés ?
Nous
avons donc tenté de répondre à deux séries de questions
en reprenant les chiffres de la
CNAB elle-même :
a)
quelles
sont les différences entre l’échantillon de la CNAB et la réalité des immeubles en copropriété
en France ?
b)
quelles
sont les évolutions - entre 2004 et 2005 - de l’échantillon
de la CNAB ?
1-
Un échantillon à l’évidence non représentatif
a)
L’enquête
de la CNAB
rappelle d’une part (page 6 du rapport 2005) que la taille
moyenne des immeubles en copropriété en France est de
12 logements et d’autre part (page 7) que la taille moyenne
des immeubles de l’échantillon est de … 33 logements !
Comment, dans ces conditions, prétendre à une représentativité ?
b)
L’enquête
rappelle aussi que les immeubles en copropriété en France :
-
sont
chauffés collectivement à 48,7 % ;
-
ont
un ascenseur pour 31,5 % ;
-
bénéficient
d’un employé permanent (exemple : gardien) pour 38.1
%.
Or les immeubles CNAB présentent respectivement les
chiffres suivants :
-
chauffage
collectif :
55 %
-
ascenseurs :
45.1 %
-
personnel :
45.1 %
Ainsi la distorsion est :
-
pour
le chauffage :
de 13 %
-
pour
les ascenseurs :
de 43 %
-
pour
le personnel permanent :
de
18,3 % !
c)
Considérons
maintenant le nombre de mètres carrés par logement.
Là aussi, l’échantillon n’est à l’évidence pas représentatif
puisque sur l’ensemble de l’échantillon le nombre de mètres
carrés moyen par logement est de 78
m2 (soixante dix huit)
alors que le chiffre national réel est de l’ordre de 66
m2 !!
Conclusion :
comment un échantillon si éloigné du profil des immeubles
en copropriété peut-il être « représentatif » ?
2-
L’évolution de l’échantillon entre 2004 et 2005
Outre
l’aspect concernant la représentativité de l’échantillon,
l’un des problèmes que nous rencontrons est que cet échantillon
évolue chaque année et surtout qu’il évolue BEAUCOUP.
Ainsi on apprend qu’en 2005 cet échantillon regroupe 4.609
immeubles alors qu’il regroupait 3.546 immeubles en 2004,
ce qui représente d’une année sur l’autre une progression
brute de 30 % (soit 1063 immeubles).
Plus
préoccupant encore : forcément, sur les 3.546 immeubles
de 2004, un certain nombre ont quitté leur syndic en 2005
et ont élu un autre syndic qui n’est sans doute pas adhérent
à la CNAB... Mais cela l’Observatoire n’en souffle mot.
Or,
imaginons que 10 % des copropriétés aient quitté leur
syndic (soit 354 immeubles), cela voudrait dire qu’en
2005 il y a eu 1.417 immeubles qui sont rentrés dans l’échantillon
(1063 + 354) soit … 40 % de l’échantillon 2004, OUI QUARANTE
POUR CENT.
Comment,
avec un tel apport, peut-on calculer raisonnablement
une évolution entre 2004 et 2005 ? Cela reste
pour nous un mystère.
À noter : au niveau global cela a pour conséquence que
l’Observatoire des charges affirme d’un côté que les charges
sont passées (entre 2004 et 2005) de 19,1 euros du mètre
carré à 19,8 euros (soit + 3,6 %) et de l’autre que les
charges ont augmenté de 4,8 %, distorsion de 33 % très
exactement.
On nous dira : « Mais nous redressons les chiffres, c’est notre
métier ».
On constate, cependant, qu’il faudrait
tellement de redressements dans tous les sens que cela
rend :
a) impossible
le contrôle ;
b) suspect
l’exercice.
Nous y reviendrons.
II-
Des résultats inexpliqués et inexplicables
1-
Des données différentes concernant les évolutions de
charge.
Avant
d’analyser certaines « curiosités »
du rapport 2005, pointons un problème de lecture.
L’Observatoire
fournit, en effet :
1-
Un
tableau des charges par postes.
2-
Un
tableau des évolutions par postes (entre 2004 et
2005).
Le problème que nous avons rencontré est
celui-ci :
a)
si
nous prenons les tableaux de charges par postes de 2004
et de 2005 nous obtenons certains pourcentages (N.B :
le tableau 2004 est celui fourni la
CNAB l’an passé, mais non rappelé dans
l’enquête de 2005 ) ;
b)
or,
ces pourcentages sont différents (parfois très différents)
du tableau des évolutions fourni par la
CNAB dans son rapport de 2005.
Qu’on
en juge.
|
|
Variations entre et 2004/2005 selon les tableaux de l’Observatoire
|
Evolutions retenues par le tableau
fourni par l’Observatoire en 2005
|
|
Impôts
locaux
Eau
froide
Chauffage/ECS fluides
Chauffage/ECS Entretien
Ascenseurs
Consommation
électrique
Fournitures et entretien
Frais
de personnel
Sociétés
extérieures
Assurances
générales
Travaux
d’entretien
Espaces
verts
Honoraires
du syndic
Autres
charges
|
+0%……………………………
+
4,7%……………………...
+ 17,3%…………………….
- 20 %………………………
+
8,9%……………………...
-
14,9%……………………..
- 30 %………………………
+
8,6%……………………..
+
5,2%……………………..
+
2,8%……………………..
-3,6%……………………….
+
13%………………………
+
3,8%……………………..
-
5,9 %……………………..
|
+
4,2 %
+
4,3 %
+ 10,5 %
+ 10,2 %
+
6,8 %
-
3,2 %
- 5,7 %
+
5,1 %
+
5,6 %
+
8,6 %
+
0,8 %
+
5,6 %
+
1 %
-
13 %
|
On
voit qu’il y a à peu près partout des distorsions, mais
aussi quelques belles aberrations. Exemple :
·
Dans
la colonne de gauche le poste « entretien
du chauffage » aurait baissé de 20 %, dans celle
de droite il aurait augmenté de + 10,5 % !
On aimerait vraiment
avoir l’explication.
- Pour le poste « fournitures et entretien », on
passe de moins 30 % (oui, MOINS 30 %) à seulement moins
5,7 %.
- Par contre, pour le
poste « combustible
chauffage », on passe de plus 17,3 % à plus
10,5 %.
« Les différences sont dues à des redressements », nous dira-t-on sûrement.
Néanmoins à force de redresser, on se demande à quoi
peut servir cet Observatoire, puisque tous les chiffres
fournis sont eux-mêmes sensés
être déjà redressés !!!
2-
Des chiffres incompréhensibles
Même
si l’on se contente de la colonne de droite (hyper-redressée)
de nombreux
chiffres n’ont, pour les observateurs de la
vie en copropriété, strictement aucun sens :
-
« Entretien chauffage » : plus
10,5 % en 2005 (comment cela est-il possible alors que
les indices sont de l’ordre de 5 % ?)
-
« Électricité » : moins 3,2 % ( ?!).
Quelle explication ? L’Observatoire n’en donne aucune.
-
« Fourniture/entretien » : moins
5,7 % ( ?!). Là aussi, aucune explication.
-
« Travaux d’entretien » : plus
0,8 % ; comment peut-on obtenir un chiffre si faible ?
-
Honoraires
de syndic : plus 1 % ; là encore, quelle est
l’explication pour expliquer ce chiffre irréaliste ?
Aucune.
-
Autres
charges : moins 5,9 %, qui peut le croire ?
Oui,
qui peut croire que ces chiffres sont le reflet de la
réalité ? Qui ne comprend pas que d’échantillons
non représentatifs en redressements multiples, on ne peut
arriver qu’à ces chiffres, pour nous non significatifs ?
Notons d’ailleurs, en ce qui concerne
les honoraires de syndics, que malgré nos demandes répétées
et argumentées depuis trois ans, malgré le fait que
- depuis le 1er septembre 2004, tous les
syndics doivent annexer à la convocation des assemblées
générales le détail de TOUS leurs honoraires, l’Observatoire
de la CNAB s’obstine à ne donner AUCUNE
indication sur le niveau des honoraires communs du syndic
perçus en plus des honoraires de base.
Ne sommes-nous pas confrontés à ce qu’on
pourrait appeler une véritable opération de dissimulation ?
3-
Des évolutions différenciées plus que curieuses, aberrantes
Sans
rentrer dans le détail de tous ces tableaux qui finissent
par ne plus rien signifier pour un lecteur un peu curieux,
prenons quelques exemples :
1)
À
la page 22 du rapport on apprend que l’évolution des charges
de la catégorie A2 (immeubles dotés de chauffage collectif
et construits avant 1948) a été de 8,2 % et que celle
de la catégorie B2 (immeuble construit entre 1970 et 1976)
a enregistré une baisse de 0,1 %.
Or, cette deuxième catégorie présente tous les problèmes
liés aux charges fortes : beaucoup d’équipements ;
une mauvaise isolation thermique, un personnel nombreux !
Et c’est là qu’il y aurait une baisse ?!
2)
Page
23, on lit que sur TOULON le niveau des charges est de
… 11 euros le mètre carré et sur NICE de … 17,70 euros.
On lit aussi que sur TOULON l’augmentation en 2005 a été de… 11,1 % alors
que NICE a enregistrée une baisse de … 0,6 % ;
Qui
peut admettre que ces chiffres puissent véritablement
refléter la réalité ?
Pourquoi
personne - à part nous - ne se pose une seule question
sur tous ces points (N.B : un journaliste à qui nous posions
la question nous a répondu très franchement : « Mais parce que tout le monde s’en f… ».
Tout
cela pour nous est clair : l’échantillon de cet Observatoire
n’est pas représentatif.
Voyons
maintenant d’autres aspects non moins singuliers de ce
rapport : la partialité et les inexactitudes factuelles.
III-
Des explications qui sont parfois de
véritables « perles »
Le
plus intéressant dans le rapport 2005 ce sont les explications
ou commentaires fournis, dont certains méritent le détour.
Voyons un… « échantillon ». (Les citations en italique
gras sont extraits du rapport CNAB 2005)
1- « L’augmentation des « frais
de personnel » est remarquable. Elle s’inscrit a
priori dans une double dynamique impulsée d’une part par
l’alourdissement du coût du travail (remplacements imposés
par la mise en œuvre des 35 heures, convention collective
de plus en plus contraignante…) et d’autre part par les
exigences accrues de la demande en matière de qualité
de service (gardiennage, entretien…) ».(page
16)
Commentaire de l’ARC :
L’Observatoire
est bien mal renseigné. On rappellera donc :
a)
Que
les 35 heures remontent déjà à 2002 pour les copropriétés
(moins de 20 salariés).
b)
Que
les gardiens ne sont pas légalement concernés par les
35 heures.
c)
Que
les trois quarts du personnel en copropriété sont à temps
partiel et donc non concernés de fait.
d)
Que
l’évolution du point (convention collective) a été égale
à zéro en 2005 et qu’aucun accord particulier n’a été
signé en 2005.
En
somme, ce commentaire relève une belle ignorance du sujet
et montre que l’Observatoire peut dire « n’importe
quoi » sur un sujet pourtant essentiel :
celui des charges du personnel.
2) « Le prix du chauffage urbain
ne varie pas depuis deux ans » (page 15).
Commentaire de l’ARC :
Comment
peut-on proférer une telle contre-vérité ? il y a
environ 300 réseaux de chauffage urbains en France qui
ont tous des approvisionnements différents. Dans certains
réseaux, les prix ont progressé jusqu’à 22 % !!
3) « La progression des « honoraires
du syndic » confirme le mouvement de leur remise
à niveau, même si celui-ci parait avoir marqué le pas
en 2005 : le développement d’une concurrence souhaitable
pour amplifier l’amélioration de la qualité des services
rendus aux copropriétaires ne doit en effet pas se faire
par la dénaturation de la qualité de la prestation de
service associée ni par l’affichage d’un prix de service
sans rapport avec le niveau de la prestation. Le mouvement
de remise à niveau des « honoraires du syndic »
ne peut donc, de ce point de vue, qu’être salutaire pour
la profession ». (page 16)
Commentaire de l’ARC :
Cette citation est doublement extraordinaire :
a)
Alors
qu’à la page 16 du rapport on a appris que la progression
des honoraires n’était « que » de 1 % entre 2004 et 2005, on
lit donc cette autre curiosité : « La
progression des honoraires de syndic confirme le mouvement
de leur remise à niveau, même si celui-ci parait ( ?!?!)
avoir marqué le pas en 2005… ».
Cela s’appelle dire une chose et son contraire.
b)
Le
reste de la citation précédente prouve à quel point cet
« Observatoire » n’est en fait qu’une entreprise au service
des syndics, le rapport tournant, sur ce point, à
la justification pure et simple des augmentations d’honoraires
de syndic (on verra plus bas que l’Observatoire fait encore
mieux).
4) « Dans l’ensemble, les
actions entreprises par les syndics professionnels pour
mieux maîtriser les charges permettraient de contenir
l’évolution de certains postes de charges (exemple de
la renégociation des contrats d’entretien des ascenseurs
ou des espaces verts).(page 17).
Commentaire de l’ARC :
Page
21, on a appris que les charges d’ascenseurs avaient augmenté
de … 6,8 % et celles des espaces verts de 5,6 %.
Prétendre
(sans aucune preuve) que les efforts des syndics « auraient » permis de contenir l’évolution est donc non seulement
assez curieux, mais surtout bien déplacés dans le contexte
d’un « Observatoire »,
la conclusion pouvant être radicalement inverse :
les syndics n’ont PAS fait leur travail.
En affirmant - sans le moindre début de
soupçon de preuve - que, sans les syndics, l’augmentation
aurait été encore plus forte, l’Observatoire montre
bien qu’il n’est pas un outil scientifique mais partial
voire partisan au service des syndics.
5) « L’indice national des
charges de copropriété de la
CNAB permet enfin d’établir qu’après
avoir été orienté à la baisse pendant plus de dix années,
entre 1990 et 2002, le niveau des charges de copropriété
a amorcé une remontée depuis trois ans. Au total le niveau
des charges de copropriété est resté pratiquement stable
depuis 1990 (Tableau 7 et graphiques) :
- alors que l’indice national des charges
restait stable entre 1990 et 2005, le revenu disponible
des ménages augmentait de 3.1 % par an : cela revient
à constater que le poids des charges s’est allégé de
l’ordre de 38 % au cours des quinze dernières années
( + 37.8 % ; plus exactement) ».(page
18).
Commentaire de l’ARC :
Les
copropriétaires apprécieront cette vision incroyablement
optimiste de la réalité, chacun sachant bien qu’entre
1990 et 2005 :
a)
le
prix de l’eau n’a pas augmenté !
b)
l’ensemble
des contrats d’entretien sont restés stables (les salaires
n’ayant évidemment pas augmenté) !
c)
les
frais de personnel sont restés les mêmes !
d)
les
honoraires de syndic n’ont pas augmenté !
e)
le
prix des travaux non plus !
Au
fait, de qui se moque-t-on ?
6) Bien évidemment, les efforts
d’économies réalisés à l’initiative des syndics, tant
sur la consommation d’électricité dans les parties communes
que sur la consommation d’eau (traitement préventif des
fuites…) permettent de réduire le niveau global des charges
quel que soit l’immeuble, sa catégorie ou son confort ».(page
26).
Commentaire de l’ARC :
À
nouveau l’Observatoire montre son vrai visage.
Voilà,
en effet, l’explication de la soit-disant maîtrise des
charges relevée par la CNAB : les syndics !
Il fallait oser le dire ; l’Observatoire l’a osé.
Chacun là encore appréciera son immense impartialité.
Ce n’est pas l’Observatoire des charges ; c’est le
« triomphe
des syndics ».
7) Enfin pour finir, ceci ; il faut bien rire un peu.
« Le parc des copropriétés
en immeubles collectifs est bien un parc urbain ! ».
(page 18).
(À noter : le point d’exclamation
est dans le rapport même ; on se demande pourquoi).
Commentaire de l’ARC :
Voilà
une parole dont le sapeur Camembert pourrait être l’auteur ;
on est heureux d’avoir attendu le rapport 2005 de l’Observatoire
des charges de la CNAB pour apprendre que les
copropriétés étaient situées dans des Villes et pas en
rase campagne.
Conclusion
Plus
nous étudions les chiffres et les commentaires de l’Observatoire
des charges, plus nous sommes sceptiques ; qu’il
s’agisse :
- de l’échantillon même ;
- des chiffres obtenus ;
- des explications,
nous
nous posons de nombreuses questions et les posons en vain
à la CNAB.
Ce
que nous souhaiterions, c’est que nos interrogations soient
enfin entendues et que certains relayent enfin non pas
nos doutes (nous les assumons) mais nos questions.
ARC
- Novembre 2006.