I-
Diagnostics immobiliers et certification
- Comme nous l’avons
déjà dit ici et là, l’État a décidé - qu’à partir du 1er
juillet 2007 (cette date sera sans doute repoussée…) - tous
les diagnostics immobiliers (termites, plomb, amiante, gaz,
performance énergétique…etc) devront être réalisés par des
techniciens « certifiés », que ces diagnostics
soient réalisés à l’occasion d’une vente d’un lot, d’une
location, mais aussi lorsqu’ils
concerneront les parties communes des copropriétés. Le dispositif
choisi est ce qu’on appelle la « certification
de personne ».
À noter : un décret et des arrêtés concernant la certification
des diagnostiqueurs devraient bientôt être publiés. La connaissance
de ces décrets - très techniques - n’est cependant pas nécessaire
à la compréhension de ce qui suit.
- Nous allons, dans
le présent dossier :
a)
d’une
part, donner une idée de ce qu’est la certification de personne
en général ;
b)
d’autre
part expliquer comment l’ARC participe à la mise en place
du premier comité de certification qui existe concernant
les diagnostiqueurs immobiliers ;
c)
enfin
expliquer comment, à l’ARC, nous envisageons « l’indépendance » des diagnostiqueurs certifiés, indépendance
prévue explicitement par les textes en vigueur mais non rigoureusement
définie.
II-
Qu’est-ce que la « certification » de personne
- Il y a plusieurs sortes
de « certifications » :
la certification des produits, des procédures, des services
et des personnes.
- La certification des
personnes est un système qu’on peut décrire ainsi :
1)
Il
existe des organismes « certificateurs »
qui sont agréés (on dit : « accréditer »)
et contrôlés en permanence par le COFRAC (Comité Français
d’Accréditation) et dont le rôle est de « certifier »
donc de définir puis de garantir la qualité. Ces organismes
sont, naturellement, obligés de respecter de nombreuses obligations ;
ces obligations font l’objet de multiples normes.
2)
Ces
organismes bâtissent - en partenariat avec les pouvoirs publics,
les professionnels, les experts, les usagers - des dispositifs
de certification qui reposent :
a-
sur
un « référentiel »
ou un cahier des charges qui détermine toutes les obligations
que les « certifiés » devront satisfaire (compétences
et conditions d’exercice de leur métier) ;
b-
sur
des examens de compétence (on dit « audits »)
initiaux et périodiques ;
c-
sur
un contrôle permanent exercé par un « comité
de certification » qui va :
-
d’une
part s’assurer que les examens de compétence sont adaptés
et d’un niveau garantissant la qualité ;
-
d’autre
part vérifier qu’ils sont passés dans des conditions « garanties » ;
-
enfin
contrôler que l’organisme certificateur n’est ni laxiste ni
arbitraire.
Ce comité - et c’est là l’intérêt du dispositif - est
composé paritairement de représentants des ministères, d’experts
indépendants, de représentants des usagers et de représentants
des professionnels concernés.
3)
L’organisme
certificateur va alors « certifier »
des personnes, puis contrôler que ces « certifiés » assurent le mieux possible leur métier (y compris
en sanctionnant les défaillances, ce qui peut aller jusqu’au
retrait de la certification).
Naturellement, ce rôle de « gendarme » est essentiel et le « comité de certification » doit veiller à ce
qu’il soit toujours assuré avec rigueur.
A
priori, ce système complexe devrait donner entière satisfaction.
Dans la réalité, ce n’est pas toujours aussi simple, néanmoins :
-
le
COFRAC n’est pas forcément toujours aussi vigilant qu’il
le faudrait ;
-
les
organismes certificateurs, entièrement dépendants financièrement
par les cotisations des sommes versées par les « certifiés
», peuvent, dans certains cas, ne pas être assez rigoureux
;
-
les
professionnels sont souvent très actifs dans le comité de
certification alors que les « usagers »
- les organisations de consommateurs - sont trop peu présents,
ce qui peut créer un certain déséquilibre.
Néanmoins,
ce n’est pas parce qu’un système n’est pas parfait ni garanti
a priori qu’on doit le rejeter et - de toute façon - c’est
le seul qui existe et existera, l’État ayant décidé de se
retirer de la gestion et du contrôle du dispositif (on aurait
pu imaginer un système de diplôme délivré par l’Education
Nationale). Seul le COFRAC assurera encore la présence vigilante
de l’Etat. Le système repose donc sur des « normes »
et des partenaires qui représentent tous les intérêts en jeu.
Voici
donc, en quelques mots, comment fonctionne la certification
de personne. Comme on le constate les « usagers »
ont une place dans le système, une place très importante,
à condition néanmoins qu’ils ne se contentent pas d’être « simplement »
présents, mais qu’ils agissent et contrôlent effectivement.
C’est
bien ce que l’ARC entend faire et a commencé à faire, comme
on va le voir, en première ligne.
III-
L’implication de l’ARC dans la certification
des diagnostiqueurs
Ayant
initié, avec l’Union Sociale de l’Habitat, la première (et
unique, pour le moment) certification des contrôleurs d’ascenseurs,
l’ARC était bien placée pour poser sa candidature au comité
de certification du premier organisme certificateur à se lancer
dans l’aventure de la certification des diagnostiqueurs, le
groupe SGS, sigle qui veut dire « Société Générale de Surveillance »..
SGS
(société créée au 19ème siècle sur le port de Rouen
et spécialisée à l’origine dans le contrôle des bateaux) est
un des leaders mondiaux de la certification : 45.000
salariés dans le monde !! Quarante-cinq mille…
SGS
a, pour nous, une autre qualité que celle de la solidité et
de la compétence : c’est un certificateur TOTALEMENT
indépendant des professionnels et surtout indépendant des
contrôleurs et des diagnostiqueurs (ce qui n’est pas le cas
de tout le monde…).
SGS
est un organisme dont nous avons déjà pu, en ce qui nous concerne
apprécier la réactivité et l’efficacité (là aussi, nous ne
pourrions pas en dire autant de tous les organismes certificateurs
avec qui nous avons travaillé).
C’est
pourquoi nous sommes plutôt fiers d’être entrés au comité
de certification SGS des « diagnostiqueurs
immobiliers » (dans le collège « usagers »)
et d’avoir même pris une place de « rapporteur »
(contrôleur d’examinateurs en cas de litige), ceci pour pouvoir
contrôler - dans l’intérêt des usagers - le parfait respect
des règles de certification. Précisons que la mise en place
de ce comité est toute récente (22 juin 2006).
Certes,
cela demandera du travail à nos représentants (bénévoles),
mais c’est à ce prix seulement que nous pourrons représenter
efficacement les copropriétaires.
À noter : vous aurez sans doute remarqué que le dispositif
de certification s’est déjà mis en place alors même que
les textes (décret et arrêtés) ne sont pas encore parus.
C’est normal : ces textes – rédigés déjà à 98 % - sont
connus de tous les praticiens et des associations d’usagers,
leur élaboration ayant fait l’objet de concertations depuis
des mois.
Voilà donc la raison simple de cette situation un peu curieuse : une
certification qui se met en place avant la sortie du décret
et des arrêtés.
Autre
précision importante : contrairement aux fédérations
de « diagnostiqueurs » qui ont décidé de
siéger dans tous les comités de certification qui se créeront,
l’ARC ne siégea que dans le comité SGS (nos expériences passées
avec BVQI et l’AFNOR nous ayant suffit) et nous inciterons
nos adhérents à faire appel uniquement à des certifiés SGS.
Nous
reviendrons longuement sur ces problèmes lorsque nous connaîtrons
les premiers certifiés. En particulier, nous reviendrons sur
les « référentiels » de base (un par métier) et les dispositions spécifiques
à SGS. En attendant si vous avez quelques loisirs et souhaitez
apporter une contribution à cette nouvelle aventure, vous
serez les biens venus pour
nous aider à assurer cette tâche de contrôle (surtout si vous
êtes DÉJÁ adhérent à l’ARC). Envoyez votre candidature de
bénévole au Président de l’ARC, Fernand CHAMPAVIER.
IV-
Le problème de « l’indépendance » des diagnostiqueurs
Outre
la compétence et le respect d’un référentiel, la loi impose
aux diagnostiqueurs une totale indépendance vis-à-vis des
prescripteurs (propriétaires, agents immobiliers, syndics).
Ceci
est bien normal ; en effet, des diagnostiqueurs « dépendants » (d’une façon ou d’une autre) des prescripteurs auraient
peut-être tendance à établir des diagnostics sinon de complaisance,
du moins « complaisants ».
On
nous répond qu’en procédant ainsi les diagnostiqueurs
prendraient des « risques »
énormes et que cela est donc exclu. Taratata ! Nous savons
bien que la complaisance peut-être subtile, voire indétectable.
Exemple : dans le futur diagnostic de performance énergétique,
il suffira d’un léger coup de pouce pour faire « passer » la consommation théorique
d’un logement de 251 kWh par mètre carré à 249. Ainsi, grâce
à ce petit coup de pouce indécelable, on fera passer le logement
de la note D, « qualité médiocre » à la note C « qualité moyenne » (effet de seuil),
ce qui changera tout…
Néanmoins,
tout le problème est de savoir comment interpréter cette notion
d’indépendance. En effet au-delà de la dépendance « juridique »
(exemple une filiale) le vrai problème est celui de la dépendance
financière, beaucoup plus subtile à détecter et beaucoup
plus sournoise dans ses effets.
Le
Conseil National de la
Consommation (CNC) a constitué sur le problème
des diagnostiqueurs immobiliers et celui de leur « indépendance »
un groupe de travail auquel participe l’ARC et qui cherche
à définir des règles en ce domaine.
Le
CNC n’a pas encore terminé ses travaux. Nous pouvons néanmoins
communiquer la note transmise par les représentants de l’ARC
au CNC et dans laquelle nous précisons quelles doivent être
les conditions de l’indépendance financière.
En
voici le texte :
Diagnostiqueurs et indépendance :
les analyses et propositions concrètes
de l’ARC
- L’objectif que nous
devons nous fixer est que les diagnostiqueurs puissent exercer
leur métier en toute indépendance et faire jouer entre eux
une véritable concurrence (de compétence ; de prix).
- C’est pourquoi, en
plus des exigences de totale indépendance (juridique, capitalistique,
familiale, etc.) entre le prescripteur et le diagnostiqueur,
il faut pouvoir bannir et éradiquer deux pratiques :
a)
celle
de la ristourne ;
b)
celle
de la refacturation.
1)
La ristourne
Il
semble qu’aujourd’hui les diagnostiqueurs soient sous la dépendance
de nombreux professionnels de l’immobilier (voir DIMAG - mai
- juin 2006) qui ne leur donnent du travail que s’ils acceptent
de les ristourner.
Les
diagnostiqueurs sont, certes, responsables de céder à ces
sollicitations, mais peuvent difficilement faire autrement.
Bien
que la loi HOGUET interdise ces pratiques, il sera impossible
d’obtenir des professionnels de l’immobilier qu’ils respectent
la loi et leurs chambres syndicales n’y pourront rien. Dès
lors, que faire ?
La
solution que nous préconisons est simple :
a)
faire
introduire dans TOUS les référentiels de certification de
personnes l’interdiction absolue faite aux diagnostiqueurs
de ristourner de quelque manière que ce soit un prescripteur
(y compris sous forme de diagnostiques gratuits, de bons cadeaux,
de voyages, etc..) ;
b)
faire
introduire une disposition prévoyant la décertification immédiate
de tout professionnel dont on aura la preuve qu’il n’a pas
respecté cette interdiction.
Cette
solution nous semble beaucoup plus rapide et radicale que
la sanction pénale (ce n’est pas exclusif) puisqu’elle empêchera
le diagnostiqueur concerné de travailler.
2)
Refacturation
Le
système de la plate-forme ou du « référencement »
de diagnostiqueur par un professionnel de l’immobilier n’est,
contrairement au système de la « ristourne »,
pas en soi, condamnable (voir note ci-dessous).
Par
contre le fait que ce soit la « plateforme »
de recherche de diagnostiqueurs qui facture la prestation
risque d’introduire de nombreux problèmes et dérives :
a)
certaines
plates-formes pourraient être tentées (pour accroître leurs
marges) d’exiger des diagnostiqueurs qu’ils travaillent pour
des montants très faibles, ce qui risque de compromettre la
qualité du travail ;
b)
certaines
plates-formes pourraient être tentées de rendre économiquement
dépendants certains diagnostiqueurs et de leur demander ensuite
des diagnostics de complaisance (exagérément optimiste mais
aussi pessimiste).
Par
ailleurs il n’est pas bon, du point de vue du « marché », de laisser les prescripteurs organiser l’offre
de diagnostic ; il faut au contraire tout faire pour
obliger la profession de diagnostiqueur à organiser
elle-même une offre compétente et concurrentielle ; c’est
tout de même plus normal.
La
solution est donc là aussi, très simple : il suffit d’empêcher
toute facturation directe au client par la plate-forme elle-même,
celle-ci se contentant de « référencer »
des diagnostiqueurs.
Cette
absence de facturation empêche des pressions sur les diagnostiqueurs
par qu’ils baissent exagérément les tarifs consentis à la
plate-forme, ce qui garantit équilibre économique et compétence ;
elle oblige aussi les diagnostiqueurs à rester commercialement
indépendants et à n’être pas des « salariés » déguisés, comme ce pourrait
être le cas.
Conclusion
Nous
pensons qu’avec ces deux dispositions, nous pourrons assurer
une indépendance des diagnostiqueurs :
a)
Interdiction
de verser des « ristournes »
même déguisées (y compris en publicité, par exemple) sous
peine de décertification.
b)
Obligation
de facturation directe au prescripteur par le diagnostiqueur
ou de l’entreprise dont il est salarié, ce qui oblige le diagnostiqueur
à organiser le marché et à éviter d’être « organisé »
par des plates-formes appartenant aux prescripteurs.
Conclusion :
- Comme on le voit,
rien n’est simple.
- Nous espérons, néanmoins,
que cette présentation simplifiée de la certification dans
ce domaine, du travail qu’il y a à faire et des problèmes
qu’il faudra résoudre vous permettra de mieux comprendre
les « grandes manœuvres » qui s’annonce
dans ce secteur de plus en plus important et sensible diagnostic
immobilier.