Vous trouverez ci-dessous l’interview donnée
par notre Président, Fernand CHAMPAVIER, dans « Direct Gestion Magazine », sur la
réforme des rapports « Bailleurs/Locataires ».
Interview - Fernand Champavier, Président
de l’UNARC, Union Nationale des Associations des Responsables
de Copropriété
Fernand Champavier,
Président de l’UNARC, Union Nationale des Associations des
Responsables de Copropriété
« La réforme des rapports bailleurs/locataires ne règle
pas les problèmes de fond »
La loi sur le pouvoir d’achat a entériné la décision
de ramener le dépôt de garantie à un mois au lieu de deux.
Approuvez-vous cette décision ?
Le dépôt de garantie n’était plus un problème pour les locataires
depuis l’extension du bénéfice du Loca-Pass.
Sa réduction à un mois risque, cependant, d’avoir des effets
négatifs pour tous. Cette mesure va priver le propriétaire
bailleur d’un moyen simple pour garantir une remise des
lieux en bon état à la fin du bail. Elle peut également
inciter certains propriétaires à louer des logements avec
des équipements sanitaires limités au strict minimum obligatoire,
absence de cuisine bien aménagée et de salle de bains bien
équipée. Enfin certains bailleurs vont faire en sorte d’être
réellement payés le 1er de chaque mois et non le 5 ou le
6 comme c’est souvent le cas aujourd’hui. On nous répondra
que l’assurance universelle jouera en cas de nécessaire
remise en état pour dégradation ou usure locative. Nous
craignons, néanmoins que se mette en place un système forcément
lourd, lent, coûteux et au final décevant pour tous.
Avec la loi sur le logement, c’est une obligation pour
les propriétaires à s’assurer contre les impayés locatifs
qui pourrait voir le jour ?
Certes, cette mutualisation semble rationnelle sur le papier
et même efficace, permettant plus facilement l’entrée dans
les logements de davantage de locataires fragiles. Néanmoins
nous pensons que ses effets pervers risquent rapidement
de submerger le système par la création d’un cercle vicieux
incontrôlable et inflationniste à plusieurs titres.
En effet, cette sécurité universelle risque d’entraîner
une certaine déresponsabilisation de nombreux locataires,
modestes ou non ; ce qui aura pour effet d’entraîner une
augmentation des impayés aujourd’hui contenue, donc de justifier
des augmentations de primes à terme ; en quelques années,
le système risque ainsi de devenir monstrueux ;
Elle peut aussi
avoir tendance à tirer les loyers et les charges vers le
haut ; du fait de la garantie de paiement, certains propriétaires
vont, en effet, être tentés de pratiquer des loyers plus
élevés ; aussi, au prétexte que les plus fragiles auront
un « filet », ce qui aurait pour effet d’accélérer
le cercle vicieux dénoncé plus haut ;
Enfin, elle va créer une charge supplémentaire pour tous
les bailleurs qui louent eux-mêmes leur logement à prix
raisonnable et n’ont pas de problème avec leur locataire,
donc, là encore tirer les loyers vers le haut inutilement.
Nous sommes donc favorables à la généralisation du Pass-GRL,
mais sans le rendre obligatoire, sur le mode de l’adhésion
volontaire. Nous demandons que la liberté soit laissée aux
copropriétaires bailleurs de s’assurer ou non.
Corollaire de cette GRL, la caution pourrait être supprimée
?
La suppression de toute possibilité d’appel à caution est
louable dans son principe, mais est très choquante du point
de vue de la liberté contractuelle. S’il est bon de lutter
contre les abus de demande de caution multiple, il est anormal
de supprimer toute possibilité d’appel à caution. Nous sommes
néanmoins favorables à ce que la caution soit limitée à
une personne. De toute façon, il est évident que les bailleurs
« discriminants » continueront à trouver des moyens pour
ne prendre que des locataires solvables.
Nous sommes favorables
à la suppression de la caution, mais uniquement pour les
copropriétaires qui louent à un locataire admis au dispositif
du Pass-GRL.
Pour les personnes qui n’ont pas de caution et risquent
de se voir refuser un logement, l’extension du Loca-Pass
est une réponse satisfaisante et suffisante et qui ne risque
pas d’entraîner des effets pervers.
Dans quel
sens souhaiteriez-vous voir le gouvernement agir ?
Inventer un nouveau système fait d’un côté d’obligations
nouvelles, l’assurance, de l’autre d’interdiction, la caution,
ne nous semble pas la voie à emprunter.
Nous pensons qu’il ne faut pas substituer à la logique actuelle
une nouvelle logique et qu’il faut plutôt améliorer le dispositif
en place à savoir augmenter l’accueil des familles modestes
dans le parc social et favoriser l’accession à la copropriété
des couches moyennes Bien que très sensibles aux préoccupations
sociales, économiques et psychologiques qui sous-tendent
ces mesures et en font des sujets très délicats, nous pensons
qu’elles risquent vite d’être contre-productives voire d’entraîner
des effets pervers ou vicieux, sans régler les problèmes
de fond.
http://www.unarc.asso.fr/