Dans
le guide gratuit : « La
rénovation énergétique des copropriétés :
guide des bonnes pratiques », il y
a un témoignage très intéressant d’un gestionnaire
travaillant dans un grand groupe. Vous trouverez
ce témoignage dans le chapitre
5, intitulé :
« Syndics :
quatre témoignages ».
Ce
témoignage permet de comprendre pourquoi la
rénovation énergétique des copropriétés ne passera
pas par les syndics - malgré ce que les meilleurs
d’entre eux en disent. Ce témoignage est d’ailleurs
confirmé point par point par l’analyse que fait
le site Univsersimmo (dans le même chapitre
du guide) de la même question : « syndic et rénovation énergétique ».
Voici deux passages passionnant parmi cent,
de ce petit guide très dense à lire absolument.
Le témoignage d’un gestionnaire d’un grand
groupe
« Quand Planète Copropriété m’a proposé d’apporter mon témoignage - en tant
que gestionnaire de copropriété - sur les difficultés
et obstacles rencontrés par la profession dans
la mise en œuvre de programmes de rénovation
thermique et énergétique, j’ai tout de suite
accepté. Tout d’abord parce que c’est une thématique
majeure qui m’intéresse, ensuite parce que j’ai
effectivement vécu des difficultés dans la mise
en oeuvre de telles pratiques.
Voici mon expérience à ce sujet.
I. Nouvelles pratiques, nouvelles attentes : Comment y répondre sans
formation et sans « temps
consacré » ?
1)
Nouveaux
objectifs : Des acteurs « par défauts »
ni accompagnés, ni formés, ni même informés.
Comme chacun le sait, le Grenelle 2 définit
des cibles de consommations d’énergie à ne pas
dépasser (80 Kwh /m² /an) selon un calendrier
très ambitieux. Ces objectifs devraient impliquer
que les acteurs, quels qu’ils soient, puissent
les anticiper et rationaliser la diminution
de la consommation d’énergie, d’abord à moyen
terme, puis à long terme.
Pour les gestionnaires de copropriété, ces
engagements apparaissent comme une façon de
complexifier encore un peu plus notre métier,
alors même que nous passons, pour la plupart,
à coté d’un certain nombre d’aides ou d’accompagnements
qui existent (et se développent) dans ce domaine.
En effet nous ne sommes pas informés ni même
sensibilisés sur l’existence d’outils permettant
un accompagnement des copropriétés. A titre
d’exemple :
-
Je
n’ai découvert la possibilité d’adhérer au dispositif
COC de Paris (Copropriétés Objectif Climat)
qu’en fin de programme
(Février 2010). La copropriété pour laquelle
je venais consulter n’a donc pas pu en bénéficier,
et l’animateur n’a pas su me dire quand ce dispositif
serait de nouveau opérationnel.
-
J’ai
appris qu’il existait un système de CEE (Certificats
de Performance Energétique) permettant de financer
des installations favorisant les économies d’énergie
en copropriété. Faute de temps, je n’ai pas
pu creuser la question et encore moins trouver
comment proposer ce système à mes copropriétés.
-
De
façon générale, lorsqu’un copropriétaire ou
un conseil syndical me sollicite pour réaliser
des travaux, je ne connais aucun interlocuteur
– en dehors des entreprises avec lesquelles
je travaille, et qui ne sont pas toujours sensibilisées
à ces questions – qui puisse m’aider à proposer
un programme de travaux qui intégrerait un volet
énergétique, ce qui me permettrait d’accompagner
« mes »
copropriétés vers les objectifs fixés par le
Grenelle.
Sans interlocuteur, les seules ressources dont je dispose sont mes recherches
personnelles, motivées par une sensibilité toute
particulière à ces questions, et aussi parce
que je me pose les mêmes questions pour mon
propre logement.
2) Une
implication forcément personnelle, non valorisée
par la profession :
En effet, il me semble important d’insister sur ce point. Si j’ai eu connaissance
des dispositifs énumérés au précédent paragraphe,
ce n’est ni grâce à mon patron ou au groupe
auquel appartient mon cabinet, ni encore par
les gestionnaires avec lesquels je suis en contact
et qui travaillent pour d’autres cabinets de
syndics, mais en faisant des recherches personnelles.
Ce travail de recherche, je le fais le plus souvent en dehors de mes heures
de travail. Je n’ai matériellement pas de temps
à consacrer à cela dans mon agenda de gestionnaire,
sans compter que cette activité ne fait pas
partie des missions que ma direction attend
de ses gestionnaires.
Pour parler d’une expérience concrète, j’avais découvert le guide du bilan
énergétique simplifié coréalisé par l’ARC et
FONCIA. J’ai pris le temps de tester cet outil
sur une copropriété pour encourager le conseil
syndical à renégocier le contrat de chauffage.
Malheureusement, le « directeur
copropriété », mon supérieur direct,
a refusé d’aborder ces questions en assemblée
générale. La raison de ce refus est que cela
impliquerait d’aborder des notions qu’en tant
que syndic, il maîtrise mal, voire pas du tout,
et induirait des questions auxquelles il ne
pourrait pas répondre.
Le manque de connaissance par les syndics de ces questions ne les encourage
pas à les aborder et à favoriser cette démarche
en faveur des économies d’énergie.
Ce qui pose la question suivante : comment amener un gestionnaire,
non motivé par ces thématiques, à s’informer
et à se renseigner pour mettre en place des
projets innovants ?
3) Une
demande quasi inexistante qui n’incite pas les
syndics « à s’y mettre » :
Enfin mon expérience de gestionnaire me permet
de faire état du peu d’intérêt que suscite cette
question énergétique dans les discussions en
assemblée générale ou même entre copropriétaires.
Sans cette demande émanant des copropriétaires,
les gestionnaires n’auront aucun intérêt à prendre
en considération ces questions alors même que
se sont les gestionnaires qui devraient être
en mesure de guider les copropriétaires dans
ce sens quand il est question de travaux.
II. Les gestionnaires
ne sont ni des « administratifs »
ni des ingénieurs :
1) Lourdeur
des dispositifs d’aide
Quand les aides et dispositifs existent, la
lourdeur administrative pour les mobiliser grippe
le processus. Les dispositifs existants ne sont
pas adaptés aux copropriétés, les procédures
ne sont pas « lisibles »
pour un gestionnaire non initié, ni adaptées
au fonctionnement d’un cabinet.
-
Prenons
l’exemple des subventions accordées en opérations
programmées (OPAH), coordonnées par un opérateur :
le syndic doit remplir un certificat de fin
de travaux et une attestation de quote-part
pour chaque copropriétaire.
-
L’exemple
le plus explicite est celui de la souscription
à l’eco-PTZ [c’est-à-dire le prêt à taux zéro
accordé aux propriétaires pour des travaux d’amélioration
énergétique sous certaines conditions] :
ce dispositif est trop complexe pour être utilisé
en copropriété et devenir une pratique banale,
malgré toute l’information et la communication
qui en a été faite autour. Comment, en tant
que gestionnaire, puis-je répondre aux copropriétaires
qui en font la demande et aimeraient pouvoir
en bénéficier ? J’ai eu le sentiment que
le bordereau à remplir s’adressait uniquement
à des ingénieurs du bâtiment ou à des bureaux
d’études.
Certains de mes confrères qui ont aussi dû se confronter à des demandes
de financement m’ont fait part de deux types
de réactions :
-
Une
incompréhension face au temps qu’il fallait
consacrer pour débloquer une subvention, parfois
symbolique, pour inciter les copropriétaires
à prendre une décision.
-
Un
découragement : certains ont préféré inciter
les copropriétaires à abandonner une subvention
trop compliquée à mobiliser en leur détaillant
le temps qu’il faudrait y consacrer et les honoraires
que cela pourrait représenter.
N’en déplaise aux partisans des éco-subventions.
2) Une
gestion technique des chantiers que le gestionnaire
n’est pas en mesure d’assumer seul
Les nouvelles normes et les nouveaux objectifs tendent à complexifier
la compréhension technique des travaux d’économies
d’énergie.
Entre les thermiciens, les économistes du bâtiment, les bureaux d’études,
les architectes, les coordinateurs SPS, etc.…le
gestionnaire de copropriété est confronté au
problème du traitement d’une trop grande masse
d’informations.
De plus le coût de l’intervention de chacun de ces acteurs et des études
qu’ils réalisent est à maîtriser si l’on veut
qu’une campagne de travaux soit possible une
fois toutes les études préalables terminées.
Il n’est en effet pas rare qu’un audit réalisé par un premier bureau d’études
ne soit pas réutilisé par l’architecte qui interviendra
dans un second temps et produira sa propre étude
technique.
Conclusion :
Pour finir, je suis tenté de dire que malgré mon intérêt pour ces questions
relatives aux travaux d’économies d’énergie,
je suis démuni et dépourvu d’outil pour accompagner
une copropriété dans un projet de rénovation
intégrant cette dimension.
Quel que soit le cabinet dans lequel je serais amené à travailler, j’ai
la conviction que la politique restera la même :
maximisation de la satisfaction des copropriétaires
et du chiffre d’affaire du cabinet, sous la
contrainte « temps ».
Un gestionnaire a en moyenne 50 immeubles à gérer ce qui signifie qu’il
dispose d’environ 5 jours ouvrés dans l’année
pour gérer chaque copropriété. Une fois les
problèmes courants traités (réunions avec le
conseil syndical, assemblée générale, interventions
type dégât des eaux, vérification des comptes,
etc.) le gestionnaire n’est pas en mesure d’ajouter
un volet énergétique qu’il devra suivre sur
un programme de travaux plus ou moins complexe.
Pour atteindre les objectifs de rénovation énergétique des bâtiments existants,
un gestionnaire doit
passer plus de temps sur chacune de ses
copropriétés et donc avoir moins d’immeubles
à gérer. « L’éco-syndic »
aura au final un coût plus élevé que n’importe
quel « syndic de masse » et devra consacrer une partie de son temps
à développer des outils de gestion et de suivi et
à se former et s’informer sur les nouveaux dispositifs
existants ».
(Témoignage de A.P, gestionnaire sur Paris chez un grand syndic).
Le rédacteur d’Universimmo-pro.com
« L’expérience montre qu’il est très difficile pour la plupart des
copropriétés qui ont, bon an mal an, fait leurs
travaux au fur et à mesure - ravalement, réfection
des halls, changement de chaudière - mais sans
plan d’ensemble, de se lancer spontanément,
alors qu’elles ne l’ont encore jamais fait auparavant,
dans un processus d’audit et de programmation
pluriannuelle de travaux, puis de financer et
démarrer un programme ambitieux de rénovation
énergétique, alors qu’elles se sentent généralement
plutôt satisfaites de ce qu’elles on déjà fait
jusqu’ici !
Les freins ne manquent pas : incompréhension
des enjeux, défiance
à l’égard des prestataires d’études et de diagnostics,
peur d’engager des dépenses sans garantie de résultat, manque de temps, chez les syndics comme
chez les conseilleurs syndicaux pour s’informer
et approfondir la problématique du développement
durable par rapport à un quotidien déjà assez
prenant, et avec le sentiment – pas forcément
injustifié – que les approches sont encore loin
d’être arrêtées !
Réticence aussi à se mettre en avant
sur des questions considérées comme avant-gardistes : chez
les conseillers syndicaux à l’égard de leurs
copropriétaires, et chez les gestionnaires d’immeubles
à l’égard de leurs directions, qui n’ont
pas encore arrêté de stratégie ni engagé les
programmes de formations nécessaires. Les organismes
de formation professionnelle qui ont déjà mis
en place des offres en ce sens ne font pas encore
recette ! Et l’auto-formation est un luxe
qui n’est pas à la portée de tout le monde...
La mise en mouvement ne pourra se
faire à grande échelle, dans la grande masse
des copropriétés et non pas seulement chez quelques
pionniers exceptionnellement motivés, que si
celles-ci sont « coachées » efficacement
dans les différentes étapes à franchir, des
études, aux décisions, aux réalisations et au
suivi des programmes qui devront être mis en
œuvre.
Les syndics ont un rôle décisif à jouer mais ils ne suffiront pas ;
comme beaucoup d’autres, nous
appelons de nos vœux l’émergence d’une nouvelle
catégorie d’interlocuteurs des copropriétés,
des assistants à maîtrise d’ouvrage (AMO),
à la compétence et à l’indépendance incontestable,
seuls susceptibles de guider en toute confiance
et pas à pas les copropriétés dans le maquis
des solutions techniques et des dispositifs
d’aides et de financements, chaque pas conduisant
au suivant après avoir convaincu de l’intérêt
de continuer...
Nous croyons évidemment aux vertus,
en tant qu’entrée en matière, du Bilan Energétique
simplifié ou du Carnet de Développement durable,
quelle que soit la dénomination retenue. Mais cela risque de ne pas suffire !
Il faut l’étincelle qui mette en route le moteur.
Dans les copropriétés de plus de 50 lots, l’obligation de procéder à un
audit mettra aussi une épée dans le dos, mais
le délai est long (5 ans). Le risque est grand
de voir de très nombreuses copropriétés, comme
pour les ascenseurs, attendre le dernier moment,
provoquant chez les prestataires des embouteillages
et conduisant à du travail bâclé !
Les
syndics doivent engager leurs copropriétés dans
une dynamique sans attendre l’échéance :
-
en expliquant les enjeux : coût croissant de l’énergie, renaissance
un jour au l’autre de la « taxe carbone »,
risque de déclassement de leur immeuble, sur
le plan locatif comme quant à la valeur de revente
des appartements, etc.
-
en les sensibilisant au fait qu’il faut prendre
en compte l’état global de l’immeuble et que
pour cela il faut le connaître :
autrement les travaux visant les économies d’énergie
risquent de se télescoper avec les travaux de
gros entretien, voire même être inadéquats eu
égard à son état
-
en proposant à leurs copropriétés des « contrats
d’objectifs »
prenant en compte les spécificités de chacune,
les caractéristiques, les possibilités et les
contraintes des différentes catégories de propriétaires,
les bailleurs, les résidants, les occupants
commerciaux ou professionnels éventuels, et
organisant l’amélioration des immeubles ou ensembles
immobiliers sur le plan du développement durable
mais aussi sur celui du confort, de la sécurité,
de l’accueil aux familles, etc.
-
en constituant dans leurs copropriétés des
« comités de pilotage » dont la composition
ne se confond pas forcément avec celle des conseils
syndicaux, permettant ainsi d’associer des compétences de copropriétaires qui n’ont
pas par goût ou par manque de temps envie de
s’occuper du courant...
Ce n’est que par une nouvelle gouvernance
que les copropriétés s’engageront résolument
sur la voie de leur rénovation énergétique et
de leur adaptation aux exigences et contraintes
du futur.
Les cabinets de syndics doivent
former leurs équipes en ce sens, car la mise
en œuvre ne pourra se faire sans eux.
Ils doivent les familiariser avec des approches
et méthodologies d’audits et de programmation
des travaux qui se font jour, et leur faire
connaître les instances publiques ou semi-publiques
qui peuvent les aider à monter les dossiers
de financement et leur faire profiter de toutes
les aides qui sont ou seront disponibles.
Bientôt il ne sera plus concevable de voir des gestionnaires témoigner
comme aujourd’hui de leur isolement et de leur
manque d’information sur ces questions !
Mais cela ne suffit pas : il
faudra aussi les former à infléchir la gouvernance
de leurs copropriétés et leur donner pour
cela :
-
des outils de communication adéquats,
-
du temps pour se former, puis pour organiser
les nombreuses réunions d’information avec les copropriétaires et les intervenants extérieurs.
Les cabinets structurés devront
former et mettre en place en interne des « référents
développement durable »
qui assisteront et formeront les gestionnaires,
noueront des contacts avec les institutions
publiques impliquées dans la rénovation énergétique
(réseaux Pact et Habitat et Développement, ALE,
Espaces Info Energie, ADEME, ANAH), et étudieront
le marché des prestataires en vue d’être en
mesure d’en proposer des présélections lorsque
les appels d’offre commenceront à être émis.
Cela ne se fera pas sans une remise
à plat de l’organisation des services de copropriété
dans les cabinets : montée en compétence des assistant(e)s
pour prendre en charge une part plus importante
de la gestion courante, dégagement de disponibilité
des gestionnaires en limitant le nombre de copropriétés
gérées par chacun dans le parc d’immeubles nécessitant
une rénovation énergétique, et plus globalement
le nombre de copropriétés par gestionnaire,
poursuite de l’automatisation des tâches de
gestion courante et de la mise à disposition
de l’information aux conseils syndicaux et aux
copropriétaires pour limiter les pertes de temps,
etc.
Vaste programme pour une profession qui ne manque pas de défis, mais qui
ne peut manquer ce rendez-vous historique, de
nature à la faire sortir de ses difficultés
actuelles par le haut. »
(Témoignage
d’Alain Papadopoulos,
rédacteur du site professionnel Universimmo-pro.com
et du site grand public Universimmo.com).