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ARC. DOSSIER DU MOIS DE MARS 2004© Le « diagnostic rapide de gestion » des copropriétés fragiles I - Comment intervenir précocement
dans les copropriétés fragiles ? Aujourd’hui nous constatons
que beaucoup de copropriétés se fragilisent : départ des anciens
copropriétaires ; arrivée de nouveaux copropriétaires qui doivent
faire face à des remboursements de prêts immobiliers importants ;
vieillissement des immeubles ; augmentation des impayés ;
surendettement de certains ménages, etc. Certaines copropriétés finissent
par « basculer » dans une situation de dégradation
irréversible et il est alors très difficile de redresser la situation
financière, sociale et physique (bâti dégradé). Tout le monde est bien d’accord
pour dire qu’il faut pouvoir intervenir le plus tôt possible. Mais
comment ? En effet : à la fois comment savoir que
ça va mal et comment agir rapidement pour éviter que la copropriété
ne continue à dériver ? Car souvent le syndic n’a
pas trop envie d’alerter les copropriétaires ou les pouvoirs publics
sur la situation (lui-même pouvant être en partie responsable) et le
conseil syndical ne sait pas forcément comment s’y prendre (parfois
même il minimise les difficultés, comme les personnes qui refusent de
se considérer comme malade en pensant que « ça va passer »).
Alors comment agir vite ? A cette question lancinante,
l’ARC apporte une réponse simple. Tout le monde sait ce qu’est
un « diagnostic thermique ». C’est une étude rapide,
mais approfondie qui permet de savoir vite : - ce qui ne va pas dans un immeuble en matière de chauffage (chaudière ; équilibrage ; ventilation ; isolation, etc.) ; -
ce qu’il faut faire pour
améliorer rapidement la situation. Cette étude « normalisée »
est, en outre, en grande partie subventionnée. En fait nous proposons un
dispositif comparable : - d’abord mettre au point un « diagnostic rapide de gestion » (l’ARC a déjà mis au point un tel diagnostic) ; - ensuite permettre que ces diagnostics puissent être déclenchés par toute personne intéressée ; -
enfin faire en sorte (pour
favoriser leur déclenchement précoce) que ces diagnostics puissent être
en partie subventionnés. Reprenons ces différents
points. II - Le dispositif d’intervention
précoce proposé par l’ARC 1) Le « diagnostic rapide de gestion » -
Le cycle de dégradation
d’une copropriété est bien connu : charges trop fortes ; impayés
de charges non ou mal récupérés ; petit entretien laissant à désirer ;
départ de certains copropriétaires laissant place à des familles (locataires
ou copropriétaires) moins solvables et moins exigeantes, développement
des impayés, etc. ·
Or notre hypothèse de base, validée par quinze ans d’expérience,
est celle-ci : c’est essentiellement le laxisme en matière de gestion
qui explique la dégradation des copropriétés et non les problèmes sociaux
ou urbains ; à l’inverse c’est la reprise en main rigoureuse de
la gestion qui permet de redresser une copropriété (sauf si la dégradation
est déjà trop avancée). Si les charges sont NORMALES, les impayés traités
à la RACINE et la gestion financière RIGOUREUSE, les problèmes sociaux
et urbains ne pourront pas, à eux seuls, entraîner la copropriété dans
une spirale de dégradation. -
L’intérêt du diagnostic
est de pouvoir : · identifier rapidement les dysfonctionnements concernant la gestion (les postes de charges trop lourds ; les carences ou erreurs en matière de recouvrement ; les erreurs, maladresses ou fautes intentionnelles en matière de gestion financière, etc.) ; ·
proposer immédiatement
des solutions permettant d’enrayer la situation (exemple : en agissant
sur l’eau on peut parfois baisser les charges de moitié ; en mettant
en place un dispositif de recouvrement adapté on peut rapidement redresser
la situation financière, etc). -
Un diagnostic rigoureux
(qui ne soit pas une photographie, mais une radiographie) va donc permettre
en quelques heures de savoir : · ce qui ne va pas ; ·
où et comment
agir. -
L’intérêt d’un tel diagnostic
est aussi qu’il donne au conseil syndical des pistes concrètes d’action,
permettant ainsi aux copropriétaires de reprendre la main. -
L’ARC a défini depuis longtemps
la trame d’un tel diagnostic en détaillant précisément les questions
auxquelles le diagnostiqueur devait répondre. Nous en donnons un peu
plus loin le détail. 2) Les « déclencheurs » -
Cependant, pour agir efficacement
il faut agir tôt. Les « déclencheurs » du diagnostic
doivent donc pouvoir le faire vite. Le problème est que, à part le conseil
syndical, personne n’a de légitimité à « déclencher »
un tel diagnostic. Même si le service « logement »
d’une commune sait qu’il y a des problèmes dans telle copropriété ;
même si la Compagnie des Eaux ou GDF ou tel autre fournisseur n’est
pas payé ; même si certains copropriétaires isolés s’alarment de
la situation, ils n’ont AUCUN moyen d’agir. -
Nous proposons donc d’améliorer
l’article 29-1 de la loi du 10 juillet 1965 et de prévoir que le Maire,
un créancier, un ou plusieurs copropriétaires disposant de plus de 10
% des millièmes puissent demander au juge d’ordonner - aux frais des
demandeurs - une « expertise » de la situation, expertise
qui consisterait précisément à faire un « diagnostic rapide
de gestion ». -
Actuellement le dispositif
en place est trop lourd. L’article 29-1 permet seulement au juge : · de faire nommer un administrateur provisoire ; ·
de demander, s’il le souhaite,
des mesures d’instruction préalable. -
Nous pensons qu’avant d’en
arriver là, il faut permettre simplement à toute personne concernée
par la situation de pouvoir déclencher une simple expertise (que le
juge pourra d’ailleurs refuser s’il estime que la demande n’est pas
fondée), à condition, bien sûr, que ce ne soit pas n’importe quelle
expertise mais bien le « diagnostic de gestion » visé
plus haut. -
Très concrètement, voici
le texte d’un nouvel article que nous proposons d’insérer dans la loi
de 1965 : « Les copropriétaires représentant 10 % des voix, le
Maire, le Procureur de la République,
tout créancier, tout Notaire procédant à la vente d’un lot peuvent saisir (par voie de requête ou de référé) le Président
du Tribunal de Grande Instance
aux fins de faire procéder à une expertise visant : ·
à vérifier le bien fondé
de la requête ; ·
à identifier les causes
de la situation qui ont justifié sa saisine ; ·
à proposer des solutions
permettant le rétablissement financier ; ·
à déterminer les moyens
nécessaires. Pour cela : ·
à faire procéder une
analyse compte par compte des sommes restées impayées par les copropriétaires
et des procédures engagées à leur encontre ; ·
à faire procéder à une
analyse des charges poste par poste ; ·
à faire procéder à une
étude de la situation de trésorerie et de l’état des dettes et des créances. Le juge, saisi sur le fondement de l’article 19-1 d’une
demande de nomination d’administrateur
provisoire peut, de son propre chef, diligenter une telle expertise ». 3) Les aides -
Aucun diagnostic thermique
n’aurait été fait en France
si des subventions n’avaient été mises en place. -
En l’occurrence il serait
souhaitable, selon nous, d’agir de la même façon. Il faut : ·
d’une part définir des
coûts moyens (un diagnostic de gestion d’un immeuble de 20 logements
ne doit pas coûter plus de 2.000 Euros) ; ·
d’autre part définir des
aides : aides de l’État, de l’ANAH, mais aussi aides des collectivités
territoriales, aides de l’ADEME - Agence pour la Défense de l’Environnement
et la Maîtrise de l’Énergie - car les diagnostics de gestion doivent
permettre la baisse des charges, donc des économies d’énergie et d’eau. -
Néanmoins, comme nous savons
qu’il n’est pas facile de mettre en place des montages nouveaux dans
ce domaine, nous avons proposé aux pouvoirs publics de lancer une « expérience »
sur un certain nombre de copropriétés,
ce qui permettra : · de roder et d’affiner le « diagnostic rapide » proposé ; ·
de construire un montage
financier simple et reproductible. III - Pour une expérience grandeur
nature Comme nous venons de le
dire, nous n’avons pas fait que réfléchir à un nouveau dispositif. Nous
avons proposé au Ministre de la Ville et au Ministre du Logement de
lancer une expérience « grandeur nature »
à partir du « diagnostic rapide
de gestion » dont nous proposons une trame (voir ci-dessous). Les deux ministères se sont
montrés particulièrement intéressés ainsi que les responsables départementaux
déjà contactés. Les discussions sont en
cours et pourraient aboutir. L’expérience pourrait ainsi se dérouler
dans un premier temps sur une trentaine d’immeubles. Le financement
pourrait associer l’état, les Conseils Généraux, la Caisse
des Dépôts et Consignations, les Communes. Nous proposons que cette
expérience se déroule sur cinq à six communes volontaires et concerne,
sur chaque commune, cinq ou six copropriétés. Si le Président de
votre Conseil syndical ou votre Maire est intéressé, nous pourrons le
mettre en rapport avec les personnes qui, aux Ministères, sont en charge
de ce projet… VI - La trame du « diagnostic
rapide de gestion » proposé par l’ARC Pour ceux qui veulent savoir ce qu’est un diagnostic de gestion, voici une description mise au point par l’ARC et qui permet de faire la liste des analyses à faire et des types de préconisations à dégager. A - Analyses des charges et préconisations 1 - Analyse du
budget global -
Coût par lot principal
- commentaires critiques -
Évolution globale sur
trois ans - commentaires -
Postes les plus importants
- coût par logement ou lot principal - commentaires -
Évolution de ces postes
sur trois ans - commentaires. 2 - Analyse des
postes principaux de charges -
Nettoyage -
Assurance -
Gestion -
Procédures -
Chauffage -
Eau -
Ascenseur -
Petits travaux -
Hygiène (contrats) -
Autres 3 - Principales
anomalies détectées 4 - Économies -
Économies nécessaires : ·
quels postes ? -
Moyens préconisés : ·
immédiats ·
à moyen terme ·
à plus long terme avec
travaux éventuels B - Analyses des impayés et préconisations 1 - Niveau global
des impayés -
Étude par rapport au
budget -
Neutralisation éventuelle
d’appels contestés -
Rapport entre les créances
concernant les copropriétaires en place et les créances irrécouvrables
ou douteuses concernant des copropriétaires partis 2 - Analyse des
moyens et méthodes du syndic a) Description des moyens et méthodes du syndic b) Analyse critique de ces moyens et méthodes c) Conséquences dans le cas de la copropriété étudiée d) Synthèse : ·
ce qui ne va pas ·
ce qu’il faut améliorer ·
ce qu’il faut modifier 3- Analyse des
principaux comptes débiteurs (plus de deux trimestres
de charges) : qui, depuis quand, pourquoi,
quelle action. ? Pour chaque débiteur l’ensemble des points
suivants sera analysé. a) Caractéristiques du propriétaire : ·
depuis quand est-il
copropriétaire ? ·
statut ·
quel type de copropriétaire
est-ce (famille ; présence de grands enfants, retraités ;
primo-arrivant ; multi-propriétaire, etc.) ? b) Caractéristique de la dette : ·
montant ·
dettes en évolution,
diminution, stagnation ·
dettes chroniques /
dettes dues à un événement précis ·
type de règlements (réguliers,
insuffisants, très espacés ; nuls, etc.) ·
rapport charges / frais
annexes Commentaires concernant a + b c) Recouvrement : -
Historique du recouvrement
amiable ; mise en évidence : ·
des éventuelles lenteurs
du syndic ·
de dispositions inopportunes ·
d’erreurs ·
des frais engagés. -
Conclusions opératoires d) Recouvrement judiciaire ; état et analyse : ·
historique de la procédure ·
mise en évidence des
anomalies ·
y a t-il eu jugement ? ·
si oui, y a-t-il eu
redressement comptable ? ·
y a-t-il eu exécution ? ·
quelle voie ? ·
analyse de la voie d’exécution
ou des voies choisies ·
analyse des résultats -
Conclusions opératoires C - Analyses des comptes et préconisations - Comment est compensé l’endettement des copropriétaires
vis-à- vis du syndicat -
Fonds de roulement -
Fonds travaux -
Fournisseurs -
Indemnités diverses -
Vendeurs créditeurs -
Autres 2 - Analyse des
comptes -
Vendeurs créditeurs :
·
identifier les anciens
vendeurs -
Sinistres : ·
identifier les anomalies -
Travaux : ·
nature des soldes -
Fournisseurs : ·
Liste chronologique
des factures dues ou des avoirs -
Autres Conclusion : -
Dettes à court terme -
Dettes incertaines -
Dettes prescrites -
Dettes à contester -
Situation financière
réelle après redressement. 4 - Préconisations
(autre que celles déjà vu en II) -
Apurement comptable -
Annulation d’appels -
Mise en œuvre de garanties,
y compris RCP (Responsabilité civile professionnelle) -
Récupération de sommes
dues -
Abandon de créances -
Constitution d’un compte
« créances irrécouvrables » -
Autres. * Conclusion Comme on le voit, un dispositif
simple d’intervention précoce des copropriétés pourrait se mettre en
place rapidement à titre expérimental et montrer - nous en sommes sûrs
- son efficacité. Naturellement nous vous
tiendrons au courant. |