La
revue nationale des ingénieurs thermiciens a
consacré un long article sur le point de vue
de l’ARC concernant le DPE-Immeuble dont nous
sommes les initiateurs et qui vient d’être repris
par la loi Grenelle 2 en cours de discussion.
Rappelons
que le DPE (Diagnostic de Performance Energétique)
est ce document souvent imprécis, (fait par
des diagnostiqueurs parfois formés en quelques
jours) et approximatif qui prétend fournir :
-
une
« étiquette
énergétique » fiable ;
-
des
préconisations en matière de mesure d’économies
d’énergie.
Le
problème était donc double :a
-
passer
de l’idée d’un DPE-individuel à un DPE-collectif
(ou DPE-immeuble) en cas de chauffage collectif
(c’est ce que nous avons mis quatre ans à obtenir…) ;
-
savoir
précisément ce que l’on attend du DPE-collectif
et QUI va pouvoir établir ce document (si l’on
veut que ce ne soit pas seulement un gadget
de plus aussi inutile que coûteux).
L’article
qui suit commence à aborder ces deux questions
(Revue Nationale des ingénieurs et thermiciens) :
DPE
d'immeuble: le
point de vue des
copropriétaires
Depuis
1987,
l'Association des responsables
de copropriété (ARC) aide ses adhérents à contrôler la gestion des syndics professionnels et à gérer
eux-mêmes
leur immeuble. Elle siège dans de nombreuses
commissions officielles,
et participe notamment au Grenelle de l'environnement,
en tant que copilote du chantier « copropriété
», au sein du comité stratégique du Plan bâtiment Grenelle, présidé par Philippe
Pelletier.
La transcription de la directive européenne du 16 décembre 2002 sur la performance énergétique des bâtiments se traduit, entre autres, par l'obligation pour tous les vendeurs
et bailleurs de faire
procéder à un diagnostic de performance
énergétique (DPE) de leur logement en
cas de vente ou de location. Dans son principe,
le DPE est une idée très intéressante.
Grâce à lui, chaque acquéreur ou candidat
locataire peut savoir si son logement a des
performances médiocres ou correctes sur une
échelle allant de A à G, et surtout ce qu'il peut faire concrètement pour améliorer cette performance.
L'efficacité
du DPE est double. D'une part, ce
diagnostic permet à l'occupant de vérifier
que son comportement est adapté (si, par
exemple, il a consommé deux fois plus que
ce qui correspond à son logement, il sait qu'il
a gaspillé et va essayer d'agir pour revenir
à la consommation de référence). D'autre
part, certains vendeurs ou bailleurs, pour vendre
ou louer plus cher leur logement, peuvent
faire en sorte d'améliorer ses performances.
Dans ces conditions, le DPE peut être
un formidable outil de sensibilisation aux
économies d'énergie, de modification des comportements
et d'amélioration des performances intrinsèques des logements.
Des règles de calcul radicalement différentes
Pour être efficace, le DPE doit pouvoir s'adresser à des personnes qui peuvent faire la comparaison entre la consommation donnée par le diagnostic et
la réalité, qui
peuvent agir sur le niveau des consommations
et bénéficier directement des résultats
d'une consommation maîtrisée. Dans
un logement où la production de chaleur
est individuelle, c'est effectivement le cas : les consommations théoriques sont calculées grâce au moteur de calcul 3CL et les copropriétaires occupants et les locataires ont des moyens de réduire leurs consommations.
Mais, dans le cas où la production de chauffage et d'ECS est collective, les règles de calcul sont radicalement différentes. En effet, l'étiquette énergétique est calculée en faisant la moyenne des consommations d'énergie sur trois ans (chauffage et ECS confondus), divisée par le nombre total de mètres
carrés de l'immeuble. Au
final, nous constatons que les consommations
théoriques ne sont pas calculées. Il n'y a donc
pas de comparaison possible avec la réalité. De plus, les consommations de chauffage et d'ECS sont confondues ; or, ces deux usages ne varient pas de la même façon. Enfin, les nouveaux propriétaires ou locataires n'ont aucun moyen de réduire leurs factures, puisque le service est géré collectivement.
Dans ce cas, le DPE permet uniquement
de connaître grossièrement les
consommations globales sans donner de
clés permettant d'entreprendre une démarche
d'économie d'énergie. D'une
manière générale, que l'on soit en
chauffage collectif ou individuel, les DPE font
l'objet de deux écueils importants. D'abord,
parce qu'aujourd'hui seul 1 % des annonces
immobilières présente les résultats
des diagnostics. Ensuite, parce que le DPE
n'est pas opposable. En d'autres termes,
une fois qu'il est fait, il ne peut pas être
contesté.
Quatre conditions
Trois ans après la mise en place du DPE, les pouvoirs publics ont reconnu que le DPE individuel en cas de chauffage collectif n'était pas adapté et ne donnait pas satisfaction aux usagers. Ainsi, le projet de loi Grenelle 2 prévoit la réalisation d'un DPE "immeuble" pour tous les immeubles dotés
d'un
chauffage collectif. Ce dispositif a été proposé
par l'ARC aux pouvoirs publics dès 2005
!
Selon l'Association, pour que le DPE "immeuble" donne lieu à une démarche d'économie d'énergie, il faut qu'il permette :
-
de
connaître la quantité d'énergie qui devrait
être consommée dans l'immeuble ;
-
la consommation
effective, pour pouvoir apprécier la
différence ;
-
de
corriger ces distorsions ;
-
d'améliorer
la performance.
Aujourd'hui, les copropriétaires et les locataires des immeubles dans lesquels la production est collective, ont besoin d'un diagnostic permettant de répondre à ces quatre
questions.
Le DPE "immeuble" doit être présenté comme ce qu'il est, à savoir une excellente affaire pour tous. Il doit générer beaucoup plus d'économies qu'il ne coûte ; il doit permettre
d'attirer l'attention sur des problèmes
collectifs de chauffage, d'eau chaude, mais
aussi d'électricité ; les syndics et les
conseillers syndicaux doivent pouvoir se l'approprier. Il doit être un moyen de vérifier que la gestion du chauffage de l'immeuble est correcte. C'est donc un outil de contrôle, non pas des propriétaires pour une fois, mais des chauffagistes.
Efficacité immédiate et efficacité à terme.
Le DPE d'immeuble peut avoir Une très grande efficacité. En effet ; l'expérience prouve que le gaspillage propre à la gestion collective est de l'ordre de 10 % et peut atteindre très vite 30%. Il est possible de maîtriser ce gaspillage, et ce sans aucun investissement
majeur. Au-delà
de l'efficacité immédiate, il y a l'efficacité
à terme: la mise en évidence des économies
réalisées grâce à des investissements.
Par ailleurs, le DPE d'immeuble devrait entraîner des économies pour les vendeurs et bailleurs: en effet, sa réalisation serait mutualisée.
Comme on le voit, le DPE collectif a toutes les vertus.
Une méthode simple.
L'ARC pense qu'il
est nécessaire de mettre au
point une méthode simple permettant d'analyser
la performance thermique théorique
et d'étudier les consommations réelles
pour les comparer aux consommations
théoriques. En ce qui concerne le premier point,
les logiciels fondés sur le moteur de
calcul 3CL peuvent facilement permettre une
première approche.
Pour le deuxième point - qui paraît simple au premier
abord – il faut, pensons-nous, utiliser une
méthode qui mette à contribution les conseillers
syndicaux. En effet, la collecte de ces informations
n’est pas toujours évidente. Un diagnostiqueur
ou un thermicien y passera beaucoup de temps,
ce qui aura un coût élevé pour la copropriété.
Avec une méthode simple, n’importe quel conseil
syndical peut réunir et interpréter ces informations.
De plus, le fait de traiter ces informations
et de se constituer un tableau de bord énergétique permet aux conseils syndicaux
et aux syndics de se fermer eux-mêmes aux notions
de la thermique, notions indispensables pour
pouvoir comprendre les propositions
commerciales qui résulteront des lois du Grenelle.
Cela n'est pas très compliqué, mais requiert
précisément une méthode adéquate.
En bonne voie.
Transformer
un dispositif qui, en cas de production collective,
s’avère inutile et trompeur, en un dispositif
de maîtrise collective de l’énergie qui soit
efficace, lisible et immédiatement rentable :
tel était le sens de la proposition adressée
par l’ARC, courant 2005, tant au Ministère du
Logement qu’aux organismes chargés de ces problèmes
(ADEME, CSTB, etc.). Quatre ans plus tard, l’Association
des Responsables de Copropriété a réalisé elle-même
une partie du programme proposé aux pouvoirs
publics, et développé des outils éprouvés et
reconnus permettant la mise en place d’un DPE
d’immeuble. Dans le cadre de son copilotage
du Chantier « Copropriété », au sein
du Comité Stratégique du Plan Bâtiment Grenelle,
la proposition de l’ARC semble enfin en bonne
voie d’être adoptée.
« Le Guide du bilan énergétique simplifié ».
Pour répondre à ce besoin, l'ARC,
en partenariat avec Foncia,
l'Ademe
et le conseil régional d'Île-de-France, a
rédigé
le Guide du bilan énergétique simplifié
(BES). Ce petit guide donne la marche à suivre pour :
- lister et collecter de manière
efficace et exhaustive les informations
nécessaires (quantité d'énergie sur une saison, DJU, quantité d'eau chaude consommée, nombre réel de mètres
carrés chauffés, etc.);
- ventiler convenablement les consommations énergétiques (chauffage et eau chaude) ;
- commencer à interpréter les
résultats.
Ainsi, tout conseil syndical peut connaître et suivre sur la durée les consommations réelles de chauffage collectif,
mais
aussi se former à la thermique et fournir
des données
indispensables
à tout professionnel pour comparer les calculs
théoriques et la réalité. Le
BES est un outil reconnu et utilisé à la fois
par les conseils syndicaux, les syndics,
d'autres professionnels (conseillers info-Énergie de Paris) et certaines
collectivités (Mairie de Paris, Mairie
de Maurepas, etc.).