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ARC, Copropriété en difficulté / 15 12 04 / © Sylvaine LE GARREC - doctorante à l’Institut d’Urbanisme de Paris. Agents d’Insertion dans les copropriétés en difficulté à Clichy sous bois en 2001-2002
J’ai été en fait l’une des premières agent d’insertion à Clichy-sous bois et c’est simplement ces débuts que je voudrais vous raconter très brièvement afin d’éclairer un peu ce qu’est un agent d’insertion et comment l’agent d’insertion s’insère au milieu de tous les acteurs auxquels il a affaire. La particularité de l’agent d’insertion en terme de médiation est qu’il n’est pas simplement un médiateur entre 2 interlocuteurs mais il se trouve plutôt au milieu d’une multitude d’acteurs qui gravitent autour de la copropriété et qui ont une multitude d’intérêts différents… On peut citer les copropriétaires, les locataires, les squatteurs, le conseil syndical, les pouvoirs publics, les travailleurs sociaux, EDF, la Générale des Eaux et tous les prestataires de services de la copropriété… Bref, lorsqu’on arrive au milieu de tout ça, j’avoue qu’on est un peu perdu… On a un peu des problèmes d’identité et on se demande comment définir sa place à soi en tant qu’agent d’insertion. Et pourtant, cette place il est essentiel de la définir précisément, afin de ne pas se superposer aux acteurs existants, de respecter le rôle de chacun, et c’est comme ça qu’on acquiert une légitimité propre et qu’on peut travailler… A titre d’exemple, je vais évoquer comment on a pu travailler progressivement avec le service contentieux du syndic et l’assistante sociale… Ces deux acteurs étaient en total opposition. Ils n’arrivaient pas du tout à communiquer tellement les intérêts de l’un entraient en complète contradiction avec les intérêts de l’autre. Pour l’AS, le syndic était l’ennemi juré parce qu’il mettait en œuvre des procédures de saisie immobilière sans se soucier du sort des familles qu’elle devait accompagner. Pour le syndic, l’AS était l’ennemi juré parce qu’elle s’employait à bloquer les procédures d’expulsion des mauvais payeurs et accentuait par là les difficultés des autres copropriétaires et de la gestion de la copropriété dans son ensemble. Le dialogue était impossible, c’était même devenu épidermique. Les agents d’insertion ont justement permis de créer un pont entre ces deux cultures professionnelles radicalement différentes, sans pour autant les remettre en cause. Dans un processus de redressement d’une copropriété en difficulté, l’efficacité du service contentieux est aussi nécessaire que l’accompagnement social. La menace d’une sanction permet de faire du paiement des charges une priorité pour les ménages mais il est aussi nécessaire de faire en sorte que les ménages aient les moyens concrets de payer. L’un ne va pas sans l’autre… Cependant, il ne s’agit pas de demander au service contentieux d’avoir une vision plus sociale, ni même de demander à l’assistante sociale de punir les mauvais payeurs, chacun doit conserver son propre rôle et ses objectifs propres, c’est essentiel. Le tout est d’arriver à mettre en place une collaboration qui puisse répondre aux intérêts de chacun. L’agent d’insertion permet de tisser cette collaboration parce qu’il comprend les deux logiques : la gestion de la copropriété d’une part et le travail social d’autre part. Il peut donc être facilement identifié comme un partenaire à la fois par le syndic et par l’assistante sociale. Mais c’est avant tout à travers l’échange d’informations qu’un travail commun s’est construit à Clichy. L’une des premières choses que j’ai faite en arrivant c’est de visiter tous les appartements de l’un des deux immeubles dont je m’occupais et de rencontrer en priorité les familles qui étaient en saisie immobilière . Cela m’a permis de récolter des informations sur l’occupation des logements que j’ai pu transmettre au service contentieux du syndic. Je pouvais ainsi repérer les marchands de sommeil que le contentieux pouvait cibler en priorité et il pouvait adapter son intervention en fonction des données que je lui communiquais sur la situation des ménages et être ainsi plus efficace. Parallèlement, il y a eu des échanges similaires avec l’assistante sociale. Ici, il faut rappeler que l’une des particularités des Assistantes sociales, c’est d’attendre la demande des bénéficiaires. L’agent d’insertion, lui, va vers les gens, on va frapper aux portes des familles qui sont en saisie immobilière parce que c’est dans l’intérêt de la copropriété et des copropriétaires de mieux comprendre leur situation et d’agir. Le partenariat avec l’AS s’est donc facilement créé du fait que je dirigeais vers elle des nouvelles familles ou des familles qui avait rompu le contact avec elle… Et progressivement, là aussi, les échanges se sont élargis. Par l’intermédiaire du syndic, je pouvais lui donner des informations sur certains bailleurs indélicats dont elle suivait les locataires, les données qu’elle me communiquaient me permettait de négocier plus facilement des échéanciers avec le syndic, on pouvait cibler ensemble les familles les plus fragiles, contribuer à les solvabiliser, etc… Et finalement, chacun a trouvé dans cette collaboration des bénéfices pour ses propres missions. L’agent d’insertion n’est pas un gestionnaire, il peut certes expliquer aux mauvais payeurs ce qu’ils risquent mais ce n’est pas lui qui les menace directement… L’agent d’insertion n’est pas non plus une assistante sociale : il peut agir là où l’assistante sociale n’agit pas, par exemple en allant directement vers les gens, mais ce n’est pas à lui de se charger directement de solvabiliser un ménage, de s’occuper d’une recherche d’emploi, d’un problème de santé… Ces nuances se retrouvent aussi, par exemple, au niveau du rôle que joue l’agent d’insertion entre le conseil syndical et les prestataires de service de la copropriété. Je me rappelle par exemple d’une réunion où l’architecte responsable de la réhabilitation essayait de manipuler le conseil syndical. Il ne s’agit pas dans ce cas de négocier directement avec l’architecte à la place du conseil syndical mais simplement de donner aux conseils syndical les informations et les ressources nécessaires pour qu’il puisse négocier d’égal à égal. On intervient ainsi souvent pour corriger en quelque sorte des relations de domination, soit en communiquant des informations soit en utilisant notre fonction d’"expert". Un courrier avec en-tête de l’ARC ou un courrier de la mairie peut ainsi faciliter considérablement des négociations. Et cela fonctionne aussi au niveau des régulations entre propriétaires et locataires. Pour des locataires en litige, on peut les informer sur leurs droits, mais aussi soutenir leur parole par un courrier à caractère institutionnel…
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