L’ARC
fête ses vingt ans cette année.
En
vingt ans la
Copropriété a beaucoup changé. Pas toujours
en bien.
Nous
avons relevé DIX points majeurs (vingt ans, dix points)
dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne nous
rendent pas particulièrement optimistes. Nous vous les
livrons. Ce sont « Les
nouveaux habits de la
Copropriété ».
Arriverons-nous
à améliorer le sort des copropriétaires et des copropriétés
malgré les tendances lourdes que nous mettons en
évidence ?
Comme
disaient les anciens : « Qui
vivra verra ». Nous allons cependant, nous y
employer avec toute notre énergie.
1- Une complexification croissante
du droit de la copropriété qui engendre des effets inquiétants
En
quelques années, le droit de la copropriété s’est complexifié
de façon très sensible.
La
complexification a porté essentiellement sur :
1)
les
règles de convocation et de tenue des assemblées générales
(un formalisme de plus en plus strict et dense s’impose
à tous) ;
2)
les
règles de tenue et de présentation des comptes ;
3)
les
obligations sanitaires ou sécuritaires (ascenseurs, amiante,
plomb dans l’eau, termites, peinture au plomb, etc).
Or,
comme dans le même temps la copropriété s’est ouverte
à de nouvelles couches de population par ailleurs modestes
et parfois étrangères, cette complexification se traduit
par une incompréhension grandissante d’un nombre croissant
de copropriétaires.
Cette
incompréhension engendre de son côté, outre un absentéisme
grandissant, le développement de l’individualisme et de
l’incivisme, mais aussi une dérive des impayés et l’instauration
de relations de plus en plus tendues au sein des copropriétés.
À
cela il faut ajouter - du côté des syndics - que cette
complexification devient décourageante et justifie - de
la part de certains - des comportements non conformes
aux dispositions en vigueur (façon polie de dire que nous
assistons à une montée en régime de l’ « illégalisme »).
En
quelques mots, donc, la complexification engendre :
-
du
côté des copropriétaires l’incompréhension puis le rejet
;
-
du
côté des syndics la lassitude et/ou le développement d’irrégularités
(volontaires ou non).
2- Une évolution considérable de la
profession de syndic
Il
y a vingt ans, 90 % des syndics étaient encore des patrons
de petits cabinets qui tenaient eux-mêmes les assemblées
générales et connaissaient bien les copropriétaires et
les immeubles.
Aujourd’hui
plus de 50 % des lots en copropriété sont administrés
par une dizaine de grands groupes (certains gérant jusqu’à
1.000.000 de lots !) qui, naturellement, recherchent
une marge commerciale maximale.
Le
« petit »
syndic n’est plus, dans la plupart des cas, qu’un syndic
en sursis qui attend - souvent très sereinement - de se
vendre au plus offrant.
Les
conséquences sont les suivantes :
a)
les
copropriétaires n’ont plus vraiment affaire à un « syndic » mais à un gestionnaire (avec
un turn-over parfois impressionnant au sein des cabinets),
débordé et qui doit s’occuper d’un grand nombre de copropriétés
(rentabilité oblige) tel qu’il lui est impossible de les
gérer correctement ;
b)
les
copropriétés génèrent de plus en plus de profits pour
les groupes immobiliers, qui eux-mêmes se diversifient
de plus en plus (banquiers, promoteurs, assureurs, syndics,
gestionnaires de biens locatifs) et proposent de plus
en plus des services collectifs ou personnels via leurs
filiales, point sur lequel nous revenons d’ailleurs plus
loin.
Cette
situation explique le développement chez les copropriétaires
d’un sentiment généralisé de déception liée au métier
de syndic.
3- La fin de la pratique des ristournes,
mais, en contrepartie, le développement important des honoraires particuliers, abusifs voire illégaux
Suite
à l’affaire « Technique
Plastique » d’une part et suite, d’autre part
au rachat massif des petits cabinets de syndic par les
grands groupes, la pratique traditionnelle dite des « ristournes » a eu tendance à disparaître
(à la fois dangereuse, donc, et à la fois archaïque).
Pour
remplacer les ristournes et développer leur rentabilité
sans augmenter de façon brutale leurs honoraires de base,
les syndics ont du trouver un palliatif. Celui-ci s’appelle
« honoraires
particuliers » ou « supplémentaires »,
pratique qui consiste à facturer « en
plus » des honoraires de base et de façon souvent
déguisée, de nombreuses tâches de gestion courante jadis
incluses dans le forfait de base.
Marginaux
il y a quinze ans, les montants cumulés de ces honoraires
supplémentaires commencent aujourd’hui à dépasser le montant
des honoraires de base et à créer un véritable problème
national au point que le Conseil National de la Consommation a du mettre
en place une commission de travail pour trouver une solution
à ce paradoxe.
4- Naissance de « filières » immobilières
On
a vu au point 2 que les grands groupes grignotaient le
marché de la gestion des copropriétés. Mais la situation
est beaucoup plus préoccupante qu’il n’y paraît.
En
effet, les grands groupes, qui appartiennent de plus en
plus à des grandes banques (Banques Populaires, Caisse
d’Epargne, Crédit Mutuel, Crédit Agricole, etc) ne s’occupent de gestion de copropriétés qu’entre autres
choses : ces groupes font de la promotion, de la
transaction, de la gérance locative et bien sûr, visent
à placer des prêts auprès des copropriétaires (futurs
ou déjà en place) dont des prêts… immobiliers ; ils
possèdent également de nombreuses filiales (nous reviendrons
sur le sujet) qu’ils souhaitent faire intervenir dans
les copropriétés.
Leur
activité de syndic n’est plus un « métier » spécifique, c’est un des moyens qu’ils ont de tenir
la chaîne immobilière.
Ainsi
le promoteur va mettre en place SON syndic qui va administrer
les copropriétés qu’il a construites et mises en vente auprès
de clients des « banques-syndics ».
Pour faire bonne mesure, le « syndic »
va aussi gérer à titre privatif une partie des lots vendus
à des investisseurs locatifs dont il va même utiliser
les mandats pour les représenter en assemblée générale
(voir point 6) : bref, le « syndic » fait tout, il EST tout, il maîtrise tout et les copropriétaires
occupants ont parfois moins de marge de manœuvre que de
simples locataires.
5- Le temps des « filiales »
En
plus du phénomène des « filières »,
on doit évoquer celui des « filiales »
qui vient compléter le dispositif.
Depuis
quelques années, nous assistons, en effet, à la montée
en puissance des « filiales » de syndics dans des domaines
de plus en plus nombreux :
-
assurances ;
-
diagnostics
immobiliers de toute nature ;
-
bureaux
d’études ;
-
entreprises
de sécurité, etc.
bientôt
viendront les filiales de courtage de prêts immobiliers,
de téléphonie… et bien d’autres encore.
Ceci
pose plusieurs problèmes :
a)
Cette
confusion des genres est-elle vraiment normale et peut-on
raisonnablement croire qu’il n’y aura pas conflit d’intérêts
entre le syndic qui doit défendre tout à la fois les intérêts
de la copropriété et ceux de ses filiales, conflit d’intérêts
qui se résoudra forcément au mépris des intérêts de la
copropriété ?
En effet, comment peut-on croire qu’un syndic agira
vraiment à l’encontre d’une filiale qui va poser problème
(travail non fait ou mal fait, prix de moins en moins
compétitifs) ?
b)
Ensuite,
peut-on raisonnablement espérer que cette situation soit
propice à l’exercice véritable du jeu de la concurrence ?
c)
Enfin
cette situation ne va-t-elle pas créer une dépendance
des copropriétés vis-à-vis de groupes « filières »
(imaginons une copropriété qui aurait signé cinq ou six
contrats avec les filiales d’un syndic dont elle entend
révoquer le mandat…) ? On le constate d’ailleurs
déjà à l’heure actuelle dans le cadre de l’assurance immeuble.
Il
y a là un problème majeur et lourd de conséquences qui
- curieusement - ne fait l’objet d’aucune réflexion approfondie
de la part des responsables publics ou privés, alors même
qu’il faudrait poser des règles, des principes, voire
édicter des incompatibilités.
6- Des copropriétés nouvelles d’ « investisseurs »
Pour
compléter l’analyse concernant les filières, évoquons
d’un mot les copropriétés « nouvelles »,
qui sont une des conséquences de celles-ci.
De
quoi s’agit-il ?
On
sait qu’aujourd’hui, dispositif fiscal oblige, une part
importante des lots des copropriétés nouvelles sont vendus
à des investisseurs qui :
-
n’achètent
pas un « bien »
mais un placement (bénéfice d’exonération fiscale) ;
-
cherchent
uniquement une rentabilité, garantie d’ailleurs par le
vendeur ;
-
ne
veulent faire aucun gros travaux
qui pourraient écorner leur rentabilité ;
-
confient
souvent leur logement à gérer au « syndic-gérant » mis en place par le promoteur (ce mandat
peut d’ailleurs être prévu à la vente et être quasi-obligatoire) ;
-
sont
peu soucieux de la maîtrise des charges (puisque ce sont
les locataires qui apuent).
Dans
ces copropriétés, le promoteur-syndic-gérant
se retrouve ainsi - comme on l’a déjà dit, mais il ne
faut pas hésiter à le répéter - seul maître à bord face
à des copropriétaires occupants qui - même s’ils constituent
la majorité du conseil syndical - deviennent, de fait,
minoritaires chez eux et sont démunis face à un syndic
tout puissant.
À
noter que les copropriétaires occupants de ces immeubles
sont souvent des primo accédants modestes, ce qui introduit
un deuxième clivage entre les copropriétaires « occupants »
et les « investisseurs ».
7- Naissance de la « copropriété en difficulté » et de
la « copropriété
fragile »
●
Le concept de « copropriété
en difficulté » est rentré dans le droit par
le biais de la loi « habitat » de 1994.
Depuis,
le phénomène ne fait que s’amplifier et les pratiques
publiques s’épuisent à tenter de juguler un problème croissant,
tout en refusant de mettre en place certains dispositifs
nécessaires, comme par exemple :
-
l’instauration
du principe des fonds travaux obligatoires ;
-
la
mise en place d’interventions précoces grâce à des systèmes
d’alerte associant divers partenaires (dont les grands
fournisseurs et les collectivités territoriales) ;
-
la
mise en place de programmes d’information et de formation
des copropriétaires modestes dont un nombre croissant
est issu de l’immigration ;
-
l’assistance
à la maîtrise des charges et particulièrement celles liées
au chauffage et à l’eau.
À
noter que treize ans après la loi de 1994 qui a institué
le dispositif de traitement judiciaire des copropriétés
en difficulté, aucun bilan n’en a encore été fait,
malgré les demandes régulières de l’ARC, ce qui fait qu’on
ne sait ni quelle est l’ampleur du phénomène ni quelle
est l’efficacité (ou inefficacité) du dispositif d’intervention
actuel !
●
Mais le concept de copropriété « en difficulté »
est aujourd’hui rattrapé par un autre concept : celui
de la copropriété « fragile », née de la conjonction de
divers facteurs :
-
l’accession
à la copropriété de personnes endettées au maximum (jeunes
par exemple) ou fragiles (retraités) :
-
l’augmentation
des charges de copropriété, due seulement en partie mais
pas uniquement aux augmentations des coûts énergétiques ;
-
le
développement des obligations sanitaires et sécuritaires.
Dès
lors on assiste au scénario suivant : les charges
impayées augmentent, les travaux d’entretien sont réduits
au minimum, les personnes les plus solvables commencent
à s’en aller.
Voici
comment naît une « copropriété
fragile » qui, demain peut-être, sera une copropriété
en difficulté.
Là
encore, il semblerait qu’au lieu de chercher des sécurités
et des garde-fous, les responsables politiques cherchent
avant tout à développer encore plus l’accession à la copropriété
des ménages modestes (exemple : par la mise en vente
massive des HLM), ce qui entraînera un effet mécanique
sur la « fragilisation ».
8- Dégradation générale des conditions
de financement du gros entretien
Selon
les enquêtes qui concernent le gros entretien des immeubles
en général, il apparaît que les copropriétés sont de plus
en plus mal entretenues. Chacun connaît les raisons de
cette situation :
a)
vieillissement
des immeubles, dont les grands ensembles des années 1960/1970 ;
b)
solvabilité
de plus en plus faible d’un nombre croissant de copropriétaires ;
c)
développement
des travaux obligatoires concernant la sécurité (exemple :
ascenseurs) ou la santé (peinture au plomb, amiante) imposés
au détriment des gros travaux de conservation ;
d)
surtout :
absence totale de dispositif obligeant et incitant fiscalement
à provisionner pour les futurs gros travaux, comme cela
se passe dans certains autres pays.
Pour
cette raison, le gros entretien d’un nombre croissant
de copropriétés est de plus en plus difficile à assurer.
À
noter que ce problème qui a émergé depuis dix ans, est
certainement un des problèmes majeurs des vingt prochaines
années, ce qui rend encore plus inquiétant la surdité
des pouvoirs publics concernant nos analyses et propositions
(le fonds travaux obligatoire assorti d’une fiscalité
adaptée).
9- Dérive des charges et émergence
de valeurs écologiques
Si
le problème des charges a toujours été majeur, il prend
aujourd’hui une ampleur nouvelle en raison :
-
de
la hausse des coûts de l’énergie, via l’ouverture des
marchés ;
-
de
l’insolvabilité croissante d’un certain nombre de copropriétaires
(jeunes primo-accédants, retraités, ménages modestes ne pouvant pas
accéder au locatif, etc) ;
-
de
l’évolution forte des charges en général, évolution liée
à différentes facteurs (exemple : développement des équipements
dans les immeubles, renforcement des obligations sanitaires
ou sécuritaires)
Ce
souci rejoint maintenant une certaine conscience écologique
« émergente » qui d’ailleurs sert opportunément
d’aiguillon aux « chercheurs
d’économies » dont l’image caricaturale de « radins congénitaux » trouve enfin un habillage très convenable.
Fort
heureusement, ECOLOGIE et ECONOMIES commencent à se conjuguer,
voire à s’épauler. Nous ferons en sorte que ce frémissement
devienne un « tremblement ».
10- La normalisation comptable
Pour
finir, revenons sur la « normalisation
comptable », reflet des évolutions récentes de
la copropriété mêlant transparence et opacité, rationalisation
et complication…
La
normalisation comptable - entrée en vigueur le 1er
janvier 2007 - sera-t-elle seulement source de nouvelle
complexification ou également - à terme - garantie de
transparence et de pratiques conformes à l’intérêt des
copropriétaires ?
Nous
ne le saurons pas tout de suite, mais ce que nous pouvons
dire c’est que les pouvoirs publics semblent avoir pris
parfois un malin plaisir à rendre encore plus complexe
ce qui l’était déjà assez de par sa nature.
Exemple ?
Pourquoi,
le Gouvernement a-t-il maintenu contre l’avis de TOUS
les experts et représentants des copropriétaires l’annexe
comptable numéro 2 (compte général de gestion par nature) ?
Oui, pourquoi ?
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