I-
« Les président(e)s de conseils syndicaux sont-ils
« vendu(e)s » au syndic ? »
Drôle
de question, dira-t-on, sous la plume de la principale
association de conseils syndicaux de France. Oui, drôle
de question, mais à laquelle il va falloir répondre
sans détour, car on nous la pose de plus en plus souvent
et - comme on va le voir -
elle mérite une VRAIE réponse.
Voyons
QUI nous la pose et POURQUOI.
II-
QUI et POURQUOI ?
De
plus en plus d’internautes, de visiteurs, d’adhérents
nous adressent un message de ce genre : « Notre
président(e) laisse passer çi ;
laisse passer ça ; ne contrôle le syndic que du
bout des doigts ; ne lui répond que du bout des
lèvres et se laisse mener par le bout du nez ;
sûr qu’ils ont des accords ; impossible autrement ».
D’autres
vont plus loin : « Notre
président (e) n’est président que pour mieux faire ses
petites affaires avec le syndic ; même chose pour
certains des conseillers syndicaux. C’est la mafia,
etc. ».
Ces
personnes qui laissent ainsi déborder leur étonnement
ne sont pas forcément des minoritaires ; ce sont souvent des conseillers syndicaux
rentrés de fraîche date au conseil syndical et qui sont
littéralement abasourdis par cette « entente »
entre président(e) du conseil syndical et syndic et
ne savent ni quoi faire ni quoi penser.
Ils sont surtout étonnés par le fait que le ou la président(e),
sensé(e) agir pour défendre l’intérêt des copropriétaires
non seulement ne le fait pas , mais prend souvent fait
et cause pour le syndic.
III-
Collusion ou soumission ?
L’entente
est dans certains cas si forte que chacun se demande
très fort quel « marché » existe entre le ou la président(e)
et le syndic. Il faut savoir :
- que dans certains
cas il y a effectivement collusion, voire corruption
mais que ces cas sont sans doute plutôt rares ;
- que dans de nombreux
cas il n’y a rien, rien que de la simple soumission.
Voyons
cela.
IV-
La collusion, voire la corruption
Certes,
la collusion existe dans certains cas, bien que selon
nous, ces cas soient très minoritaires.
On
a repéré diverses situations de collusion ou corruption,
par exemple :
a)
Le
président du conseil syndical possède, lui ou un proche,
une entreprise et cette entreprise travaille dans les
copropriétés du syndic ;
b)
Le
président du conseil syndical est un petit investisseur
immobilier et bénéficie d’affaires intéressantes via
le syndic (acquisition à prix d’ami, par exemple) ;
c)
Le
président du conseil syndical souhaite profiter de certains
« avantages » (exemple :
récupérer des combles aménageables ; transformer
une cave) ; dans ce cas le président propose un
marché au syndic : « vous fermez les yeux et moi ma bouche».
Dans le même ordre d’idée, on peut avoir des présidents
qui font faire (par le syndic aux frais de la copropriété)
des travaux sur parties communes à usage privatif (exemple :
terrasse).
V-
Le cas du président(e) « muselé »
La
collusion ou corruption, néanmoins, sont peu fréquentes,
ceci pour une bonne raison : elles sont visibles
et trop risquées.
De
nombreux présidents sont plutôt victimes de la ruse
de certains syndics.
Disons
qu’ils se sont faits piégés et sont dans une position
délicate pour faire la leçon au syndic. Prenons deux
cas de figure :
a)
le
ou la président(e) a - un jour - demandé au syndic d’envoyer
chez lui une entreprise pour faire un travail urgent
et n’a jamais réclamé la facture que le syndic se garde
bien de lui envoyer…
b)
le
ou la président (e)a eu des
difficultés financières à un moment et a profité (ou
profite) du laxisme volontaire du syndic qui lui fait
bien comprendre qu’il bénéficie d’une « fleur ».
Dans
un cas comme l’autre, le ou la président (e) aura beaucoup
de mal à rappeler le syndic à ses obligations ou à le
contraindre à corriger ses pratiques.
VI-
Les président(e)s
simplement « soumis(es) »
Mais
souvent - malheureusement - le pauvre président ou la
pauvre présidente ne sont ni corrompus ni muselés mais
sont simplement « soumis » ou ont été l’objet des pratiques habiles d’un syndic.
La
plupart d’entre nous ne sommes pas forcément des fortes
personnalités. De leur côté, les syndics sont des professionnels
habitués à gérer des réunions et donc à manipuler les
hommes et les femmes, et sont souvent plus habiles psychologues
que bons gestionnaires.
Ils
n’ont pour cette raison pas beaucoup de mal à s’apercevoir
de nos petits défauts et à en jouer, que ce soit la
vanité, la timidité, la paresse intellectuelle, la peur
de l’affrontement, etc.
Le
syndic habile va donc se « mettre »
le président dans la poche et celui-ci, quand il sera
dans la poche, aura bien du mal à en sortir, ce qui
fera croire à une « collusion », alors qu’il n’y a - malheureusement - qu’une banale
soumission.
Pour
ceux qui n’en sont pas persuadés, nous leur conseillons
la lecture des chapitres consacrés à la psycho-sociologie
des présidents de conseils syndicaux et conseillers
syndicaux, que nous détaillons plus loin.
VII-
Comment éviter de tomber sous le charme
du syndic ?
Si
vous êtes vous-même président(e) et n’avez pas une forte
personnalité vous sentez peut-être la pression du syndic
et ne savez pas trop comment y échapper. Voici quelques
règles simples pour mettre un peu de DISTANCE
avec le syndic.
- D’abord évitez le
tête à tête et ne rencontrez, pas autant que possible
le syndic seul à seul.
- Ensuite, n’hésitez
pas à mettre vos questions par écrit et à les lui
lire, comme s’il s’agissait (ce qui est d’ailleurs
sans doute le cas) de questions issues du conseil
syndical tout entier.
- Au cas où la réponse
vous paraîtrait « vaseuse »,
imprécise, voire fausse, et que le syndic fait « oui - oui » pour ne pas répondre, ou répond à côté, demandez
au syndic qu’il vous donne une réponse écrite.
- Évitez soigneusement
de poser des questions à votre syndic concernant des
affaires personnelles qui n’ont rien à voir avec la
copropriété (exemple : j’ai un locataire
qui… que…etc.) ; le syndic serait, en effet,
ravi de vous « rendre service » et vous seriez
ensuite un peu… coincé.
- Si le syndic vous
fait le grand jeu : « Comment
mais vous n’avez pas confiance en moi, je ne peux
pas travailler avec des gens suspicieux, etc,
etc. », répondez-lui ceci : « La
loi prévoit que le conseil syndical assiste et CONTROLE
le syndic ; j’ai des comptes à rendre aux copropriétaires
et je dois leur prouver que j’ai bien exercé ce contrôle
donc rempli mon mandat ».
- Au cas où le syndic
cherche à vous endormir avec des réponses différées
ou réponses vagues, faites lui savoir que vous serez
obligé de mentionner le problème dans votre compte-rendu
de mandat écrit distribué avant l’assemblée
générale.
- Si vous avez peur
d’affronter votre syndic sur tel ou tel sujet (ou
si vous vous êtes fait manoeuvrer et ne savez comment
revenir sur le sujet), repassez le bébé à un autre
conseiller syndical et, au besoin, faites inscrire
cette délégation dans un compte-rendu de conseil syndical.
Vous le voyez, rien de bien extraordinaire ; juste
quelques dispositifs de « prise
de distance ».
« Ne m’embrassez
pas » devrait être la devise de tout
(e) président (e) de conseil syndical.
VIII- Comment aider votre président(e) à ne pas tomber sous le charme du syndic ?
- D’abord, évitez de
suspecter votre président de collusion et faites-lui
comprendre que vous savez qu’il n’est pas facile de
résister aux amicales pressions d’un syndic.
- Puis aidez-le à mettre
les « distances » :
-
proposez
de faire un compte-rendu du conseil syndical avec les
remarques et questions gênantes, compte-rendu qu’il
pourra adresser au syndic ;
-
proposez
de prendre en charge un sujet qui fâche ;
-
enfin,
photocopiez-lui cet article et surtout le point VII.
IX-
Comment agir contre les éventuelles
collusions ou compromissions ?
Evidemment
c’est plus difficile et nous n’allons pas vous donner
de recettes pour cela.
Juste
vous rappeler ceci :
- Le président ou la
présidente du conseil syndical n’est pas élu (e) par
l’assemblée générale, mais bien par le conseil syndical.
- Il (elle) n’est pas
élu (e) pour un an forcément.
- Si le président « dysfonctionne » et dans la mesure
où il y a une majorité avec vous, il ne faut pas hésiter
à en changer. Certains croient que ce n’est pas possible
et d’autres font croire que ce n’est pas possible.
Or, il n’y a aucun problème pour gérer ce changement
en cours de mandat. Ne vous gênez donc pas, en cas
de besoin.
X-
Pour aller plus loin : connaître
le fonctionnement et les dysfonctionnements du conseil
syndical
Tous
les conseillers syndicaux devraient lire et relire la
partie de notre « Manuel du Conseil syndical » intitulé :
« Le fonctionnement psychologique du conseil
syndical ».
Voici
le plan de cette partie dont la lecture est indispensable
à tous les conseillers syndicaux (NB :
faites achetez le livre par le conseil syndical et faites
établir une facture au nom du conseil syndical qui se
fera rembourser la dépense par le syndic sur le fondement
de l’article 27 du décret du 17 mars 1967). Voici le
plan de cette partie du guide :
- Les spécificités d’un Conseil syndical :
a)
Hétérogénéité.
b)
Proximité.
c)
L’ombre
du syndic.
- Le portrait « psychologique » du président :
a)
Le
type « autoritaire ».
b)
Le
type « manipulateur ».
c)
Le
type « potiche ».
d)
Le
type « organisateur ».
- Les différents types de conseillers syndicaux :
a)
Le
conseiller « notable ».
b)
Le
conseiller « intéressé »
ou « profiteur ».
c)
Le
conseiller « proche
du syndic » (« l’homme
du syndic »).
d)
Le
conseiller « suspicieux »
voire « paranoïaque ».
e)
Le
« râleur ».
f)
Le
« travailleur » ou le « conseiller idéal ».
- Les cinq types de conseils syndicaux :
a)
Le
Conseil syndical « chambre
d’enregistrement ».
b)
Le
Conseil syndical « chambre
d’engueulade ».
c)
Le
Conseil syndical « chambre
de bavardage ».
d)
Le
Conseil syndical « forteresse
assiégée ».
e)
Le
Conseil syndical « normal ».
- Qu’est-ce qui fait qu’un Conseil syndical est productif
ou improductif ?
a)
Le
Conseil syndical est-il un « groupe »
ou simplement un regroupement de personnes ? Et,
s’il est un groupe, s’agit-il d’un groupe « fermé »
ou « ouvert » ?
b)
Le
président est-il du type « autoritaire »,
« manipulateur »,
« potiche », ou « organisateur » ?
c)
Le
Conseil syndical est-il agité continuellement par ses
différences ou ses oppositions ?
- Comment bien conduire une réunion de Conseil syndical ?
Voilà. Si avec tout cela vous n’y arrivez
pas…